CHAPITRE tit
*562 de Rohan en Dauphiné , et Dandelot dans l'île de France.
L'Eglise de Paris envoya Chanterenard à Nîmes , pour engager les protestants du Languedoc à entrer dans cette ligue ; ses lettres de créance , signées par Théodore de Bèze , furent lues dans une séance générale convoquée chez Jean Bertrand.
Charles de Barges , juge lieutenant de la ville et du gouvernement de Montpellier, la présida; elle commença par choisir Antoine de Crussol pour gouverneur et protecteur du pays; et comme le comte résistait depuis longtemps aux instances des réformés qui le sollicitaient de se mettre à leur tête , parce qu'il craignait d'être considéré par le roi comme rebelle , pour vaincre ses scrupules , l'assemblée arrêta : « que les habitants des villes et autres lieux du Languedoc feraient serment d'être fidèles au gouvernement , et qu'ils en certifieraient le comte de Crussol aussitôt qu'il aurait accepté le commandement. »
Après la clôture de la séance , une députation se rendit auprès du comte dans son château de Charmes en Vivarais , pour le prier d'accepter la charge de chef et de conservateur du pays sous l'autorité du roi jusqu'à sa majorité ; ce à quoi il consentit , à condition que l'assemblée jurerait, au nom des protestants, de demeurer sous l'obéissance de Charles IX ; de ne tenir aucune réunion sans la présence d'ojQSciers royaux ; de ne faire aucun règlement sans l'approbation des gens du roi, et d'observer inviolablement les lois politiques du royaume, conditions. que François Arson, notaire
46 HISTOIRE DE l'ÉGLISB RÉFORMÉE DE NIMES.
royal à Nîmes, et Jacques Rosseal , notaire royal à *5i Uzès, consignèrent dans un procès-verbal authentique (4).
Après ce traité, Crussol se rendit à Nîmes , y établit son frère Baudiné pour gouverneur , et comme il était un homme loyal , il tint tout ce qu'il avait promis , quoique au fond du cœur il fût un fervent catholique , malgré que sa femme fût convertie.
Le lendemain de l'arrivée de Crussol se trouvait le jour de Pâques ; Jacques de Chambrun , qui était arrivé de Genève, monta en chaire pour la première fois. L'assemblée', composée de plus de six mille personnes , s'était réunie , vu l'insuffisance de tout local particulier pour la contenir , dans le fossé de la ville, du côté des Calquières. Elle ressemblait tellement à un camp retranché , que le comte de Crussol , qui passa sur les lieux, éprouva à son aspect de sérieuses alarmes, croyant qu'il s'agissait d'une sédition. Mais cette multitude n'était réunie que pour faire sa paix avec Dieu dans le sacrement de la sainte cène. Cette cérémonie allait commencer , lorsque tout-à-coup l'image du soleil s'étant réfléchie dans un nuage , le plus étonnant parélie attira tous les regards stupéfaits , et comme en même temps l'arc-en-ciel parut sur l'horizon et s'y montra plus d'une demi-heure, le peuple , qui ignorait la cause de ces phénomènes astronomiques, en conçut aussitôt une crainte superstitieuse et se retira en désordre,
(1) Il se trouve dans les preuves de V Histoire de Ménard.