CHAPITRE XXIII
►2 peine se persuader qu'il y eût au monde tant de courage et tant de cruauté.
Cette cruauté n'était pas pourtant encore satisfaite , puisque dix-huit jours après , la chambre de la Tournelle, digne émule de la grand'chambre du parlement , prononça le fameux jugement qui condamnait à mort rinfortuné Jean Calas. Cette pro^ cédure si connue eut un long retentissement ; Paul Rabaut n'y demeura pas encore étranger ; il publia une brochure intitulée la Calomnie confondue, qui est un modèle de raison calme et d'indignation sans enflure , dans laquelle il réfuta l'accusation odieuse que le procureur général avait faite dans son monitoire contre les protestants , « d'être des pères dénaturés, et de l'être en vertu des principes même de leur religion (4)..»
Mais comme cet écrit blessa profondément ceux dont il dévoilait les trames ou flétrissait la cruauté sanguinaire , ils ne se contentèrent pas de le réfuter avec la plume , mais ils le déférèrent au parlement « comme une pièce exécrable digne du feu, et son auteur de la potence. » C'est de la sorte que le procureur général s'exprima dans son réquisitoire, et la cour, adoptant ses conclusions, condamna l'écrit à être brûlé par la main du bourreau , ce qui eut lieu en grande pompe, le 7 mars, sur la place du Palais.
(1) La calomnie confondue ^ ou mémoire dans lequel on réfute une nouvelle accusation intentée aux protestants de la province du Languedoc, à l'occasion de Taffaire de Jean Calas , détenu dans les prisons de Toulouse. On la trouve dans les Lettres toulousaines de Court de Gébelin.
426 HISTOIRE DE l'ÊGUSB RÉFORMÉE DE NItfBS.
Malgré la douleur que le pasteur de Nîmes en *''• ressentit , il s'en serait bientôt consolé , si un nouvel arrêt, rendu le 18 du même mois, n'avait condamné rinfortuné Calas , comme convaincu du crime d'homicide commis sur la personne de Marc-Antoine , son fils aîné, à faire amende honorable, à être roué vif, et ensuite jeté dans un bûcher ardent pour y être consumé par les flammes , ce qui fut exécuté le 9 mars, à midi, sur la place Saint-Georges.
Par suite de l'arrêt rendu par le parlement de Toulouse contre la brochure publiée en faveur de Calas , Paul Rabaut fut obligé de s'observer plus sévèrement qu'à l'ordinaire ; car sa liberté fut de beaucoup compromise. Le commandant de Ratel , en effet , prescrivit à son égard de nouvelles mesures de surveillance ; quelques-uns de ses amis même blâmèrent son imprudence d'avoir écrit avec tant de chaleur et une si profonde indignation. Cependant des offres de service lui arrivèrent de tous côtés; le pasteur Chiron (1) lui écrivit, au nom de tous ses amis, pour lui offrir une retraite à Lausanne. D'autres propositions lui furent faites, entre autres celle d'une pension de 1 ,000 livres s'il voulait se rendre à Altona ou à Copenhague ; et tous les
(1 ) Théodore Chiron , pasteur à Montélimart , ayant admis à la sainte cène Âmabile Cbausin , relaps , fiit banni à perpétuité du royaume. l\ se retira à Genève, où il fonda une école dans laquelle Paul Rabaut plaça ses deux fils Saint-Etienne et Pomier.