‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 81 sur 227 · CHAPITRE X. MU · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. MU

►*^ de laquelle des dégâts avaient été commis dans les églises et le culte romain avait été suspendu.

Rosselet prit part à ces débats , non pour les envenimer, mais pour leur donner, au contraire , un caractère pacifique, ce qui ne l'empêcha pas de proclamer les grandes doctrines du salut par la foi en Jésus-Christ; il le fit même avec une telle onction et une telle force , que ses succès furent prodigieux, puisque, dans l'espace de moins de trois mois , cent quatre-vingt-quatorze catholiques, dont les noms sont conservés dans le registre du consistoire, embrassèrent la religion évangélique.

Au moment où le zèle augmentait ainsi dans de si étonnantes proportions , Ollivier mourut dans le mois de mars 1622; et Moïse de Baux, qui desservait l'Eglise de Mazamet , fut appelé aie remplacer.

\ti La guerre civile , cette année , était générale et acharnée. Le parti protestant avait reçu une organisation militaire, arrêtée par l'assemblée de La Rochelle, tenue le 40 mai de l'année précédente, et formait une république dans l'Etat sur le modèle des Provinces-Unies de la Hollande. Cet acte de révolte et d'imprudence avait été commis, parce que les jésuites poussaient sans relâche Louis XIII à la destruction des Eglises réformées , et que le pape lui-même , après lui avoir offert de l'argent , le faisait presser par son nonce à suivre l'exemple de Philippe-Auguste , aïeul de saint Louis, qui avait entièrement exterminé les Albigeois. Le roi , parti

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de Paris à la tête d'une armée de cinquante mille *•*> hommes, s'était déjà emparé par ruse de Saumur, dont Duplessis-Mornay était le gouverneur. Montauban , défendu par le duc de La Force et le comte d'Orval, fils du duc de Sully, venait de soutenir un siège glorieux. Lesdiguières, chef de l'armée royale, quoique protestant , s'était converti au catholicisme et était devenu connétable. Le duc de Rohan (1) seul était demeuré incorruptible ; aussi avait-il été déclaré criminel de lèse-majesté au premier chef; son camp était alors à Montpellier , d'où malheureusement ses soldats , dans l'ivresse du succès , avaient chassé les magistrats catholiques. Le roi arriva le 30 août pour faire le siège de cette ville rebelle à son autorité. La lutte fut longue et acharnée; mais les pertes éprouvées par les réformés d'un côté, et l'épuisement du trésor royal de l'autre, nécessitèrent un accommodement : les premières propositions en furent faites par le maréchal de Lesdiguières ; mais ce qui les fit échouer, c'est que les articles qui en furent dressés portaient que le roi entrerait dans les villes de Montpellier, de Nîmes et d'Uzès , et que le prince de Condé avait dit plusieurs fois « que si jamais l'armée royale prenait possession de ces villes, elles seraient livrées au pillage.- » Ce propos, répété de bouche en bouche , avait tellement exaspéré les esprits^ que lorsque Du Gros, président au parlement de Grenoble, i

(1) Benjamin de Rohan, seigneur de Soubise, était fils de René U , vicomte de Rohan, arrière-petit-fils du maréchal de Gié. 11 avait épousé, en 1605^ Marguerite de Béthune , fille de Sully.

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lêM se rendit à Montpellier pour débattre avec le duc de Rohan les conditions de la paix proposée, Mar« dochée Sufifren , qui desservait alors cette Eglise , fit une vive résistance, parce qu'il était un des partisans les plus déclarés de la guerre. Aussi , dans le dessein d'entraver les négociations , fit-il courir le bruit que la mission de Du Gros avait pour but de débaucher Rohan , ce qui occasionna une sédidion populaire, à la suite de laquelle le député royal fut misérablement assassiné. On arrêta une quinzaine des plus coupables qui furent sévèrement punis. Mais on ne put se saisir de SuiTren , qui se hâta de quitter la ville. € Sa fuite clandestine et précipitée , dit Le Vassor, acheva de confirmer les justes soupçons que les honnêtes gens avaient de lui. > Aussi fut-il condamné au bannissement par contumace (1).

Le duc de Rohan , pour apaiser les murmures qui s'élevaient de toutes parts, vint à Nîmes, quoique rongé par une fièvre dévorante, pour y conférer avec l'assemblée politique et le synode provincial convoqués simultanément pour cet objet. Ces deux corps réunis décidèrent que, le dimanche 26 juin, les fidèles seraient retenus dans le temple à l'issue du service divin pour leur faire prêter le serment d'union à la cause protestante.

Lorsque ce jour fut arrivé , Jean de Croï , qui officiait, fit la lecture de l'article de la délibération prise par le conseil de la maison consulaire , qui portait que les pasteurs demeuraient chargés

(1) MM. Haag, France protestante, f. IV, p. 368.

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d'exhorter les membres de leur troupeau à une ^WJ forte et vigoureuse résistance contre les efforts des ennemis de l'Etat et de FEglise ; après avoir dit ensuite que le duc de Rohan avait employé tous les moyens imaginables pour procurer la paix au pays, il ajouta : a Nos ennemis persistant toujours en leurs malheureuses affaires contre nous et ayant juré notre ruine , il ne nous reste plus , sinon , après avoir imploré l'assistance de Dieu sur la justice de nos armes et sa bénédiction sur son Eglise opprimée , de nous mettre en légitime défense et de nous tenir inviolablement unis à nos frères dans la foi.... A cet effet, puisque ce Dieu tout-puissant et si bon nous a donné monseigneur le duc de Rahan pour général , il faut ici ique chacun promette et jure , la main levée vers le ciel , de le reconnaître en cette qualité , de se soumettre à son commandement, de lui remettre , comme cela a été déjà fait par l'assemblée générale , la direction de nos affaires , approuvant d'avance tout ce qu'il jugera utile de faire pour le bien et la tranquillité publique , sans se départir, quoi qu'il arrive, de cette union si nécessaire, et de la conserver toujours telle qu'elle doit être entre les membres d'un même corps , fermant l'oreille à ceux qui cherchent à intimider le peuple , étant prêts à employer nos biens et à verser notre sang, jusqu'à la dernière goutte, pour conserver nos privilèges de chrétiens et la liberté de nos consciences (4). »

(1) Registre du consistoire, juin 1622.

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46SI Cgg paroles véhémentes eurent un long retentissement dans les cœurs, et furent suivies d'une résolution générale aussi prompte qu'énergique , puisque tous les assistants , magistrats , consuls , pasteurs , anciens , diacres et laïques de toutes les classes et de toutes les conditions , par un mouvement spontané, levant la main droite au-dessus de leurs têtes, jurèrent de vivre et de mourir dans la sainte union des Eglises, sous l'autorité du duc de Rohan, renonçant pour le présent et pour l'avenir â tout arrangement particulier et promettant de s'avancer courageusement sur l'heure contre les ennemis de l'Etat et de l'Eglise.

Une nouvelle inattendue ne tarda pas cependant à venir comprimer cet élan patriotique et religieux ; le comte de Mansfeld , qui venait d'Allemagne au secours des réformés du Languedoc, fut défait, et les habitants des Cévennes s'arrêtèrent au moment où ils auraient dû descendre en masse pour soutenir leur parti.

Le duc de Rohan comprit dès-lors qu'il n'était plus en état de résister à l'armée royale ; il assembla aussitôt les pasteurs dans la maison de la trésorerie et leur fit pressentir l'obligation qui lui était imposée par les circonstances , d'accepter les conditions de paix qu'on lui proposait et de recevoir le roi dans les villes synodales de la province. Faucher lui représenta , au nom de ses collègues , que l'occupation de ces villes entraînerait leur ruine et la perte de leur liberté, non que le roi fût capable de manquer à ses promesses , mais parce que son conseil n'était composé que de factieux et

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de brouillons qui le porteraient à des extrémités ^W! funestes. — Il ajouta, qu'au reste, c'était là l'opinion unanime de tous leurs habitants.

A l'ouïe de ces paroles , le* duc ne put contenir son impatience , et s'écria avec colère : « Vous » n'êtes tous que des républicains , et j'aimerais » mieux présider une assemblée de loups qu'une » assemblée de ministres (1). » Ces reproches violents portèrent le découragement dans l'âme de Faucher , de Rosselet , de de Croï , de Petit et de Codur, auxquels ils furent nominativement adressés , mais le consistoire usa de son influence pour les exhorter à la persévérance , au nom de Jésus- Christ, dont ils devaient être les imitateurs, lorsque comme lui ils étaient l'objet d'accusations calomnieuses.

Le duc, de son côté, se repentit de s'être livré à un emportement intempestif et chercha à en réparer les effets. Dans ce but , pour regagner la confiance des réformés , qu'il croyait avoir perdue , il convoqua une nouvelle assemblée dans le temple, pour le 19 août. Les choses s'y passèrent mieux qu'il ne l'avait prévu , puisque tous les assistants renouvelèrent la promesse d'agréer tout ce qu'il pourrait faire pour le bien-être et la liberté de la province.

Ce fut alors qu'il entra en pourparlers avec le connétable de Lesdiguières, le duc de Chevreuse , et le maréchal de Créqui , et qu'ils rédigèrent un traité de paix qui fut signé, le 49 novembre, à Mont-

(1) Rulmann , Histoire secrète des affaires du temps.

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