CHAPITRE VU
604 pagnîe du consistoire de Nîmes , « que Dieu Tayant éclairé par son Saint-Esprit et amené par ses lumières à la connaissance de TEvangile , il avait résolu dans son cœur d'en faire la profession publique , ]> et il demanda dans ce but son admission dans TEglise réformée. Puséri n'était pas connu ; il fallait donc s'enquérir de ses mœurs , de sa vie , du degré de ses convictions religieuses et des motifs qui lui avaient fait abandonner une Eglise dans laquelle il exerçait un sacerdoce si élevé ; ce soin fut confié à quatre pasteurs du colloque , et son admission fut renvoyée à l'époque où ils rendraient le témoignage que son instruction et sa foi seraient suffisantes.
L'académie fit à cette époque l'acquisition d'Alizier de Langlade , natif de Sainte-Foy-la-Grande , qui occupa la chaire de langue hébraïque. — Et le consulat décida , le dimanche 4 avril , qu'à l'avenir, lors de la célébration des fêtes solennelles, les membres qui le composaient ne viendraient au temple qu'en cortège et ne s'approcheraient de la table sainte pour y communier que revêtus de leurs robes rouges et de leurs chaperons (1).
605 En 1605 , un douloureux événement remplit les cœurs d'une profonde tristesse ; l'absence de Moynier ayant exigé l'appel d'un pasteur par provision, Mercat fut désigné par le colloque. Sa foi était vive , sa prédication onctueuse , son caractère doux , sa conversation aimable. Aussi s'était-il attiré l'afiection de tout le troupeau, lorsque, quatre
(1) Arch, de Thôtel de ville, dix-huitième siècle , p. 459.
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mois après son arrivée , il mourut subitement en ^W chaire , lui laissant à consoler une veuve et des enfants , que le consistoire se hâta de dédommager des frais extraordinaires qu'avait occasionnés le déplacement d'une famille nombreuse , « qu'il recommanda à Dieu et à la Parole de sa grâce. »
L'année suivante, le synode provincial de Som- 460 mières , vivement affligé de ce que , à la suite d'un arrêt rendu par le sénéchs^ de Beaucaire , le culte public avait été suspendu dans cette ville, chai^ea le consistoire de Nîmes de l'y rétablir, malgré l'opposition que les consuls et les catholiques de cette sénéchaussée manifestaient ouvertement. L'affaire était sérieuse et grave. Aussi ce corps , pour agir avec sûreté , décida-t-il de le faire avec prudence. Pour cela , il attaqua l'arrêt devant le présidial , et eut la satisfaction de le faire casser comme injuste et contraire aux édits.
Une question sans précédents fut bientôt débattue dans son sein. Deux comédiens de Paris^ qui étaient venus donner des représentations théâtrales à Nimes , se présentèrent à sa séance du 24 mars pour demander l'autorisation de participer à la sainte cène , se fondant sur ce qu'ils appartenaient l'un et l'autre à la religion réformée, de quoi ils avaient donné la preuve en assistant régulièrement depuis leur arrivée au service divin, ce que plusieurs personnes de leur connaissance pouvaient au besoin certifier verbalement ou par écrit. Le consistoire, sans confondre l'homme avec sa profession , pensa cependant qu'elle exerçait une grande influence autant sur ses sentiments que
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»06 sur sa conduite , et dès-lors , pour ne pas encourager les amusements profanes par une trop grande indulgence , il résolut d'observer ponctuellement .les prescriptions disciplinaires , et de refuser par cela même aux comédiens les manteaux qui pouvaient leur donner accès à la table eucharistique. Celte rigueur de la discipline fut encore appliquée à un ancien , à la nomination duquel le corps entier s'opposa , parce que , pendant qu'on chantait dans le temple ce vers du psaume CXVl : « Retourne donc en ton repos , mon âme ! » il avait dit à son voisin que ces paroles de David établissaient le dogme du purgatoire; ce qui ayant été répété par ce dernier , le fit soupçonner d'avoir un penchant secret vers le catholicisme , et ce ne fut qu'après une enquête qui démentit le soupçon qu'il put prendre possession de son emploi.
607 Le dix-huitième synode national (1), réuni le 2 avril 1607, prit connaissance des lettres échangées entre le pasteur de Nîmes et le professeur de Herborn, et, après cet examen, il somma, au nom du Dieu vivant, tous les pasteurs de s'en tenir à la même forme de doctrine qui avait été enseignée Jusque-là, conformément à TEcriture-Sainte , savoir : « que toute l'obéissance de Christ, en sa vie et en sa mort, nous est imputée pour l'entière rémission de nos péchés, et pour notre parfaite justification, comme n'étant qu'une seule et même obéissance, dont l'acceptation que nous nous
(1) Il se réunit, pour la troisième fois, à La Rochelle , et eut pour modératear Michel Béraud , pasteur à Montauban.
en faisons par la foi , nous rend participants à la ^^^"^ vie éternelle. »
Pour prendre connaissance de cette sommation et pour y jurer obéissance , tous les pasteurs du bas Languedoc, au nombre de quatre-vingts, furent * réunis à Nîmes; Jean Chauve, pasteur à Sommières, qui les présida, leut fit promettre, en tenant tous ensemble les mains levées au ciel, d'enseigner toute leur vie cette doctrine à leurs troupeaux. Après quoi il les exhorta, au nom du synode , « à s'abstenir dans leurs prédications de toutes façons étranges et non convenables à Tédification , comme allégories faites à plaisir, allégations des histoires païennes et poétiques , mélange de langues , trop fréquentes citations des anciens docteurs, et choses semblables. 3>
Sur ces entrefaites , Aubus, qui avait été nommé principal du collège en 1600, quitta cette place pour re^urner à Orange , sa patrie ; il eut pour successeur Pierre Cheyron, avocat et docteur, qui s'adjoignit quatre régents écossais (1), qui étaient sortis de leur pays à cause de la guerre civile qui le désolait, par suite de l'introduction que Jacques 1er, roi d'Angleterre, venait d'y faire de l'Eglise épiscopale, avec une partie des pompes du culte anglican. C'étaient des hommes connus par leur érudition et leur fidélité à l'Evangile; aussi communiquèrent-ils, de concert, à cet établissement, une irapulsion vigoureuse de développement et de progrès.
(1 ) Ils se nommaient Thomas Dempster , Adam Abrenethée , Jacques Combarius et Hugues Piantré.