‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 197 sur 227 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

^^^ A ces épreuves domestiques, Paul Rabaut vit se joindre des malheurs publics. L'esprit révolutionnaire fit de rapides et funestes progrès. Les besoins pécuniaires de l'Etat devinrent si pressants , que tous les citoyens furent appelés à faire le sacrifice de tous les objets d'or et d'argent dont ils avaient la jouissance. Le consistoire ne resta pas en arrière; le 16 frimaire an II (6 décembre 1793), il fit déposer entre les mains de la municipalité , par une députation composée de deux pasteurs et de trois anciens , les deux paires de coupes d'argent qui servaient à la célébration de la sainte cène, comme un hommage qui, quoique offert à la patrie , remontait cependant au Dieu protecteur des nations libres.

Les événements politiques se compliquèrent de jour en jour, à tel point qu'ils donnèrent naissance à la loi révolutionnaire qui porta les plus graves atteintes à plusieurs articles des lois constitutionnelles précédemment faites , en réunissant tous les cultes en un seul, sous le titre impie de e culte de la raison » , qu'on transforma pourtant bientôt après , par une sorte de pudeur, eh celui de « culte de l'Etre suprême. » Les temples chrétiens furent indistinctement fermés, et les ministres de toutes les religions proscrits.

94 Jean Borie, représentant du peuple, par un arrêté rendu le 16 prajrial an II (juin 1794) , ordonna aux prêtres catholiques et aux ministres protestants de toutes les communes du département du Gîird de s'éloigner, sans délai, à vingt lieues de distance des Eglises au sein desquelles

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ils avaient exercé leurs fonctions, sous peine d'être ^"^9^ réputés suspects et traités comme tels. Par suite de ces moyens d'intimidation , Jean Gachon et Adrien Vincent rentrèrent dans la classe commune des citoyens ; le consistoire ferma le temple , ouvert depuis deux ans, et en rendit les clefs au receveur des droits d'enregistrement.

Les arrestations personnelles décimèrent les familles; Paul Rabaut ne fut pas oublié ; Borie le fit traîner en prison , sans respect pour sa vieillesse et sans égards pour ses infirmités. Comme il lui était impossible de marcher, on le fit transporter à la citadelle sur un âne, et il eut pour cortège une foule déboutée de sans-culottes , qui l'accabla pendant tout le chemin d'injures et de malédictions. Là , le vieillard proscrit , qui avait échappé à tant de périls, à tant de recherches, à tant de menaces de captivité , d'exil , de galères et de mort, ne put que gémir et que prier ; mais il pria avec foi, avec confiance et avec amour , sachant que quiconque veut régner avec Jésus-Christ dans le ciel, doit souffrir corpme lui , avec lui et pour lui sur la terre.

Cependant quelques anciens , qui avaient eu le bonheur de se soustraire à l'orage , prirent la résolution d'user de fermeté et de ne pas abandonner le soin de leurs coreligionnaires pauvres. Dans ce but, ils leur distribuèrent hebdomadairem.enl la somme qui était restée dans la caisse du consistoire à l'époque de sa dissolution, et lorsqu'elle fut finie , ils réussirent par leurs démarches à faire entrer à l'hôpital général les infirmes qui

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