CHAPITRE XXIIl. 4S
62 avantages temporels qu'il pourrait souhaiter s'il se décidait à se retirer en Hollande. Mais il était si sincèrement attaché à son troupeau, qu'à quelque prix que ce fût, et quoi qu'il pût arriver, il ne voulut jamais abandonner sa direction spirituelle. Il continua donc ses fonctions dangereuses, tout en laissant répandre le bruit qu'il était découragé, et qu'il ne cherchait plus qu'une occasion favorable de s'expatrier sans éclat.
63 La malheureuse affaire de Calas fut pour la France entière une salutaire et terrible instruction ; cependant le maréchal de Thomond (1), qui succéda, en 1763 , au duc de Mirepoix dans le gouvernement de la province, sembla un moment la méconnaître. Le premier acte de son administration , en effet , fut hostile aux protestants , puisqu'il leur ordonna que, dans l'espace de six jours, ils fissent renouveler à l'église les mariages et les baptêmes célébrés au désert. Cet ordre inattendu produisit parmi la population de Nîmes les effets les plus sinistres; la consternation se peignit sur tous les visages, parce que l'alarme était dans tous les cœurs ; le découragement devint profond et général; beaucoup de familles se décidèrent à suivre l'exemple de celles qui, en 1751, étaient sorties du royaume par suite d'une sommation semblable faite par le duc de Saint-Priest.
Au milieu de cette affliction générale, Paul Ra-
(1 ) Charles 0*6rien , comte de TbomoDd , vicomte de Glare , était pair d*IrlaDde de la suite du Prétendant , exilé par dévouement pour les Stuarts.
428 HISTOIRE DE l'ÉGLISE RÉFORMÉE j DE NIMES.
baul et Paul Vincent unirent leurs voix, et publié* *'W rent « une exhortation à la repentance et à la profession de la vérité, ou lettre pastorale, * dans laquelle ils avertissaient d'une manière grave et vraiment religieuse les membres de leur troupeau que, quand bien même les curés viendraient à oublier leur devoir jusqu'à leur accorder la bénédiction nuptiale sans exiger d'eux ni abjuration , ni aucun acte de catholicité, s'ils recouraient à eux pour cette cérémonie , ils n'adhéreraient pas moins à une foi contraire à celle qu'ils professaient, puisque les catholiques regardent le mariage comme un sacrement qui ne peut être administré qu'aux seuls membres de leur Eglise.
Ces avertissements produisirent leur effet ; chacun se prépara si bien à la résistance , que le maréchal de Thomond , craignant une collision sanglante , ne donna , pour le moment , aucune suite à son arrêt , d'autant plus que bientôt après il dut céder son gouvernement au prince de Beauveau.
L'arrivée de cet homme d'Etat, aussi juste que tolérant , fut un trés-heureux événement pour les réformés de la province. Dès ce moment, les barbares édits qui les désolaient furent adoucis par leur gouverneur , et le septième synode national put être convoqué au désert dans le bas Languedoc, le i^^ jour du mois de juin ; dix-huit pasteurs et quinze anciens y assistèrent.
La guerre de Sept- Ans venait de se terminer par une paix définitive , signée à Paris entre l'Angleterre , la France , l'Espagne et le Portugal ; l'assemblée synodale , prenant toute la part possible à cet