CHAPITRE XXIY
•779 laps de temps il s'était rendu recommandable autant par la douceur de son caractère que par l'exercice de la charité. Aussi Rabaut- Saint- Etienne , se plaçant au-dessus de cet esprit étroit qu'engendrent ordinairement les sectes et les divisions religieuses , ne vit en lui qu'un homme de bien et écrivit son éloge.
Le comte Boissy d'Anglas , qui habitait alors la ville de Nîmes , fit parvenir cet opuscule au célèbre littérateur La Harpe , qui lui répondit : « Vous m'avez envoyé un excellent écrit ; voilà la véritable éloquence , celle de l'âme et du sentiment ; on voit que tout ce qui sort de la plume de l'auteur est inspiré par les vertus qu'il célèbre ; je vous prie de remercier votre digne ami. »
1780 En 1780 , la cause de la tolérance avait déjà trouvé de puissants avocats. Malesherbes préparait ses deux célèbres mémoires sur le mariage des protestants ; et le savant de Rulhière travaillait , sur l'invitation du baron de Breteuil , à a ses éclaircissements historiques sur les causes de la révocation de l'édit de Nantes. » Aussi le calme régnait partout, ce qui permit au consistoire de Nîmes de prendre des mesures pour l'inhumation des morts.
«'Î84 Jusque-là, les fidèles de cette Eglise, n'ayant jamais possédé, depuis 1685, de cimetière particulier, s'étaient trouvés dans l'obfigation de faire les ensevelissements de nuit , en cachette , dans le sol des maisons, jardins ou enclos, situés soit dans la ville soit dans les faubourgs. Pour faire cesser les inconvénients qui résultaient de cet état de choses ,
446 HISTOIRE DE l'ÉGLISB RÉFORMÉE DE NIMES.
un terrain, situé sur le chemin d'Alaîs, à proximité ^'^^ des deux lieux de réunion, YEcho et V Ermitage y fut convenablement disposé pour en faire un cimetière, protestant, et les convois funèbres, pour la première fois depuis plus d'un siècle, parcoururent la ville, en 1781.
L'année suivante , il devint possible d'ouvrir des ^"^^ écoles primaires, et un cours public de catéchisation que le proposant Gachon fils dirigea.
Le culte public se célébrait encore au désert , ^^^ mais, en 1783 , le lieu des assemblées fut rapproché de la ville et établi derrière le temple de Diane.
Court de Gébelin mourut le 10 mai 1784, et les ^"^ Eglises , n'ayant plus dès ce moment de représentant légal dans la capitale , Rabaut-Saint-Etienne forma le projet de s'y rendre , pour réclamer personnellement auprès du roi la concession d'un état civil pour les protestants. Son départ offrait cependant des difficultés , car son père , arrivé à la soixante-dix-septième année de son âge et à la cinquantième de son ministère, avait besoin de repos ; — aussi demanda-t-il, non pas sa démission-, ni sa retraite, mais seulement à suspendre par nécessité ses fonctions pastorales.
Le consistoire, assemblé, le 10 octobre 1785, pour 4T| délibérer sur ce cas nouveau et important , vou- -' lant témoigner sa juste reconnaissance, sa vénération et son amour à ce vieux patriarche du désert, et le mettre en même temps en état de soigner sa santé que ses travaux si pénibles avaient altérée , lui accorda une pleine et entière liberté , relativement à l'exercice des fonctions de son ministère ,