CHAPITRE XU
^^ L'évêque éprouva une si vive contrariété de ce conflit inattendu, qu'il aggrava ses premiers torts par un acte d'autorité de la plus grande imprudence. Il publia, en effet, une longue ordonnance ecclésiastique, qu'il fit lire au prône et afficher à la porte de la cathédrale, le dimanche H septembre, dans laquelle , après avoir fortement exagéré la grandeur de l'attentat commis contre sa personne , il déclara que le service divin cesserait ce jour-là même, après complies, excepté dans la chapelle du Saint-Sacrement , dans laquelle seulement il perr mettait au curé de dire des messes privées pour les défunts , et d'administrer le baptême aux enfants nouveau-nés. Il ajouta que le lendemain lundi il partirait pour Beaucaire , où , avec le consentement de l'archevêque d'Arles, il commencerai! les services divins comme il avait accoutumé de les faire dans sa cathédrale , qui par suite de cela fut mise en interdit.
Le départ du prélat n'occasionna cependant aucun trouble dans la ville ; mais des démarches actives furent simultanément faites auprès du roi : d'une part , par le clergé thi diocèse auquel se joignirent tous les dignitaires ecclésiastiques du voisinage, qui représentèrent l'injure faite à Hector Ouvrier comme un attentat qui offensait l'Eglise catholique tout entière ; et, d'autre part , par les consuls protestants qui s'efforcèrent de présenter l'entreprise comme ourdie et exécutée par quelques esprits irrités et mécontents, mais dont la généralité de leurs coreligionnaires ne devait pas être rendue responsable. Malgré que l'assemblée générale du
clergé eût envoyé à son tour une députation à larî^B^ cour pour appuyer les réclamations du chapitre diocésain de Nimes , le cardinal Mazarin comprit qu'il y avait de part et d'autre des torts réciproques, et il résolut de tout pacifier par la voie de la conciliation. Dans ce but, il choisit le comte de Bioule et rintendant de Bréteuil comme arbitres ; ils parvinrent, en effet, à conclure un accommodement dont les bases furent que des excuses seraient fai« tes à révoque par la maison consulaire lors de son retour dans la ville , sous la garantie que les violences faites contre son palais seraient pardonnées.
Ce retour eut lieu le 23 juin 1654. De Peyre- 465 maies , premier consul , lui témoigna le déplaisir que les Nimois avaient ressenti de son éloignement; il le pria d'oublier le passé et lui promit qu'à l'avenir tous, sans distinction de culte, auraient pour sa personne sacrée tout le respect et la considération qui lui était due. L'évêque répondit avec beaucoup de douceur et manifesta sa satisfaction de se retrouver dans la ville de son diocèse , entouré de son clergé et en position de rétablir le service divin qu'il avait interdit dans sa cathédrale (1). De retour dans son palais , ce fut le premier acte de son ministère qu'il accomplit.
Mais si l'évêque reçut une aussi éclatante réparation, le pasteur Antoine Baudan obtint aussi la sienne; il reçut, en effet, une lettre du roi, datée du 25 juillet, qui, sur les assurances qu'il avait
(1) Minute du procès-verbal de la réception faite à M. d*Ouvrier, évéque de Nîmes. Manuscrit déposé à la mairie et collationné.