CHAPITRE XI
539 à révêque Cohon , qui travaillait ouvertement à faire rendre à leur destination primitive les fondations pieuses qui en avaient été détournées par les guerres de religion. Le 49 juillet, en effet, il donna les revenus de la léproserie au monastère des ursulines du grand couvent (1). Le 27, plusieurs protestants, à son instigation , furent mis en prison pour avoir travaillé le jour de la fête de sainte Madeleine. De plus , il parvint par ses insinuations à décider quelques jeunes filles protestantes à prendre le voile dans le couvent des ursulines. De ce nombre fut la fille aînée de Philippe Codur.
Ce dernier manifesta, à cette occasion, une douleur qui parut être profonde, mais qui n'était qu'hypocrite. Il fit annoncer au consistoire qu'en voyant sa fille si obstinée à demeurer dans le couvent, où contre son gré et au mépris de son autorité paternelle elle avait été chercher un asile , il lui avait donné sa malédiction , et que comme il allait faire des poursuites judiciaires , il demandait l'appui de la compagnie : elle le lui donna sans balancer; mais Codur, qui avait déjà prêté lui-même l'oreille aux insinuations de l'évêque , n'en fit aucun usage.
Le vent soufflait évidemment à l'orage , et l'Eglise devait bientôt en supporter la fureur; deux événements, l'un particulier, l'autre général, en formèrent le prélude. Le premier fut la mort d'Anne Rulmann, âgé de cinquante-six ans, ancien du consistoire, dont les connaissances étendues en archéo-
(t) Son premier (Hablissenienl datait de 1536. Son église sert maintenant au cull(? réformé sous le nom de Petit-Temple.
logie l'avaient mis en relation avec les principaux *^^^ personnages de la cour , et dont les services qu'il avait rendus à l'Etat , en amenant ses coreligionnaires à des sentiments pacifiques, l'avaient fait nom* mer conseiller du roi. — Et le second fut l'invasion de la peste qui éclata, pour la neuvième fois, dans le mois d'avril 1640. Des mesures furent aussitôt 4640 prises par le bureau de santé, qui fit construire des barrières à toutes les avenues de la ville, que nul ne put franchir sans présenter au bout d'un roseau , à leurs gardiens, un bulletin d'entrée qui était visé par un commis, après avoir été parfumé. On dressa des infirmeries temporaires au quartier de Saint- Baudile , dans lesquelles Rosselet et Chauve allèrent s'établir. Darvieu, qui était resté dans la ville, fut aidé dans son périlleux ministère par plusieurs laïques dévoués , à la tête desquels se plaça un étudiant en théologie nommé Chastagnier, qui alla de maison en maison prier auprès des pestiférés. Un pasteur du colloque d'Anduze , Antoine Rudavel , se joignit à cette cohorte d'élite qui avait pris pour bannière la croix de. Jésus-Christ, et travailla, nuit et jour, avec elle, jusqu'au mois d'octobre suivant, à visiter les malades , à soulager les pauvres et à enterrer les morts. Aussi, lorsque le fléau eut cessé de sévir-, le consistoire l'appela-t-il à la place de quatrième pasteur, dont il fut mis en possession le 21 avril 1641.
Aux gémissements et aux larmes succédaient tou- 4644 jours les cris d'allégresse : c'est ce qui se renouvela dans cette circonstance ; car la quarantaine n'était pas encore finie , qu'on se livra à des réjouissances