‹ Histoire de l'église Saint-Bénigne de DijonChapitre 19 sur 148 · DE SAINT BÉNIGNE TRANSPORTÉES AU DISTRICT · texte numérisé non relu

DE SAINT BÉNIGNE TRANSPORTÉES AU DISTRICT

Au moment de l’apposition des scellés, les commissaires, « n’ayant pas cru devoir faire la pesée de l’argenterie,, parce qu’on n’avait pas encorë distrait les reliques des reliquaires, » remirent à plus tard cette opération. Trois mois après, le 18 juillet 1791, ils étaient de nouveau à Saint-Bénigne. On avait déjà porté la grande châsse elle-même à la sacristie, ou ils l’y transportèrent. Elle fut démontée : il ne s’y trouvait plus que quelques pièces en argent. Le coffre qui renfermait les reliques du martyr fut tiré de cette châsse ; on réunit aux ossements qu’il contenait, les reliques de saint Bénigne qui, comme le maxillaire inférieur, étaient dans des reliquaires particuliers. Alors la plupart des objets inventoriés furent rapportés au district, dans l’ancien logis du roi ; mais les reliques, les linges, etc., restèrent à la sacristie, en dépôt.

L’année suivante, le 17 février 1792, des commissaires viennent encore à la sacristie de Saint-Bénigne, font le récolement des objets qu’on y avait laissés, mentionnent parmi ces objets « le coffre de saint Bénigne et ses reliques ; » puis le lendemain, 18, tout est transporté au district, et confié à la garde de Baron. Ce gardien reconnaît, dans le nombre des objets qu’on lui livre, « un coffre en bois, dont le couvercle est couvert d’étoffe, renfermant des reliques de saint Bénigne. La serrure dudit coffre paraissait avoir été enlevée. »

Dans les premiers jours de mars, plusieurs membres de l’Académie de Dijon obtinrent l’autorisation de désigner quelques objets à conserver, avant qu’on livrât le métal à la monnaie. En même temps, Louis-Bénigne Baudot, désirant sauver quelque fragment des reliques de l’apôtre-martyr, se rendit auprès du gardien Baron. Celui-ci détourna les yeux pour laisser M. Baudot détacher deux dents du maxillaire inférieur du saint. Un autre jour, coupant luimême un morceau du suaire qui enveloppait le corps, il l’ajouta aux deux .petits ossements déjà recueillis.

L’évêque constitutionnel. — Le décret de l’Assemblée nationale sur la constitution civile du clergé avait créé un évêché par département. C’est à partir de cette époque que le diocèse de Dijon reçut sa circonscription actuelle. Le 15 février 1791, l’élection ayant eu lieu pour nommer « l’évêque de la Côte-d’Or », 342 voix, sur 439 votants, furent données à Jean-Baptiste Volfius. Proclamé le lendemain dans l’Assemblée départementale, il fut sacré à Paris, le 13 mars suivant, par M. Gobel, évêque constitutionnel de cette ville.

Besançon devint la métropole du diocèse de Dijon.

Jean-Baptiste Volfius était fils de Jean-François Volfius, procureur au parlement de Dijon, et frère d’Alexandre-Eugène Volfius, avocat au même parlement, député du tiers état aux Etats généraux de 1789. Après de brillantes études au collège des Godrans, dirigé par les Jésuites, il entra dans leur société. Il avait environ quinze ans. Profès, on l’envoya enseigner dans plusieurs collèges, puis il alla faire deux années de théologie à Reims, et passa à Pont-à-Mousson pour faire les deux autres. Mais il n’acheva point, et fut congédié durant sa quatrième année, quelques mois avant la proscription de la compagnie, en France.

Au moment où les Jésuites sortirent du collège des Godrans, Volfius y entra comme professeur de rhétorique. L’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon l’accueillit parmi ses membres le 30 novembre 1784.

Lorsque la Révolution éclata, il suivit immédiatement le parti avancé, présida le club patriotique, accepta le titre d’aumônier de la milice citoyenne ou garde nationale, célébra la messe le 18 mai 1790, quand fut prêté « le serment de la confédération des quatre départements de la ci-devant province de Bourgogne. » Cette messe fut dite dans « le temple de la Liberté, construit au rond du Cours, et où l’on avait peint la Bastille détruite et beaucoup d’autres sujets analogues aux événements de l’époque. »

Installé évêque le 22 mars 1791, à l’église cathédrale Saint-Étienne, et logé d’abord à l’ancien évêché, Volfius publia sa première lettre pastorale le 1er avril. Il faisait appel à l’union, dans la charité chrétienne, oubliant qu’il créait

(1) Pour ce détail et d’autres, voir apud Mém. de la Société bourguignonne de Géographie et d’Histoire, pp. 91 et suiv.,

lui-même la division, en séparant les fidèles de leur évêque, et du pape.

Mgr de Mérinville, l’évêque légitime, protesta aussitôt avec vigueur contre l’intrusion du soidisant évêque de Dijon. La lettre du vénérable prélat était datée de Paris, du 7 avril. Il déclarait illégitime et sacrilège la consécration que Volfius avait reçue à Paris, et défendait aux ecclésiastiques du diocèse de le reconnaître, aux fidèles de recevoir les sacrements de sa main ou de celle des prêtres qui se feraient ses collaborateurs.

Le 13 avril, parut aussi, à Dijon, sans nom d’imprimeur, une Lettre à M. Volfius. C’était, par un prêtre de la ville, l’abbé Henri Dillon, une énergique réponse à la lettre pastorale de l’intrus. Son apparition excita une émeute. On se rassembla devant la maison de l’auteur, qu’on voulait prendre et conduire en prison. « L’écrit, dénoncé à l’accusateur public, fut brûlé le lendemain sur la place Royale, devant la porte de l’auteur, et sur le Morimond : on portait une espèce d’effigie de M. Dillon pendue. Celui-ci ne s’effaroucha point, il se mit à sa fenêtre à l’instant qu’on venait de faire l’expédition à sa porte, et sur les cinq heures du soir il passa sur la place Royale (1). »

D’autres avertissements parvinrent à Volfius. L’abbé Couturier, jésuite expulsé, qui mourut curé de Léry, entreprit, dans une lettre connue, de ramener au devoir son ancien condisciple et confrère. Tout fut inutile. Les flatteries du parti qu’il avait embrassé, jointes à la faiblesse de caractère que montra toujours Volfius, fixèrent ce malheureux prêtre dans le schisme et le conduisirent à l’apostasie. On le vit s’incliner devant toutes les volontés de ses maîtres, prêter tous les serments qu’on exigea de lui, avilir le sacerdoce, sous le rapport de l’autorité, comme la simple fierté naturelle ne l’eût point permis à un homme de cœur.

On a en lui un exemple des catastrophes où aboutissent souvent ces existences qui, par certain côté, surpassent le milieu commun, mais auxquelles manquent la rectitude du jugement et la force de la volonté. Volfius avait de la distinction intellectuelle, le don de la parole, une âme charitable, des mœurs irréprochables. C’est ce qui lui ménagea des amis au sein de son égarement. C’est aussi, sans doute, ce qui lui

Lettres à un émigré, publiées par M. l’abbé Jarrot. Ces lettres ont été écrites par M. Guillaume Gros, procureur syndic de Dijon.

valut, dans sa vieillesse, un sérieux retour à Dieu, couronné par une fin édifiante.

Il mourut à Dijon, le 8 février 1822, dans sa quatre-vingt-huitième année.

Saint-Bénigne devient église paroissiale et cathédrale. — Le 4 mai 1791, l’Assemblée nationale porta le décret suivant :

« Les sept paroisses de la ville et faubourgs de Dijon avec tout leur territoire sont et demeurent réduites à quatre :

» Les paroisses conservées sont : 1° paroisse cathédrale, Saint-Etienne, 2° Saint-Bénigne, 3° Saint-Michel, 4° Notre-Dame.

» Sont aussi conservés deux oratoires : Saint- Nicolas, les Bernardines. »

Ce décret fut sanctionné par Louis XVI , le 15 mai.

Les sept paroisses de Dijon dont parle le décret étaient : Notre-Dame, Saint-Jean, Saint-Michel, Saint-Médard transféré à Saint-Étienne sur la fin du seizième siècle, Saint-Nicolas, Saint-Pierre, Saint-Philibert.

A vrai dire, deux seulement d’entre ces paroisses furent conservées, Notre-Dame et Saint- Michel. Saint-Étienne remplaça les titres paroissiaux de Saint-Médard et de Saint-Pierre ; Saint-Bénigne remplaça ceux de Saint-Jean et de Saint-Philibert.

Une pétition, enregistrée le 6 août 1791, demanda qu’il n’y eût que trois paroisses : Saint-Bénigne, avec le titre cathédral, Notre- Dame et Saint-Michel. D’autres pétitions, conçues à peu près dans le môme sens, parurent encore.

La réponse de l’Assemblée se fit attendre, jusqu’au 6 mai 1792. Alors une nouvelle loi relative au nombre et à la circonscription des paroisses de Dijon, en réduisit le nombre à trois : Saint-Bénigne, Notre-Dame et Saint-Michel. Le titre cathédral fut en principe attaché à Saint- Bénigne. Le logement de l'évêque fut transféré dans la maison abbatiale, et le séminaire dans la maison conventuelle.

Cette loi reçut la sanction royale le 9 mai, dans sa généralité, et le décret particulier d’érection de Saint-Bénigne en cathédrale fut rendu le 24 août.

Saint-Étienne resta de fait l’église cathédrale quelques mois encore. Mais elle fut pillée le 1er juillet 1792, et Volfius dut célébrer les offices à Saint-Jean, pendant qu’on achevait de disposer

Saint-Bénigne pour le service paroissial et cathédral.

D’ailleurs le culte ne cessa, dans les églises supprimées, que du jour où tout fut réglé et préparé pour sa translation autre part.

Démolitions et aménagements a Saint-Bénigne. — Dix jours après le sanctionnement de la loi du 4 mai 1791, le directoire du district de Dijon s’était occupé de faire apprêter l’église Saint-Bénigne comme chef-lieu paroissial.

De l’avis des membres de ce conseil, « des réparations étaient urgentes, tant pour assainir l’édifice que pour le décorer d’une manière digne de sa destination. Les travaux à entreprendre paraissaient devoir consister dans la démolition de la rotonde, qui masquait les jours du bâtiment neuf, et entretenait dans l’église une insalubrité funeste ; également dans la démolition de la sacristie (chapelle de Charny-Bauffremont) et du vieux magasin situé au nord. Il convenait aussi, pour l’intérieur, de détruire le jubé, de relever le pavé au niveau de la rue, de placer un autre autel, des stalles, des boiseries, et tout ce qui pouvait contribuer à une décoration simple et décente. Facilement on trouverait, dans les églises supprimées, de quoi pourvoir, à peu de frais, à l’ameublement de Saint-Bénigne. »

Un homme d’art parut nécessaire pour présider à ces travaux.

Autorisés à cet effet par le directoire du département, les membres du directoire du district confièrent la direction des travaux projetés à A. Antoine, ancien sous-ingénieur des ponts et chaussées.

Un rapport daté du 30 juillet 1791 fut adressé par Antoine au directoire du district. Nous en donnerons une analyse.

« Il y a près d’un demi-siècle, dit le rapporteur, qu’on fut obligé de faire une réparation considérable à l’église Saint-Bénigne, et depuis ce temps il est resté sur sa solidité des doutes qu’il serait important de fixer. L’arc-boutant d’un des contreforts du côté du nord a été repris à cette époque, et le contrefort lui-même revêtu d’un massif de maçonnerie en pierre de taille. Ce travail a été bien fait, et depuis rien n’a bougé. Un tassement ancien, dans le grand contrefort au nord-ouest de la croisée, provient du mauvais fonds sur lequel il est établi. En résumé l’église est relativement solide. Elle le serait davantage, si l’entretien de l’édifice s’était fait

régulièrement. Jadis, à chaque nouveau titulaire, on faisait des visites, avec devis estimatif des réparations urgentes, mais pas pour un sou d’ouvrage. »

Antoine dit la vérité, mais à la façon d’un bon avocat, avec quelque surenchère.

« J’applaudis, ajoute-t-il, avec tous les gens de l’art, à la nouvelle destination de cette église. Mais ce n’est pas assez. Un édifice de cette importance ne devrait pas être au second rang. La plus grande et la plus belle église du département devrait en être la première, surtout lorsqu’à cette convenance générale toutes les convenances particulières se réunissent, pour rendre cette destination nécessaire.

» Il faut conserver les bâtiments des ex-bénédictins pour l’établissement du séminaire, et les conserver entiers, moins cependant le vieux magasin et le cloître. Une part sera réservée pour l’évêque. On plantera, dans la cour du futur séminaire, quatre rangs d’arbres, pour donner de l’ombrage aux séminaristes.

» Mais j’émets un vœu pour la conservation de la rotonde, cette crypte antique d’où sont sortis les premiers rayons qui ont éclairé notre pays du flambeau sacré de la religion. C’est un monument d’une construction singulière, c’est un des premiers échelons de l’art, sur lequel l’amateur reposera toujours avec intérêt ses regards, pour en suivre les différentes périodes. Sa destruction serait sans avantage ; à peine les matériaux vaudraient les frais de démolition, car, si l’on en excepte quelques tronçons de colonnes d’un marbre précieux à la vérité, mais dont la forme lourde né retrouverait jamais de place, le reste ne serait plus que poussière et décombres. Il est même certain que cette destruction occasionnerait une perte réelle, en ce qu’elle nécessiterait celle de plusieurs maisons attenantes, du côté de Saint-Philibert. Je ne regarde pas comme un avantage le dégagement de la face méridionale du bâtiment neuf, parce qu’il faudrait toujours conserver la tour où est placé l’escalier de ce bâtiment (voir pl. XVIII), qui seule, au-devant de cette façade, serait une intolérable difformité. Cette partie a été bâtie pour être en quelque sorte cachée, il n’y a que l’avant-corps, c’est-à-dire, ce qui est maintenant en vue qui soit régulier et décoré.

» L’assainissement de l’église Saint-Bénigne n’exige dans cette partie que la destruction des galeries borgnes qui font deux communications

parallèles pour lier cette église à la rotonde. Avec ces galeries, on pourra démolir la tour carrée et tout le bâtiment adossé à la rotonde du côté du levant.

» Au moins qu’on fasse de la rotonde un panthéon dijonnais. »

En ce qui concerne le choix de Saint-Bénigne pour cathédrale, Antoine n’était que l’écho de l’opinion unanime. La pétition rédigée à l’effet d’obtenir l’accomplissement de ce vœu, suivit de près, on l’a vu, et le but fut atteint. Mais il n’en fut pas de même pour la rotonde : sa vénérable antiquité, les souvenirs chrétiens rappelés par Antoine ne la sauvèrent point.

Le 9 août 1791, l’ingénieur ordinaire du département, Guillemot, reçut mandat du directoire du district de dresser plusieurs devis, relatifs aux travaux que l’on voulait exécuter.

Dix jours après, le 29 août, Guillemot présenta ses devis et détail estimatif, établissant que l’église Saint-Bénigne pouvait être aménagée en église paroissiale, moyennant une dépense de 5,500 francs, et en cathédrale, si l’on ajoutait 340 francs. La rotonde, la sacristie, etc., étaient sacrifiées dans ce devis.

Sur ces entrefaites, le 12 octobre 1791, fut adressé au directoire le « Vœu d’un citoyen sur les moyens d’opérer à Dijon, dans un seul local, la réunion des monuments pieux, épars dans les églises supprimées. » Le signataire était Rénon, substitut du procureur de la commune de Dijon. Il désignait Saint-Bénigne comme le local le plus convenable à cette fin. La conservation de la rotonde lui paraissait une nécessité. L’édifice, il est vrai, n’avait plus assez de lumière, mais on lui en procurerait davantage, en donnant à l’ouverture supérieure une autre forme que celle de la lanterne construite récemment, et en pratiquant des fenêtres dont les embrasures étaient toutes faites. Suivaient plusieurs autres propositions du même genre, dont l’exécution eût gâté le monument, mais le mal se serait réparé, dans un siècle de meilleur goût.

Arrivant à l’objet principal de sa pétition, Rénon voulait que la rotonde devînt le panthéon dijonnais. Il fallait placer, dans l’étage du milieu, les tombeaux des ducs, qui étaient aux Chartreux : les cendres seraient déposées dans l’étage de la crypte. Au pourtour de la même rotonde du milieu on placerait les tombeaux dignes d’être conservés, celui de Gaspard de Saulx (mort en 1573), qu’on rapporterait de la

Sainte-Chapelle, etc. Là aussi serait transportée la magnifique statue de la Vierge, qui était à Saint-Pierre.

Quant à l’église Saint-Bénigne, c’était un devoir d’y laisser subsister le chœur, avec ses stalles, qui étaient recommandables « par leur ancienneté et leur singularité, et surtout pour la délicatesse et le fini de l’ouvrage. » Mais, en même temps, on décorerait le sanctuaire, en y posant « les stalles de la Sainte-Chapelle, distinguées par leur élégance et le moule de la sculpture. » On rapporterait à Saint-Bénigne, afin de rendre cette église tout à fait digne du culte religieux, la belle statue, en bois, de saint Jean l’Evangéliste, qui était aux Chartreux; celles de saint Médard et de saint Etienne, qui étaient à l’église Saint-Etienne, et avaient été sculptées par Jean Dubois ; celles de saint André et de saint Jean l’Évangéliste, ouvrages d’Attiret, qui étaient à la Sainte-Chapelle; les bustes des douze apôtres, œuvre de Dubois, qui étaient à Saint-Étienne.

Rénon conseille encore de transporter à Saint- Bénigne le magnifique maître autel de la Sainte- Chapelle, et de le placer, soit entre les deux grilles, soit sous la flèche.

Le 15 octobre 1791, un arrêté du directoire du département autorise le directoire du district de Dijon à procéder incessamment à une partie des réparations, à la charge que les effets à prendre à Saint-Jean et à Saint-Philibert ne seront enlevés qu’au moment où les offices paroissiaux pourront être transférés à Saint-Bénigne.

On laissa passer les premiers mois de l’hiver et, le 23 janvier 1792,' Guillemot fut chargé de présenter des devis définitifs — l°pour l’exhaussement du pavé du chœur d’environ trois pieds, la démolition du jubé et la pose de l’autel et des stalles de la Sainte-Chapelle dans le sanctuaire; — 2° pour le transport des tombeaux des Chartreux dans les chapelles qui existaient sous les tours; — 3° pour la démolition de la sacristie, du vieux magasin et de la rotonde, en réservant les colonnes de marbre et de granit ; — 4° pour les réparations à faire aux toits de l’église.

La délivrance de ces travaux se fît le 11 février, et l’on se mit à la besogne. Les ouvriers furent distribués en deux chantiers : les uns aménagèrent l’intérieur de l’église, les autres démolirent la rotonde et tous les édifices condamnés.

Destruction de la rotonde. — Lorsque l’on commença d’abattre la rotonde, plusieurs mem¬

bres de F Académie de Dijon entreprirent de sauver quelques morceaux de sculpture, appartenant au vieil édifice. Pierre-Louis Baudot et Pierre-Joseph Antoine firent, dans ce but, une démarche auprès du directoire du district , et obtinrent pour leur société l’autorisation de nommer des commissaires chargés d’opérer la conservation des objets les plus intéressants pour l’art. Ils furent, avec François Chaussier, élus par leurs collègues , à l’effet d’accomplir cette mission, et constituèrent ce commissariat dont il a déjà été question, à propos du mobilier d’église porté au district. Baudot et Antoine rédigèrent chacun un rapport, dont lecture fut faite aux séances de l’Académie, les 8 et 15 mars 1792. Mais les résultats furent à peu près nuis, les matériaux des édifices démolis ayant été abandonnés aux adjudicataires.

Un de ceux qui déplorèrent le plus la ruine de la rotonde, fut Louis-Bénigne Baudot, frère du précédent. Il reproche à Volfius de n’avoir rien fait pour en empêcher la destruction, ou, plutôt, d’en avoir vu avec plaisir tomber les murs, dans l’espoir qu’il avait que Saint-Bénigne deviendrait la cathédrale, et qu’il irait habiter le bâtiment neuf qu’on voulait dégager, en enlevant tous les restes de l’église romane.

Louis-Bénigne Baudot ne put s’arracher de ces lieux, qui intéressaient si vivement sa foi et sa passion pour les antiquités. Pénétrant sur les chantiers, suivant pas à pas les démolisseurs, il prenait ses notes, et recueillait de temps en temps quelque épave, ici un marbre, là un fragment de mosaïque, ailleurs un débris de chapiteau, etc. Il ne quitta la rotonde que lorsque le terrassement, établi sur la crypte pleine de décombres, effaça tout vestige de l’édifice, et l’ensevelit plus complètement que n’est enseveli un mort sous sa dalle funéraire.

Parmi les notes de ce chercheur intrépide, glanons encore quelques épis.

Depuis longtemps, on ne descendait plus à la crypte que par la tour du nord. Au-dessus de la porte, ouvrant sur la rotonde du milieu, se lisait cette inscription :

Solve calceamenta d&x>edibus luis,

Locus enirn in quo stas, terra sancta est.

— Mets-toi nu-pieds, car la terre que tu foules est une terre sainte.

Dans la première absidiole près du tombeau de saint Bénigne, du coté du nord « on voyait une

statue de la sainte Vierge, peinte et dorée, ayant pour support une petite colonne posée sur l’autel. » C’était l’ancienne chapelle de saint Nicolas, dont on avait changé le vocable en la dédiant à la sainte Vierge. Au moment de l’introduction de la réforme de Saint-Maur, l’église Saint-Bénigne renfermait en effet six chapelles consacrées à la sainte Vierge : Notre-Dame de la crypte, dont il est ici question, dans la basse église; — Notre- Dame du Saint-Lieu, à l’extrême chevet de la rotonde du milieu; — Notre-Dame de Bon- Secours, à l’ancien autel de saint Pierre, au fond du second collatéral nord de la vieille église ; — Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, à la croisée méridionale de l’église gothique, vis-à-vis la porte alors existante en face de l’église Saint- Philibert; — Notre-Dame de Baume, à l’un des piliers de la nef, dans la rangée du côté du nord; — Notre-Dame des cloches ou des gloriottes, sous la tour septentrionale.

Au fond de l’absidiole qui se trouvait aussi près du tombeau du martyr, du côté méridional, il y avait « derrière l’autel trois niches, » et sur l’autel un bas-relief représentant une crucifixion, où figuraient onze personnages. C’était l’ancienne chapelle de sainte Paschasie. Les « niches » étaient évidemment les restes des anciennes fenêtres qui ajouraient l’absidiole, avant la construction de la rotonde, et devaient remonter au temps de Charles le Chauve.

Dans le début des travaux, « on brisa le coffre en chêne » de la crypte, c’est-à-dire, l’ancienne châsse, appendue au mur, au-dessus du tombeau.

Un escalier en marbre blanc, reconnu le 8 mars, et par lequel on arrivait à la chapelle de Notre- Dame du Saint-Lieu, devait être celui que signale l’auteur de la Chronique de Saint-Bénigne.

« On trouva des boîtes à reliques sous les autels, » aux différents étages de la rotonde.

« Le 21 avril, on commença à découvrir la chapelle de Bauffremont. »

Ce fut dans le même temps, sans doute, que l’on se mit également à combler la crypte, après avoir achevé de démolir les deux étages supérieurs de la rotonde. Le devis portait, en effet, que l’adjudicataire, au moment de la démolition de la sacristie (chapelle de Bauffremont), ferait transporter dans la crypte tous les décombres qui lui seraient inutiles, pour commencer à la combler.

Au mois de juillet, la rotonde était entièrement

détruite, et l’on ne voyait plus aucune trace de construction derrière le chevet de l’église ogivale.

Destruction du jubé et des stalles du chœur. — La première besogne exécutée à l’intérieur de l’église fut la destruction du chœur des religieux : les cloisons, le jubé, les stalles disparurent.

Quant aux stalles, en particulier, dès le 23 février 1792, elles étaient démontées. Après avoir numéroté toutes les pièces, on les déposa dans le réfectoire des Bénédictins. Elles furent sans doute transportées ailleurs, un peu plus tard, quand on meubla la maison conventuelle, dans l’intention d’y installer le séminaire. Mais la vente n’en fut effectuée qu’au printemps de 1794, pendant le règne de la Terreur.

En effet, le 16 mai 1794, le directoire du district de Dijon, ayant appris par la voix publique « que la municipalité de la ville avait commencé de faire vendre les boiseries », fit connaître qu’il s’opposait de tout son pouvoir à la vente de celle qui provenait du chœur de Saint-Bénigne, « considérant que, quoique rappelant le fanatisme, cette boiserie était un chef-d’œuvre de l’art que l’on devait conserver aux artistes. » Deux jours après, le directoire députa le citoyen Edme Duthu pour se rendre compte de ce qui s’était lait à cet égard. Edme Duthu, se rendant à Saint-Bénigne, le jour même (18 mai), rencontra en chemin « Denys Perrié », menuisier à Dijon, place Notre- Dame, qui conduisait une voiture où il y avait différents morceaux de confessionnaux et autres boiseries. Perrié déclara « avoir acquis, le 27 du présent mois, les bois placés dans le corridor des ci-devant Bénédictins et provenant de différentes églises. » Edme Duthu, étant parvenu à Saint-Bénigne, reconnut qu’une grande partie des boiseries, transportées dans cette église en 1792 pour la décorer, venaient d’être enlevées, et vendues à divers acquéreurs, entre autres à Fleury, épicier de Dijon, qui en avait fait prendre le jour même et la veille.

Ainsi, d’après ces détails, il y eut, sur la fin de mai 1794, une vente générale des boiseries d’église qui se trouvaient alors réunies à Saint- Bénigne, les unes servant de décor dans l’église même, les autres gardées en dépôt dans la maison conventuelle.

C’est à cette époque que Dijon perdit l’œuvre si remarquable de Jean Boudrillet. Le directoire, en effet, comprenant que son opposition à la

vente arrivait trop tard, rapporta son arrêté du 16 mai. La tentative qu’il avait faite lui avait sans doute été suggérée par les archéologues et les artistes de la ville. Du nombre de ces derniers était « François Devosge, professeur de l’Académie de peinture. » A plusieurs reprises, il éleva la voix contre les dévastateurs. « L’esprit de destruction, de rapine, qui règne aujourd’hui, disait-il en s’adressant au directoire du district, déterminera sans doute l’administration à prendre les mesures nécessaires pour éviter de plus grandes dégradations. » On prit en effet quelques mesures préservatrices, à la suite du pillage qui eut lieu dans plusieurs églises pendant l’été de 1792. L’administration établit « dans l’église et la maison de Saint-Bénigne quatre soldats vétérans, pour veiller nuit et jour à la conservation des édifices et des effets qu’ils pouvaient renfermer. » Mais le directoire finit par retirer cette garde, qui nécessitait une dépense. Aussi bien, les vandales de la Terreur firent litière de toute autorité qui tenta de les brider (1).

Aménagements intérieurs a l’église Saint- Bénigne. — Le jubé et les stalles du chœur des religieux ayant disparu, le sol de l’église fut exhaussé d’environ trois pieds, sur toute la largeur de l’édifice, depuis les deux piliers occidentaux du transsept jusqu’aux absides, et, dans les absides mêmes, d’un demi-pied. La porte latérale qui était dans le croisillon du midi fut supprimée, et remplacée par une autre, ouverte en face de la rue Saint-Philibert. Le petit bâtiment appuyé au croisillon du nord, et dont les religieux faisaient à la fin leur salle du chapitre, servit de sacristie.

Il y eut discussion pour l’emplacement du maître autel. Guillemot, dans son projet, le plaçait en avant de l’ancien sanctuaire, comme on l’a fait en 1896 (planche XIX). Volfius,qui présidait à tous ces arrangements, parce qu’il prévoyait que Saint-Bénigne allait devenir la cathédrale, demandait qu’il fût mis, à peu près au centre de la croisée, sous la flèche. François Devosge appuya V olfius, et le directoire du district abandonna le projet primitif, pour suivre celuici. L’autel de la Sainte-Chapelle, ouvrage d’Attiret, fut donc établi sous la flèche de Saint-Bénigne. Le même autel existe encore, reporté maintenant

(1) Pour ces détails et, en général, pour les événements relatés dans le chapitre sixième de cet ouvrage, les principales sources de documents se trouvent aux Archives de la Côte-d’Or, Q, 2 et V, 2 ;

un peu plus à l’est. La face du tombeau est décorée d’un bas-relief en cuivre, représentant l’Assomption.

Les deux chapelles absidales reçurent aussi des autels tirés d’autres églises. Au collatéral nord, on plaça la moitié du grand autel de Saint- Etienne, qui était double et que l’on coupa en deux. Volfius, tant qu’il continua de célébrer l’office à Saint-Etienne, eut assez d’une des faces de l’autel pour ses cérémonies. Le chœur n’était plus alors occupé par le chapitre, la Révolution ayant supprimé cette institution.

Dans l’abside du collatéral sud, on apporta, de la Sainte-Chapelle, un autel en marbre, qui se trouvait dans la chapelle du prince de Condé.

Avec les stalles du chœur de la Sainte- Chapelle on orna les deux côtés du sanctuaire, jusqu au pan coupé, où l’on se proposa d’ériger le siège de l’évêque, s’il était transféré à Saint- Bénigne.

D’autres boiseries provenant les unes de la Sainte-Chapelle, les autres des Chartreux décorèrent les absides et plusieurs portes.

Une regrettable dégradation fut commise pour la pose des stalles du sanctuaire. Afin de diminuer la proéminence des piliers, on enleva les fûts des colonnes, dans la partie inférieure. Les restaurations de la fin du dix-neuvième siècle ont heureusement réparé le mal.

Enfin des statues, une chaire, des croix et des chandeliers, ceux entre autres de la Sainte- Chapelle, tous les ornements indispensables, furent apportés, soit des églises supprimées, soit du dépôt national.

Cependant parut le décret transférant le titre cathédral à Saint-Bénigne, et l’activité redoubla, pour achever l’aménagement de l’église.

Translation des tombeaux des Chartreux a Saint-Bénigne. — Parmi les objets d’art transportés alors à Saint-Bénigne figuraient les tombeaux des ducs de Bourgogne de la seconde race. Ces magnifiques mausolées, actuellement conservés au musée de la ville de Dijon, se trouvaient dans T église des Chartreux. Attiret eut à surveiller l’opération. Les tombeaux, démontés, conduits à Saint-Bénigne, furent placés dans les chapelles qui sont à l’entrée de l’édifice, sous les tours. La translation eut lieu

— et à la Bibliothèque de Dijon, fonds Baudot, n° 71, et Notes prises sur les lieux , etc.

en février 1792, et, selon le témoignage d’ Attire!, « le travail s’exécuta avec autant d’intelligence que de célérité, par Duleu cadet (1). »

Non seulement les mausolées, mais les restes eux-mêmes des princes furent transportés à Saint-Bénigne et inhumés dans des caveaux, sur lesquels on posa les monuments. Le corps de Philippe le Hardi repose sous la tour méridionale, et le corps de Jean sans Peur sous l’autre tour.

Si les cendres des ducs sont encore à Saint- Bénigne, les tombeaux disparurent promptement. Afin de terminer ce sujet, disons immédiatement comment ils furent enlevés, pendant la Terreur. Une lettre de Volfius l’apprendra.

Le 26 septembre 1793, le directoire du district de Dijon demanda compte « à Jean-Baptiste Volfius, évêque de la Côte-d’Or, et curé de l’église Saint-Bénigne » d’un fait dont les fabriciens de cette église étaient accusés. Ils avaient, suivant la dénonciation du juge de paix, « enlevé, dans la nuit du 11 au 12 septembre, les fonts baptismaux en cuivre de ladite église pour les remplacer par ceux en pierre de Saint-Philibert, enlevé aussi le cercueil en plomb qui était sous les tombeaux des Chartreux, dans la chapelle à droite, et transporté ces deux objets dans un petit cabinet des ci-devant Bénédictins. »

Volfius envoya cette réponse, le 14 novembre 1793 :

« Le 8 août dernier, les administrateurs de la fabrique présentèrent une pétition à la commune, pour être autorisés à enlever les tombeaux des ci-devant ducs, comme étant des monuments du despotisme, et le même jour il y eut délibération du conseil de la commune, qui les autorisait à détruire ces monuments, sous la surveillance de deux commissaires.

» J’avais rédigé la pétition à la commune, je partis incontinent après pour la campagne. Voici ce qui s’est passé depuis :

» Le 9 août, on procéda à la destruction des tombeaux, et de suite les jours suivants. Lorsque le 11 ou le 12 septembre, on eut enlevé les dernières tables du tombeau placé sous la tour du nord, et qu’on fut parvenu au petit caveau qui renfermait le cercueil de plomb, on crut ne devoir pas l’enlever la journée par des raisons de décence ; on l’enleva à 8 heures du soir ; l’opération dura longtemps ; on le déposa dans

(I) Les inscriptions commémoratives qui furent posées dans les deux chapelles, en I S \ 1 , placent la translation en 1 79 1 ; mais

l'arrière-chambre du marguillier, après que ce qu’il contenait eut été renfermé dans le caveau.

» Le lendemain matin, les citoyens Dupuis et Cluny, administrateurs de la fabrique, allèrent chez le citoyen Rénon, et lui donnèrent avis de ce qui s’était passé. Celui-ci leur donna rendezvous, pour les deux heures, chez le procureur de la commune, pour savoir où le cercueil devait être déposé. Le procureur de la commune se transporta avec les citoyens Rénon, Cluny et Dupuis dans l’église de Saint-Bénigne ; il vit le cercueil, et promit d’en référer au conseil. Ce ne fut que le surlendemain qu’il le fit, et il fut pris une délibération qui ordonna le transport à la municipalité, ce qui fut exécuté à l’instant, et le citoyen Chaussier fut nommé commissaire pour recevoir le cercueil et être présent à l’enlèvement du second qui n’est point encore déterré.

» Quant aux fonts baptismaux, ils étaient dans un coin du collatéral du midi, exposés aux ordures des chiens ; on décida de les placer dans une des chapelles qui sont sous les tours, sur les bases d’un des tombeaux des ducs ; ils étaient sales, bosselés et malpropres ; on les a enlevés, pour les nettoyer et les réparer ; ils sont dans la sacristie jusqu’à ce que le local soit prêt.

» Quoique tous les faits se soient passés dans mon absence, d’après les informations que j’ai prises je puis les certifier. Il paraît qu’ils ont été dénaturés par la cupidité de quelques ouvriers.

» Agréez, citoyens, mes salutations fraternelles .

J. -B. Volfius. »

Le malheureux évêque de la Côte-d’Or fut donc contraint avec ses fabriciens de Saint- Bénigne de concourir à la destruction des tombeaux des ducs, et il accomplit cette pénible démarche. Cependant les nombreuses pièces de ces beaux monuments furent transportées dans les dépôts publics, et sauvées pour la plupart.

Arrestation des prêtres insermentés. — Tandis qu’on aménageait l’église Saint-Bénigne en vue de sa nouvelle destination, Dijon fut témoin d’une de ces terribles émeutes qui ensanglantèrent partout les annales de la Révolution à cette époque, et qui faillit produire, à deux

d’après les documents contemporains, ce fait s’accomplit en 1792. Il y aurait lieu de rectifier sur le marbre la date erronée.

pas de la crypte de l’apôtre-martyr, laquelle se comblait en ce moment, des massacres semblables à ceux des Carmes et de l’Abbaye, à Paris.

Un arrêté du directoire du département, en date du 11 mars 1792, obligea tous les prêtres insermentés des diverses paroisses de la Côted’Or de venir s’établir à Dijon, avec faculté de choisir leurs demeures, pourvu qu’elles fussent déclarées à la municipalité. Cette mesure avait pour but d’aplanir les voies au clergé constitutionnel : elle écartait les difficultés que rencontrait la propagande schismatique par suite de la présence, en beaucoup de lieux, des prêtres réfractaires, c’est-à-dire, fidèles aux pasteurs légitimes. L’exécution de l’arrêté — ce fut un résultat qui dépassa les vues de ses auteurs — offrit un appât aux passions populaires, de plus en plus hostiles à la religion et à ses ministres.

Le secret du complot régicide qui se tramait à Paris, et qui amena l’attentat du 20 juin, avait été confié aux clubs de la province. Un des crimes qui devait accompagner le meurtre du roi était l’immolation des ecclésiastiques qui avaient eu le courage de ne point trahir leur conscience par un serment sacrilège. Le club de Dijon, un des plus ardents, saisit avec avidité ce plan patriotique, et se disposa à l’exécuter.

A la suite de discours incendiaires, le dimanche 17 juin, éclate l’émeute, ef la municipalité, trop peu défiante, la réprime faiblement. Le lendemain- 18, l’emprisonnement des ecclésiastiques non assermentés est secrètement résolu : la liste en est dressée, on désigne les chefs de l’expédition, on donne à chacun une horde de sansculottes, de femmes, d’enfants, auxquels on promet cinq francs par tête pour chaque arrestation, et à sept heures du soir le sinistre bataillon se répand dans la ville.

On conduisit les premières victimes arrêtées dans une salle basse du logis du roi, donnant du côté de la Sainte-Chapelle. Aussitôt que la nouvelle fut connue, ont vit accourir devant la salle une populace furieuse, excitée par les chefs du club, qui passa une partie de la nuit à accabler des plus grossiers outrages ces vénérables ecclésiastiques forcés, par leur nombre et leur entassement dans une même chambre, à en tenir les fenêtres ouvertes. Vers deux heures du matin, un conseiller municipal leur fit apporter quelques bancs, et on leur donna un seau d’eau.

Toute la nuit et la matinée du lendemain se

passèrent dans de violentes perquisitions par toute la ville, pour arracher les prêtres de leur domicile et les conduire à ce dépôt.

Les représentants de la municipalité et du département, s’étant assemblés, s’occupèrent des moyens de soustraire ces malheureuses victimes à la fureur populaire. Dans ce but, ils légalisèrent les arrestations, et décidèrent qu’on transporterait les détenus à la maison du séminaire. En conséquence, le mardi 19, vers midi, les ecclésiastiques furent conduits en plusieurs bandes et par divers chemins dans cette maison, escortés de piquets de gardes nationaux et assaillis néanmoins pendant le trajet des insultes des patriotes. Les bâtiments du grand séminaire formaient l’angle nord de la rue Piron et de la place Saint-Jean. Parmi les prêtres incarcérés figuraient quelques religieux de Saint-Bénigne : le prieur, François Godard; le cellérier, Pierre- Benoît Arnaud ; un troisième religieux, Paul- Joseph Dechy. Les hauts dignitaires du clergé fidèle s’y trouvaient aussi : l’abbé Jannon, doyen du chapitre et vicaire général; l’abbé Colas, vicaire général également.

Ce ne fut point assez pour les expéditionnaires salariés du club d’arrêter des prêtres, il leur parut bon de s’en prendre à des religieuses. Ils se distribuèrent par groupes, le même jour mardi 19, se présentèrent aux portes des communautés , et s’y introduisirent de force. Quelques supérieures bien avisées, comme celle de la Visitation, amusèrent les envahisseurs, répandus dans le monastère, pendant qu’on allait en toute hâte réclamer le secours de la municipalité. D’autres, surprises par la soudaineté de l’attaque, sortirent avec tout leur personnel et marchèrent à la suite des forcenés qui avaient violé leur domicile. Cependant la pitié et l’indignation se manifestèrent d’une manière imposante, en face d’un pareil spectacle. Honteuse de ces faits qu’on attribuait à sa connivence, l’autorité municipale montra un peu d’énergie, fit évacuer les couvents où la foule avait pénétré, et réintégrer chez elles, sous la protection des gardes nationaux, les religieuses déjà expulsées.

Au milieu de ce tumulte, Volfius réunit ses vicaires épiscopaux, sorte de conseil presbytérien, composé de douze membres, que la constitution civile du clergé avait substitué à l’institution des chapitres et des vicaires généraux. Le chef de ce « collège épiscopal », l’évêque, était curé de la cathédrale, en même temps que

pasteur de tout le diocèse. Ses assistants étaient ordinairement chargés soit d’une cure, parfois éloignée du chef-lieu du diocèse, soit de la direction d’une œuvre importante, et ils cumulaient l’administration générale avec le gouvernement particulier de l’œuvre ou paroisse qui leur était confiée personnellement.

De la séance tenue par Volfius et ses assesseurs sortit une « Pétition des membres du conseil épiscopal du département de la Côte-d’Or extraordinairement assemblés le mardi matin 19 juin 1792, au directoire du département. »

C’était une intervention en faveur des ecclésiastiques arrêtés.

« Messieurs, — disaient les pétitionnaires, — nous avons toujours partagé l’inquiétude des citoyens sur le sort de la constitution et de la liberté, et nous avons gémi depuis longtemps sur les atteintes que leur porte la conduite des prêtres dissidents. Mais en apprenant que des vieillards plus qu’octogénaires , des infirmes , des malades arrachés de leur domicile ont manqué pendant quelque temps des secours les plus nécessaires; en apprenant que des prêtres innocents, que d’autres à qui on ne peut reprocher qu’un attachement aveugle à des opinions erronées, mais qui ont conservé de la modération dans leur conduite, partagent le même sort, nous avons éprouvé un sentiment douloureux. Nous vous demandons ainsi, au nom de l’humanité, au nom de la religion, dont nous sommes les ministres, l’élargissement de ceux qui ne sont point coupables, un adoucissement au sort de tous. Et quant à ceux qui n’ont point été dénoncés par l’opinion publique, et qui ne sont qu’égarés par de fausses idées de religion, nous demandons qu’ils soient distribués dans nos maisons ; nous offrons d’être leur caution, et de leur donner tous les soins qui sont en notre pouvoir.

» Nous espérons que, conversant avec eux, nous serons assez heureux pour en ramener plusieurs aux vrais principes, à l’union de tous les sentiments qui doivent être dans le cœur des ministres d’un Dieu de paix. Puissions- nous par le partage et le sacrifice de nos places, les déterminer à concourir avec nous à la défense de la patrie, au maintien de la constitution et au rétablissement de la paix dans tout le royaume. »

Cette pétition, signée par Volfius et ses vicaires épiscopaux, fut remise au directoire du département. Les signataires la firent imprimer,

répandre dans toute la ville, et distribuer à l’abbé Colas ainsi qu’à tous les prêtres emprisonnés. Ils prirent même la précaution de la faire remettre à ceux-ci de la part de l’abbé Colas, que le clergé fidèle regardait comme son chef hiérarchique, ainsi que l’abbé Jannon. L’un et l’autre, en effet, vicaires généraux de l’évêque légitime, retiré alors à Carlsruhe, étaient ses représentants autorisés.

Il est à croire que le mouvement d’humanité auquel cédèrent en cette circonstance Volfius et son conseil, partait d’un bon naturel. Mais, involontairement, on pense à Judas qui, voyant sa trahison produire des résultats imprévus , fut saisi d’un stérile regret. Le clergé constitutionnel avait flatté les passions populaires et, témoin des excès et des crimes auxquels elles se portaient, il eût voulu éteindre l’incendie qu’il avait laissé s’allumer.

Le directoire du département ne tint pas compte du vœu de Volfius. Il attendit la suite des événements. Cependant l’insuccès de l’attentat du 20 juin, l’illégalité des arrestations, les murmures des honnêtes gens inclinaient peu à peu les arbitres de la situation vers l’élargissement des détenus. Le 27 juin, quelques malades, parmi lesquels le bénédictin Arnaud, furent mis en liberté.

Enfin, l’Assemblée nationale, qu’on avait consultée, envoya au département des ordres précis pour mettre fin à la détention des ecclésiastiques incarcérés. Le lundi 2 juillet on assembla le conseil de la commune. Il fut alors décidé, après quinze jours d’emprisonnement, que les prisonniers seraient élargis. Mais, tandis que le maire alla incontinent au séminaire annoncer aux ecclésiastiques leur délivrance, plusieurs conseillers coururent, par un autre chemin, ameuter les femmes et leurs frères du club pour y mettre obstacle. On appela à l’instant la horde des sansculottes, on les soudoya publiquement. Bientôt ils formèrent , à la porte du séminaire , des groupes qui grossirent graduellement, et ils se succédèrent pour la garder sans interruption jour et nuit. Avant que l’attroupement ne fût nombreux, il sortit quelques ecclésiastiques; mais au bout de quelques heures le passage fut obstrué. Toute la nuit, les clameurs retentirent jusque dans la maison.

La journée du mardi 3 juillet se passa de même. La nuit du 3 au 4 fut particulièrement pleine d’angoisses. Il y avait sur la place nombre

de femmes et d’enfants, avec des couteaux aiguisés tout exprès et des bûches de bois pour se ruer sur les détenus. La garde qui était à la porte du séminaire faillit être forcée quatre ou cinq fois. Entendant redoubler les clameurs et les menaces sanguinaires, les pauvres détenus s’attendaient à chaque instant à être massacrés. L’abbé Colas prit dans ses mains un crucifix, et l’élevant dit à ses confrères : « Messieurs, suivons l’exemple de notre divin Maître, qui nous crie du haut de sa croix de tout quitter pour lui. En faut-il davantage pour nous engager à faire généreusement notre sacrifice? Nous sommes ses enfants, nous sommes ses ministres. »

Ce récit dont toute la trame — on le sent — est empruntée à des relations contemporaines, rappelle les lettres des martyrs et des confesseurs des premiers siècles.

Le mercredi 4 juillet, la commune et le département furent d’avis qu’on ouvrît des issues dans les murs des maisons voisines. Ainsi la plupart des ecclésiastiques, au nombre de cent dix, s’échappèrent du lieu de leur prison. Mais ce ne fut pas sans péril, car il leur fallut descendre par des toits et le long des murs, à l’aide d’une corde nouée, de la hauteur de vingt-cinq pieds. Parvenus dans les maisons voisines, ils s’y déguisèrent et s’évadèrent par différentes portes.

Il ne restait à la nuit tombante que trente ou quarante prêtres, vieillards ou infirmes. On réussit enfin, par divers moyens, à dissiper l’attroupement, et les derniers détenus furent reconduits chez eux.

Le lendemain, plusieurs ecclésiastiques qui avaient été incarcérés, sortirent et parcoururent les rues sans essuyer un seul propos injurieux : preuve manifeste que l’émeute avait été soudoyée par les meneurs du club.

Reliques de saint Bénigne remises a Volfius. — Approchait le moment où Volfius allait quitter Saint-Jean pour la célébration des offices, et s’installer à cette fin à Saint-Bénigne. Le culte que Dijon professait pour F apôtre-martyr ne s’éteignait pas, au sein de la tempête révolutionnaire. Ayant Saint-Bénigne pour cathédrale, on voulut aussi que les reliques du saint fussent réintégrées dans le temple érigé à Dieu en son honneur. Les fabriciens de cette église surtout désirèrent les recouvrer.

Le 22 novembre 1792 est la date d’une réponse du directoire du département à une pétition où

ce vœu avait été formulé. Nous transcrivons cette réponse ou arrêté.

« Vu la pétition d’un grand nombre de citoyens de la commune de Dijon, tendant à ce que les reliques de saint Bénigne soient rétablies dans cette église ;

» Ouï le rapport, et le procureur général syndic, le directoire du département a arrêté que, par le citoyen Baron, commissaire cette part, les reliques réclamées seront remises au citoyen évêque de la Côte-d’Or, ou à la personne qui sera par lui déléguée, pour être lesdites reliques rétablies dans l’église Saint-Bénigne.

» Fait en directoire, à Dijon, le 22 novembre 1792, l’an I de la République française, présents : Parigot président, Peletin, Michaut, Theveneau, Philipot, Arnoult, procureur syndic, Vaillant. »

Cet arrêté fut-il exécuté ? Tout porte à le croire, puisqu’on était à l’avant-veille de la fête de saint Bénigne, et que Volfius célébra pour la première fois les offices dans la nouvelle cathédrale le 24 novembre.

D’ailleurs, Baron déclara, le 30 juin 1796, à Louis-Bénigne Baudot « qu’il avait donné à différentes personnes plusieurs parties des reliques dont il avait la garde ; qu’il savait qu’on avait fait faire des châsses de différentes sortes pour des fragments d’ossements de saint Bénigne ; que sur la fin de son emploi, il avait remis à Volfius tout ce qui lui restait de ces débris d’ossements et reliques de toute sorte de saints, y compris ce qui lui était resté de celles de saint Bénigne. »

Telles sont les dernières traces que l’on rencontre des reliques du saint martyr. Plusieurs croient qu’on les aura ensevelies en quelque lieu secret de l’église, au moment où fut inauguré le culte de la Raison.

Le culte schismatique a Saint-Bénigne. — « L’évêque Volfius — lit-on dans les Notes de M. Baudot — a officié dans l’église de Saint- Bénigne le samedi 24 novembre 1792, jour de saint Bénigne. Ce fut le premier office célébré dans cette église depuis qu’elle a été convertie en cathédrale. Les cloches de Saint- Jean sonnaient, car il n’y en avait plus qu’une petite, dans la flèche. A l’offertoire, l’orgue joua la Marseillaise. »

Matériellement l’église Saint-Bénigne offrait un aspect qui devait sembler étrange, en comparaison de celui qu’elle avait eu au temps des

religieux. La disparition du chœur, du jubé, des petits autels adossés à tous les piliers rendait froid et nu cet intérieur, peut-être un peu trop encombré naguère. L’ameublement nouveau était disparate. Au fond de l’abside principale, à la place jadis occupée par lâchasse de saint Bénigne, était une statue de la sainte Vierge. Au-dessous de la statue, « la chaise des Chartreux », un siège de chœur monumental, servait de trône à l’évêque, et s’ajustait, plus ou moins heureusement, aux stalles de la Sainte-Chapelle qui s’alignaient en avant, à droite et à gauche. L’autel avait quitté le sanctuaire, pour descendre jusqu’à la croisée, tel qu’on le vit, pendant l’espace d’un siècle, de 1792 à 1892.

Les monuments rapportés : statues, bustes, tombeaux, triptyques, donnaient aux nefs quelque ressemblance avec les galeries d’un musée. Aucun de ces objets n’était à sa place, et l’effet religieux qu’ils étaient de nature à produire s’atténuait par le manque du cadre voulu.

Parmi les tombeaux, avec ceux de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur, on en voyait quatre autres : à main droite, en entrant par la grande porte, celui du président Bouchu, provenant des Carmes ; un peu plus loin, appuyé au mur du collatéral, celui du président Jean de Berbisey, mort en 1697, provenant de la même église ; à main gauche, en entrant, celui de madame de Valon, précédemment aux Minimes ; un peu plus loin, appuyé au mur du collatéral, celui du président de Blaisy, naguère aux Cordeliers.

Œuvres de Jean Dubois, les statues funéraires, agenouillées, en marbre, de Claude Bouchu et de Georges Joly, existent encore, transférées à la chapelle de l’hospice Sainte- Anne (ancienne église des Bernardines). Celle de madame de Valon, du même sculpteur, a peut-être disparu. Le monument de Jean de Berbisey, œuvre de Masson, exécutée vers 1720, n’a point quitté Saint-Bénigne depuis que la Révolution l’v a transporté. Deux figures allégoriques, la Religion et la Justice en pleurs, assises au pied du tombeau, ont une belle expression.

Si, au point de vue matériel, l’église Saint- Bénigne pouvait ainsi paraître plus affublée que décorée par les objets étrangers que l’on y avait réunis, elle était, au point de vue moral et liturgique, dans une infériorité bien plus sensible encore. Le culte schismatique était loin de rappeler les cérémonies graves et édifiantes d’autrefois. Dans les conditions où elle prenait possession

de cette église, la dignité pontificale ne lui apportait aucun relief. Les ministres qui assistaient l’évêque, les prêtres qui l’entouraient, portaient les stigmates de leur déchéance. Il n’y avait plus là qu’un sacerdoce flétri et découronné.

Deux des anciens religieux, André Brés et Olivier Champagne, devenus vicaires épiscopaux deVolfius, ne pouvaient se montrer aux côtés du prélat, sans évoquer le souvenir du passé, et rendre plus saillant le contraste du présent. Le premier desservit assez longtemps l’église Saint- Nicolas de Dijon. Finalement, en effet, cette église avait été conservée à titre de succursale, ainsi que l’église Saint-Pierre.

Il est assez difficile d’évaluer le nombre des personnes qui suivirent habituellement, à Saint- Bénigne, les offices célébrés par le clergé constitutionnel. Le registre des délibérations de la fabrique porte, au 9 décembre 1792, un chiffre de 1,274 chaises, dont le bail fut donné pour trois ans, à partir du 1er janvier 1793, à la veuve Petit, moyennant 1,765 francs.

La fabrique de Saint-Bénigne avait été constituée les 15, 16 et 19 juillet 1792, d’après les procès-verbaux suivants :

« Cejourd’hui dimanche 15 juillet 1792, l’an quatrième de la Liberté de l’empire français, sur l’heure de neuf avant midi, en l’une des salles de la maison épiscopale (près Saint-Étienne), les citoyens des ci-devant paroisses Saint-Philibert et Saint-Jean-Baptiste de la ville de Dijon, ainsi que les autres citoyens étant dans la circonscription actuelle delà paroisse cathédrale établie dans l’église Saint-Bénigne de cette ville, assemblés sur la convocation qui en a été faite aux prônes des messes paroissiales de Saint-Jean et de Saint-Philibert, dimanche dernier, et cejourd’hui au son des cloches principales desdites églises, à l’effet de procéder à l’élection des fabriciens de l’église Saint-Bénigne, ensemble à l’établissement d’un bureau d’administration, après avoir attendu jusqu’à l’heure de dix, » sont entrés en séance, a M. Renaud (homme de loi) faisant comme plus ancien d’âge les fonctions de président. »

Le procès-verbal expose que le nombre des fabriciens fut arrêté à seize ; qu’on délimita les fonctions des fabriciens et celles des membres du bureau; qu’on adopta le scrutin comme mode d’élection, et qu’on déclara suffisante la majorité relative.

Après ces opérations préliminaires, l’assemblée

ouvrit le scrutin jusqu’à midi, puis elle interrompit la séance, pour la reprendre le même jour, à trois heures du soir. Le scrutin fut clos à 5 heures. Il s’était présenté 137 votants. On entreprit le dépouillement, qui se continua, sans s’achever, jusqu’à 8 heures. Il fut repris le lendemain, comme l’atteste ce second procès-verbal :

« Cejourd’hui 16 juillet 1792, l’an quatrième de la Liberté de l’empire français, heure de six du matin, M. le président et MM. les scrutateurs se sont trouvés dans la même salle d’assemblée, et en présence de plusieurs de messieurs les paroissiens, il a été procédé à la continuation du dépouillement du scrutin. »

Dans la liste des élus, nous trouvons, au premier rang, Renaud, avec 119 voix ; au septième, Volfîus, avec 76 voix; au dernier, Cluny, avec 40 voix.

Le soir du même jour, les seize fabriciens nommés se réunirent à six heures, « et, l’heure tardive de huit étant survenue, M. le président leva la séance. »

On avait fixé au vendredi, 19 juillet, la séance d'organisation définitive. Elle eut lieu, en effet, et l’on eut l’honnêteté de nommer Volfîus président du conseil de fabrique.

Séminaire. — Un détail important de l’administration épiscopale de Volfîus montre à quel degré d’aveuglement ou de sujétion fut réduit le pauvre évêque de la Côte-d’Or.

Un membre du clergé constitutionnel qui a laissé le plus triste renom, Bernard Chaussier, fut un instant à la tête du séminaire, à titre de supérieur provisoire. La Révolution trouva Bernard Chaussier curé de Francheville. Quatrevingts ans plus tard , les vieillards de cette paroisse nous rappelaient avec horreur les blasphèmes que ce pasteur indigne proférait contre la sainte Vierge. Il ajouta à son nom celui de Marat, et le nom de Chaussier-Marat lui est en effet resté dans l’histoire de cette malheureuse époque. Volfîus, de son gré ou autrement, vit donc cet homme à la tête des recrues de son clergé.

Ce fut Chaussier-Marat qui entama les démarches pour obtenir la translation ou l’agrandissement du séminaire. Le 25 juin 1791, il exposa au directoire du département que le local du séminaire était trop restreint pour suffire à tous les séminaristes et aux retraitants qui se préparaient aux ordinations. Moins d’un an après, le

décret de l’Assemblée nationale du 6 mai i /92 transférait, en droit, le séminaire dans la maison conventuelle des Bénédictins. Des meubles et des effets furent ensuite envoyés par l’administration dans cette maison, et l’installation des séminaristes allait s’opérer, lorsque survint la Terreur. Tout fut alors arrêté, et il s’écoula plus de dix années avant l’accomplissement du fait.

La Terreur, Saint- Bénigne devient le temple de la raison’. — Le 21 septembre 1792, avant que le service paroissial et cathédral fût inauguré à Saint-Bénigne, il s’était formé à Paris une nouvelle assemblée nationale , la Convention, qui, dès le lendemain 22, avait aboli la royauté et proclamé la république. Au début de l’année 1793, commença le procès du roi, qui se termina par le crime du 21 janvier. Quelques mois après, le « tribunal révolutionnaire » fut établi à Paris et dans les principales villes, et le régime de la Terreur sévit du 31 mai 1793 au 27 juillet 1794.

C’est alors que la Révolution, non contente de rétablir à son profit un césarisme plus outré que celui de la monarchie absolue, affirma sa puissance souveraine en versant des flots de sang, et poussa le délire de l’orgueil jusqu’à s’adorer elle-même, dans l’institution satanique du culte de la Raison.

Inauguré à Paris le 10 novembre 1793, ce culte gagna rapidement la province.

A Dijon, il commença par profaner Saint- Bénigne. Mais il y eut, au préalable, un nouveau dépouillement de cette église et de la maison conventuelle. Pour loger les prisonniers de guerre dans la maison, l’on enleva tout le mobilier que l’administration y avait fait transporter en vue de l’établissement du séminaire constitutionnel, et on le distribua aux directeurs des hôpitaux militaires. Dans le même but, on fit déménager les appartements qui s’y trouvaient occupés, « sans aucune autorisation des corps administratifs, par des vicaires épiscopaux, par les marguilliers et bedeaux de la cathédrale, par l’évêque lui-même, qui s’en était réservé un assez commode pour s’habiller en vêtements pontificaux. » Des commissaires furent nommés à cet effet le 20 novembre 1793. Les 24 et 26, on fit enlever de l’église même, sous la surveillance de Devosge, les statues, tableaux et autres ouvrages déposés dans cette église et provenant de celles qui avaient été supprimées. Le 29, en

vertu de la délibération ordonnant la suppression des monuments et épitaphes qui rappelaient l’ancien régime, de nouvelles spoliations furent commises ; on brisa même des confessionnaux, on emporta des châsses, comme celle de saint Médard, laquelle avait été apportée de Saint- Étienne à Saint-Jean, après le 1er juillet 1792, et avait passé de là à Saint-Bénigne. Le saint crucifix, qu’on voulut prendre, tomba en poussière.

L’église des Bernardines et l’École de dessin reçurent les objets ainsi enlevés.

Ce serait alors, suivant une opinion, que l’on aurait enseveli secrètement dans l’église Saint- Bénigne les reliques du martyr remises à Volfius. Mais ne furent-elles pas emportées avec celles de saint Médard ?

Le 30 novembre 1793 Saint-Bénigne fut inauguré comme temple de la Raison. La cérémonie se fit à trois heures après midi. On exécuta des chants patriotiques. Un laïque, haut personnage de l’époque, monta dans la chaire et prononça un discours. Nous ignorons si ces saturnales se répétèrent souvent.

Au mois de janvier 1794 vint à Dijon Pioche-fer Bernard (Adrien- Antoine Bernard, de Saintes), représentant du peuple, délégué par la Convention pour les départements de la Côte-d’Or et de Saône-et-Loire. Le 15, une délibération de la commune ordonna la destruction de tous les signes extérieurs de catholicité. Le 16, le portail de Saint-Bénigne perdit toute son imagerie, que le marteau révolutionnaire abattit soigneusement.

On acheva de fermer les églises, et d’y interdire tout exercice du culte chrétien, au commencement de février.

Le 9 février, Pioche-fer Bernard, vu la demande faite par la municipalité de Dijon, autorise les membres de cette municipalité à disposer « du bâtiment national de Saint-Bénigne, actuellement appelé temple de la Raison, pour l’exercice du canon et de la jeunesse au maniement des armes. » Il les autorise également « à faire vendre, au profit des pauvres de la commune, les boiseries et autres effets mobiliers desdits bâtiments. »

Par suite de ces dispositions, le temple de la Raison fut transféré à Saint-Michel.

Cependant on ne se hâta point de faire de Saint-Bénigne un parc d’artillerie, et la réouverture des églises eut lieu avant l’accomplissement du fait.

Ainsi qu’on l’a déjà vu précédemment, les

boiseries furent vendues , non seulement les boiseries de Boudrillet, retirées du chœur des religieux et remisées dans les bâtiments de l’abbaye, mais celles qui avaient été rapportées de la Sainte-Chapelle et des Chartreux, pour décorer la nouvelle cathédrale, en 1792. L’enlèvement de ces dernières se fit d’une façon brutale, et les piliers du sanctuaire, naguère entaillés pour la pose des boiseries, furent dégradés encore davantage.

On vola plusieurs tuyaux à l’orgue, mais l’ensemble de l’instrument fut préservé. L’organiste eut la présence d’esprit d’exécuter, devant la foule assemblée, des morceaux qui lui plurent et écarta ainsi toute idée de destruction.

D’autres vols furent commis dans les galeries, à la flèche : une partie des plombs disparurent.

Les vitraux, ceux principalement du collatéral du midi, furent criblés de pierres.

Enfin, le 26 octobre 1794, on s’occupa encore « de faire enlever les tableaux, statues, estampes et autres monuments qui pouvaient être restés dans l’ex-abbaye de Saint-Bénigne, » louée depuis le mois d’août 1793 à des amodiateurs, et de faire transférer ces monuments « soit dans les salles joignant l’école de dessin, soit dans la ci-devant église des Bernardines, qui servait déjà de dépôt pour des objets de cette sorte. »

Attitude des deux clergés. — Ce n’étaient plus seulement les principes catholiques qui étaient alors attaqués, c’était toute la religion chrétienne, et les prêtres schismatiques euxmêmes se virent bientôt proscrits et emprisonnés à leur tour. Plusieurs d’entre eux ne reculèrent pas devant une apostasie complète, afin d’éviter la mort.

Bornons-nous à ce qui regarde Volfius. Se voyant à la veille de comparaître devant le tribunal révolutionnaire, il se démit de son titre d’évêque et renonça aux fonctions sacerdotales, le 21 février 1794 (3 ventôse an II). Quelques jours après, le 4 mars, il envoyait à l’administration du département ses lettres de prêtrise, accompagnées de la lettre suivante :

« Citoyens administrateurs, j’ai 'fait, le trois de ce mois, mon abdication; mais apprenant qu’il se répand que ceux qui ne joignaient pas. à cet acte leurs lettres de prêtrise, semblaient se réserver une porte de derrière ; comme c’est bien sincèrement que j’ai renoncé à exercer l’état et les fonctions d’évêque et de prêtre, et que j’y

renonce pour toujours et quelque part que ce soit, je dépose entre vos mains mes lettres de prêtrise ci-jointes.

» Salut et fraternité.

« J. -B. Volfius. ))

Quant au clergé fidèle, plusieurs de ses membres se cachèrent, les uns au sein de quelque famille parente ou amie, les autres au milieu des bois, et ils continuèrent à administrer les sacrements au peuple resté, avec eux, ferme dans la foi et rattachement au Saint-Siège. Le reste prit la route de l’exil.

Un de ceux qui vaillamment firent tête à l’orage fut le capucin provincial gardien, Lazare de la Chaise. Il paraît avoir administré le diocèse pendant la Terreur, comme délégué du pape, et au nom de Mgr de Mérinville. Carion l’appelait « l’évêque métropolitain de l’ancienne cathédrale, rue du Chanet. » Dans cette rue de Dijon demeurait en effet le père de la Chaise.

Du fond de sa retraite, Msr de Mérinville n’abandonnait pas son diocèse. On possède plusieurs mandements manuscrits, qu’il envoya d’outre-Rhin. L’un est du 23 septembre 1794, et date par conséquent du deuxième mois après la chute de Robespierre (27 juillet 1794).

Rétablissement de l’exercice public du culte, RÉOUVERTURE DE l’ÉGLISE SaINT-BÉNIGNE. — Le culte de la Raison dura peu de temps, il atteignit à peine la fin du mois d’avril 1794 ; les fêtes de l’Être suprême lui succédèrent. Enfin, le 30 mai 1795 (11 prairial an III), la Convention donna la liberté des cultes. Elle en autorisa l’exercice public dans tous les édifices religieux qui étaient légalement ouverts au commencement de l’an II, 22 septembre 1793. Elle posa pour condition la soumission aux lois. Par ces lois il ne faut plus entendre la constitution civile du clergé, déjà tombée en désuétude. Il s’agit des lois portées par la Convention elle-même ou par les chambres législatives qu’elle établit.

L’évêque constitutionnel s’apprêta aussitôt à rentrer en charge. Son clergé le suivit. Mais en même temps les prêtres fidèles qui s’étaient tenus cachés craignirent moins de se montrer, et beaucoup de ceux qui avaient émigré reprirent le chemin de la France. Il y eut en conséquence, dans l’ensemble des paroisses de la Côte-d’Or, un mélange des deux clergés.

Au moment où Volfius revendiqua, malgré

son abdication, le titre et les fonctions d’évêque, il entendit retentir autour de lui des voix qui lui reprochaient son apostasie. Le 28 juin 1795, le Journal du département de la Côte-d’Or publia une réponse adressée à ses accusateurs. Elle respire toute la faiblesse de caractère qui était en Volfius. Pour justifier la remise de ses lettres de prêtrise, il déclare que la volonté nationale avait droit à cette satisfaction a en soi insignifiante, » et qu’il n’avait point eu l’intention, en s’y soumettant, de renier son caractère sacerdotal. « Il suffisait, dit-il, d’empêcher que la remise des lettres ne pût être regardée comme une abdication du caractère de prêtre. » Et il croyait l’avoir fait en témoignant son attachement à la religion et à l’Évangile, dans le discours qu’il avait tenu le jour de sa démission, 21 janvier 1794.

Étrange excuse! Que peut être en effet, matériellement, une renonciation absolue à exercer l’état et les fonctions d’évêque et de prêtre, à laquelle on joint, comme garantie de la sincérité de l’acte, l’abandon de ses lettres de prêtrise? Comment voir en une telle démarche autre chose qu’un renoncement à sa vocation, en d’autres termes, une apostasie?

D’ailleurs Volfius avoue la faiblesse de ses arguments. « J’expose ici, conclut-il, les raisons qui ont déterminé dans le temps plusieurs de mes collègues et moi, et qui nous ont paru fortes; je ne prétends pas néanmoins justifier entièrement de leur solidité. Mais si nous nous sommes trompés, si nous nous sommes fait illusion, du moins nos intentions ont été pures. »

La loi du 11 prairial ordonnait que les églises qui étaient ouvertes en l’an II fussent remises aux communes, ou sections de communes, pour l’exercice du culte. Ainsi furent rouvertes, à Dijon, cinq églises : la cathédrale de Saint- Bénigne, les paroisses de Notre-Dame et de Saint-Michel, les succursales de Saint-Nicolas et de Saint-Pierre. L’administration départementale de la Côte-d’Or, par un arrêté du 29 juin 1795, nomma des experts pour reconnaître l’état de ces cinq églises.

Dès le 10 juillet, la fabrique de Saint-Bénigne reprit le cours de ses séances, sous la présidence de Volfius, et s’occupa de meubler une seconde fois l’édifice. Le culte y fut rétabli effectivement le 24 juillet, et une nombreuse assistance prit part aux cérémonies. Les experts vinrent y faire leur visite le 25 janvier 1796. Leur procès-verbal constate des réparations déjà

faites, et surtout des dégâts considérables, auxquels on n’a pu encore remédier. Voici de ce procès-verbal quelques extraits, suivis d’explications :

« Au fond des deux collatéraux sont deux autels à baldaquin. » Les tombeaux de ces autels étaient les mômes qu’avant la Terreur, mais les baldaquins venaient d’être posés, et formés avec des colonnes en marbre qui sortaient de l’église des Feuillants de Fontaines-lez-Dijon. — « Dans la tour du midi est une cloche du poids de 7 à 8,000 livres. » Il s’agit de la cloche fondue en 1751 pour la paroisse Saint-Médard, ayant alors son siège à Saint-Étienne, et bénite par Mgr Claude Bouhier. Cette cloche se trouve encore à Saint- Bénigne, et représente la tierce dans la sonnerie actuelle. — « Au milieu de la croisée est l’autel principal, dont l’assemblage est de marbre blanc et le remplissage de marbre de Sicile. Au-devant est l’emplacement d’un bas-relief, qui a été enlevé avec les autres ornements. » La fabrique réclama plus tard ce bas-relief, qui représente l’Assomption, mais il fallut de longues années, pour l’obtenir. — « Dans le chœur et dans la nef, sont de nombreux piédestaux, portant jadis des statues, qui ont été enlevées. A l’extrémité et • au-dessous de la tribune sont deux tombeaux dépouillés de leurs ornements et de leurs statues.» Des statues de saints finirent par être rapportées sur les piédestaux, et l’on posa sur les deux tombeaux, à droite, la statue funéraire de Jean- Baptiste Legouz de la Berchère, et à gauche, celle de Marguerite Brulard, son épouse. Elles proviennent des Cordeliers. Ces beaux marbres, du dix-septième siècle, sont signés G. Bertelot. — a Le pavé est en mauvais état, et a été rendu tel par les voitures et les poids considérables qu’on y a introduits. »

Tentative pour faire de Saint-Bénigne un parc d’artillerie. — Un mois environ avant la visite des experts, les fabriciens de Saint-Bénigne s’étaient vus inquiets un instant, sur le sort qu’allait avoir cette église. Ils apprirent tout à coup que le’général de division résidant à Dijon avait demandé à l’administration municipale d’être mis en possession de l’église Saint- Bénigne, afin d’y établir un parc d’artillerie. Le général fondait sa demande sur une décision de la ci-devant commission exécutive, qui avait, en effet, donné à cette église une telle destination, au moment où elle était fermée.

Le lendemain du jour où leur parvint l’alarmante nouvelle, les fabriciens firent valoir leurs réclamations contre la demande du général. Ils adressèrent aux administrateurs du département une pièce dont voici l’analyse :

« En exécution de la loi du 11 prairial, les réclamants et plusieurs autres citoyens de Dijon sollicitèrent le libre usage des cinq églises qui étaient en exercice l’an II ; vous le leur avez accordé par votre arrêté du 11 messidor (29 juin 1795), aux obligations prescrites par la loi du 11 prairial, obligations qu’ils ont remplies jusqu’à ce moment. L’état de dévastation où ils ont trouvé ces édifices ne leur a permis d’occuper jusqu’à présent que ceux de Saint-Bénigne et de Saint-Michel ; ils ne pourront occuper avant longtemps celui de Notre-Dame, et peut-être jamais ceux de Saint-Nicolas et de Saint- Pierre, presque détruits par les ravages de la barbarie.

» Les exposants ignorent la teneur de la décision de la commission dont se prévaut le général de division, mais quelle qu’en soit la date, cette décision ne peut déroger à une loi. Si elle est antérieure à la loi du 11 prairial, cette loi l’a anéantie; si elle est postérieure à cette loi, elle n’a pu l’abroger qu’après une décision formelle delà Convention, et maintenant du Corps législatif. C’est donc sur la foi de la loi et de votre arrêté que les soussignés sont entrés en possession de l’église Saint-Bénigne; c’est sur la foi publique qu’ils ont fait, à leurs frais, plus de 20,000 francs de dépenses, employés à réparer l’orgue, les couvertures, les vitraux et le pavé, à acheter les objets les plus nécessaires au culte.

» On doit remarquer que le nombre des canons existant à Dijon n’est point tel qu’ils ne puissent rester où ils sont. Le parc d’artillerie est à Auxonne, près de l’arsenal, et il n’en peut être séparé.

» Enfin priver les exposants de la jouissance de l’église Saint-Bénigne serait porter atteinte à la liberté du culte, proclamée par la Constitution et déterminée par la loi du 6 vendémiaire dernier (28 septembre 1795). »

Suivent les noms de treize fabriciens, parmi lesquels celui de Volfius et celui d’un prêtre, Antoine Semetier, qui possédait alors la cure de Notre-Dame.

Cette pièce fut registrée le 24 décembre 1795. Deux autres, rédigées dans le même sens et

couvertes de nombreuses signatures, avaient été registrées la veille.

Les réclamants triomphèrent, et Saint-Bénigne ne fut pas désaffecté du service du culte.

Derniers aménagements. — Maintenus en possession de Saint-Bénigne, les fabriciens de cette église achevèrent de l’aménager et de l’orner décemment. La vierge de Masson fut replacée au fond du sanctuaire, au milieu du groupe d’anges qui entouraient, avant la Révolution, la châsse de saint Bénigne. Au-dessous de la statue, trouva place l’autel à baldaquin, provenant de la Visitation, lequel a été transporté, dans le début du dix-neuvième siècle, à l’hospice Sainte-Anne (Bernardines), où il existe toujours. Les statues de cet autel sont de la main de Jean Dubois. Pour le poser à Saint-Bénigne, on releva de la hauteur d’un pied le sol du sanctuaire.

Au bas de l’église, manquait la statue funéraire de Georges Joly, sur le tombeau qui faisait pendant à celui de Jean de Berbisey. Cette statue ne fut point rétablie, mais on mit à sa place celle de Claude Frémyot, mort en 1670, et qui était primitivement à Notre-Dame (1).

On continua donc d’assembler des morceaux de sculpture de diverses provenances. Mais ce résultat ne doit pas être imputé à une insouciance des fabriciens : ils n’obtinrent pas tout ce qu’ils désirèrent, car le directeur de l’école de dessin n’abandonna pas volontiers les belles pièces de sculpture qu’on lui avait remises.

L orgue fut aussi l’objet de plusieurs réparations successives. Le facteur Calinet exécuta le travail, et l’organiste Parin fit, dans cette occasion, une avance d’argent à la fabrique.

Rapports des deux clergés. — L’apaisement de la persécution religieuse avait permis au clergé fidèle de revenir à son ministère et, moyennant l’observation de la légalité prescrite, plusieurs de ses membres régissaient des paroisses. Tout le clergé constitutionnel, groupé autour de Volfîus, voyait avec peine cet état de choses. Les prêtres insermentés avaient, en effet, plus d’influence que les autres. Plusieurs aussi de ceux

qui avaient jadis prêté serment à la constitution civile, se rendaient compte de leur erreur et de leur faute ; ils faisaient leur soumission au pape, et se séparaient de Volfius. La division se maintenait donc, s’accentuait même entre les deux clergés, et l’issue était facile à prévoir : le schisme allait succomber.

Dès le 6 août 1795, les prêtres assermentés de Dijon avaient écrit aux prêtres insermentés une longue lettre, pour solliciter un ralliement général, sous l’autorité de Volfius. Mais ils n’avaient gagné personne. Le concile national de 1797 releva l’espoir du parti. Au synode diocésain, tenu au mois de juillet 1800, l’église constitutionnelle de Dijon, en réglant plusieurs points de sa discipline, appelait toujours à elle « l’église dissidente ». Elle souhaitait ardemment, disaitelle, l’ extinction du schisme, et déclarait qu’il fallait sur ce point se soumettre au jugement de l’Eglise, lorsqu’elle aurait instruit ce grand différend qui séparait les deux églises françaises.

Le différend était tout instruit, et il allait se terminer par la rentrée pure et simple des constitutionnels dans le giron de l’Église, qu’ils avaient eu le malheur de quitter.

Jusqu’au concordat et à l’arrivée de Mgr Reymond à Dijon, l’église et la* paroisse de Saint- Bénigne furent desservies par Volfius, assisté de Gault, son vicaire paroissial.

La fête du 24 novembre continua d’être observée fidèlement, au sein de ces jours troublés. Un procès-verbal du registre de la fabrique en donne la preuve. « Le dimanche 2 frimaire an IX (23 novembre 1800), le révérendissime évêque annonça au prône que, conformément au vœu de plusieurs paroissiens et de plusieurs administrateurs de Saint-Bénigne, et aux dispositions du dernier concile national et du synode diocésain, il y avait lieu à une réélection des membres de l’administration actuelle; il indiqua l’assemblée des paroissiens pour le lendemain, fête de saint Bénigne, après l’office du matin. Le lendemain, jour de saint Bénigne, il invita de nouveau les paroissiens à s’assembler à la sacristie, et, s’étant réunis après la messe, ils nommèrent par acclamation les administrateurs. »

(1) On tioirveia des phototypies de ces statues funéraires dans l’ouvrage de M. Chabeuf, Dijon, monuments et souvenirs.

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