CHAPITRE X
ItfO un jésuite nommé Jacques Georges de venir prêcher.à Nîmes, après avoir pris la précaution de désarmer les catholiques, qui, sauf la possession de leurs armes, jouissaient d'une liberté entière. Mais, sur la nouvelle de ce qui venait de se passer à Navarreins, en Béarn, dont Louis XIII s'était emparé , et où , après avoir fait chanter la messe devant ses soldats, ce qui n'avait pas eu lieu depuis cinquante ans, il avait enlevé aux populations de la basse Navarre, dont les neuf dixièmes étaient de la communion réformée, leurs pasteurs, leurs collèges, leurs temples et leurs cimetières, les esprits^ nîmois s'échauffèrent contre le jésuite qui prêchait à la cathédrale. Dans un rassemblement qui se forma sur la place Saint-Castor, une voix s'écria : « qu'il fallait l'assommer; » une autre : c qu'il fallait le bannir; ^ une. troisième : ce qu'il fallait le garder pour le mettre sur la brèche, » si le duc de Montmorency venait assiéger la ville , comme on en faisait courir le bruit. Ces paroles , qui ressemblaient à la licence du soldat qui se joue et qui veut faire peur , furent relevées , comme si elles avaient été suivies des actions les plus inhumaines; cependant le jésuite en fut quitte pour cela, et le peuple ne lui fit nulle autre violence (1). Mais pour calmer les esprits et pour réunir les cœurs que le procès de Gottelier avait profondément divisés, le consistoire comprit qu'il fallait appeler un pasteur qui, n'ayant pris aucune part aux graves conflits qui venaient de s'élever dans le
(1) Elie Benoît, Hist. de l'édit de Nantes, i. U, liv. VII, p. 320.
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sein de TEglise , pût y exercer un ministère de **i paix et de conciliation; dans ce but, comme en 1614, il envoya des députés à Genève, qui demandèrent et obtinrent des syndics Bénédict Turretin pendant six mois.
Ce professeur de théologie (1) , si connu et si justement apprécié comme penseur et comme prédicateur éloquent, venait de publier le second volume de sa défense des versions de la Bible de Genève contre le père Cotton ; aussi , par rinfluence qu'exercèrent ses sermons sur c le profit des châtiments, 1^ ses auditeurs augmentèrent dans une proportion telle , qu'il devint nécessaire d'ajouter trois membres du plus au consistoire, par la raison que le jour des fêtes solennelles il fallait avoir recours à des notables du troupeau pour aider les pasteurs à administrer le sacrement de la sainte cène. Lorsque le jour du départ de Turretin fut arrivé, quatre membres de l'assemblée mixte des trois corps se rendirent la veille dans sa demeure pour le remercier, au nom de toute l'Eglise, de l'édification qu'il lui avait procurée , et en même temps des efforts qu'il avait faits pour empêcher que Varminianisme ne se glissât parmi les pasteurs de France.
Jean Chauve, qui avait succédé à Diodati pendant trois mois, fut de nouveau appelé pendant un an à la place que Turretin laissa vacante. Cet
(1) B. Turretin était né à Zurich , le 9 novembre 1588. Il fut le père de François Turretin et le grand-pére de Jean-Âlpiionse Turretin , tous les deux aussi professeurs de théologie à Gonève.