CHAPITRE YI. 9S
>B6 son frère Jean, qui était déjà bien avancé dans rétude des belles-lettres , par le double motif que la famille de FalgueroUes était nombreuse , et que l'attente que Ton avait conçue, que le duc de Montmorency viendrait à son secours par le don de dix muids de sel, n'avait pas été réalisée. La compagnie, touchée de ces raisons , agréa cette substitution, avec cette clause que Jean de FalgueroUes promettrait de desservir l'Eglise de Nîmes dont il allait devenir le boursier, lorsqu'il serait revêtu du caractère sacré de ministre du saint Evangile.
i87 Au commencement de 1587, la peste sévit avec rigueur dans la Vannage ; et la ville de Nîmes n'en fut préservée, que parce que toute communication fut sévèrement interdite entre les Vaunajols et ses habitants.
Aux ravages de ce fléau se joignaient encore ceux de la guerre civile , qui se poursuivait partout sans succès éclatants : en Languedoc , par le duc de Montmorency ; en Dauphiné , par Lesdiguières ; en Guyenne, par le roi de Navarre lui-même. Ce prince ayant quitté cette province pour s'avancer vers la frontière de la Bourgogne , afin d'y joindre les reîtres que les princes allemands, dont Théodore de Bèze avait ranimé la foi, envoyaient au secours de son armée, rencontra Anne, duc de Joyeuse, qui commandait l'armée royale, et lui livra bataille à Centras , en Périgord , le 20 octobre suivant. Le Béarnais n'avait à opposer à la multitude des jeunes courtisans , à la tournure dégagée et aux armes étincelantes qui la composaient , que quelques milliers de soldats, mal vêtus, mais armés
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d'une bonne épée et d'une solide cuirasse. Au mo- *W ment du combat , ils fléchirent le genou en terre et chantèrent en chœur le psaume CXVIII ; puis, se relevant avec résolution et avec courage , ils attaquèrent leurs adversaires, les mirent en fuite, et le duc de Joyeuse fut froidement tué par La Molhe Saint-Heray. « 11 n'y â que des guerres de religion , dit Hènault , où l'on voit de semblables meurtres; le duc de Guise périt ainsi devant Orléans, le prince de Condé à Jarnac, le maréchal de Saint- André à Dreux, et le connétable de Montmorency à Saint-Denis. (4) »
Le roi de Navarre, après s'être montré aussi humain et généreux à la suite de la victoire, qu'il avait été brave et intrépide pendant l'action , ne put cependant poursuivre son triomphe , parce que l'armée allemande qui venait à son secours fut repoussée avec grandes pertes , à Vinori , en Gatinois, et à Aulneau, en pays Chartrain, par le duc de Guise, et que la sienne fut obligée de se dissoudre faute d'argent pour la solder.
Par suite de cet embarras pécuniaire , il écrivit le 42 novembre aux consuls et au consistoire de Nimes , pour les inviter à lui fournir les secours nécessaires à la conservation des Eglises , comme à l'avancement de la gloire et du service de Dieu en France. Cette lettre fut apportée par le capitaine Merle , et pour qu'elle produisit son effet immédiat, Henri chargea, de plus, Antoine de Chandieu, pasteur de Paris, qui se trouvait alors
(1) Drion, HisU chronoL de VEgh protesU, t. I, p 166.