CHAPITRE X
W que du Lauragais , et obligé de se rendre dans son ancienne Eglise de Mazamet. De Vellieu, de son côté, appelé à Grenoble par la maladie de son père, y fut retenu par les soins qu'il dut donner à ce vieillard octogénaire et infirme. Cette double vacance força le consistoire à choisir de nouveaux pasteurs , et Jean Chauve fut l'un d'eux.
Il était originaire de Genève , et desservait depuis longtemps l'Eglise de Sommières, mais il était fort connu à Nîmes pour y être venu exercer un ministère provisoire pendant deux fois (1). Lorsqu'il y arriva, le iA décembre, pour s'y fixer définitivement, il y trouva le zèle tellement refroidi, qu'il fallut prendre des mesures de rigueur pour le réveiller. Au reste , il fallait bien qu'il en fût ainsi dans toutes les Eglises , puisque le synode national de Castres {2) fit une déclaration fulminante contre les débauchés.
L'Eglise catholique, de son côté, n'était pas dans une situation meilleure ; ce qui le prouve, c'est que , pour réprimer la licence du clergé , l'évêque Claude de Saint-Bonnet de Thoiras (qui avait suc- , cédé à Valernod, mort à Saint-Vallier le 12 septembre 1623 ) eut recours aux admonitions et aux censures ecclésiastiques. Les consuls, à leur tour, pour purger la ville de tous les scandales publics qui s'y commettaient, ordonnèrent que tous les vagabonds en fussent bannis, et que les jeux de
(i) Trois mois, ea 1614 ; ua an, en 1620. • (2) Ce fut le vingt-cinquième. Ses séances durèrent du 16 septembre 1626 au 3 novembre; il eut Jean Chauve pour modérateur.
482 HISTOIRE DE l'ÉGLISB RÉFORMÉE DE NIMES.
brelan ainsi que les autres lieux de rassemblement ^^ public fussent fermés.
Au milieu de cette désorganisation générale, on vit s'éteindre le lustre que le collège des Arts avait jusque-là possédé. 11 est vrai que sa décadence fut attribuée à la mauvaise administration d'Adam Abrenéthée, qui en était le principal ; aussi, pour y remédier, le duc de Rohan, à qui il était d'ailleurs suspect à cause de ses liaisons avec la cour, le déposséda de son emploi , et les consuls choisirent Samuel Petit pour le remplacer.
En 4627 commença le fameux siège de La Ro- 46f chelle, qu'une flotte anglaise, commandée par le duc de Buckingham , protégeait. Richelieu dirigeait les opérations de l'armée royale ; il fit construire dans la mer, comme Alexandre devant Tyr, une digue immense, que les forces navales ne purent franchir. La famine se déclara; Les Rochelois, sans espoir et sans ressources , se rendirent en conseatant à perdre leurs privilèges , pourvu qu'on leur laissât la liberté de conscience et de culte. Cette prise, jointe à celle de Privas', en Vivarais, rendirent la situation du duc de Rohan dans le Midi insoutenable ; malgré le courage , la constance et l'abnégation personnelle qu'il déploya , il fut obligé de se soumettre, et le parti protestant, détruit de fond en comble, n'exista plus (1). — Ici se termine la
(1) Rohan fut le dernier chef armé de la Réforme française. Il alla offrir son épée à la république de Venise , puis à Gustave Adolphe , et mourut , en 1 638 , dans les plaines de rAUeroagne , pour la même cause qu'il avait défendue dans son pays.