CHAPITRE XII
644 digne du sacré ministère, Ten déposa juridiquement , en priant l'Eternel de lui faire la grâce de profiter de ce châtiment, et chargea les députés de la province au synode national de lui faire connaître cette ordonnance à Paris, où il s'était retiré. Mais quand il fut question de la transci'ire sur le registre, le commissaire du roi, nommé Ducros, s'y opposa catégoriquement, sous le prétexte fondé que Codur, s'étant retiré depuis cinq ans dans la ville du roi, n'était plus justifiable du synode du bas Languedoc, ajoutant que si on n'obtempérait pas à ses ordres , il ne serait plus commissaire, et que, dès ce moment, l'assemblée cesserait d'être légitime et se trouverait coupable de lèse-majesté.
Le synode national qui s'assembla à Charenton (1) un mois plus tard , instruit de cette circonstance , évoqua à son tour l'affaire , et somma Codur de comparaître à sa barre ; il s'y rendit , et présenta pour sa défense une seconde diatribe, ou dissertation , dans laquelle il prétendait concilier les différends qui existent entre les protestants et les catholiques touchant la justification devant Dieu. Mais sa cause fut jugée mauvaise et impie , parce que , dans ce plaidoyer intempestif, il faisait injure à la vérité de Dieu , en cherchant à concilier des opinions contradictoires et totalement incompatibles entre elles; parce. qu'il occasionnait un tort nota-
(1) Ce fut le vingt-huitième. Ses séances , qui commencèrent le 26 décembre 1644 , finirent le 26 janvier 1645 , sous la présidence d* Antoine Garissoles , pasteur à Montauban
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ble à ses coreligionnaires , en combattant comme <ô44 erronée leur commune confession de foi, pour approuver à leur préjudice celle de l'Eglise romaine, qui confond manifestement deux des plus grands bénéfices de Dieu , inséparables l'un de l'autre , mais toujours très-distincts, savoir : l'absolution du pécheur devant le tribunal de sa justice, en considération du mérite de l'obéissance de Jésus-Christ imputée, et la régénération produite dans le cœur de l'homme par l'influence de l'Esprit sanctifiant ; parce qu'enfin il se portait préjudice à lui-même, en se constituant , après avoir quitté les fonctions de son ministère, l'avocat d'une cause d'autant plus déraisonnable qu'elle présupposait des choses impossibles.
Après cela, comme Codur avait protesté que son intention n'était pas et ne serait jamais d'abandonner la croyance orthodoxe professée dans les Eglises, et qu'il avait offert, pour: bannir tout soupçon à c«t égard , d'en souscrire les dogmes fondamentaux, on exigea qu'il donnât cette signature séance tenante. Mais au lieu de faire ce qu'il avait promis, il hésita quelque temps, en se servant de restrictions qui firent douter de sa sincérité , doute qui se changea en certitude , lorsqu'au lieu de suivre le conseil de ses frères il s'affermit dans le refus de reprendre sa vocation , et parla même avec dédain de la charge dont il avait plu à Dieu de l'honorer.
Alors le synode, sans autre délai, confirma sa déposition précédente et enjoignît, tant à la province qu'à l'Eglise au' sein desquelles il établirait
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^^44 sa résidence, de veiller sur ses déportements, pour en rendre compte au synode national prochain , qui pourrait, sur le témoignage qui lui serait rendu de sa conduite , procéder , s'il y avait lieu , à son rétablissement.
Ce témoignage fut bien loin d'être satisfaisant , car dans l'intervalle Codur s'était converti à l'Eglise romaine (1) , et avait reçu la place de conseiller du roi pour prix de son apostasie ; aussi fut-il mis au rôle des déposés et signalé comme déserteur et comme traître par le synode de Loudun.
En 164-5, les colloques réunis de Nîmes, Montpellier etUzès, renouvelèrent l'usage, aboli par la capitulation de 1622, d'envoyer à la cour une députation dont ils nommaient les membres, qui étaient comme les solliciteurs perpétuels des affaires de leur ressort, conjointement avec les députés généraux des Eglises ; mais le gouvernement s'exprima en termes sévères sur cet usage et défendit de le continuer. Ce qui fit que le consistoire de Nîmes , prévoyant que les troubles qui , à cette occasion , se manifestèrent à Montpellier pourraient
(1) Il signala sa conversion par deux dissertations latines sur le sacri-r fice de la messe et sur la défense de la justification des saints. Voici son signalement : « âgé de soixante-dix ans , le poil gris y le teint basané , les sourcils élevés , les yeux enfoncés , le visage refrogné , le discours lent , la démarche pesante et la taille assez haute et grossière. » 11 mourut en 1660.
SOS HISTOIRE DE l'ÊGLISE RÉFORMÉE DE NIMES.
bien émouvoir quelques esprits inquiets et détruire ^^^ ainsi la tranquillité de la ville , après avoir considéré que la conscience oblige le chrétien à demeurer inébranlablement dans l'obéissance qui est due au roi , sans qu'il puisse s'en départir par quelque considération que ce soit, il exhorta tous les diacres et anciens à veiller , chacun dans sa surveillance respective , sur les discours et les déportements de ceux qui l'habitaient, pour s'opposer à tout ce qui pourrait troubler l'ordre public et porter préjudice au service de Sa Majesté.
Aussi l'Eglise entière s'associa-t-elle dans toutes 4646 les circonstances , par des prières publiques , aux revers comme aux triomphes de l'armée française; c'est ce qu'elle fit en particulier le 8 octobre 1646, pour célébrer à la fois la prise de Gravelines , en Flandre , dont le duc d'Orléans s'était emparé avec l'aide du màirtichal de Gassion ; — la défaite de la flotte espagnole , que vingt galères françaises battirent sur les cîôtes d'Italie ; — et enfin la reddition de Dunkerque, que Louis de Bràri^oit, di|nD^Enghien, si célèbre sous le nom de grand "iSRidé , donna à sa patrie , secondé par l'amiral hollandais Tromp.
Cette manifestation réitérée de sentiments mo- 164*; narchiques et chrétiens n'empêcha pas que le conseil, par un arrêt du 24 avril 1647, ne renouvelât une déclaration antérieure (1) qui avait été modifiée par les parlements, prescrivant que les protestants se mettraient à genoux lors du passage
(i) II fut rendu en 4624 et modifié en 1641.