‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 34 sur 227 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

56 être gages et marreaux. » Par suite des peines ecclésiastiques , dont la plus ordinaire était la sus-. pension de la sainte cène, il était devenu indispensable de prendre une mesure , pour que ceux qui avaient été interdits ne s'approchassent pas de la sainte table ; dès-lors , nul ne pouvait communier sans avoir reçu d'un pasteur une médaille de plomb ou de terre cuite , appelée marreau ou marque, qu'il remettait entre les mains de l'ancien, chargé de la recevoir.

^7 L'Eglise de Nîmes , ainsi constituée d'après les prescriptions de la discipline générale déjà en vigueur dans tout le royaume , à laquelle le cinquième synode national , tenu à Paris le 25 décembre 4565, sous la présidence de Nicolas Des Galars, pasteur à Orléans, avait ajouté plusieurs additions, ne cessait de faire des progrès rapides en admettant des néophytes sortis des rangs du clergé romain , que les décisions du concile de Trente , ouvert en 4545, mais clôturé seulement le 4 septembre 4563, en avait détachés; c'est ainsi que cinq chanoines de la cathédrale se présentèrent collectivement au consistoire et demandèrent à faire abjuration de la messe pour embrasser les pratiques du culte évangélique. Cet événement, grave en lui-même, à cause de sa nature et surtout de ses conséquences, occasionna un procès devant l'oflicial , qui prononça contre les transfu-

ges un arrêt de condamnation. Mais , sur l'appel *S67 qu'ils interjetèrent devant le conseil du roi, ils obtinrent la permission de résigner les prieurés dont ils étaient titulaires à qui leur semblerait bon (1).

Cette affaire terminée , il s'en présenta une plus générale, beaucoup plus importante, qui a eu un long retentissement dans l'histoire; je veux parler de la collision sanglante que l'esprit de parti sus- /îita le 30 septembre 4567 , et qui est connue sous le nom populaire de Michelade, parce qu'elle eut lieu le jour de la Saint-Michel.

Les historiens protestants n'en ont pas parlé. La Popelinière, qui est le plus fidèle de tous, n'en dit pas un mot dans son Histoire de France, quoiqu'il raconte d'autres faits arrivés à Nîmes qui sont beaucoup moins saillants que celui-là. Ce silence n'est pas un argument suffisant pour le nier ; car après les arrêts du parlement de Toulouse , un historien impartial ne saurait le faire ; mais il sert seulement à établir que les documents que nous avons dû consulter pour en préciser la nature et en décrire les détails sont tous fournis par des adversaires de la Réforme et empreints par cela même d'inexactitude ou d'exagération.

Voici d'abord textuellement ce qu'en dit Nostradamus , dans son Histoire chronique de la Provence : « Dans les premiers jours d'octobre , on vit fondre cette grande tempête sur Nîmes, où furent cruellement passés par le fil de l'épée et

(1) Hisi. gén. du Languedoc , t. V, p. 270.

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^7 inhumainement égorgés un grand nombre de catholiques par ceux de cette religion si sanglante et difformée, lesquels de rage forcenée jetèrent un religieux observantin dedans un horrible puits avec quelques autres bons prêtres , parce que seulement il prêchait une plus saine, ancienne et toute autre doctrine que la leur. »

Dom Vaissette dit à son tour (4) : m L'action barbare et odieuse des protestants de Nîmes coûta la vie à beaucoup de leurs coreligionnaires que les catholiques égorgèrent par représailles. » La Miche- Iode fut donc un épisode sanglant de la guerre civile que Catherine de Médicis , la nièce de Clément VII , la femme de Florence , nourrie des maximes de Mathiavel, avait rallumée dans toute la France en devenant l'âme d'un gouvernement qui ne tendait qu'à pervertir toutes les notions de la justice et à méditer la ruine complète des protestants, dont le nombre était de quinze à seize cent mille , c'est-à-dire un peu plus du dixième de la population totale. « A cet effet, et sous le prétexte d'empêcher l'armée du roi Philippe II d'Espagne de traverser la France pour aller réduire les Pays-Bas , la reine-mère avait fait venir six mille Suisses et annoncé qu'elle en donnerait le com-

• mandement à Condé. Mais, en secret, elle décida l'arrestation du prince et permit au duc d'Albe de traverser la Bourgogne avec son armée. Dès-lors les chefs protestants , Condé et Coligny, reconnurent qu'ils étaient joués et préparèrent une défense

.(1) Hist* gén, du Languedoc,

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énergique. Us formèrent le projet d'enlever le roi ^S61 et la reine mère à Monceaax-en-Brie , où résidait la cour. Mais celle-ci , étant avertie à temps , se retira à Meaux, de là à Paris ; Condé la suivit, inquiéta sa retraite, s'établit à Saint-Denis et menaça la capitale (4). Les protestants se levèrent de toutes parts, et la seconde guerre de religion commença. Au moment où les habitants de Nîmes , comme tous leurs coreligionnaires , étaient sous les armes, il se passa dans leur ville un fait trèsgrave qui exaspéra les esprits,

Damville s'y rendit à la fin de septembre pour assister à l'élection annuelle des consuls; et, quoique les réformés fussent les plus nombreux et les plus influents, il furent exclus satos exception de cette charge par ordre de la cour , alors que l'administration civile se trouvait depuis plusieurs années entre leurs mains. Quatre consuls catholiques furent donc élus , et Gui-Rochette , le premier d'entre eux , s'établit dans le château royal et se fit garder par une compagnie de soldats. A cette occasion , une collision ouverte éclata entre le capitaine Lagarde qui la commandait et le capitaine Suau de Bouillargues qui était à la tête de la milice bourgeoise; elle devint sanglante par suite de l'événement suivant. «

C'était le 30 septembre, second jour de la foire de la Saint-Michel. Vers six heures du matin , quelques Albanais de l'escorte de Damville, se trouvant hors des remparts , rencontrèrent une

(1) Drioii, HisL chron de l'Egl. prot. de France » t. I , p. 113.

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