CHAPITRE XXIV
787 et de rhumanité qu'au véritable esprit du christianisme, et accordait aux protestants ce que le droit naturel ne permettait pas de leur refuser : l'autorisation de faire constater civilement la naissance de leurs enfants , la bénédiction de leurs mariages et l'inhumation de leurs morts, afin de jouir des droits sociaux qui en résultent.
788 L'exécution de ce bienfaisant édit ayant suivi de près sa promulgation, puisqu'elle fut faite dans le mois de mars 1788, tous les réformés se rendirent en masse chez les juges royaux , pour faire enregistrer leurs mariages et légitimer leurs enfants. Les pères et les mères étaient accompagnés de leurs fils et de leurs filles , et des larmes de joie coulaient de ces yeux accoutumés depuis si longtemps à n'en verser que de tristesse et de douleur. C'était là-, sans doute, un pas immense fait dans la carrière de l'équité, si cruellement violée pendant un siècle tout entier ; mais ce n'était pas tout, car
1789 il fallut la révolution de 1789 pour établir dans son ensemble ce que demandait cette équité ellemême.
Elle avait été préparée par le cours des choses humaines , et la convocation des Etats-Généraux la proclama. Rabaut-Saint-Etienne fut le premier élu des huit députés que nomma la sénéchaussée de Nîmes. Il venait de publier des considérations sur les droits et sur les devoirs du tiers-état ; cet opuscule montra qu'il était digne de la confiance publique dont il fut honoré. « Il ne démentit jamais, dit Colin de Plancy , les sentiments qu'il avait manifestés dans cet ouvrage ; il voulait la régénération
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de la France, mais sans troubles et sans excès. Ses ^' principes étaient modérés , car on peut aimer la liberté sans fanatisme. Il désirait la paix , cependant il demandait que l'ordre social fût recomposé sans secousses violentes (1). »
11 quitta sa place de pasteur de Nimes dans le mois d'avril , ce qui serra de tristesse le* cœur de son vieux père, qui ne le vit qu'avec un pressentiment de malheur abandonner la carrière pastorale où il avait acquis une si grande considération, pour embrasser celle de la politique qui , à cette époque, présentait de si grands écueiis. Pendant la durée des séances de l'Assemblée nationale, Saint- Elienne prononça sept discours d'une éloquence aussi douce que persuasive. Le plus remarquable de tous est, sans contredit, celui du 28 août, dans lequel il plaida la cause de l'égalité des cultes religieux. Jamais langage pareil n'avait été tenu à la tribune publique , aussi eut-il un long retentissement au-dehors , et les deux millions de protes^ tants qui existent encore lui doivent l'émancipation de leur conscience et la liberté de leur culte.
Il présenta l'édit de 4787 comme une loi plus célèbre que juste, qui n'avait accordé aux noncatholiques que ce qu'on n'avait pu leur refuser ; il les dépeignit comme couverts encore d'humiliations et d'outrages , proscrits dans leurs pensées , coupables dans leurs opinions , privés de la liberté de professer leur culte, réduits à le célébrer dans les déserts , exposés à toutes les intempéries des
(1) Préface des Œuvres de liabaut-Saint-Etienhe.