‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 93 sur 227 · CHAPITRE XII. âH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. âH

1660 reposaient déjà les restes mortels de Jean Faucher.

Baudan le remplaça comme pasteur ordinaire ; la misère dont il fut témoin en commençant ses fonctions officielles était extrême. Ce qui l'aggrava encore , ce fut la guerre civile jointe à la guerre extérieure; et comme, au milieu de cette conflagration générale , les protestants s'étaient hardiment prononcés pour le parti de la reine régente et du cardinal, ce dernier, usant à leur égard de grands ménagements , fit rendre par le conseil d'Etat , le 20 avril 1650, un arrêt qui, confirmant celui du 23 décembre précédent, ordonnait qu'ils ne fussent troublés , ni dans l'exercice de leur religion , ni dans la possession de leurs temples. Ces dispositifs assurèrent pour quelque temps le repos des Eglises.

Mais celle de Nimes perdit bientôt le sien par le renouvellement des controversés religieuses. Les jésuites, à qui l'emploi de prédicateurs de la cathédrale avait été donné par le chapitre sur les instances du présidial, attaquèrent dans leurs discours et leurs écrits les croyances évangéliques , de telle sorte que le consistoire se vit dans l'obligation de défendre aux protestants d'aller les entendre prêcher. L'un d'eux, nommé de La Barre, publia même une brochure diffamatoire contre Rosselet, qui y répondit avec mesure et fermeté. Ces disputes furent de beaucoup envenimées par l'événement suivant qui , par la gravité de sa nature , occasionna une sédition contre l'évêque.

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André Coutelle, Louis Bérard et Braicy, tuteurs et parents des enfants de feu Pierre Coutelle, conseiller et secrétaire du roi , avaient mis Pierre Coutelle, Tun d'eux, âgé de treize ans, dans le collège des jésuites , lorsque le père Beth , sous la surveillance duquel il se trouvait placé , se servit de la voiture de Tévêque pour l'enlever , et le conduisit dans son palais. Ce prélat, qui était natif de Toulouse et d'une famille fort ennemie des réformés , pour prouver qu'il soutenait bien le caractère de sa race, retint l'enfant au mépris des lois divines et humaines. Les tuteurs lui firent aussitôt une sommation par voie de justice, afin qu!il le remit sans retard entre leurs mains. Hector Ouvrier répondit : « qu'il était vrai que le jeune Pierre Coutelle ayant eu depuis longtemps des mouvements et des inspi-» rations pour abjurer la religion prétendue réformée, et craignant, à cause de cela, d'être maltraité par ses parents , s'était retiré chez Raynaud-Ferrand , receveur des décimes, et l'avait prié de le faire conduire à l'évêché ; de quoi étant lui-même aussitôt averti , il avait envoyé son carrosse pour le prendre, et que lorsqu'il était arrivé en sa présence , il lui avait demandé sa protection pour le garantir de la violence de ses tuteurs, protestant qu'il voulait vivre et mourir dans la religion catholique , sans avoir été induit ni suborné par aucun autre , mais que c'était de sa propre volonté. »

L'évêque ajouta : « que sur cette déclaration , il

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1650 avait cru ne pas devoir refuser sa protection à ce jeune homme , mais que , comme en le faisant il avait voulu montrer la sincérité de son procédé, il en avait aussitôt donné avis au procureur du roi , afin qu'il envoyât le lieutenant de Rozel et un magistrat de la religion prétendue réformée pour qu'ils reçussent la déclaration de l'enfant , ce qui avait été fait dans toutes les règles par ces magistrats et communiqué aux parents , de manière qu'il ne pouvait plus y avoir de doute ni pour eux ni pour lui sur la liberté de sa conversion. » — « Son âge , poursuivit-il , n'est pas un obstacle , car l'Eglise catholique admet à la communion les enfants avant treize ans , Dieu pouvant aussi bien toucher le cœur d'un jeune que d'un vieux , et l'on voit dans l'histoire ecclésiastique qu'il y a eu beaucoup d'enfants, moins âgés que Coutelle , qui ont versé leur sang et souffert le martyre pour la foi ; Dieu suppléant par un surcroît de grâce à la faiblesse de l'âge. »

Lorsque ces raisons furent rendues publiques , elles occasionnèrent une si vive effervescence parmi le peuple, que les parents de Coutelle en profitèrent pour exciter une sédition. Elle éclata menaçante et terrible , le dimanche 4 septembre suivant. On vit, en effet, sur les six heures du soir, une troupe de séditieux, armés de carabines, de pistolets ou d'épées, s'avancer en tumulte du palais épiscopal pour enlever de vive force le prosélyte qu'ils y supposaient encore enfermé. Us en firent voler la porte d'entrée en éclats, et blessèrent dangereusement le valet de chambre, le co-

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cher et le concierge qui opposèrent de la résistance. ^^60 Cet emploi de la force brutale , qui dénature les raisons les plus solides et détruit la bonté de la cause la mieux établie , n'eut cependant aucun résultat , puisque l'enfant était déjà sorti de la ville , et avait été envoyé dans une retraite introuvable.

Les mémoires du temps lancent à cette occasion des accusations graves , quoique diverses , contre le pasteur Antoine Baudan ; les uns se bornent à dire qu'il conseilla cette entreprise ; et les autres , au contraire , qu'il l'a dirigea , marchant à la tète du rassemblement, un marteau à la main, et donnant l'exemple de maltraiter les domestiques. Quoi qu'il en soit, il fut compris dans les divers décrets qui, le jour même, furent lancés par le procureur du roi, qui prononcèrent prise de corps contre lui et contre André Coutelle , Louis Bérard et Braicy ; mais comme , pour les saisir , les consuls refusèrent de prêter main-forte, ils purent tous trouver un asile en dehors de la ville , où ils attendirent que la chambre mi-partie de Castres , qui évoqua l'affaire , en prononçât le jugement.

Mais ce jugement fut rendu impossible , parce qu'il y eut partage égal entre les conseillers : les catholiques voulant qu'une information exacte fût faite sur les lieux , par deux commissaires envoyés exprès, sur les violences commises contre l'évêque; et les réformés demandant qu'avant toute chose Pierre Coutelle fût remis au pouvoir de ses tuteurs, et qu'on fournît son extrait de baptême pour faire connaître son âge, afin que sur ces données indispensables on pût prendre une décision impartiale.

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