‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 80 sur 227 · CHAPITRE X. 46d · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 46d

>M appel provisoire se trouvait d'autant plus nécessaire, que Jacques Pineton de Chambrun fut autorisé par le synode national à quitter Nîmes où il était cependant né , où il avait été élevé , et où il avait succédé à son père, il y avait onze ans, pour aller desservir l'Eglise d'Orange, qu'il occupa pendant vingt ans encore , et qu'il fit fleurir par sa rare vertu , sa grande érudition et son génie extraordinaire (4). Sa démission volontaire donna lieu à une nouvelle nomination qui eut lieu dans le mois de mars 1621 , par l'appel de Jean de Croï comme pasteur orjd inaire.

l%4 II était né à Uzès , et avait succédé , dans l'Eglise de Béziers, à François de Croï son père, qui prenait la qualité de gentilhomme de l'Artois, parce qu'il descendait de l'illustre famille de ce nom, en faveur de laquelle le château Porcien fut érigé en principauté. Destiné à entrer dans l'ordre militaire de Saint-Jean de Jérusalem, il s'embarqua pour Malte; mais arrivé à Messine , il y tomba dangereusement malade. Après sa guérison, au lieu de poursuivre sa route , il partit pour Rome et de là pour la Grande-Chartreuse, en Dauphiné. Eclairé par la lecture assidue de la Bible et des écrits des réformateurs, il quitta ce couvent, et se rendit à Mont-

(1) Il fut le père de Jacques Pineton de Chambrun , qui lui succéda eomme pasteur d*Orange , en 1 658 , dont la vie si agitée , la chule si douloureuse et le relèvement si glorieux ont été publiés par lui-même dans un livre fort coimu , surtout depuis quMl a été récemment réédité , qui a pour titre : Les larmes de Jacques Pineton de Chambrun , et qui se termine par on sermon sur a le rétablissement de saint Pierre dans son apostolat. »

pellier où il abjura la religion romaine, et fut reçu ♦ûH* au ministère évangélique , à l'exercice duquel il voua son fils , qui y acquit une réputation qui éclipsa la sienne. Au rapport de Bayle, ce dernier avait publié plusieurs livres de controverse , qui avaient donné une haute idée de ses connaissances, en prouvant qu'il entendait admirablement les langues, la critique, l'érudition judaïque, les antiquités ecclésiastiques, et tout ce que l'on comprend sous le nom de philosophie et de polymathie. Sa nomination à Nîmes fut occasionnée par la manière honorable dont il s'y était fait connaître, six ans auparavant, lorsqu'en 1615 les prolestants de Béziers l'y avaient envoyé pour réclamer la protection de l'assemblée politique qui s'y tenait à cette époque contre les mauvais desseins de leurs concitoyens catholiques (1).

Le ministère de Jean de Croï ne suffisait pas pour remplir les vacances de l'Eglise; aussi , pour les combler , le consistoire adressa-t-il encore vocation à Claude Rosselet, de Neuchâtel, en Suisse.

Le premier dimanche de septembre suivant , ce nouveau pasteur prêcha pour la première fois : il trouva les esprits agités par des controverses religieuses ; déjà , en effet , Faucher en avait soutenu de très-vives avec le récolet Antoine Ribère et avec le jésuite Jacques Georges, qui avaient produit une émeute à main armée , par les effets désastreux

(1) Bayle, Dictionnaire et lettres nouvelles, t. I, p. 295. France protestante, t. IV, p. 126. M. Nicolas, Histoire littéraire de Nîmes, t. I , p. 290.

Page 1