CHAPITRE xxnu
'760 l'apercevoir et prend la fuite. Les soldats , que la sentinelle avait appelés et mis sur ses traces , le poursuivirent longtemps et de fort près. Il entendit donner l'ordre de faire feu sur lui, ordre qui, on ne sait pourquoi, ne fut point exécuté. Enfin, il les lassa tous , et ils le perdirent de vue. Echappé de leurs mains , il se présenta successivement à deux métairies peu éloignées, où on refusa de le recevoir ; ce ne fut que dans une troisième qu'on eut le courage de l'accueillir. Il y arriva suant , hors d'haleine , la tête nue , les pieds criblés d'épines et ensanglantés , parce que , craignant toujours d'être poursuivi , il avait quitté ses souliers pour faire moins de bruit en marchant , sans se donner le temps de choisir ses pas. Après quelques moments de repos , il se fit transporter à Nîmes où était sa famille. Le bruit y avait couru déjà qu'il avait été pris, et il reçut le lendemain la visite de plusieurs personnes pieuses qui venaient mêler leurs larmes à celles de son épouse, et qui bénirent Dieu en voyant libre et plein de vie un pasteur qu'elles croyaient dans les fers et près d'être sacrifié (1).
I76i Lorsque le pasteur François Rochette, le dernier martyr des ministres du désert, fut pris, en 4761 , à Caussade , dans le Quercy , avec trois gentilshommes verriers du comté de Foix , dont le nom patronymique était Grenier , mais qui étaient distingués l'un de l'autre par les surnoms de Commel, de
(1) Mélanges de rel, de mor. et de crit. sacrée, t. VII , p 152. Bulletin de l'hist. du protest, fran ,1. II. p. 80.
4S4 HISTOIRE DE l'ÉGLISE RÉFORMÉE DE NIMES.
Sarradon et de Lourmade , Paul Rabaul se constî- ^764 tua leur défenseur. Pendant que le parlement de Toulouse instruisait leur procédure, il écrivit en leur faveur une pétition touchante à la princesse Marie- Adélaïde, fille aînée de Louis XV et de Marie Leczinski, dans laquelle il lui demandait d'arracher au supplice , non des criminels , mais des hommes de bien , dont la pureté des mœurs égalait la sincérité de la croyance. Cette démarche fut inutile , soit que la requête ne parvînt pas à son adresse, soit que le directeur de conscience de cette princesse lui eût interdit toute sollicitation à ce sujet. Il s'adressa encore au duc de Richelieu, ainsi qu'au duc de Fitz-James , plaidant , non-seulement la cause particulière des prisonniers , mais encore celle de la toléfrance et de la liberté de conscience en général.
Toutes ces réclamations et ces suppliques n'em- 47fil péchèrent point qu'un arrêt foudroyant, rendu le Î8 février 1762 , ne condamnât le pasteur Rochette à faire amende honorable , tête et pieds nus , en chemise , la hart au cou , ayant un double écriteau sur le dos et sur la poitrine , avec cette inscription : a Ministre de la religion prétendue réformée, » ^ et ensuite à être pendu et étranglé. Les trois frères Grenier , à leur tour , comme gentilshommes , furent condamnés à avoir la tête tranchée par le glaive. Ces exécutions sanglantes eurent lieu le lendemain sur la place de la Monnaie , en présence d'une foule d'assistants qui , après avoir été témoins de la résignation chrétienne des quatre martyrs , retournèrent chez eux consternés , et pouy^it à