‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 186 sur 227 · CHAPITRE Tinu · texte numérisé non relu

CHAPITRE Tinu

63 événement , ordonna à toutes les Eglises de célébrer un service solennel d'actions de grâces pour remer- <5ier Dieu d'un état de choses si avantageux au royaume , et, voulant ensuite manifester elle-même sa con^itante persévérance dans les sentiments d'amour, de respect et de fidélité qu'elle avait pour le roi , elle crut ne pouvoir mieux s'exprimer qu'en se servant des mêmes termes qu'employa le synode national de 1659, tenu à Loudun, par la bouche de Daillé , son modérateur : « Nous déclarons et nous réitérons ce que notre doctrine et nos actions ont prouvé mille fois : c'est que, après le service que nous devons à Dieu , il n'y a point de service plus sacré, et que nous devions rendre plus fidèlement et plus inviolablement , qu'à notre roi, et nous serons prêts, dans toutes les circonstances, à donner de nouvelles preuves de cette vérité gravée dans nos cœurs. »

Cette déclaration eut du retentissement, et satisfit si bien le prince de Beauveau , qu'il toléra que les protestants de Nîmes choisissent un local fixe et plus rapproché de la ville pour tenir des assemblées religieuses, et qu'ils s'y rendissent en plein jour sans être inquiétés. Toutefois, le commandant de Ratel trouva qu'il était trop près, et somma le consistoire de le transporter ailleurs, ce qui fut exécuté sans résistance. Pourtant la place que l'on choisit était à peu près à la même distance que la précédente , seulement elle se trouvait plus à couvert. Alors on commença , ce qui n'était jamais arrivé encore , d'y apporter des chaises et des bancs. Cette innovation attira l'attention générale, mais elle ne

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fut pas vue de mauvais œil par les catholiques ; il *7^ n'y eut que quelques hommes en- place qui s'en offusquèrent, et qui obtinrent du comte de Saint- Florentin un orflre pour qu'un pareil ordre de choses cessât. Les protestants obéirent ; ^ussi le prince de Beauveau , dont Ig modestie égalait le courage, sut apprécier leur conduite, et adoucit leur position autant qu'il était en son pouvoir de le faire.

Le consistoire de Nîmes , par suite de cette haute protection , ne tarda pas à donnei* au culte public une forme régulière, et à lui assurer une célébration périodique. Dans ce but, il choisit, pour les assemblées d'hiver, un emplacement situé sur le penchant d'une colline , à quelque distance du lit pierreux et desséché du Cadereau , entre le chemin de Sauve et celui d'Alais. Ce vaste amphithéâtre , nommé V Ermitage, se trouve placé par son exposition à l'abri des vents du nord. La chaire se dressait dans le fond de la colline , et les auditeurs s'asseyaient en face , sur des gradins construits avec des pierres ou sur des sellettes pliantes et portatives , qui avaient reçu le nom de sellettes du désert. Le service commençait toujours par le chant du psaume C, qui servait comme d'appel aux fidèles que l'on voyait arriver par familles et par quartiers. Ce lieu , si convenable pendant l'hiver , ne pouvait servir en été ; aussi un second emplacement fut choisi non loin de là. C'était une carrière de pierres à chaux vive , qui s'appelait Y Echo ou Lecques. Là, entre deux rochers perpendiculaires, détruits maintenant par les mines des carriers , se trouvait une

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3^63 vaste enceinte dans laquelle les auditeurs, quel que fût leur nombre , pouvaient se placer à l'abri du soleil , et où Ton n'arrivait que par deux sentiers étroits. Une gravure du temps, reproduite de nos jours par la lithographie , représente avec exactitude cette enceinte vénérable , dont tous les étrangers , curieux d'étudier sur les lieux l'histoire de nos pères , recherchent l'emplacement.

764 A cette époque, où le système oppresseur de l'intolérance tombait en vétusté, Paul Rabaut profita de l'abolition de l'ordre des jésuites, prononcée par un édit rendu en 4764-, pour s'occuper de la délivrance des prisonniers pour cause de religion. Leur nombre, depuis l'origine des persécutions, s'était élevé dans le bagne de Toulon à quatorze cents ; il y en avait encore quarante-huit qui se trouvaient occupés aux travaux de la navigation imposés aux autres forçats, n'ayant pour toute nourriture que du pain noir et de l'eau corrompue, et pour tout vêtement qu'une grossière casaque de toile rouge, avec laquelle ils devaient essuyer toupà-tour le froid de l'hiver et la chaleur de l'été. Rabaut s'associa au pasteur Lafond , chargé de leur faire passer des secours de la part des Etats protestants , "pour les aider à payer leur rançon , qui variait , selon qu'ils étaient avocats , médecins , bourgeois ou gentilshommes, de 1,000 à 3,000 livres. Les deux pasteurs leur cherchèrent des pro-

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lecteurs de haut rang qui pussent solliciter en leur ^"^ faveur; ils en trouvèrent d'abord un dévoué et sincère dans Tévêque de Castres ; et la Providence leur en envoya ensuite un autre dans la personne du margrave de Brandebourg-Bareith-Culmbach , qui vint faire un voyage dans le midi de la France, avec son épouse , sœur du grand Frédéric , roi de Prusse; à son passage à Toulon, les confesseurs dans les fers lui présentèrent un placet, et par son intermédiaire , neuf d'entre eux furent rendus à la liberté. Un dixième dut la sienne à une lettre que ^ Voltaire écrivit au duc de Choiseul ; de leur côté , le duc de Fitz-James , le prince de Beauveau , le comte de Périgord et l'intendant de BalanviUers finirent par obtenir du duc de Saint-Florentin, qui avait dans son ressort les affaires de la religion réformée, qu'il fît tomber les fers des galériens qui la professaient.

Les mêmes efforts furent faits par les mêmes personnes, à l'égard des prisonnières de la tour de Constance , à Aigues-Mortes, il y en avait encore quatorze cette année-là : l'une d'elles, Marie Béraud, était aveugle depuis son enfance, octogénaire et captive depuis trente-sept ans. Deux autres, Marie Rey et Marie Naviliad, avaient été séparées de leurs [ trois enfants depuis vingt-sept ans. Mais celle qui 1 parmi toutes fixait le plus l'attention et inspirait le j plus d'intérêt se nommait Marie Durand , sœur de j Pierre Durand , ministre du saint Evangile , qui avait été pris, jugé et pendu à Montpellier, le 22 avril 4732; et quoiqu'elle ne fût alors âgée que de quinze ans , la tour de Constance l'avait reçue jeune

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5^64 fille, à cause du ministère de ce frère, pour ne la rendre à la liberté qu'au déclin de Tâge, et vieillie moins par les années que par ce morne séjour où s'écoulèrent trente-huit ans de sa vie. C'était une personne extrêmement pieuse, pleine de raison et de lumières , pour laquelle les autres prisonnières avaient une grande considération, quoique plusieurs fussent plus âgées qu'elle , entre autres Anne Gaussaint, de Sommières; Anne Saliége, de Vébron; Marie Robert, de Saint-Césaire ; Marie Meyral, de Meyras; Anne Soleyrol, d'Alais; Madeleine Nivard, de Nîmes; et cependant la différence d'âge était la seule chose qui rompait l'égalité dans ce lieu de terreur.

Marie Durand, à cause de son éducation, était le secrétaire de la triste colonie ; elle entretenait une correspondance suivie avec Paul Rabaut , par laquelle on apprend que la salle ronde qui servait de prison n'était éclairée que par une ouverture située au point central de la voûte , qui laissait pénétrer à l'intérieur le froid , le vent et la pluie. Les pauvres captives, tristement assises le jour sur un banc circulaire de pierre , et couchées la nuit sur de la paille humide , n'entendaient que le bruit lointain des flots de la mer et le sifflement de la tempête sur les lagunes du rivage. Quoiqu'on ne leur fournît qu'une nourriture grossière , qu'on les laissât manquer de vêtements et de chaussures, leur conduite était si humble, leur résigiiation si chrétienne, que le commandant de Rocalte les protégeait , les moines du. couvent des Cordeliers les encourageaient , et le consistoire d'Amsterdam , avec le

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gouvernement des cantons helvétiques , les aidaient <' de leurs subventions pécuniaires. PaulRabaut, pour adoucir leurs souffrances , employa tour-à-tour les démarches , les requêtes et les supplications ; il écrivit au duc de Ghoiseul, au duc de Fitz-James, aux intendants , aux gouverneurs , aux ministres d'Etat , au roi lui-même , mais tout fut longtemps inutile. Le comte de Saint-Florentin resta inflexible parce qu'il était soumis à une influence secrète , dont il ne put jamais, malgré ses tentatives , complètement s'affranchir. A la fin pourtant, le pasteur de Nîmes , par ses instances réitérées , décida le prince de Beauveau à visiter les prisonnières.

Pendant une inspection qu'il faisait des forteresses de la plage, il se rendit à Aigues-Mortes, accompagné de son neveu le chevalier de Boufflers. « Lorsque nous entrâmes dans la tour, dit ce dernier, quatorze femmes y languissaient dans la misère et dans les larmes , privées d'air et de jour. Le commandant, guerrier religieux et philanthrope, dont la noble figure annonçait la majestueuse beauté de son âme, eut peine à soutenir son émotion, et, pour la première fois sans doute , ces infortunées aperçurent la compassion sur un visage humain. Je les vois encore , à cette apparition subite, tomber toutes à la fois à ses pieds, les inonder de pleurs , essayer des paroles et ne trouver que des sanglots ; puis , enhardies par nos consolations, raconter toutes ensemble leurs communes douleurs. Hélas ! tout leur crime était d'avoir été élevées dans la même religion que Henri IV. La plus jeune de ces rnarlyrcs olait âgée de plus de

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