‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 63 sur 227 · CHAPITRE VlII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlII

û de cette heureuse disposition des esprits, écrivit d'Agde une lettre aux consuls pour les en féliciter (1).

Le mois d'août suivant fut encore une époque de deuil pour TEglise : Jean Moynier mourut à Tâge de soixante-quatorze ans , et François Murât, du Valentinois , fut choisi pour le remplacer.

14 L'assemblée politique tenue à Saumur, le 27 mai 1611, fut l'occasion où Jérémie Ferrier manifesta ostensiblement ses intentions hostiles et ses projets odieux. La réunion était nombreuse et solennelle, parce qu'il s'agissait d'y régler tout ce qui concernait la religion , la justice et les places de sûreté ; Duplessis-Mornay en fut nommé président, malgré la postulation violente du duc de Bouillon. Ce choix était caractéristique et annonçait que les passions politiques,, excitées par la disgrâce de Sully, qui avait été privé de la direction des finances ainsi que de la garde de la Bastille , seraient subordonnées aux intérêts religieux. Les principaux seigneurs du parti protestant se trouvaient an nombre des soixante-dix députés, parmi lesquels Henri Ardouin, seigneur de La Calmette, représentait le conseil de la ville de Nimes, et Ferrier le consistoire.

[ Deux opinions parfaitement tranchées y furent débattues. La première était que les protestants devaient avoir la jouissance de l'édit de Nantes , td qu'il avait été expédié ; la seconde était , au contraire, qu'ils devaient demeurer dans les ter-

[\) Ménard, preuve 75, p. 234.

mes de Tédit, d'après la modification qui en avait 1< été faite par les parlements du royaume. Henri de Rohan , qui était à la fois grand homme d'Etat et éloquent orateur politique , soutint l'une , et prouva que la gloire de Dieu et la sûreté des Eglises dépendaient de la manière ferme avec laquelle on demanderait l'admission à toutes les charges et le droit de pourvoir à la bonne tenue des villes d'otage. — Ferrier, à son tour, qui avait de la science, assez de courage, l'esprit vif, l'imagination enflammée et une grande facilité de parole, se déclara le véhément défenseur de l'opinion contraire , et demanda, avec les commissaires envoyés par la cour, que l'assemblée , après avoir dressé ses cahiers de plaintes et nommé les six candidats à la députation générale , se séparât incontinent. 11 employa , pour soutenir son avis restrictif des libertés religieuses, des expressions tellement provocatrices et menaçantes qu'il souleva contre lui l'indignation de presque tous ses collègues ; de telle sorte que , pour éviter l'éclat , il quitta l'assemblée avant la clôture de ses séances et retourna à Nîmes , sous le prétexte que son fils et sa belle-mère étaient malades.

Son retour fit courir dans la province des bruits fâcheux sur son compte ; on l'accusa d'avoir reçu des gratifications de la reine-mère pour trahir ses coreligionnaires , parce qu'il venait d'acheter tout récemment une terre de 18,000 livres. Aussitôt qu'il en fut informé, il demanda le pre-* mier à s'en justifier en présence du consistoire ; c'est ce qu'il fit dans la séance du 14 janvier 1612

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