CHAPITRE VIII
Jacques Pineton de Chambrun. — François Murât. — OUivier. — Jean Cottelier. — Procédure ecclésiastique dirigée contre Jérémie Ferrier.
En 1609, Moynier ne pouvant plus vaquer à ses H fonctions, l'assemblée mixte des trois corps décida la création d'une quatrième place de pasteur, et Jacques Pineton de Chambrun fils fut appelé à la remplir. Le synode le confirma en qualité de pas* teur ordinaire, le 20 du mois de mai.
A cette époque, Ferrier était de retour de Paris. Gomment s'y était-il conduit? Il y avait montré un esprit également fier, volage et sans foi, et, soit qu'il fût gagné par la cour pour trahir son Eglise , ■ soit qu'il fût si absolument possédé par les jésuites, j avec lesquels il avait eu de fréquentes relations, '^ il était sorti de la capitale sans prétexte et sans ^ prendre congé de ses collègues, qui lui avaient ^ pourtant fait un accueil fort civil et fort honorable, ^ — Mais comme il avait beaucoup de crédit à Nîmes " par ses amis et par les recommandations qu'il ap- . porta des ministres du roi, il fut envoyé comme
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09 député de la province du bas Languedoc au dixneuvième synode national, qui se réunit à Saint- Maixent, du 25 mai au 19 juin, sous la présidence de Jacques Merlin, pasteur à La Rochelle.
40 A son retour, il assista à la délibération qui fut prise définitivement, le 14 avril 1610, de bâtir un second temple. Des lettres patentes autorisèrent les réformés à s'imposer par capitation et à construire rédifice à côté du collège. Les travaux commencèrent sans retard et furent finis Tannée suivante à la fête de Pâques , jouç où Ton fit la dédicace de cette maison de prières si nécessaire et si désirée depuis longtemps.
Un mois après cette grande décision, et jour pour jour, c'est-à-dire le 14 mai suivant, un affreux attentat, préparé dans Tombre, plongea dans la stupéfaction et dans le deuil la France tout entière. . Henri lY fut assassiné par Ravaillac, qui lui enfonça par deux fois, dans la poitrine, le couteau homicide, dans le but de délivrer le trône de France « d'un excommunié et d'un hérétique. » On soupçonne que l'influence des jésuites ne fut pas étrangère à ce forfait. Nous savons par une lettre que Jacques Bongars , le savant critique , écrivit au docteur Zvinger, médecin àBâle (1), quelle fut l'alarme qui se répandit dans toutes les Eglises ; les circonstances la justifiaient; le successeur du Béarnais, Louis XIII, n'avait que huit ans et demi, et sa mère, nommée régente , s'appelait Marie de Médicis ; elle était donc
(1) Elle se trouve dans le Bulletin de la Société du protesta fr an., Z^mkédy 1855, p. 541.
de la même famille que celte Catherine, de terrible ^^^^ mémoire, et, de plus, son caractère , comme celui de son aïeule, se distinguait par son ignorance profonde, son fanatisme aveugle et sa vengeance haineuse. Quelle confiance les réformés pouvaientils avoir dans son pouvoir et dans sa bonne foi?
Pourtant ceux de Nîmes ne tardèrent pas à être rassurés; Montmorency-Fosseux leur fut envoyé, pour leur apporter une déclaration du 24 mai , confirmant purement et simplement les dispositions contenues dans Tédit de Nantes. Cette communication officielle décida le conseil à garder la ville sous l'obéissance du successeur du bon Henri, et comme cette garde était confiée aux réformés seuls, il jugea nécessaire, pour montrer aux catholiques le désir sincère que ces derniers avaient de continuer à vivre en paix et en concorde , d'envoyer une députalion au président de Rochemaure et à révêque Pierre de Valemod (qui avait succédé à Raymond Cavalési en 1598), afin de leur donnel* la certitude que non-seulement dans cette circonstance critique et alarmante pour tous , il ne serait fait le moindre tort à personne, soit sous le rap- * port religieux , soit sous le rapport temporel , mais ; qu'encore tout désordre, de quelque nature qu'il \ fût , serait autant que possible prévenu ou du moins | réprimé. Les catholiques, touchés de la spontanéité de cette démarche, l'accueillirent, comme elle devait l'être, par des promesses d'union et de fraternité sincères (1). Le duc de Ventadour, informé *
(1) Ménard, t. V, p, 345.