CHAPITRE XXiV
"7^ le laissant désormais le maître de s'en abstenir, lui conservant néanmoins pendant sa vie le titre , les droits et les honoraires de pasteur de TEglise de Nîmes, tels qu'il en avait joui jusqu'alors, sans que cela pût toutefois tirer à conséquence pour Tavenir. Comme dans la même séance , pour remplir le vide que la vétérance accordée au pasteur octogénaire allait occasionner dans l'Eglise, le consistoire adressa vocation à Adrien Vincent (1) , il devint facile à Saint-Etienne d'exécuter la résolution qu'il avait précédemment prise de se rendre à Paris. Il y fut encouragé par le marquis de Lafayette , qu'il eut occasion de voir à Nîmes après son retour d'Amérique , où il avait signalé son dévouement héroïque pour la cause de l'affranchissement des peuples, à la suite de la publication que le congrès général des députés de toutes les colonies , assemblé à Philadelphie en 1776, fit de l'acte d'indépendance , par lequel il se constitua puissance libre et affranchie de la domination anglaise.
1786 Saint-Etienne partit pour la capitale dans le mois de janvier 1786, après avoir consulté les Eglises , qui lui donnèrent un mandat spécial pour plaider en leur nom auprès du gouvernement leurs intérêts communs ; celles de Montpellier, de Marseille,
(1) Il dtait fils de Paul Vincent, pasteur à Nîmes de 1760 à 1762, et exerçait son ministère à Uzés.
de Bordeaux et de Nîmes subvinrent aux frais de ^'^^ ce voyage important. « Déjà le parlement de Paris avait reçu des propositions de plusieurs de ses membres sur la concession d'un état civil pour les réformés et ne les avait pas repoussées. Il y avait dans le conseil du roi des magistrats distingués par leurs talents et leur influence qui paraissaient disposés à appuyer cette noble cause, déjà gagnée dans l'opinion publique par les écrits des philosophes et des hommes de lettres les plus célèbres. L'impulsion était donnée , et il semblait qu'il n*y avait plus qu'à se laisser conduire par elle. Les conseils et la protection du marquis de Lafayette , à qui ses belles actions assuraient, bien plus que son rang et sa naissance, une grande influence sur les dépositaires de l'autorité royale, ne manquèrent pas à Rabaut-Saint-Etienne, pour solliciter ce grand acte de justice que réclamait dans le même temps, avec tout Tascenflant de sa renommée ou de sa vertu, le sage et immortel de Malesherbes (1). »
Deux années presque entières se passèrent cependant en démarches oflîcielles et en conversations intimes entre ces hommes éminents et le baron de Breteuil, de Bretignères et de Robert-Saint-Vincent, au bout desquelles ils obtinrent l'édit de novembre 4787 , qui commença d'absoudre la nation de la <W grande erreur de Louis XIV.
Cet édit proscrivait toutes les voies de violence qui sont aussi contraires aux principes de la raison
(1) Boissy d'Anglas , notice sur Rabaul-Saint- Etienne , précédant son édition du Vieu^ Cévenol, p. xix.