CHAPITRE III
^* Réforme dans la Suisse Romande , et surtout à Genève, en 1534. Ensuite, établi à Lausanne, comme pasteur , il y avait demeuré vingt et un ans , et avait été déposé de sa charge et banni du canton, en 4560 , pour avoir soutenu trop vivement, avec les seigneurs de Berne , une controverse sur l'institution divine de l'excommunication , que ces derniers refusaient aux ministres le droit d'appliquer. Il 6'était alors retiré à Genève , où Calvin l'avait associé à ses travaux. Sa santé se trouvant forte- . ment altérée, par suite d'un coup d'épée qu'il avait reçu d^un prêtre et d'une tentative d'empoisoiinement , les médecins lui conseillèrent d'aller respirer un air plus doux , et ce fut pour cette raison que les seigneurs de Genève l'envoyèrent à Nîmes. Il avait cinquante ans, quand il y arriva le 6 octobre. Il y fut reçu , ainsi qu'il le dit lui-même, comme un ange venu du ciel , et cette affection , au lieu d'être passagère , ne fit qu'augmenter de jour en jour. Pourtant , il n'avait rien dans l'extérieur de sa personne qui fût digne de la lui attirer ; car il était si maigre , que son corps ressemblait c à une anatomie sèche , couverte de peau, d Aussi les catholiques, en le voyant si frêle et si chétif , disaient : Qu'est venu faire ce pauvre homme en ce pays , si ce n'est y mourir? Et les protestants euxmêmes , lorsqu'il monta en chaire pour la première fois, dans l'église des observantins, où il prêcha sur la foi de saint Pierre , craignirent qu'il ne tombât en défaillance avant d'avoir achevé son sermon (1).
(1) Epilre dc^dicat de Tinstruct. chrét. aux Gdôlcs de Nimes.
Mais dans ce corps si débile, il y avait une âme ^^ brûlante d'amour pour Jésus-Christ. Il en donna une preuve éclatante le 14' novembre suivant, lorsque, prononçant le discours de consécration au ministère évangélique de Trophime Picheron et de Jean Rouger, prémices de Técole ^e théologie, il déploya une telle onction, jointe à une si grande éloquence, que beaucoup d'âmes apprirent de sa bouche ce qu'elles devaient faire pour être sauvées.
« Viret a été, en effet , dit M. Sayous , un des orateurs les plus remarquables de la Réforme. Théodore de Bèze le met au-dessus de tous par le charme du discours. Il avait , dit Verheiden (1) , l'un de ses panégyristes , un parole si douce, qu'il tenait son auditoire continuellement éveillé et attentif. Son style avait tant de force et une harmonie si caressante à l'oreille et à l'esprit , que les moins religieux parmi ses auditeurs , les plus impatients pour d'autres , l'écoutaient sans peine et avec complaisance. On eût dit, à les voir comme suspendus à ses lèvres, qu'ils auraient voulu le discours plus long. Aussi jouit-il d'une vogue populaire , parce qu'il avait un fonds de lecture inépuisable, une connaissance nullement superficielle de l'antiquité , de ses littérateurs et de son histoire; quelque imagination, beaucoup d'esprit et un remarquable talent de style pour mettre en usage ces trésors (2). Calvin cependant , dans une de ses
(1) Prœstantium aliquot theologum effigies ^ p. 119.
(2) Sayous, Etudes littéraires, t. I, p. 179,