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SAINT -BENIGNE ET LA RÉVOLUTION

Le principe de la monarchie absolue, exagérant d’une façon césarienne les droits du souverain, annihilait ceux delà nation, et méconnaissait ceux de l’Église. Faux et injuste, ce principe ne pouvait prévaloir contre la conscience du peuple français, ni contre la justice de Dieu. Son application, soufferte pendant près de deux siècles, provoqua enfin la Révolution, d’où sortit une complète réforme politique. Mais au moment où naquit le nouveau régime, le jansénisme avait détendu les liens qui unissaient l’église de France à l’église romaine, centre de l’unité catholique : des esprits étaient prêts pour le schisme. D’autre part -l'impiété, triste fruit de la philosophie rationaliste, avait armé contre la religion l’orgueil et toutes les passions humaines. Sous le funeste empire de ces circonstances malheureuses, la Révolution manqua son but. Elle fut terrible, accumula des ruines, et ne releva qu’à demi l’édifice renversé. A la considérer en dehors de la période sanglante, dans l’œuvre qu’elle a élaborée et dans sa doctrine, un jugement impartial reconnaîtra qu’elle s’est trompée et qu’elle a nui à sa fécondité. Elle a rétabli le droit national, mais elle a rejeté la vérité révélée et préconisé l’athéisme. Elle n’a pas donné la vraie liberté, et elle ne la donnera qu’en laissant régner Dieu.

Une courte phase de l’histoire de l’église Saint-Bénigne fait l’objet du chapitre sixième de cet ouvrage : elle comprend la période révolutionnaire proprement dite, de 1789 à 1802.

Expulsion des religieux de Saint-Bénigne. — Dans les premiers jours de mai 1789, les États généraux du royaume se réunirent à Versailles. Une procession solennelle et la célébration de la messe inaugurèrent les travaux de

l’assemblée. L’abbé de la Fare, que Dijon avait désiré pour évêque, et qui venait d’être élevé sur le siège de Nancy, prononça le discours, et développa ce sujet : La religion fait la force des empires et le bonheur des peuples. Parmi les élus du clergé siégeaient Mgr de Mérinville et le curé de Fontaines-lez-Dijon, Merceret : le premier, fidèle à la doctrine catholique ; le second, séduit par l’idée révolutionnaire.

Au bout de quelques semaines, le tiers état et quelques membres du clergé se constituèrent en Assemblée nationale, afin d’établir en France un nouvel ordre de choses. Dès lors, en même temps que l’ère des réformes, s’ouvrit la série des décrets qui attaquèrent la religion. Saint- Bénigne ne tarda point à perdre ses hôtes.

Le 2 novembre 1789, l’Assemblée nationale ou Constituante décréta que les biens du clergé seraient mis à la disposition de la nation, à la charge pour celle-ci de pourvoir aux frais du culte, à l’entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres. En conséquence, le 27 novembre suivant, s’effectue l’inventaire des églises de Dijon. Les commissaires de la commune, étant venus à Saint-Bénigne, sont conduits à la sacristie, font la « visite et reconnaissance de l’argenterie », et dressent un procès-verbal. Au nombre des articles figurent deux reliquaires à signaler, l’un contenant le chef de saint Bénigne, l’autre des reliques du même saint non spécifiées, mais il s’agit certainement du reliquaire où était le maxillaire inférieur du martyr.

Bientôt, le 13 février 1790, est porté le décret de suppression des ordres religieux. Les officiers municipaux reparaissent à l’abbaye, les 29 et 30 avril, pour faire un deuxième et complet inventaire. On trouve encore, à la sacristie, parmi

divers objets précieux, « le chef de saint Bénigne, et une petite statue en cuivre, supportant un clocher dans lequel est renfermée une partie de la mâchoire de saint Bénigne. »

Nous relevons du même inventaire : « Un bâton de chantre, d’argent, au haut duquel est la présentation de saint Bénigne en argent doré ; — aux archives, un tableau représentant les saints qui ont été inhumés dans l’église ; — sur la corniche du revêtement, en stuc, du sanctuaire, quatre châsses en bois doré, et, dans le fond, une autre châsse, en cuivre doré, contenant les reliques de saint Bénigne, patron de cette ville et apôtre de la province ; — à la sacristie, deux coffres en bois, garnis d’étoffe rouge, contenant diverses reliques. »

Le procès-verbal de l’inventaire, commencé le 29 avril 1790, donne l’état du personnel de l’abbaye. Le prieur était François Godard, âgé de cinquante ans et deux mois; le sous-prieur, Claude-Joseph Martène, âgé de quarante-huit ans et demi : l’un et l’autre étaient de Saint- Jean-de-Losne. Il y avait, en totalité, vingt religieux, dont douze étaient prêtres, et les autres dans les ordres inférieurs, ou simples clercs.

Une nouvelle étape de l’Assemblée nationale, dans sa marche antireligieuse, la conduisit au schisme : le 12 juillet 1790, elle vota la « constitution civile du clergé ». Le 30 octobre, trente évêques, dans la liste desquels est le nom de Mgr de Mérinville, signèrent une protestation, publiée sous le titre d’Exposition des principes sur la constitution civile du clergé. Cet écrit défendait les vrais principes de l’Église, et demandait que l’homme respectât l’œuvre de Dieu. Cent dix évêques français, ou ayant des extensions de leurs diocèses en France, se joignirent aux trente évêques de l’assemblée. Malgré le nombre des protestataires, l’esprit de révolte l’emporta.

Avant de quitter l’abbaye, les religieux de Saint-Bénigne eurent donc à subir toutes les mesures édictées en vertu de la constitution civile du clergé. En général, ils optèrent pour la liberté de se retirer dans leurs familles. Quelquesuns seulement adhérèrent au schisme, deux, entre autres, qui prirent place parmi les vicaires épiscopaux de l’évêque constitutionnel.

Dans la première moitié de l’année 1791, les Bénédictins achevèrent d’effectuer leur départ. Le 18 avril de ladite année, les scellés furent apposés sur les portes de l’église ; au mois de

juin, on vendit le mobilier de la maison, et 1 on installa un gardien dans l’abbaye. Dès le 1er avril, Pasteur, voyer de la ville, dressa un plan des deux églises, de tous les bâtiments et terrains adjacents, avec un tracé de nouvelles rues sur le pourpris du monastère (planche XVIII).

Spoliation de l’église abbatiale, les reliques

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