‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 180 sur 227 · CHAPITRE XXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIL

"706 sang, les lamentations redoublèrent; chacun fit l'impossible pour se tirer de cette boucherie, mais il en coûta cher aux plus faibles, aux moins agiles, surtout aux vieillards et aux femmes enceintes, qui furent foulés aux pieds, meurtris et estropiés par la fracture de leurs bras ou de leurs jambes. Il est vrai de dire que quelques hommes , moins craintifs que les autres , firent volte-face et se défendirent à coups de pierres , ce qui détermina les deux ou trois soldats qui n'avaient pas tiré à décharger leurs armes, qui firent deux nouvelles blessures, Tune très-grave et l'autre mortelle.

A la suite de ce guet-à-pens, il fallut encore que ceux qui en avaient été les victimes, au lieu de réclamer justice, implorassent miséricorde; Paul Rabaut le fit dans un mémoire, où, après avoir fidèlement raconté les faits , il supplia le gouvernement d'avoir compassion des protestants du royaume qui se trouvaient dans une situation plus triste que celle d'aucun autre peuple de la terre , quoiqu'on ne pût leur reprocher autre chose qu'un inviolable attachement à leur religion : « Ils aiment le roi, dit-il; ils sont attachés à leur patrie; ils contribuent de tout leur pouvoir à la prospérité de l'Etat. S'ils continuent à être traités comme des bêtes, pourra-t-on les blâmer de chercher des climats où on les traite comme des hommes. »

757 Le 5 janvier 1757 , un malheureux, nommé Damiens , se rendit coupable d'une tentative d'assassinat sur la personne de Louis XV; cet attentat eut lieu aux portes de son palais de Versailles. La blessure fut légère; mais comme le fer homicide

iSO HISTOIRE DE l'ÊGLISE RfiPORMÉB DE NIMES.

pouvait être empoisonné, le roi, saisi de terreur, ^"^^ crut toucher au dernier moment de la vie. Cet événement agita profondément la France tout entière , et les Eglises de la réforme en éprouvèrent les plus sérieuses alarmes à cause du soupçon qui aurait pu planer sur leur participation à cet odieux forfait. Paul Rabaut se hâta de faire éclater leurs sentiments à cet égard dans une lettre pastorale, datée du désert le li janvier; elle produisit les meilleurs effets, puisqu'elle fut cause que la plus grande tranquillité régna dans les Eglises pendant tout le reste de Tannée.

Mais en 1758, la disgrâce de Machault, ministre 479 de la marine , qui passait pour être Fami des protestants , parce qu'il avait osé remuer dans le conseil la question de l'imposition légale des biens du culte, occasionna le renouvellement des exécutions militaires. Et comme à cette époque les prédications de Paul Rabaut attiraient des réunions immenses, auxquelles les paralytiques même se faisaient porter, sa tête fut mise à prix et son signalement envoyé à tous les commandants de place. Ce fut alors que, pour se mettre en sûreté, il habita longtemps une cachette que l'un de ses guides lui avait préparée dans un champ inculte , sous un tas de pierres , recouverte de ronces ; et , lorsqu'elle fut découverte par un berger, il regretta I encore cet asile, qui, tout indigne qu'il était, i lui offrait un repos assuré qu'il ne trouvait nulle part, car des espions étaient sans cesse à ses { trousses, et ce n'était qu'à la faveur des déguise- -jj ments , ou par son sang-froid , ou par sa présence '

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