CHAPITRE YIII
Ma avec un tel succès, que ce corps reconnut ces bruits purement mensongers et calomnieux.
Mais il n'en fut pas de même du synode de Florac , qui se tint au commencement de mars , puisqu'il émit, au contraire, les soupçons les plus graves sur sa* fidélité; Ferrier l'apprit avec indignation, et, désirant une fois pour toutes fermer la bouche aux calomniateurs , il demanda au consistoire l'autorisation d'aller au synode national de Privas , qui allait se réunir (1), pour y requérir que tous ceux qui avaient parlé contre lui, étant ouïs, il pût leur répondre et établir sa justification. Le consistoire la lui accorda, et chargea de plus Suffren , qui avait besoin d'y aller pour d'autres affaires, de se plaindre, en son nom, de ce qui était malicieusement entrepris contre un pasteur de son Eglise.
Le synode examina juridiquement l'affaire; sur son invitation. Du Moulin raconta en détail ce que Ferrier avait fait à Paris, où, après avoir promis d'exercer sa profession, il s'en était dédit de mauvaise grâce; à ces griefs, il en fut ajouté d'autres plus graves encore. — Ainsi, on l'accusa d'avoir négligé ses fonctions de professeur en théologie ; — d'avoir prêché des doctrines peu orthodoxes;
(4) Ce fut le vingtième. Daniel Charnier le présida ; il se tint da S3 mai au 4 juillet 1612.
136 HISTOIRE DE l'ÉGLISE RÉFORMÉE DE ISIMES.
— de s'être ingéré au maniement des deniers et ^^* d'eji avoir infidèlement retenu une grosse somme dont il ne voulait pas rendre compte; — d'avoir supposé lui-même ou consenti à la supposition de certaines lettres qui l'avaient embarrassé dans des affaires honteuses et des déguisements malhonnêtes (1).
Après un déhat contradictoire , l'assemblée ordonna : — que Ferrier donnerait d'abord satisfaction à l'Eglise de Paris , en lui écrivant pour reconnaître ses torts à son égard et implorer son pardon ; — qu'il rendrait ensuite la somme qu'il avait retenue des deniers académiques qui lui avaient été confiés ; — en outre , « pour obvier et étouffer tous les ombrages , noises et soupçons , » il lui fut interdit de se trouver aux assemblées politiques provinciales et générales pendant l'espace de six ans; — enfin , tout en lui conservant l'honneur du ministère , il ne lui fut plus permis de l'exercer dans sa province.
Ferrier ne perdit pas courage ; il revint à Nîmes, où il avait tellement charmé le peuple qu'il le menait comme il voulait et où surtout il comptait de
(1) Ceci se rapportait à des lettres que Gautier, gouverneur du fort de Peccaïs , près Âigues-Mortes, avait écrites au synode national , dans lesquelles il accusait BansiUon , pasteur de cette ville , d*avoir vendu à Richardon, médecin de Lyon, pour la somme de 4,000 écus, une fausse recette pour la terrure des métaux ; de se livrer en outre à Talchimie , et de faire de la fausse monnaie , métier qu*il avait appris d*un médecin nommé Barnaud , lequel il avait retiré dans sa maison. — Les lettres du capitaine Gautier étaient dans les papiers de Nîmes ; il fut décidé par le synode qu'elles seraient remises à Daniel Charnier, son modérateur , qui en lacérerait l'original et les copies.