‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 19 sur 227 · CHAPITRE UI · texte numérisé non relu

CHAPITRE UI

^* lettres à Jean de Bourgogne (1) , l'accusait d'avoir une façon d'écrire trop prolixe; Viret en convient dans ses Disputations chrétiennes (2) ; mais il l'explique par l'habitude qu'il avait prise d'employer à dessein des mots qui n'étaient pas conformes à la pureté de la langue française, dans le but de condescendre à la rudesse et au peu de capacité de beaucoup de ses auditeurs.

« Mais si Viret ne fut pas artiste comme Amyot et Montaigne qu'il précéda, il eut son but tout-àfait en dehors de la littérature , et ne visa qu'à la force et à la clarté pour gagner ou conserver à sa foi , par l'enseignement , des disciples et des défenseurs (3). »

Le consistoire de Nîmes, glorieux d'avoir obtenu pour son Eglise le ministère d'un homme si éminent, voulut profiter de son séjour momentané dans son sein pour lui faire donner des leçons aux étudiants en théologie. Il accepta cette tâche importante avec empressement et s'en acquitta avec autant de zèle que de talent. Il régularisa les éludes , stimula ceux qui s'y livraient , chercha à en augmenter le nombre en décidant quelques avocats pieux à se vouer au ministère évangélique. Au lieu d'éclipser son collègue Mauget , il le mit au contraire en relief, plaidant sa cause en particulier et en public, et blâmant sans réserve la susceptibilité d'oreilles et l'ingratitude de

(a; Sayous,t. I, p. 225,

ceux qui tourmentaient cet homme de bien (4). <S

Les Etats-Généraux, tenus à Pontoise le 1^^ août, s'étant prononcés pour la liberté de conscience, le moment parut opportun aux principaux membres de TEglise de Nîmes d'adresser une requête aux officiers du présidial, pour demander Tusage de la cathédrale pour le service divin. Pierre Chabot, qui l'avait rédigée , la soumit au consistoire , qui jugea convenable de la rattacher à la demande générale qu'il adressa de nouveau aux Etats de la province assemblés à Béziers, mais qui, comme les précédentes , n'obtint aucun succès.

Malgré la réserve qu'aurait dû, ce semble , imposer ce refus , le conseil général de la ville n'en décida pas moins, le 16 décembre , d'accorder au consistoire l'église des augustins, hors de la ville, et celle de Sainte-Eugénie, dans l'intérieur, indépendamment de celle des observantins qu'il possédait déjà. Ce corps , par sa délibération du lendemain , les accepta avec une condition qui prouve que son autorité était solidement établie, celle que l'évêque Bernard d'Elbène , qui Tannée précédente avait succédé à Michel Briçonnet , « ne provoquerait plus le peuple , ni par la grande sonnerie des cloches, ni par la multitude des messes. »

Dès ce moment , le culte en esprit et en vérité selon l'Evangile devint l'objet d'une tolérance si

(1) Lettre latine de Viret à Calvin, 5 décembre 1561.

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