CHAPITRE TIII
* sentence rendue contre lui à Privas; qu'il était allé aussitôt trouver ce messager royal pour le supplier de ne pas remettre encore cet arrêt aux magistrats , et que , sur son refus de le faire , il avait aussitôt demandé et obtenu d'être admis dans la chambre du conseil , et qu'il avait prié avec instance ce corps judiciaire de surseoir à la publication de l'ordonnance , jusqu'à ce qu'il en fût ordonné autrement par le roi , étant résolu de partir le lendemain pour Paris, dans le but de lui demander en personne de la révoquer , ou de souffrir qu'elle restât sans effet , ce qu'il espérait obtenir de. sa clémence. — Il ajouta, en terminant, que des trois sentences rendues contre lui , il ne pouvait obéir qu'à la seconde , qui le suspendait de ses fonctions jusqu'au synode national prochain , si dans le délai d'un mois il ne se rendait pas dans l'Eglise de Montélimart, qui lui avait été assignée. Il requit ensuite que cette déclaration fût insérée dans le registre des actes du consistoire , et il pria la compagnie de lui donner une attestation , tant de sa doctrine que de sa vie et conversation , aussi bien que de la fidélité qu'il avait apportée dans l'exercice de sa charge pendant tout le temps - qu'il l'avait exercée dans l'Eglise.
Ce certificat lui fut aussitôt délivré pour être à la fois un témoignage de l'affection que l'Eglise avait pour lui et une preuve qui pût lui servir au besoin pour constater son innocence (1). Cette pièce , ayant été rendue publique , produisit une
(1) Reg. du consist., séance du \" août 1612.
140 UISTOIRE DE l'ÉGUSB RÉFORMÉE DE MIMES.
douloureuse sensation dans les Eglises, Le colloque *< de Lyonî, auquel elle fut communiquée, s'assembla sans retard à Oulins, et prit les deux résolutions suivantes : la première , d'envoyer deux députés à Nîmes pour sommer le consistoire de se rétracter; et la seconde, de suspendre Suffren des fonctions de son ministère, comme instigateur d'une résistance sans exemple dans l'histoire des Eglises depuis qu'elles étaient constituées.
En conséquence de cette décision, Leblanc, pasteur de Lyon , et Rabuel , ancien de l'Eglise de Bourg-en-Bresse , arrivèrent à Nîmes et présentèrent au consistoire les actes du colloque qui les avait envoyés. Ce corps se soumit sans résistance et déclara que, dans tout ce qu'il avait fait, il n'avait eu nullement pour but de contrarier, contredire ou éluder l'ordonnance du synode national, auquel il protestait vouloir rendre tout honneur , respect et obéissance , reconnaissant son autorité souveraine pour ce qui regardait la foi et la discipline de l'Eglise, que dès-lors ses intentions devaient être charitablement interprétées, puisque c'était par inadvertance et non par mauvaise volonté qu'il avait agi de la sorte ; mais qu'au reste , puisque le colloque l'exigeait , il se rétractait sans hésita- ' tion , soit de la déclaration donnée en faveur de Ferrier , soit de tout autre acte qui pourrait se trouver contraire au jugement du synode, auquel il voulait entièrement obéir et se soumettre.
Suffren seul resta inflexible ; comme il n'était pas présent à la séance, le consistoire demanda pour lui un sursis de cinq jours, assurant les dé-