CHAPITRE III
6* complète y que les officiers royaux, les consuls et les gentilshommes n'hésitèrent plus à le fréquenter ouvertement avec les membres de leurs familles. Au reste , il en fut ainsi dans presque toute la France , puisque le cardinal de Sainte-Croix , que le pape y avait envoyé, écrivit à Rome « que le royaume était à demi-huguenot. ]>
Il ne manquait aux protestants nimois que la possession de la cathédrale ; voici de quelle manière ils s'en emparèrent, le dimanche suivant. Ce jour-là , quelques enfants jouant sur la place Saint-Castor, vers les dix heures du matin, furent attirés dans le vestibule de l'édifice par la voix éclatante du prédicateur de l'évêque , qui déclamait avec violence contre les hérétiques ; par suite de la légèreté de leur âge , ils se mirent à le contrefaire, ce qui leur attira un châtiment mérité de la part du bedeau ; mais leurs cris et leurs sanglots attirèrent une foule de passants , qui sortaient du service divin que Viret venait de célébrer dans l'église voisine de Sainte-Eugénie. Le tumulte ne tarda pas à devenir considérable , parce que des provocations imprudentes éclatèrent des deux côtés. Les seigneurs de Cardet et de Saint- Cômes , qui survinrent dans ce moment , entrèrent dans l'église; le peuple les y suivit, sans se rendre compte de ce qu'ils y allaient faire. A leur aspect , Bernard d'Elbenne et son clergé , saisis de crainte, se retirèrent à la hâte et cherchèrent un refuge dans les maisons voisines de la rue du Chapitre. Les protestants se trouvant seuls dans la nef, en brisèrent les images et en démolirent l'au-
tel. Enhardis par l'issue de cette première tenta- <5( tive , il coururent en foule , en sortant de là, dans les églises des carmes , des jacobins , de l'abbaye des religieuses de La Fontaine et de Sainte-Claire , et partout ils détruisirent les ostensoirs , dans lesquels se trouvait exposée l'hostie consacrée, dont l'adoration, selon l'Evangile , est une idolâtrie. Cependant ces dévastations se firent par entraînement , mais sans sédition populaire , de telle sorte qu'aucun habitant ne reçut le moindre dommage en ses propriétés , ni le moindre coup en sa personne. Seulement, l'évêque crut utile à sa sûreté personnelle de partir immédiatement pour Arles (4).
Deux jours après, Viret prêcha dans la cathédrale pour la célébration de la fête de Noël , et y reçut l'abjuration publique de Louis de Montcalm, prieur de Milhau en Rouergue, de l'abbesse de Tarascon et de plusieurs religieuses de l'abbaye de Saint-Sauveur.
Le dimanche, 4 janvier 4562 , deux services de 45 communion furent célébrés dans ce vaste édifice , par Mauget et Martin , aidés de Simon Campagnan, Antoine Copier et Jean Moynier, trois candidats au saint ministère qui venaient de recevoir l'imposition des mains ; et ce jour-là près de sept à huit mille communiants s'approchèrent de la sainte table, ayant à leur tête les membres du consistoire , les magistrats et les consuls revêtus de leurs robes rouges et de leurs chaperons.
(1) Journal anonyme, cité par Ménanji, Preuves hist., U ÏV, — Arcb, du présidial.