CHAPITRE DEUXIÈME
L’ÉGLISE ROMANE ET l’abbé GUILLAUME
L’institut monastique réformé par Cluny-. — Tandis que le monastère de Saint-Bénigne s’affaissait comme beaucoup d’autres dans le relâchement, l’abbaye de Cluny, de fondation récente, offrait un heureux contraste. L’ascétisme y était en pleine vigueur. Dieu rallumait là un intense foyer de vie religieuse , qui , gagnant de proche en proche, allait rendre à l’institut monastique, en Occident, sa grandeur et son éclat. De Cluny devait sortir, particulièrement, l’homme qui fut à la fois le réformateur de l’abbaye dijonnaise et de vingt autres, et le véritable architecte du monument le plus remarquable qui ait été élevé sur le tombeau de saint Bénigne.
Fondée en 910 par Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine, dans un ancien domaine des comtes de Mâcon et de Chalon, l’abbaye de Cluny fut placée l’an 927 sous le gouvernement de saint Odon, moine instruit et zélé. Saint Odon fit régner dans son abbaye et dans les prieurés qui en dépendaient une vie très régulière, suivant les statuts de saint Benoît, modifiés en quelques points. Témoins de ses succès, beaucoup de monastères déchus recoururent à ses conseils et à sa direction : ils se relevèrent sous ce nouveau régime (1).
Les maisons ainsi réformées, conservèrent entre elles, à différents degrés, des rapports étroits.
( I) L’interprétation donnée par Cluny à la règle bénédictine n’a pas satisfait le génie austère des moines qui, deux siècles plus tard, ont fondé Cîteaux. Cela tient, non à une erreur d’un côté ou de l’autre, mais à une simple divergence dans la méthode employée pour tendre à la perfection. Afin de mieux écarter les obstacles, les Cisterciens poussèrent loin le renoncement et la pénitence; les Clunisiens se privèrent moins des choses commodes mais honnêtes du
Celle qui était le principe et le centre du mouvement rénovateur se dilata sous les successeurs de saint Odon. Deux choses principalement contribuèrent à lui assurer une prospérité durable et hors ligne : la cohésion des membres de la communauté, et une série d’abbés remarquables, tels que saint Maveul, saint Odilon, saint Hugues. Ce dernier nom rappelle l’apogéë de Cluny. Alors, en effet, la puissante abbaye devint le pivot de la chrétienté ; des moines sortis de ses cloîtres portèrent la Tiare, et l’on vit s’élever dans son enceinte l’immense basilique, qui fut un des plus beaux chefs-d’œuvre de l’art roman. Mais ces glorieux résultats furent préparés par les labeurs de saint Mayeul et de saint Odilon. Saint Mayeul tint le gouvernement d’abord comme coadjuteur, ensuite comme abbé, de 948 à 994. L’an 991, il s’adjoignit son disciple saint Odilon, qui, à son tour, de 994 à 1049, exerça les fonctions abbatiales en digne émule de son maître. Pendant plus d’un siècle et demi les Clunisiens donnèrent l’exemple de la régularité et de la ferveur, et offrirent aux monastères attiédis le levain qui devait les régénérer.
Formation artistique des premiers CluNisiens. — Dans un livre où les questions d’art tiennent une large place, il importe de rappeler quelles furent, au point de vue artistique, l’attitude et l’éducation première des moines de Cluny.
siècle. Cîteaux a plus expié; Cluny a plus étudié. L'un enseignait surtout à réfréner les passions par le travail manuel; l’autre à développer les forces intellectuelles par les études sacrées ou du moins par la lecture. Dans l’économie du Christianisme, il y a place pour ces deux courants dont la combinaison produit d’heureux résultats. Cluny, moins distant du siècle, rencontrera toujours de ce côté des sympathies plus nombreuses.
Cet institut ne répudia point les arts. 11 leur demanda plutôt ce secours qu’ils offrent à l’âme chrétienne quand ils évitent d’être trop terrestres. 11 leur emprunta leurs richesses pour orner le lieu saint et y faire resplendir une image du ciel. L’écueil à craindre était le faste et la profusion. Cîteaux reprocha un jour à Cluny de n’v avoir point échappé.
L’école artistique à laquelle se formèrent les premiers Clunisiens, est celle qui a produit les monuments romano-byzantins ou lombards, et dont le principal centre fut la Haute-Italie. Ravenne possède encore d’antiques édifices byzantins, comme l’église Saint-Vital, qui, avec d’autres de style latin, avec les monuments de Rome, ont servi de types aux constructeurs, dans le Piémont et la Lombardie, pendant la période du septième siècle au onzième. L’hybridité de style persévéra longtemps, et le roman pur fut lent à se dégager. Parmi les égi ises anciennes de la Haute-Italie qui ont gardé, dans quelque partie sinon dans leur ensemble, les caractères de l’architecture romano-byzantine, il faut citer: Saint-Marc de Venise, Saint-Étienne de Bologne, le Vieux Dôme de Brescia, Saint-Ambroise et Saint-Laurent de Milan, Saint-Fidèle et Saint- Abondio de Côme. Ces monuments, et beaucoup d’autres du même style entièrement disparus, ont la plupart été vus des premiers abbés de Cluny, car la réforme clunisienne pénétra dans les monastères romains, et atteignit en passant ceux qui étaient plus rapprochés des Alpes : àPavieoudans le voisinage, Sainte-Marie, Saint- Sauveur, Saint-Pierre, Sainte - Christine ; à Parme, Saint-Jean; à Ravenne, S ain t- Apollinaire de Classe; d’autres encore. Du reste, des Italiens suivirent les pieux réformateurs à Cluny, emportant avec eux, ne fût-ce que dans leur souvenir, le plan et l’ornementation des églises de leur pays.
Telle est l’école à laquelle s’est formé le goût des premiers Clunisiens.
La preuve matérielle du fait subsiste encore. Ce qui reste de la grande basilique de saint Hugues, ce qui se voit de plus ancien, en fait d’églises, dans la région qui a principalement gardé l’empreinte du Cluny primitif, c’est-à-dire entre les Alpes et Cologne, appartient à l’architecture romano-byzantine, ou en dérive (1).
Il faut ajouter, pour être juste, que tout en
s’instruisant à l’école de la Haute-Italie les Clunisiens ne furent pas des disciples serviles et sans initiative. Leur génie trouva des combinaisons nouvelles, qui rejaillirent jusqu’à la source où ils avaient puisé leurs principes ; et tel monument, debout dans la Lombardie, porte un cachet bourguignon qu’il ne doit évidemment pas aux moines du pays même.
D’ailleurs, en se répandant des Apennins à la mer du Nord, le style romano-byzantin se modifia nécessairement, dans les détails, sous les afflux dus aux races diverses qui avaient occupé le territoire. Un livre analyse bien les éléments multiples qui, incorporés à l’art byzantin et à l’art romain, ont produit chez nous le beau roman du douzième siècle. C’est le tome I des Leçons professées à l’école du Louvre par M. Louis Gourajod.
Naissance de l’abbé Guillaume, ses débuts dans le cloître. — Au milieu du dixième siècle, vivait en Italie, dans le Canavese, la famille des comtes de Volpiano, originaire de Souabe. Le Canavese est un district compris dans la partie septentrionale de la province de Turin. Il est formé presque totalement par h arrondissement d’Ivrée, et a pour limites, au nord l’ arrondissement d’Aoste, à l’est la province de Novare, au sud le Pô et la Stura, à l’ouest les contreforts des Alpes. C’est le jardin du Piémont. Volpiano estime petite ville située à vingt kilomètres au nord de Turin.
Robert de Volpiano, vers 960, était le principal représentant de sa famille. Il avait épousé Perinza d’Ivrée.
La maison d’Ivrée a donné des rois à l’Italie, notamment Bérenger II. Celui-ci, en effet, s’empara fin trône à la mort de Lothaire, mari d’Adélaïde de Bourgogne-Transjurane, et, afin de s’en assurer la possession, il voulut faire épouser à cette princesse son fils Adalbert, avec qui il partagea sa royauté. Mais Adélaïde offrit sa main et l’Italie pour dot à Otlion le Grand, alors roi de Germanie. Othon accepta, franchit les Alpes, vainquit l’usurpateur, et lui laissa cependant la couronne à titre de vassal (952). Bérenger, ayant fait des mécontents, vit revenir Othon contre lui. Malheureux encore dans cette seconde lutte, il fut détrôné et mis en fuite avec son fils (962).
( I ) On sait, que dans l’Aquitaine des traditions purement byzantines ont prédominé pendant longtemps.
Parie et Milan, capitales du royaume, étaient aux mains du vainqueur. Néanmoins plusieurs partisans de Bérenger prolongèrent vaillamment la résistance. L’épouse de ce prince, entourée des seigneurs fidèles ayant à leur tête Robert de Volpiano, alla s’enfermer dans la forteresse de San Giulo, bâtie sur un îlot du lac Orta. Othon, couronné empereur, assiégea la place, qui tint bon quelque temps, mais dut enfin capituler. Robert eut à régler avec le prince allemand les conditions de la paix. Or, pendant la durée du siège, sa femme, qui l’avait suivi à San Giulo avec leurs enfants, venait de lui donner encore un fils. Le comte de Volpiano n’hésita point à demander que l’empereur Othon et l’impératrice Adélaïde fussent les parrain et marraine du nouveau-né. La clause fut consentie, et Othon donna le nom de Guillaume à l’enfant. C’était le futur abbé fie Saint-Bénigne.
Allié spirituellement, par son baptême, aux premières majestés de l’Europe, Guillaume tenait aussi de sa naissance charnelle des liens illustres; il était parent de beaucoup de princes de son époque, entre autres d’Ottc-Guillaume, qui appartenait à la maison d’Ivrée, comme Perinza, et avec lequel il devait se rencontrer en Bourgogne.
Lorsqu’il eut environ sept ans, ses père et mère en firent un oblat du monastère de Lucedio, au diocèse deVerceil, dans la province de Novare. Ce monastère était sous le vocable de la sainte Vierge et de saint Michel. On eut vite distingué l'intelligence de l’enfant, et, au bout de quelques années , on l’envoya se perfectionner dans ce qu’on appelait l’art de la grammaire, d’abord à V erceil , ensuite à Pavie. Une fois profès et en âge d’être pourvu d’offices, il fut nommé « armarius » ou « cantor », et eut ainsi la direction du chant, des cérémonies, de l’école et de la bibliothèque. Il devint ensuite « secretarius », et dut par conséquent administrer la sacristie ainsi que le trésor de l’église. Dans les affaires privées ou publiques, on lui confia le
(1) Constituitur etenim divini officil assiduus custos, ac scholæ capitalis illius loci. Qui felici virtutum incremento, Deo favente, proficiens, commissa est ei secretarii cura atque administratif) necnon etiam totius supellectilis sanctuarii, domi forisque consiliorum diffinitio. — R. Glab., Vit. Guillelm., apudMigne, P. L., t. CXLII, col. 705, n° 5.
(2) Àudierat (Guillelmus), jam lama multiplici personante, monasterium esse, cognomento Cluniacum, in partibus Burgundiæ, cujus sanctitatis ordo, ac districtio regularis, materque virtutum discretio, præ cunctis incomparabiliter viguerant ab initio. — ibicl., col. 706,
rôle de libeller les statuts (1). Son exactitude et sa ferveur lui valurent les critiques des natures indolentes.
Guillaume a Cluny. — Subissant l’intluence du siècle, le monastère de Lucedio s’était laissé gagner par le relâchement. Quels que fussent les talents et les vertus de Guillaume, ce n’était pas à un moine aussi jeune, bien que pourvu d’offices, qu’il appartenait d’introduire la réforme. En pareilles conjonctures, l’unique parti à prendre, pour une âme généreuse, était de chercher un autre milieu. La renommée de Cluny avait depuis longtemps franchi les monts, et Guillaume connaissait, par ouï-dire, « ce foyer ardent de sainteté, de discipline sévère, de vie retirée et discrète (2) ; » sa pensée et ses désirs s’v fixèrent. Alors saint Mayeul, se rendant à Rorqe, traversa la Haute-Italie et demanda l’hospitalité à Lucedio. Le jeune ascète, en le voyant arriver, comprit que ses vœux allaient s’accomplir. Il ouvrit son âme à ce guide providentiel, et son départ fut aussitôt arrêté. L’abbé de Cluny, à son retour de Rome, passa donc de nouveau par Lucedio, et Guillaume le suivit (3).
Ce fut vers l’an 985 que saint Mayeul reçut ainsi parmi ses disciples celui qui devait contribuer le plus à la diffusion de l’observance clunisienne. Malgré la différence d’âge, une sainte intimité s’établit bientôt entre ces deux âmes. « Le père spirituel s’entretenait souvent avec son fils des choses de la vie parfaite. Au bout d’une année environ, il le vit, modèle parmi les plus fervents, se concilier l’estime et l’affection de tous les religieux. Il voulut alors le promouvoir à la prêtrise, mais Guillaume, se jugeant indigne d’un si haut ministère, demanda à rester dans l’ordre du diaconat, qui lui avait déjà été conféré. L’abbé respecta son humilité et ne le contraignit point (4). »
Brunon entreprend de réformer Saint-Bénigne. — Cependant le siège épiscopal deLangres
(3) Guillaume appartint à l’abbaye de Lucedio jusqu’à son entrée à Cluny. Un passage de Raoul Glaber, où cet auteur raconte une visite du jeune moine au monastère ou ermitage de Saint-Michel du mont Picheriano, près de Susé, ne doit pas être interprété dans le sens d’une rupture avec Lucedio. Ce ne fut qu’un voyage fait avec l’autorisation de l’abbé-, « accepta licentia orationis et visitationis causa » , après lequel il revint à son monastère, « alacer ad monasterium rediit ». — R. Glab., loc. cit., col. 706, n- 8. - Cf. ibid. , n° 9, et Chron. de Saint-Bénigne, p. 131.
(4) R. Glab., loc. cit.
était occupé depuis 98i par Brunon de Rouci, homme de naissance, de savoir et de vertu. L’honneur et les droits de l’Eglise lurent bien placés entre ses mains. Voyant les monastères de son diocèse presque anéantis au spirituel et au temporel, il s’appliqua immédiatement à les relever sous l’un et l’autre rapport, et ne déploya pas moins de zèle dans cette entreprise que dans ses efforts et ses luttes pour rétablir partout l’intégrité des mœurs, et pour sauvegarder ses prérogatives et les biens de l’évêché.
Brunon trouva à la tête de Saint-Bénigne l’abbé Manassès, « abbé de nom, dit la Chronique, et pire que son prédécesseur. » Celui-ci était Fulcherius, dont on a parlé. Manassès était en charge depuis l’année 955. Une charte de 966 fournit la statistique du personnel de l’abbave à cette datç. En totalité, treize personnes : l’abbé, deux prêtres, quatre diacres (levitæ), trois autres religieux, trois enfants (1).
Le premier acte de Brunon à l’égard de Saint- Bénigne fut de déposer Manassès (v. 982). En même temps, afin de régénérer le monastère, d’en rétablir les édifices et la dotation, il fit appel à l’expérience et au dévouement d’Azoïï, alias Adson, abbé de Montierender. Tout, en effet, recommandait Azon au choix de l’évêque. Dans sa propre abbaye, il restaura le cloître et les autres lieux réguliers, bâtit une église, fit rentrer les biens aliénés ou enlevés, revivre les titres et privilèges. A Toul, à Troyes, il avait, avec succès, dirigé les écoles, enseigné la psalmodie et réglé l’ordre des offices divins. Il arrivait à Saint-Bénigne au retour d’un voyage en Italie, qui l’avait conduit spécialement à Ravenne, où il avait assisté à la dispute que Gerbert d’Aurillac eut en cette ville avec l’Allemand Othric, précepteur du fils d’Othon II.
Azon quitta Dijon au bout de deux années, pour regagner Montierender. Les résultats de
(1) Voici, fidèlement et sans correction, le texte de cette charte, d’après le document conservé aux Archives de la Côte-d’Or, fonds Saint-Bénigne, PI. 8, layette Réception des religieux.
« Consuetudo est sancte Dei ecclesie ut nullum sibi reeipiat ad peragendum divinum officium, nisi noverit eum prius a.b humano servitio solutum. Idcirco ego Manassès humilis abba monasterii saucti Benigni, una cum consensu omnium monachorum jam dicti loci sub norma sacre religioni commorantium, quemdam ex farniliari nostri loci Barcinonem nomine ad sacros ordines promovere volentes, ne a divino misterio \ministerio\ expers maneat concedimus ei cartam libertatis, ita ut deinceps liber deserviat Christi deservio {divino) misterio [ministerio], nostro quo detenebatur antea solutus servitio. Et ut a successorum nostrorum oculis veratius appareat factum, et ut ingenuitatis carta in perpetuum obtineat firmitatis inditium, propriis manibus subter notamus nomma. »
son trop court gouvernement n'ont pas été expliqués. Probablement, Manassès promit de se conformer à ses conseils et à ses exemples. Du moins, vers 985, il reprit l’exercice des fonctions abbatiales.
Guillaume a Saint -Bénigne. — Le remède apporté aux maux dont souffrait Saint-Bénigne était par trop insuffisant. Brunon songea bientôt à une complète réforme, et, pour la mener à bien, il appela des moines de Cluny. Voici, textuellement, le récit de la Chronique :
« Le seigneur évêque Brunon , voyant ([ue l’avenir de l’abbaye n’était point assuré, se rendit auprès de dorn Mayeul, abbé de Cluny, et le pria avec instances de lui venir en aide, afin qu’il pût achever la restauration spirituelle et matérielle déjà commencée. Touché de ses supplications, le vénéra 1>1 e abbé Mayeul lui accorda douze moines, sujets d’élite, formés à une discipline exacte, instruits des connaissances divines et humaines, et issus de familles nobles. Pour leur arrivée au monastère, le seigneur évêque régla ainsi le service divin. Ce fut le jour de la translation de saint Bénigne (24 novembre). Les anciens religieux, aidés des clercs qui en dépendaient, chantèrent encore l’office de la nuit (les Nocturnes) dans la crypte, devant le sépulcre du martyr (2) ; et les nouveaux arrivés chantèrent l’office du matin (Laudes) au chœur de l’église supérieure, devant le grand autel, dédié à saint Maurice. Mesure vraiment juste, qui introduisait à l’aube du jour ceux qui venaient faire resplendir la lumière de la religion.
)) A la suite de cela, les moines dégénérés se dispersèrent en diverses maisons, mais les autres, demeurant en ce lieu, y répandirent 1 éclat de la sainteté; et cette abbaye, qui précédemment offrait le spectacle du désordre, à cause de la mauvaise conduite et de la négligence
Nous reproduisons la liste des noms sans compléter les
abréviations : « Ego Manassès essi. — Ermenald secard scd.
Lan tenus sacd scrip. — Unald levita. — Alberic levita. — Achard levita. — Oddo levita. — Matfred scripsi. — Rot.... s scripsi. — Wado infans. — Rodulfus infans. — Bernilo infans.
Ego Wichelmus scripsi. Oatum . mai nnuos XII régnante
Lottario rege. »
La copie de cette charte se trouve aussi à la Bibl. nat., coll. de Bourgogne , XI, fol. 750.
(2) Nous avons traduit exactement, mais pour prévenir quelque méprise, nous noterons que le sépulcre du saint n’était pas encore redevenu apparent. L’auteur de la Chronique veut dire que l’office de la nuit fut célébré à l’autel de la Confession, érigé dans le rondpoint central de la crypte : sous le pavé de ce rond-point gisaient alors les reliques du martyr.
inexprimable de ses hôtes, devint, parla pratique fervente de toutes les vertus, semblable à un jardin couvert de Heurs.
» Cependant la paternelle sollicitude de dom Mayeul était aussi réclamée par d’autres monastères, et il ne pouvait laisser celui-ci sans abbé (avec un simple prieur). C’est pourquoi, pressé de nouveau par les prières du seigneur évêque Brunon, et cédant au vœu de ses propres fils, il éleva à la dignité d’abbé l’un d’entre eux, nommé Guillaume, qui était le frère b1 plus fervent et le plus régulier, et qui joignait à ce mérite l'avantage d’une haute noblesse. »
L’auteur date ensuite de 990 la bénédiction du nouvel abbé, qui la reçut, ainsi que le sacerdoce, des mains de Brunon (1).
On voit par ce récit que Guillaume, en arrivant à Dijon avec les autres moines, ne leur était pas encore préposé : son élévation eut lieu quelque temps après, à la date qui vient d’être indiquée. En conséquence, les Clunisiens prirent possession de Saint-Bénigne le 24 novembre 989.
C’est ainsi que cette abbaye admit l’observance et les coutumes de Clunv, mais sans entrer dans la congrégation qui commençait alors à se former, et à faire de Cluny un chef d’ordre. Elle resta indépendante.
I ,a venue de l’abbé Guillaume à Dijon et sa promotion à la dignité abbatiale furent sans doute concertées par l’évêque Brunon et la cour de Bourgogne. En effet, le duc Henri avait épousé Gerberge de Narbonne, veuve d’Adalberfc d’Ivrée et mère d’Otte-Guillaume. Celui-ci, comte de Bourgogne (Franche-Comté), en vertu des droits que lui avait cédés sa mère, tenait de la libéralité de son père adoptif plusieurs domaines dans le duché. Il était marié à la sœur de Brunon. L’évêque de Langres connut donc le mérite de Guillaume par les parents que le jeune moine avait à la cour ducale, et il n’est pas douteux qu’il l’ait demandé nommément à saint Mayeul, avec la pensée de lui faire confier le gouvernement de l’abbaye.
Portrait de l’abbé Guillaume. — L’abbé que Brunon et saint Mayeul donnèrent à Saint- Bénigne est une des grandes figures de l’ordre monastique. Doué d’une intelligence puissante, d’aptitudes variées, capable de mener de front
(I) Cliron., pp. 130, 131. — Mon. SS., t. V, Annal, brev. S. Benigni: « Anno 990, ordinatio domni et eximii patrisWillelroi Divio-
une foule de choses, il unissait à ces qualités de l’esprit une volonté forte, une vive sensibilité. Sciences ecclésiastiques, règles de l’ascétisme, arts de la grammaire et de la géométrie, plainchant, toutes les connaissances que comportait l'éducation du cloître, l’abbé Guillaume les possédait à un degré supérieur. La grâce, s’emparant de cette nature d’élite, en a fait un saint moine et un grand réformateur.
Le mot de réforme revient fréquemment dans l’histoire du monachisme. Doit-on s’en étonner, puisque l’état religieux est un état surhumain ? Comment ne point rencontrer de défaillances parmi ceux qui s’enrôlent sous la loi du mieux, alors qu’il y en a tant parmi ceux qui se contentent de la loi du bien ? En général, l’oscillation est moralement inévitable pour l'humanité individuelle ou collective. D’ailleurs, ceux qui ont manqué le but ne peuvent faire oublier ceux qui l’ont atteint. Nul ne doit donc méconnaître les bienfaits d’un institut qui développe dans la société le premier des éléments vi taux, la religion, et, somme toute, a considérablement élevé le niveau des mœurs.
De près ou de loin, les réformateurs ont souvent paru exagérés. L’accusation de dépasser la mesure leur a été rarement épargnée. Aussi l’abbé Guillaume a-t-il été appelé « le Suprarègle — Supra-regula » ; et l’on cite de lui en effet certain trait qui semble, pour la sagesse commune, un déploiement de zèle excessif. Luimême sentit le besoin de se modérer.
Quoi qu’il en soit, l’abbé Guillaume exigea toujours de ses religieux une rigoureuse observation de la règle. Il reprenait les coupables avec sévérité, publiquement, afin d’inspirer à tous une crainte salutaire. Les reproches qu’il adressait dans ces circonstances pénétraient dans l’âme comme la pointe de l’aiguillon, et on les redoutait plus qu’un châtiment corporel.
Il tenait aussi devant les puissances du siècle le ferme langage de la foi, et il avait ces hardiesses des saints dont se choque volontiers le rationalisme moderne.
En revanche, s’il s’est parfois montré rigide pour ses religieux, hardi devant les princes, il témoigna toujours aux pauvres la compassion la plus tendre. Sa charité est restée proverbiale. Constamment guidé par cette maxime : a Que
nensis abbatis cœnobii per maiius meniorandi Brunonis Lingonica; urbis episcopi in offlcio archimandritæ et presbyteri. »
l’épargne de celui qui jeûne devienne la nourriture du pauvre (1), » il donnait sans mesure et croyait ne jamais donner assez. Nous le verrons, pendant une famine, renouveler un exemple fréquent dans les annales ecclésiastiques, et vendre l’orfèvrerie de son église, afin d’en distribuer l'argent aux malheureux : dans ce but, il dépouilla même le tombeau de saint Bénigne de tous les objets d’art et de prix dont sa piété s’était plu à l’orner. Mais, en temps ordinaire, il poussait presque aussi loin ses libéralités, et reprenait chez les moines la moindre attache aux biens de ce monde par des leçons si énergiques qu’elles pouvaient suggérer le nom de « supra-regula ».
Voici le trait que rapporte à cet égard Hugues de Flavigny. Comme cet auteur écrivait un siècle après l'abbé Guillaume, peut-être en son récit le fait réel est-il amplifié. Nous traduisons néanmoins. a Revenant du monastère de Fructuare (Italie), qui était sous la dépendance de celui de Dijon, l’abbé s’arrêta dans celui-ci. Au chapitre, il s’informa comment se portaient les religieux et si rien ne leur manquait. On lui dit que le cellier était plein et regorgeait de provisions. Alors il se fit rendre compte des aumônes. On avoua qu’on s’était borné aux distributions régulières, sans rien ajouter, malgré l’abondance des ressources. Soudain, enflammé de ce zèle qui dévore les saints, Guillaume éclate en reproches contre la dureté de ses disciples, il se lève avec indignation, et, répétant à plusieurs reprises le commencement de l’antienne du Mandatum pauperum : <c Ubi est charités — ■ où est la charité? », il se rend au cellier (2). Une barre de fer lui tombe sous la main. Nouveau Phinees, il la saisit, et vite, en redisant toujours : « Ubi est charitas ? », il ouvre les tonnes qui renfermaient le froment, l’orge, le vin. Après quoi il fait appeler les pauvres, et remplit tous les vases qu’ils lui présentent, continuant à faire entendre la rude leçon : « Ubi est charitas ? ». Les moines se mirent à l’aider dans cette distribution inattendue, et eurent peine à le- calmer, quel que fût leur empressement (3). »
Aux frères chargés de la rentrée des revenus
(1) Fiat refectio pauperis abstinentia jejunantis. — S. Leon. Serai. 2, de Jejunio.
(2) Le Mandatum pauperum désigne une distribution d’aumônes en usage dans les monastères. Parmi les prières récitées durant ce pieux et charitable exercice se trouve une antienne commençant par ces mots : « Ubi est charitas ? »
il recommandait avec insistance de ne point employer les mesures de rigueur et de ne contrister personne. « Je veux, disait-il, donner largement aux nécessiteux, bien loin de rien exiger de leur part. »
Les prisonniers, les condamnés étaient l’objet de sa sollicitude, et plusieurs lui durent leur salut, soit qu’il fournît leur rançon, soit que son entremise suffît à les délivrer.
Un jour, revenant du prieuré de Saint-Vivent deVergy, il apprend, aux portes de Dijon, qu’un serf de l'abbaye, reconnu coupable de quelque crime, vient à l’instant d’être livré au bourreau et conduit à la potence. Emu de ce malheur, il court au lieu du supplice, entraînant à sa suite ceux qui l'accompagnaient. Le criminel était déjà pendu. L’abbé fait monter ses gens sur le gibet, afin de couper la corde, tandis qu’il se prosterne et prie. Le pendu tombe à terre, et bientôt rouvre les yeux, tout étonné de cette sorte de résurrection. 11 suivit son libérateur à Saint-Bénigne, où il vécut plusieurs années (4).
C’est encore un trait de la même charité envers les pauvres que l’institution de ces écoles extérieures où tous les élèves étaient instruits gratis et les indigents nourris par le monastère.
En résumé, un esprit vif et prompt, une âme irascible mais compatissante, une haute expression d’autorité, une main rude mais libérale, une activité extraordinaire : tels furent les principaux traits de la physionomie de l’abbé Guillaume. Et à ce fonds naturel, riche et âpre à la fois, s’ajoutait l’ascendant que donne à un homme de marque le cachet de la sainteté.
Ère de prospérité. — Les vertus et les labeurs de l’abbé Guillaume ne tardèrent pas à faire renaître l’abbaye de Saint-Bénigne, pour ainsi dire, de ses cendres.
« Profitant de toutes les occasions, il invitait à embrasser la vie monastique des hommes recommandables, qu’il rencontrait dans le monde ou dans la cléricature. Gagnés par ses discours, beaucoup firent l’abandon de leurs biens, et se soumirent au joug de la règle bénédictine, consacrant leur existence au service du vrai Roi. Il
(3) Chron. de Flavigny, apudMigne,P. L.,t. CLIV, et Mon. SS., t. VIII. — Hugues range à tort ce tait parmi ceux de l’année 1028; l’incident remonte à 1015 ou 1016. Cf. diplôme de Benoît VIII, concile de Rome, en 1015.
(4) R. Glab., Vil. G uillelm ., loc. cit., col. 717, n° 26.
en vint tle différents pays, mais cette diversité d’origine n’empêcha point l’union la plus parfai te de régner parmi eux. Le pasteur du troupeau se réjouissait de le voir augmenter chaque jour, et ce qui lui procurait encore une plus grande joie, c’était l’ardeur de tous les membres à persévérer dans leur bon propos. Dieu daigna récompenser les soins vigilants de cet habile maître, en lui faisant goûter dès cette vie du fruit de ses travaux. L’abbé Guillaume vit refleurir autour de lui dans tout leur éclat les vertus religieuses, dont les moines précédents avaient laissé tarir la sève (1). »
La Chronique d’où sont tirées ces lignes consacre ensuite de longues pages à exposer le relèvement matériel de l’abbave, et à résumer les chartes de donation délivrées à cette époque.
« Tandis qu’à l’intérieur, dit-elle, s’affermissait la régularité, on vit à l’extérieur croître abondamment le patrimoine du monastère, selon la promesse évangélique : Cherchez avant tout le royaume de Dieu, et les biens de ce monde vous seront procurés. Car le seigneur évêque Brunon, dans la joie extrême que lui causait la vie édifiante des religieux, mettait tout son zèle et tout son crédit à les doter largement. 11 recherchait partout les domaines ou les revenus qu’on leur avait enlevés, et les leur faisait rendre. D’une main libérale, il prélevait aussi sur son bien propre pour subvenir à leur entretien (2). »
Extension de la réforme. — L’heureuse et rapide transformation de Saint-Bénigne sous le gouvernement de l’abbé Guillaume valut au jeune réformateur un renom mérité. On lui confia naturellement la réforme d’autres abbayes en souffrance. Henri, duc de Bourgogne, plaça sous son autorité Saint-Vivent de Vergy, qui fut bientôt renouvelé. Brunon lui soumit également la plupart des grandes abbayes de son diocèse : Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Bèze (3), Saint- Jean de Réome, Saint-Michel de Tonnerre, Saint- Pierre de Molosmes où reposait le corps de saint V allier, martyr. Guillaume les gouverna si bien, dit la Chronique, qu’elles parvinrent de son temps à un degré de prospérité qu’on ne revit plus après lui, quand chacune d’elles eut repris
(1) Giron, de Saint-Bénigne, pp. 133, 148, 149.
(2) Ibid., p. 134.
(3) Le 26 mai 995, le pape Jean XV délivrait, un diplôme concernant l’administration de Bèze par l’abbé Guillaume. — L. Delisle, Mélangea de palèogr. et de bibliogr. (1880), pp. 37-52.
son abbé particulier. Or ce n’était que le début d’un apostolat qui devait être des plus féconds, et nous aurons à compléter la liste des monastères fondés ou réformés par l’abbé Guillaume, non seulement en Bourgogne, mais en Italie, en Normandie, en Lorraine, etc.
Afin de le seconder dans son œuvre, Dieu lui envoya, sans tarder, des disciples dignes d’un pareil maître.
« Dès l’époque de son élévation à la dignité abbatiale, se trouvait à Saint-Bénigne un tout jeune frère, nommé Hunald, dans lequel il découvrit de brillantes qualités naturelles. Il le retint près de sa personne, lui donna une instruction développée, et en fit l’un des sujets les plus utiles au monastère. Pour toute chose et en toute circonstance, il mettait son talent à contribution (4). » Hunald offre un intérêt spécial au point de vue de l’histoire de Saint-Bénigne, c’està-dire, du monument lui-même, car le soin lui en fut confié. Non cependant qu’il y ait sculpté le marbre ou la pierre, comme on l’a dit : autre fut son rôle, nous le préciserons plus loin.
Peu de temps après l’ordination de l’éminent abbé, le vicomte de Dijon, Raoul le Blanc, vint lui demander l'habit, et lui apporta la double ressource de son argent et de son expérience dans les affaires. Dijon et Bèze profitèrent des avantages que procura le nouveau religieux. Etabli prieur de Bèze, ri fut, dit la Chronique du lieu, un remarquable administrateur au spirituel et au temporel. Il rebâtit l’église de cette abbaye, sur un plan plus vaste. Mais une mort prématurée fil trop tôt regretter ce vaillant auxiliaire (5).
L’abbé Guillaume reçut encore parmi ses disciples, vers la même époque, un autre Dijonnais, du nom de Thierry, et un chevalier de Beaiine, appelé Ledbaud. Par ses leçons assidues, il en fi t des maîtres de la vie intérieure, et les envoya gouverner des monastères soumis à sa direction (6).
Il tira aussi un excellenl parti de deux clercs, qui, sur la renommée de ses vertus, accoururent près de lui, l’un du diocèse de Metz, l’autre du diocèse de Toul. Celui-ci fut le prieur Arnoul, qui demeura longtemps à Dijon, et dont la Cliro-
(4) Cliron., p. 149. — Cum abbatis suscepit ofticium Willclnms, in hoc loco fuit quidam juvenculus vocatus Hunald us, quem videns solertis ingenii retinuit sibi, cetcris abeuntibus.
(5) Ibid.,. et Giron, de Bèze, pp. 288, 289.
(6) Giron., p. 150.
nique exalte le mérite. Très lettré, instruit dans toutes les branches de la science profane, il devint en peu de temps l’un des religieux les meilleurs elles plus capables, et l’abbé Guillaume se l’associa dans la gestion des intérêts, non seulement de Saint-Bénigne, mais de toutes les maisons confiées à son zèle. Arnoul fut un constructeur. Saint-Blin (Haute- Marne) , Vosnon (Aube), Saint-Marcel (Haute-Saône) lui durent leurs églises dédiées à saint Bénigne et les bâtiments claustraux qui les accompagnaient. Successeur du prieur Dominique, à Dijon, vers l’an 1005, il prit part à la surveillance des travaux de l’église romane, construite de 1001 à 1020 environ (1).
Voyage de l’abbé Guillaume en Italie. — En 995 ou 996, l’abbé Guillaume, certain d’être dignement suppléé par ses auxiliaires, se transporta en Italie, où il passa deux années. Les anciens biographes n’allèguent d’autre motif de son voyage que la piété. Dans l’ardeur de sa loi, il voulut en effet assurer à son œuvre les protections célestes. On nous le montre, dans la ville de Rome, au tombeau des Apôtres; sur le mont Gargan, au sanctuaire de Saint-Michel ; à Bénévent; à Farfa, célèbre abbaye de la Sabine; puis, dans la Haute-Italie, à Sainte-Christine, monastère situé sur les bords de l’Olona, à Verceil, enfin dans sa terre natale de Volpiano. Mais ces noms désignent seulement quelquesunes des stations de son itinéraire. Il vit le jeune empereur Othon III, et le pape Grégoire V, neveu de cet empereur. Un peu après lui, saint Odilon de Clunv traversa aussi les Alpes. Les circonstances, et l’intimité qui liait l’un à l’autre ces deux grands moines, les réunirent plusieurs fois à la cour pontificale, ou dans les communautés religieuses.
Malgré le silence des biographes, il est facile de comprendre quels motifs s’étaient joints à celui de la dévotion pour conduire l’abbé Guillaume en Italie.
Chef d’une grande abbaye, qui, tout en adop-
(I) Chron., pp. IG, 93, 151, 159, 161, 162, 169. — Le premier des textes cités ici en référence est incomplètement édité; le voici d’après le ms. n" 348, Bibl. de Dijon : Très anciennement un « Hilbbertus senator et cornes » en Bourgogne avait donné à Saint- Bénigne des biens situés « in pago Senonico et in pago Tornodoronsi ». Ces biens furent enlevés. Or, dit la Chronique : «Solummodo Vulnonis villam recepimus studio et industria Arnulfl prioris hujus loci. Hic tempore Rotberti regis, auxiliante Stephano primo Trecassino comité, deinde Oddor.e itidem comité præfatæ civitatis, data pecunia non par va, de manibus diripientium extraxit prædictarn possessionem. »
tant l’observance de Cluny, avait gardé son indépendance; génie fécond, capable de marquer d’une empreinte personnelle la discipline à laquelle il pliait ses moines; supérieur d’un grand nombre de maisons où il pouvait appliquer ses idées, l’abbé Guillaume avait à méditer et à consulter, en même temps qu’à prier, afin d’arrêter dans son esprit le type définitif du religieux. C’était admis généralement, en effet, à cette époque, que la règle de saint Benoît ne présentait pas un texte invariable, mais qu’il fallait l’interpréter. De là, pour un réformateur, une certaine latitude, qui lui permettait de donner à son œuvre un cachet particulier. L’abbé Guillaume voulut et sut le faire. Saint-Bénigne de Dijon devint entre ses mains un centre de vie religieuse autonome, comme Cluny l’était devenu dès l’origine, et continuait à l’être sous saint Odilon; comme Saint-Vanne de Verdun le devenait au même moment, grâce à l’initiative de l’abbé Richard. De ces trois centres : Cluny, Dijon, Verdun, le premier eut un rayonnement plus vaste et plus durable; le troisième prit assez d’extension et de solidité pour rester quelque temps le digne émule du premier ; le second faillit un instant avoir la prépondérance. Ainsi l’abbé Guillaume exerça, dans l’ordre bénédictin, un très grand rôle, et l’.on conçoit qu’il ait eu besoin de si' mettre en relation immédiate avec la papauté, et de voir de près les antiques monastères d’Italie, de s’entretenir avec ceux qui travaillaient à leur rénovation.
Un autre motif du voyage de l’abbé Guillaume fut la pressante nécessité de rebâtir plusieurs de ses abbayes. A Saint-Bénigne, spécialement, la reconstruction de la basilique était urgente. « Une partie de l’édifice tomba tout d’un coup, dit Raoul Glaber, et tandis que les ouvriers s’appliquaient à rétablir la maçonnerie détruite, il se produisit au même endroit un écroulement plus considérable encore. Dans ce fait, le vénérable abbé crut voir un avertissement providentiel, et comme l’intimation d’élever un nouveau temple. Sans tarder, il mit tout; son talent à dresser, avec un
A confronter avec le texte de la page 162. Vulno, aujourd’hui Vosnon (Aube), était autrefois du diocèse de Sens, bien que situé dans le pays de Troyes. Il est question de la même localité et de l’église que l’on y avait dédiée en l’honneur du martyr, au Livre des miracles de saint Bénigne, Act. SS., t. I Nov., pp. 178-179 :
« Adjacens namque est Senonensi territorio villa cujusdam Vulnonis possessoris cognomine denominata, sanctissimo isti patrono Benigno perpetuo jure collata, in qua ipsius nomine et honore constructa atque- dicata venerabilis habetur ecclesia. Cui villa; liaud procul consistât munit» nuncupata Darvicus (Ervy). »
arl merveilleux , le plan de la seconde basilique (1). » Ce qu’il fit sans doute avec le concours d’hommes experts dans l’art de l’architecture.
L’accident ici raconté arriva-t-il avant ou après le voyage d’Italie, on ne saurait le dire, mais du moins il prouve en quel mauvais état se trouvait l’église. L’abbé Guillaume, qui avait l’œil vigilant et observateur, dut le remarquer promptement et se décider à bâtir. Il ne fut donc pas fâché de revoir, dans son pays, les monuments religieux qui servaient de modèles aux constructeurs de cette époque. Certains caractères architectoniques de l’église dont il dota Dijon, attestent une inspiration puisée dans les édi lices italiens et surtout lombards.
Recrues en Italie, fondation de Fructuare. — En retournant sur le sol natal, l’ardent apôtre du cloître nourrissait encore d’autres desseins, qui étaient d’ailleurs la suite des précédents. Il lui fallait des sujets nombreux et choisis pour propager la réforme à laquelle il vouait ses labeurs. Son pays allait lui en fournir, il l’espérait. Un plein succès répondit à ses désirs, car il fut à peine rentré en France que « beaucoup de ses compatriotes prirent le chemin de Dijon. Quelques-uns d’entre eux étaient instruits dans les lettres, d’autres étaient habiles en différentes sortes d’ouvrages, d’autres s’entendaient en agriculture (2). » Les hommes lui venaient à point, afin qu’il pût former des maîtres de la vie spirituelle, donner des directeurs à ses chantiers de construction, et mettre en bon rapport les terres de l’abbaye.
Avant de repasser les Alpes, il concerta même avec ses trois frères, Godefroy, Nitard et Robert de Volpiano, une importante fondation dans le domaine paternel.
Jadis, au moment de la mort de Perinza, il avait décidé son père à revêtir l’habit monastique à Lucedio, qu’il ne songeait pas alors à quitter, et le généreux vieillard avait saintement fini ses jours près de lui, en cette abbaye. Mais ses frères demeuraient fixés dans le monde, et c’était pour lui un sujet d’alarmes. Plusieurs fois
(I) R. Glab., Vit. Guillelm., 15. — Contigit ergo postmodum quatenus pars ecclesiæ beati martyris Benigni, cui, auctore Deo, prirnitus pater fuerat datus (Guillelmus), ruinam corruens daret. Quam cum reformave cuperent artifices cæmentarii, graviorem pars eadem dédit, ruinam. Quod cernens vir Deo devotus intellexit divinitus sibi dari indicium quod totiim a fundamentis renovari conve-
il avait essayé de les en retirer. Les instances qu’il leur fit pendant son voyage ébranlèrent Godefroy, dont le départ pour Dijon fut arrêté.
En même temps, résultat plus considérable, les quatre frères résolurent de bâtir une abbaye sur la terre de Volpiano, au lieu dit Fructuare. C’était la création d’un foyer d’où allait rayonner sur l’Italie la discipline religieuse animée du souffle de l’abbé Guillaume. C’était aussi la diffusion du culte de saint Bénigne, car l’abbaye fut placée sous le patronage de ce martyr, et en reçut vulgairement le nom. Par contre, c’était un péril pour l’œuvre principale du réformateur : celle-ci subit en effet un réel détriment des soins privilégiés donnés à la fondation de famille.
Parmi les hommes qualifiés que l’abbé Guillaume vit arriver successivement d’Italie â Dijun , pour embrasser l’état monastique ou se vouer à une observance plus parfaite, il faut citer Nitard, son frère, qui ne tarda point à rejoindre Godefroy ; l’évêque d’Albenga, ville située sur la côte de Gênes; un autre évêque, nommé Barnabé, d’origine grecque; un autre encore, nommé Bénigne, venant de Rome, et qui fut autorisé par le pape Benoît VIII à faire des ordinations dans le monastère, mais seulement par ordre de l’abbé Guillaume; l’abbé dit Jean de Capoue; Jean, abbé de Saint-Apollinaire de Ravenne; Benoît, abbé de Saint-Sévère de Classe; Godefroy, archidiacre de Milan. « Celui-ci, dit la Chronique, vint, comme il convenait à sa haute naissance, avec do riches trésors, parmi lesquels figuraient un autel en onyx, orné d’or et d’argent, et tout le mobilier ecclésiastique constituant une chapelle portative. Après un séjour de plusieurs années â Dijon, il regagna son pays, et fut préposé, comme abbé, à un monastère de Milan. » Aux noms qui précèdent il faudrait pouvoir ajouter ceux de beaucoup d’autres moines d’une naissance ou d’un rang plus obscurs, pour dresser la liste entière des religieux d’origine italienne qui vécurent alors à Dijon (3). La Chronique cite encore les noms de deux ermites, Jean et Paul, lettrés tous deux et modèles de ferveur. Paul acheva ses jours dans l’abbaye dijonnaise. Jean fut mis à la tête de celle de Fructuare. Neveu
niret templum. Hlicoque summo mentis ingenio cœpit i psi us ecclesiæ reformandæ mirificum constmere apparatum.
(2) Chron., p. 137.
(3) Ibid., p. 152. — Monachorum voro non est mimeras qui ab illis vénérant partibus.
d’Ardoin d’Ivrée, qui reconquit pour un moment la couronne d’Italie, il était parent de l’abbé Guillaume.
Construction de l’église romane a Dijon. — Vers l’an mille, le monastère de Saint-Bénigne de Dijon contenait près de quatre-vingts religieux. Et ce n’était pas le chiffre total des disciples de l’abbé Guillaume, puisqu’un certain nombre se trouvaient répartis en d’autres maisons soumises à la réforme. La ferveur régnait dans l’abbaye, le patrimoine était en partie rétabli. Ces premiers résultats obtenus, il fallut entreprendre la restauration des édifices.
Tandis qu’on élevait, en Italie, l’église et les bâtiments de Fructuare, l’éminent abbé commença à reconstruire, à Dijon, la basilique où reposait le corps de saint Bénigne. Il rencontra, pour l’aider, le concours généreux de F évêque Brunon. Ce prélat fournit de l’argent, et fil venir de toutes parts des colonnes en pierre ou en marbre. Otte-Guillaume, qui était beau-frère de l’évêque et cousin de l’abbé, et qui joignait à ces titres celui d’avoué de Saint-Bénigne, dut contribuer aussi de quelque manière à l’érection du monument.
La première pierre fut posée le 14 février 1001. Vingt ans après, la basilique romane était achevée. Il n’en reste plus que la partie orientale, à l’étage souterrain.
Malgré la destruction qu’elle a subie, l’œuvre architecturale de l’abbé Guillaume demeure intelligible pour la postérité, grâce aux descriptions et aux dessins qui subsistent (1). Nous avons essayé de restituer cette église d’une façon complète. Elle méritait cet effort, car elle paraît bien avoir été la plus remarquable qu’il y ait eu en deçà des Alpes, au début du onzième siècle. C’est le jugement qu’en a porté Glaber; il la signale comme étant « totius Galliæ mirabilior », et le terme semble exact (2).
L’abbé Guillaume fut lui-même l’architecte principal du monument et, autant qu’il le put, le conducteur en chef des travaux (3).
(1) Voici la liste des meilleures sources à consulter pour l’église romane : R. Glab., Vit. Guillelm., n° 15, et Hist. 1. III, c. 5; — Chron., pp. 138-148 ; — D. Plancher, 1. 1, pp. 476-499 ; — Bibl. nat., coll. de Bourgogne, XI, fol. 83, 171, 475et suiv., et XIV, fol. 1 18- •121 ; — Arcliiv. de la Côte-d’Or, fonds Saint-Bénigne, H. 18 et reg. I195; ibid., fonds V*, liasse 5 ; — Sacristie de Saint-Bénigne, salle du chapitre, plan de 1766, et peintures représentant la rotonde. — Voir également divers travaux ou notes indiqués dans la Bibliographie Bourguignonne , par Milsand, et t. X des Mèm. de la Comm. des Ant. de la Côte-d'Or.
Parmi les moines qui lui étaient venus d’Italie se trouvaient, on l’a vu, des hommes initiés aux règles de l’art, dont le savoir fut une de ses ressources. Quels artisans a-t-il employés? Étaient-ce, en partie, ces ouvriers syndiqués qui avaient leur centre dans la province de Corne, et sont connus sous le nom de « Maîtres Comasques »? Une seule indication formelle nous est parvenue : des maîtres constructeurs, gagés par l’abbé Guillaume, allaient dans les diverses abbayes soumises à son autorité, notamment de Fécamp à Dijon, et réciproquement. On en verra la preuve dans une note subséquente.
Visite des reliques de saint Bénigne. — Avant d’étudier la basilique romane, nous mentionnerons une visite des reliques du martyr, qui eut lieu pendant qu’on la construisait. Le fait est rapporté par Raoul Glaber, sous une teinte de merveilleux il est vrai, et avec une certaine confusion. Mais de ce merveilleux il n’y a pas à tenir compte, et la confusion disparaît grâce à un texte du Livre des miracles (4). Voici le fait ramené à la réalité.
Depuis l’an 940 environ, le corps de saint Bénigne était inhumé sous le pavé de la crypte. Aucun signe extérieur ne marquait l’endroit où il reposait. Les anciens moines avaient quitté l’abbaye, et les Clunisiens les avaient remplacés. Ces circonstances rendaient assez vagues les souvenirs relatifs au lieu où était enseveli le sarcophage. Lors donc que l’abbé Guillaume eut commencé à rebâtir l’église, et que, pour des motifs faciles à comprendre, il rechercha les reliques du saint, personne ne put fournir un renseignement précis, qui servît à diriger les fouilles. Cependant les ouvriers creusèrent le sol de la crypte, et, en avant du maître-autel, à une grande profondeur, apparut un fort sarcophage dont les dimensions concordaient avec la description donnée par Grégoire de Tours. L’abbé Guillaume le fît ouvrir, et constata la présence du corps de saint Bénigne. On distingua spécialement, sur le crâne, la fracture produite par le
(2) R. Glab., Vit. Guillelm., n° 5.
(3) Chron., p. 138. — In cujus basilicæ miro opéré domnus præsul (Bruno) expensas tribuendo, et columnas marmoreas ac lapideas undecumque adducendo, et reverendus abbas magistros conducendo et ipsum opus dictando, insudantes dignum divino cultu templum construxerunt.
(4) Le Liber miraculorum sancti Benigni a été écrit au onzième siècle, et relate surtout des faits accomplis au temps de l’abbé Guillaume. Voir Acl. SS., t. I Nov., pp. 173 et suiv.
coup de barre de fer qu’avait reçu le martyr expirant. Les précieux restes furent laissés dans le cercueil, que l’on ne déplaça point en cette circonstance (1).
A la vérité, Raoul Glaber parle aussitôt d’une translation solennelle des reliques et d’un mouvement imprimé à l’auge sépulcrale pour la porter un peu à l’orient. Mais ce double fait n’a pas eu lieu en même temps que la visite racontée; il date de plus tard, c’est-à-dire de l’évêque Lambert, qui succéda à Brunon en 1016, et inaugura successivement les diverses parties de la nouvelle église (2).
En attendant qu’il eût érigé un tombeau monumental, afin d’y déposer les reliques de saint Bénigne, l’abbé Guillaume se contenta de rétablir provisoirement l’ancienne confession. Ainsi, du moins, le sarcophage contenant les reliques reparut aux yeux des moines et des fidèles. Il y eut dans la crypte une garde plus assidue, et l’on y rencontra un plus grand nombre de malades implorant leur guérison.
Description de l’église romane; ordonnance générale. — La basilique de Saint-Bénigne comprenait, à l’arrivée de l’abbé Guillaume, deux églises bâties l’une au bout de l’autre, dont on a expliqué l’origine dans le chapitre premier. A la suite de l’église placée sous le patronage du martyr venait, du côté de l’orient, une seconde église plus petite, consacrée à la sainte Vierge. On consultera, pour plus de clarté, la planche III, qui donne le tracé de la première basilique aux neuvième et dixième siècles. Derrière le rondpoint B commençait l’église Sainte-Marie, qui avait son autel en C. En avant du rond-point s’étendait l’église principale. Tel était l’aména-
(1) R. Glab., Vil. Guillelm., n" 15. — Quam (ecclesiam) cum cœpisset (Guillelmus) reædificare positione mirabili, valde longiore ac latiore quam fuerat,' ignotus tamen erat universis locellus que pi'otiosi martyris membra claudebantur Benigni... Cujus ignoratio roi nimium mœstificabat animum patris Willekni. Tali quoque defectu anxio revelatum est visione pulcherrima per ipsum Dei martvrem ipsius honovabile sepulcrum. Erat enim, ut beatus multorum sanctorum descriptor miraculorum Gregorius Turonum pontifex refert, pergrandis arcalapidei sarcopliagi continens ilium. Pro cujus incredulilate narrat idem sanctus altevum sancti nominis Gregorium Lingonensem episcopum acrius quondam fuisse increpatum. Cujus namque positionemloci antiqua vetustasocculuit. Nam coram præcipuo illius monasterii altari profundius habebatur del'ossum memoratum sepulcrum. Quod continuo requirensinvenit, operiensque îllud contingere meruit sacratissiina egregii martyris ossa, in cujus etiara cerebro, quod in descripta illius passione legitur, vulnus ferreo illatum vecte apparuit.
(2) Voici comment se continue le texte de Raoul Glaber, cité dans la note précédente : « Quæ (ossa) omnia integro numéro præsenti-
gement de l’édifice à niveau du sol. Mais, de plus, en A s’ouvrait une crypte, qui se prolongeait jusque sous le chevet C.
Les deux grandes divisions de la basilique furent maintenues par l’abbé Guillaume. Il se proposa de reconstruire deux églises, en leur donnant à chacune des dimensions plus vastes, dans le sens qui fut possible (3).
Pour l’église Sainte-Marie, on ne pouvait que la rendre plus large et plus élevée; car, sur la longueur, on était limité, au levant, par le petit sanctuaire contenant l’autel de la sainte Vierge, au couchant, par l’abside renfermant le tombeau : deux parties de l’édifice vénérables entre toutes, qu’il fallait laisser à peu près intactes. Quant à l’église Saint-Bénigne, il fut facile de l’allonger à l’occident, et de la développer sur les deux côtés.
Cette distinction de deux églises dans un même édifice inspira l’idée d’adopter deux plans différents.
L’église Sainte-Marie reçut la forme circulaire. Une rotonde à triple étage remplaça les trois premières travées de la nef, et il ne resta plus alors que la dernière, contiguë à l’abside carrée servant de chevet à toute la basilique. Avant les travaux du onzième siècle, cette abside et la nef avaient déjà deux étages, qui correspondirent par conséquent l’un à l’étage inférieur de la rotonde, l’autre à l’étage du milieu, et formèrent pour chacun un sanctuaire. L’abbé Guillaume bâtit un troisième sanctuaire au-dessus des deux autres; il en fit une chapelle complètement séparée de l’étage supérieur de la rotonde, et lui donna un niveau plus élevé. C’est ainsi que la nouvelle église Sainte-Marie se trouva subdivisée en quatre oratoires dont il sera parlé avec quelque détail tout à l'heure.
bus honestioribus tam episcopis quam eeteris diversorum ordinuin vel sexuum, cum odoriferis thymiamatibus ac psallentium ehoris, in eodem recondidit sarcophago, indeque paululum ad orientera ilium amovens in pidcherrimo atque incomparabili locavit turaulo. » Or ceci doit évidemment être expliqué à l’aide du passage suivant du Livre des miracles : « Quidam monachus... quodam tempore têrvidæ a;statis nimium laborabat type quartanæ febris... Auxilium efficax quærit... dejectus totus... ante peeuliaris patroni sepulcrum. Moxque... liberatus... surrexit... Constat hoc miraculum fuisse gestum antequam pretiosissima Christi martyris ossa, venerando Wileimo abbate poscente, transferrentur a Lamberto Lingonicæ urbis antistite. » (Act. SS., t. I Nov., p. 176, nos 15 et 16.) Un intervalle sépara la découverte des reliques et leur translation dans le monument qui fut construit pour les recevoir. Raoul Glaber n’a pas assez accusé la distinction des époques.
(3) R. Glab., Vit. Guillelm., n" 15: Quam (ecclesiam) cum cœpisset (Guillelmus) reædificare positione mirabili, valde longiore ac latiore quam fuerat.
On conserva le plan rectangulaire pour l’église Saint-Bénigne. La crypte garda les dispositions des anciennes basiliques : un transsepl situé à l'extrémité de la nef, une abside consistant en un simple hémicycle. Mais l’étage à niveau du sol présenta l’ordonnance commune des grandes églises : une croix latine, formée par l’intersection d’une nef maîtresse et d’un transsepl;, avec des basses nefs de chaque côté. Ces basses nefs furent surmontées d’une galerie de tribunes ou triforium, qui en couvrit toute la largeur.
La longueur totale de la basilique fut d’environ cent mètres. La longueur de l’église Saint- Bénigne proprement dite fut, pour l’étage à rezde-chaussée, de soixante-quatre mètres, et, pour la crypte, de près de cinquante (1).
A l’aide des planches IV, V, VI et VII, il sera facile de saisir les explications qui'précèdent et celles qui vont suivre.
Ces planches, où l’on trouvera une restitution de l’église romane, ont été dressées d’après un ensemble de documents d’une réelle valeur, dont voici la liste : la description fournie par la Chronique, diverses notes des Bénédictins conservées parmi les titres de l’abbaye aux Archives de la Côte-d’Or ou à la Bibliothèque nationale, les dessins de l’ouvrage de dom Plancher, des plans de restitution dus au talent de M. Charles Suisse, architecte diocésain, et obligeamment communiqués par l’auteur; enfin la partie subsistante1 2 de l’édifice et les résultats des dernières fouilles.
Dans la planche V, une partie des constructions figurées sont d’une date postérieure à l’abbé Guillaume : un tracé en simples hachures les distingue. Le portail occidental ainsi représenté existe encore en partie, et forme la principale entrée de l’église actuelle. Mais la basilique de l’abbé Guillaume n’atteignait pas ce portail, et s’arrêtait à une distance d’environ douze mètres. En effet, tandis que l’église ogivale a, dans œuvre, une longueur de soixante-huit mètres, la basilique romane n’en avait que soixante-
(1) Ces chiffres sont basés sur ceux de la Chronique évalués à l’aide des restes du monument. En mesurant en effet, dans la crypte actuelle, le diamètre de la rotonde qui n’a point changé depuis le onzième siècle, on constate que la coudée, au sens de l’auteur de la Chronique, équivaut à 0"'50. D’autre part, au moyen de divers contrôles, on se rend compte de l’exactitude des mesures données nettement ou approximativement par ce même auteur.
(2) Le texte qui suit est donné d’après le ms. 348, Bibl. de Dijon. — Fundatum est autem hoc templum anno Dominicæ Incarnationis MI, indictione XIV, decimo sexto calendas Martii. Cujus longitudo ducentorum ferme cubitorum, latitudo autem quinquaginta trium existit. Altitudo vero in sequentibus oportune dicetur.
quatre, et elle commençait à plus de sept mètres au delà du chevet de cette église.
Nous dirons plus loin ce que pouvait être la construction qui, au douzième siècle, agrandit la basilique romane et entraîna la réfection d’une partie de l’édifice. De cette construction l’on a retrouvé, encore en place, la base du pilier figuré sous la lettre D.
Pour se rendre compte du monument élevé par l’abbé Guillaume, il faut connaître la description qu’en donnent la Chronique de Saint-Bénigne et d’autres documents.
Explications fournies par la Chronique. — La description qu’on trouve dans la Chronique est très détaillée, mais il s’y rencontre des lacunes et des fautes. Nous en essayons la traduction, et nous publions le texte en note : les mots qui dans ce texte sont en caractères italiques et entre crochets, représentent les additions ou corrections qui ont semblé nécessaires (2).
« La nouvelle basilique a été fondée l’an de l’Incarnation mil un, indiction quatorze, le seize des calendes de mars (14 février). Sa longueur est d’environ deux cents coudées, et sa largeur de cinquante- trois. La hauteur sera indiquée dans la suite, selon l’occasion.
» L’église basse où l’on vénère les ossemen ts sacrés de saint Bénigne martyr, a presque la même étendue (que l’église haute). Cent quatre colonnes en soutiennent la voûte. Elle présente la forme de la lettre T- Les colonnes sont sur quatre rangs et distribuées par douzaines. La longueur (sens de la nef) égale la largeur (sens du transsepl). La hauteur (sous voûte) est de dix coudées. Il y a de chaque côté des vestibules isolés.
» Cette basse église contient cinq autels. Le premier est consacré en l’honneur de saint Bénigne; le second, en l’honneur de saint Nicolas et de tous les confesseurs ; le troisième, en l'honneur de sainte Paschasie vierge, dont le corps
Inferior itaque domus orationis, iu qua sacratissimum corpus sancti Benigni martiris veneratur, eundem pene modum habens quantitatis \ac superior\, fulcitur centum quattuor columnis. Tlæc, in figuram J litteræ facta, quattuor ordines [ ordinibus ] columnarum duodeno dispositas [clisposilarum] numéro, æquali extenditur in longitudine et latitudine ; decem vero cubitis erigitur in altitudine, sécréta ex utraque parte habens vestibula.
Quinque sane in ea continentur altaria. Primum in honore ipsius sancti Benigni est consecratum ; secundum in memoria sancti Nicholai et omnium confessorum ; tertium in veneratione sanctæ Paschasiæ virginis, quæ ibidem quiescit, et omnium virginum; quartum in sancti Hirenei et omnium martirum ; quintum sub nominibus
repose au même lieu, et de toutes les vierges; le quatrième, eu l’honneur de saint Irénée et de tous les martyrs; le cinquième, sous les noms de saint Jean et de saint Seine confesseurs et abbés, et de saint Eustade prêtre, dont le corps repose au même lieu.
» Dans cette même église, les corps des saints dont les noms sont cités au commencement de ce livre, reposent autour de celui du bienheureux martyr du Christ. (Ces saints ont déjà été nommés plusieurs fois : sainte Paschasie, sainte Floride, saint Hilaire, sainte Quiète, saint Eustade, saint Tranquille.)
» Attenant de la basse église ou crypte qui vient d’être décrite, il y a, du côté du levant, un oratoire bâti en forme de rotonde. Six fenêtres l’éclairent (dont deux s’ouvrent dans une travée qui est au delà de la rotonde). Cet oratoire a trente-sept coudées de diamètre, et dix coudées de hauteur (sous voûte). On y compte quarantehuit colonnes distribuées géométriquement sur trois rangs circulaires. (Au milieu) est une jolie voûte dont le faîte s’élève à une grande hauteur, porté par vingt-quatre colonnes réparties en trois étages (el surmontées de huit pilastres), le tout formant trente-deux arcades. Ce lieu est dédié en l’honneur de saint Jean-Baptiste, et la chapelle du saint (située en dehors des nefs circulaires et à l’extrémité de la basilique) est éclairée par trois fenêtres.
» De l’église dédiée à saint Jean-Baptiste, deux escaliers tournants, construits à droite et à gauche, ayant chacun trente-sept marches, bien ajourés, conduisent aisément à l’église de Sainte- Marie-Mère- de -Dieu. Soixante-huit colonnes soutiennent la voûte de cette deuxième rotonde. Elle a à peu près la même ordonnance, le même
sanctorum confessorum et abbatum Johannis et Scquani, atque sancti Eustadii presbiteri ibidem quiescentis. In bac ergo sanctorum corpora quiescentia sæpedicti testis Cbristi beata ambiunt membra, quorum inprincipio hujus iibri nomma sunt adnotata...
Huic paulo superius descriptæ mferiori crypta; conjungitur oratorium ad solis ortum, rotundo scemate factum, senarumque inlustratum splendore ienestrarum, triginta.septem cubitos habens in diametro, decem in alto. Hoc sane oratorium terno columnarum ordine in semet regirato, quadraginta videlicet atque octo, geometrali dispositione ambitur. Hujus desuper cuimen celso erectum fastigio viginti quattuor columnarum ac triginta duorum arcuum, tripertita comparis numeri machina divisione, eleganti transvolutum est opéré. Hoc sane oratorium sancti Johannis Baptistæ sacratum est honore, cujus altare illustratur triurn fenestrarum lumine.
Ab bac ecclesia sunt per cocleam dextra lævaque triginta septem gradus, crebris sufficienler illustrât! fenestris, per quos inoffenso ascenditur tramite ad basilicam sanctæ Dei Genitricis Mariæ. Ipsa vero ecclesia scxaginta octo subnixa est columnis, eundem fere habens modum et formam in diametro, sive in altitudine, quem et inferior, undenisque irradiatur vitreis. Ad altare autem ejusdem
diamètre et la même élévation que celle d’en bas. La lumière y entre par onze fenêtres. Pour pénétrer dans la chapelle, décorée de marbre, où est érigé l’autel de la sainte Vierge, on monte un escalier de quatre marches placé sous un péristyle qui le divise en trois parties. De chaque côté du péristyle (dans la rotonde), il y a un autel : à droite (côté de l’épître), l’autel de saint Jean évangéliste, de saint Jacques son frère et de saint Thomas apôtre; à gauche, l’autel de saint Matthieu, de saint Jacques (le Mineur) et de saint Philippe, apôtres.
» En continuant à monter, dans l’un ou l’autre escalier tournant, trente degrés, bien éclairés, on parvient à l’église de la sainte et indivisible Trinité. Elle est construite en forme de couronne; trente-six colonnes en soutiennent la voûte; il s’y répand une vive lumière par des fenêtres percées tout autour et par un oculus ouvert au centre de la voûte et non vitré. Le diamètre est le même que dans les deux rotondes inférieures, mais la hauteur est de vingt coudées. L’autel de la saint»; Trinité est placé de telle manière que n’importe de quel côté l’on entre dans l’église, n’importe ou l’on s’y tienne, il puisse être aperçu.
» Partant de ce troisième étage, quatre escaliers, distribués à droite et à gauche, conduisent au faîte de l’édifice. Deux d’entre eux, placés symétriquement, forment une double rampe de quinze degrés allant jusqu’au seuil de l’oratoire de Saint-Michel (situé au levant). Cet oratoire a trente-trois coudéès de longueur, et dix de hauteur; le style en est fort simple; il a sept fenêtres.
» Les deux autres escaliers (sont la continuation des rampes cylindriques qui partent de l’église souterraine) ; ils ont chacun cinquante marches, et -parviennent aux combles. Au pied
perpetuæ Yirginis marmoreum per quattuor tripertitos ascenditur gradus, juxta quos hinc et inde sunt altaria : ad dextram quidem Johannis evangelistæ ac Jacobi fratris ejus sanctique Thomæ apostoli; ad lævam vero sancti Matthei, Jacobi et Philippi apostoloruin.
Hinc iterum concordantes et satis lucidi utrinqne per cocleam ad ecclesiam sanctæ et individuæ Trinitatis triginta gradus continuatum præstant ascensum. Hæc in modum coronæ constructa, triginta quoque et sex innixa columnis, fenestris undique ac desuper patulo cœlo lumen infundentibus, micat eximia elaritate, amplitudine inferiüri domui consimilis, sed viginti cubitorum aititudinis. Altare sanctæ Trinitatis ita est positum ut undecumque ingredientibus ac ubicumque per ecclesiam consistentibus sit perspicuum.
Inde per quadrigeminas scalas, altrinsecus factas, ad supprema patet ascensus : quarum duæ æquali modo positæ per quindecim gradus usque sancti Michaelis protenduntur oratorium, habens in longitudine cubitos triginta très, in altitudine decem, vili facta \ faclmn \ scemate ; fenestras habet septem.
ALiæ vero duæ per quinquaginta gradus sursum dirigunt gressum. Ad ima autem harum scalarurn bina super murum deambulatoria sunt facta, quæ æquali [ducunt] spatio ab orientali parte
de l’un et de l’autre commencent, sur le mur, deux galeries qui mènent de plain-pied du levant au couchant, à un double niveau, formant ainsi un triforium à l’intérieur de l’église, et une terrasse ou chemin de ronde extérieur sur le toit : un mur d'appui élevé d’environ trois coudées empêche de tomber ceux qui font le tour de l’édifice. Ces galeries, ménagées de chaque côté, partent donc de l’intérieur, puis, arrivées sous les ailes, débouchent sur l’escalier dérobé du chemin de ronde; conduisent de plain-pied, comme on l’a dit, dans tout l’étage du triforium; atteignent enfin le dessus des portes du couchant, et communiquent alors à deux escaliers symétriques de vingt (?) marches, par lesquels on descend dans les basses nefs de la grande église.
» Cette grande église, construite en forme de croix, a cent vingt-huit coudées de long, et, comme il a déjà été dit, cinquante-trois de large. La hauteur est de trente et une coudées bien comptées, en tous sens, sauf au milieu où elle atteint le chiffre de quarante. Soixante-dix fenêtres y versent la lumière. Cent vingt et une colonnes en soutiennent la voûte. Quelques-unes de ces colonnes sont posées aux quatre angles des plus forts d’entre les piliers, — dont le nombre total est de quarante, — dans la partie haute du massif. Or, bien qu’elles n’aient pas toutes un fût de même grandeur, elles paraissent porter toutes ensemble un seul et même couronnement. Sur chaque liane de l’église règne un collatéral à double voûte, ce qui donne quatre autels latéraux. Du côté du nord, un des autels est dédié en l’honneur des saints apôtres Pierre et André, l’autre
usque ad occidentalem et infra templum per arcus deambulatorios, et supra tectum domus; muro [mûri] altitudinis ferme triurn cubitorum, circumquaque pergentium a ruina proteguntincessurn. Hæc tamen ad dexteram sinistramvc partem templi incipientes | incipientia ] interius et subtus alas ejus gressum per quosdam occultos aditus ad suprema tecti diligentes [dirigentia] piano ut dictum est calle deducunt introrsus undique, donec superliminare occidentalium portarum adtingentes [adUngentia\ per parités scalas viginti (?) graduum in porticus ecclesiæ majoris deponunt.
Quæ ad instar crucis ædificata, liabet in longitudine cubitos centum viginti etocto, in latitudinesicut scriptum est quinquaginta très, in altitudine quaquaversum permaximos triginta et unum cubitos, in medio autem quadraginta. Inluminatur septuaginta vitreis, fulciturque centum viginti et una columnis ; quarum nonnullæ juxta eapita fortissimarum, quæ sunt quadraginta, pilarum quadrangulatim statutæ, una quasi simul coronari videntur corona, quamvis non unius sit magnitudinis omnium forma. Habet hinc et inde geminas porticus dupliciter transvolutas, in quibus bis bina continentur altaria. A parte quidem aquilonis unum in honore sanctorum apostolorum Pétri et Andreæ, alterum in honore sancti Bartholomei atque Simonis atque Taddei apostolorum. Sancti vero Pauli altare est in superiori ecelesia, ante aram sanctæ Trinitatis, eo quod
en l’honneur de saint Barthélemy, de saint Simon et de saint Thadée apôtres. Quant à l’autel de saint Paul, il est dans la haute rotonde, en face l’autel de la sainte Trinité, parce que cet apôtre a été ravi au troisième ciel et qu’il y a vu les secrets de Dieu. Du côté du midi, un des autels est dédié en l’honneur des saints apôtres Matthias et Barnabé et de saint Luc évangéliste, l’autre en l’honneur des saints martyrs Etienne, Laurent et Vincent. 11 y a encore un autre autel, en ce même côté du midi, mais dans la partie occidentale de l’église : il est dédié en l’honneur des saints Mammès, Didier, Léger, Sébastien, Gengoul, martyrs. De même, il y a de l’autre côté l’autel des saints martyrs Polycarpe, Andoehe, Thyrse, Andéole, Symphorien, Georges, Christophe, et des saints confesseurs Urbain et Grégoire, dont les précieuses reliques sont ici. Le grand autel est consacré en l'honneur des saints martyrs Maurice et Bénigne et de tous les saints. A droite est un autel en l'honneur de saint Raphaël archange et de tous les esprits bienheureux. A gauche est l’autel de saint Marc évangéliste. Au milieu de l’église est l’autel érigé à la sainte Croix et à tous les saints.
)) Devant cet autel s’ouvrent trois entrées pour descendre à la crypte. Les escaliers ont quinze marches.
» Voici maintenant la description du sépulcre où repose le saint et glorieux martyr. C’est un tombeau bâti en pierres de taille, qui a huit coudées de long sur cinq de large, et dont la partie supérieure (trapézoïdale ou prismatique), toute en pierre, est soutenue par quatre colonnes. Sur ce tombeau avaient été posés anciennement quatre
ipse raptus ad ter ti uni cœlum vidit sécréta Dei. A meridio sunt-altaria, unum in honore sanctorum apostolorum Matthiæ et Barnabæ ac Lucæ evangelistæ ; aliud in honore sanctorum martirum Stephani, Laurent» atque Vincentii. Est aliud altare ad occidentalem plagam ecclesiæ, in eodem latere meridiano, in honore sanctorum Mammetis, Desiderii, Leodegarii, Sebastiani, Gengulfi martirum. Et ex parte altéra sanctorum martirum Policarpi, Andochii, Thirsi, Andeoli, Simforiani, Georgii, Christofori, et sanctorum confessorum Urbani et Gregorii, quorum corporibus adornatur præsens domus. Principale altare est sacratum in honore sanctorum martirum Mauricii atque Benigni simulque omnium sanctorum. Altare ad dexteram ejus in honore Raphaelis archangeli et omnium beatorum spirituum ; ad lævam vero in honore sancti Marci evangelistæ, atque in medio ipsius ecclesiæ altare sanctæ Crucis omniumque sanctorum.
Ante hoc altare triplex constat introitus criptæ, et in quindecim gradibus ascenditur ab ipsa ad superiorem ecclesiam.
Sepulcrum vero sancti et gloriosi martiris ita est constructum. Est tumba ex quadris ædificata lapidibus, quæ octo cubitos in longum, quinque autem tenet in latum. Cujus cacumen lapideum quattuor sustinetur suffragio columnarum. Desuper autem quattuor columnæ marmoreæ locatæ erant antiquitus. Olim super lapideos
colonnes en marbre. An milieu d’elles, un cadre en parpaings orné d’arcatures portait une abside en bois (voir planche XIV) longue de six coudées, large de trois, haute de sept et demie. Cette abside était entièrement revêtue de plaques d’or et d’argent, où étaient fort bien représentés en ciselure les tableaux de la Nativité et de la Passion de Notre-Seigneur. Mais ce bel ouvrage a été détruit, pendant la famine, par l’abbé Guillaume, qui en fit de l’argent pour soulager les pauvres.
» Il faut conclure par cette dernière note : la basilique contient en somme trois cent soixante et onze colonnes, outre celles qui se trouvent dans les tours et aux autels ; elle est éclairée par cent vingt fenêtres vitrées ou à vitrer ; elle a huit tours, trois grandes portes et vingt-quatre petites. »
Le total des colonnes énumérées plus haut n’est pas de 371 mais de 377.
Documents complémentaires. — Les « Consuetudines antiquæ » ou « Statuta » ou « Ordo monasterii sancti Benigni » fournissent plusieurs détails intéressants sur l’église romane. Ces Coutumes, établies par l’abbé Guillaume d’après celles de Cluny, et rédigées après la mort de l’illustre réformateur, ont subi ensuite quelque retouche, particulièrement au douzième-treizième siècle. Le manuscrit contenant le dernier texte existe complet aux Archives de la Côte-d’Or. Nous l’éditons à la tin de cet ouvrage. De la recension plus ancienne, aujourd’hui disparue, on ne possède que des extraits, les uns publiés par dom Martène, les autres recueillis par dom
arcus quos continebant, absidam ferebant ligneam sex cubitorum longitudinis et trium iatitudinis septemque ac semis altitudinis. Quæ iradique auro et argento vestita, historiam Dominicæ Nativitatis et Passionis præmonstrabat anaglifo prominentem opéré, pictura satis optima. Verum hoc decentissimum de quo loquimur ornamentum, ob recreationem pauperum, tempore famis, fuit dissipation adomno abbate Willelmo...
Illudin fine notilicandum est, in templi istius ædiûcio esse columnas trecentas septuaginta et unam, exceptis illis quæ in turribus et altaribus sunt. Fenestræ clausæ vel claudendæ vitro centum viginti, turres octo, portæ très, ostia viginti quattuor.
— Au lieu de « portæ très » on avait d’abord écrit « portæ quattuor », et c’est après un grattage que le mot « très » a été substitué à « quattuor », mais l’écriture paraît être de la même main.
De même, au commencement du texte, dans la description de l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste, deux phrases commencent ainsi : « Hoc sane oratorium ». Pour la première, le mot « oratorium» se lit en surcharge, mais de la même main.
Cela prouve que le copiste a reconnu lui-même des fautes dans son texte, mais il ne les a. pas toutes corrigées.
(1) Bibl. nat., coll. de Bourgogne , XI, fol. 83 et 171. — Gaput usdecimum. De ecclesia sanctæ Mariæ ceterisque mem-
Lan lhenas et conservés à la Bibliothèque nationale, collection de Bourgogne, tome XI.
C’est à cette seconde source, c’est-à-dire, parmi les fragments conservés à Paris, qu’a été puisé le document dont voici la traduction avec le texte en note (1) :
« De leglise Sainte-Marie et des autres membres de l’église.
» Le maître-autel de l’église Sainte-Marie est consacré en l’honneur de la Mère de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, et il y a dans cet autel des reliques de la sainte Vierge et des saints Innocents. L’autel latéral placé à droite (midi) est consacré en l’honneur de saint Jean apôtre et évangéliste, de saint Jacques son frère et de saint Thomas apôtre ; l’autel parallèlement placé à gauche, est consacré en l’honneur de saint Matthieu, apôtre et évangéliste, des saints apôtres Philippe et Jacques et des trois Enfants.
» Dans le membre gauche (septentrional) de l’église, l’autel qui se trouve du côté de l’aquilon est dédié en l’honneur de saint Pierre apôtre et de saint André son frère ; l’autel voisin, à droite, eu l’honneur de saint Barthélemy apôtre et des saints apôtres Simon et Jude.
» Dans le membre droit de l’église, l’autel qui se trouve au midi est dédié en l’honneur du protomartyr saint Étienne et des saints martyrs Laurent et Vincent ; l’autel voisin, à gauche, en l’honneur de saint Matthias apôtre, de saint Luc évangéliste et de saint Barnabé apôtre.
» L’autel du milieu de l’église est érigé en l’honneur de la sainte et adorable Croix de Noire- Seigneur Jésus-Christ, sur laquelle ce divin Sauveur triompha du démon, et racheta le monde
bris ecclesiæ. — Altare majus de ecclesia sanctæ Mariæ est. consecratum in honore ejusdem Dei et Domini nostri Jesu Christi Genitricis, suntque in co reliquiæ ipsius et sanctornm Innocentium. Altare in dextro latere in honore sancti Johannis apostoli et évangéliste et sancti Jacobi fratris ejus atque sancti Tliomæ apostoli. Altare in sinistro iatere in honore sancti Mathæi apostoli et evangelistæ et sanctornm apostolorum Philippi et Jacobi atque trium Puerorum.
Altare de sinistro membro ecclesiæ versus aquilonem in honore sancti Pétri apostoli et sancti Andreæ fratris ejus. Altare juxta ad dexteram in honore beati Bartliolomæi apostoli et sanctorum Simonis et Judæ apostolorum.
Altare de dextro membro ecclesia-, in parte australi in honore beati protomartyris Stephani et sanctorum Laurentii atque Vincentii martyrum. Altare juxta ad sinistram in honore beati Mathiæ apostoli et sanctorum Lucæ evangelistæ atque Barnabæ apostoli.
Altare iu medio ecclesiæ in honore sanctæ ac benedictæ Crucis Christi Domini Salvatoris, in qua idem de diabolo triumphans totum mundum pio cruore redemit. Altare quod est ad sinistram, in superioribus porticus ecclesiæ, in honore sancti Policarpi episcopi et martyris et sanctorum martyrum Benigni, Georgii, Symplioriani, Andochii, Tyrsi, Andeoli atque Christofori ; neenon Lingo-
entier en répandant pour nous sou sang. L autel placé à gauche .dans le haut collatéral (en d’autres termes, dans l’allée contiguë à la grande nef voir planche V), est dédié en l’honneur de saint Polycarpe, évêque et martyr ; des saints martyrs Bénigne, Georges, Symphorien, Andoche, Tliyrse, Andéole et Christophe ; et des saints confesseurs Urbain et Grégoire, évêques de Langres. L’autel placé à droite, parallèlement, est dédié en l’honneur de saint Marmnès, martyr,, et des saints martyrs Sébastien, Gengoul, Léger, Cosme et Damien.
» Dans la haute église (rotonde supérieure), l’autel placé à l’occident est dédié en T honneur de la Très Haute et Indivisible Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, L’autre autel de la même église, placé à l’orient, est dédié en 1 honneur de saint Paul apôtre et des saints martyrs Denys, Apollinaire, Cyr, et des saints confesseurs Remi (de Reims) et Remacle (de Maastricht) évêques.
. » L’autel de l’église la plus élevée, à l’orient
de l’édifice, est dédié en l’honneur de saint Michel archange, des saints martyrs Cosme et-Damien, et de saint Philibert abbé.
» L’autel de la basse église (rotonde inférieure) est dédié en l’honneur de saint Jean-Baptiste, et des saint martyrs Clément pape, Nazaire et Cel se.
» L’autel de la crypte de la Confession est consacré en l’honneur du bienheureux prêtre et martyr du Christ saint Bénigne, et son corps très saint y repose. L’autel voisin, à droite, est consacré en l’honneur de sainte Paschasie, vierge et martyre, des saintes Agathe, Agnès, Cécile, Lucie, et de toutes les vierges. L’autel qui est près de celui-ci, au midi, est consacré en l’honneur de saint Irénée évêque et martyr, des saints Tiburce, Mannnès, Sébastien, Didier, et de tous les martyrs. De l’autre côté, l’autel qui avoisine le sépulcre du saint, est consacré en l’honneur
nensiuni præsulum Urbani atque Gregorii. Altare quod est ad dexteram, eodem modo, in honore saneli Mammetis martyris et sanctorum martyrum Sebastiani, Gengulfl, Leodegarii, Cosmæ et Damiani.
Altare superioris ecclesiæ versus occidentem est dedieatum in . honore Surnrnæ et Individuæ Trinitatis, Patris et Filii et Spiritus sancti. Altare ejusdeni ecclesiæ aliud in parte orientali in honore • sancti Pauli apostoli et sanctorum martyrum Dyonisii, Apoliinaris, Cirici, sanctorumque confessorum Remigii et Remacli episcoporum.
Altare excellentioris ecclesia; in plaga orientali in honore beati Michaelis archangeli et sanctorum martyrum Cosmæ et Damiani atque sancti Philiberti abbatis.
Altare inferioris ecclesiæ in honore beati Joliannis Baptistæ et sanctorum Clementis papæ, Nazai’ii et Celsi martyrum.
Altare de crypta Confessionis est consecratum in honore sancti ac beatissimi sacerdotis et martyris Christi Benigni, ubi et sacratissimum corpus ipsius requiescit. Altare juxta ad dexteram in honore
de saint Nicolas, évêque et confesseur, des saints Hilaire, Grégoire de Langres, Philibert, Ambroise, Augustin, Silvestre (pape), Taurin (évêque d’Evreux), Douai (évêque d Arezzo), Germain (de Paris et d’Auxerre), Arnoul (évêque de Metz), et de tous les confesseurs. L’autel suivant, du côté du nord, est consacré en l honneur de saint Eustade, prêtre et confesseur. »
Comme tout monastère, l'abbaye de Saint- Bénigne avait pour les religieux malades une chapelle spéciale, entièrement séparée de l’église. A Dijon, les bâtiments claustraux formant le carré du cloître étaient situés au côté nord de l’église : une ligne regardait, à 1 extérieur, le levant une autre, le nord ; la troisième, le couchant. Or l’infirmerie et sa chapelle se trouvaient à l’intersection des deux premiers corps de bâtiments, dans des constructions qui prolongeaient la ligne septentrionale et se développaient perpendiculairement à celle du levant; Le document cité contient sur la chapelle des infirmes deux mots à conserver :
« L’autel de la chapelle des infirmes est érigé en l’honneur de notre père saint Benoît, et des saints confesseurs Silvestre, Grégoire pape, Martin évêque, Jérôme prêtre. »
Dans les deux recensions des Coutumes ou Statuts Ton rencontre quelques autres détails sommaires relatifs à l’église ; voici les principaux.
C’est un usage monastique, on le sait, de faire fréquemment, avant ou après certaines parties de l’office divin, des processions à l’intérieur de l'église et dans le cloître. Or I elles étaient, pour Saint-Bénigne, au onzième siècle et suivants, les stations à observer dans ces processions (1). « Le couvent lait la première station dans l’église Sainte-Marie ; la deuxième, devant le dortoir (situé au levant du cloître), en attendant le prêtre
sanctæ Paschasiæ virginis et martyris et sanctarum Agathæ, Agnetis, Ceciliæ, Lueiæ et omnium virginum. Altare etiam juxta hoc, in parte australi, in honore sancti Hirenæi episcopi et martyris et sanctorum Tiburtii, Mammetis, Sebastiani, Desiderii et omnium martyrum. Altare ex altéra parte juxta sepulcrum sancti in honore sancti Nicholài episcopi et confessoris, et sanctorum Hilarii, Gregorii Lingonensis, Philiberti, Ambrosii, Augustini, Silvestri, Taurini, Donati, Germani, Arnulft et omnium confessorum. Altare juxta hoc, in parte aquilonari, in honore sancti Eustadii presbyteri et confessoris.
Altare de capella inürrnorum est constructum in honore sancti Patris nostri Benedicti et sanctorum confessorum Silvestri, Gregorii papa;, Martini episcopi, Ieronimi pi'esbyteri.
(1) Statuta Benigniana, à l’Appendice, fol. 33 (pagin. du ms.). — Conventus facit primam stationem in ecclesia sanctæ Mariæ, secundam sacerdotem expectando ante dormitorium, tertiam ante refectorium. Quarta simul cum ipso sacerdote deberet agi in vesti-
(qui aspergeait cependant les lieux réguliers); la troisième, devant le réfectoire (situé au nord) ; la quatrième, dans la nef de l’église (à l’entrée) ; la cinquième, à l’autel de la Croix ; la sixième, à l’église Saint-Bénigne (autrement dit, à la crypte de la Confession). Tout le couvent y descend avec le prêtre. Celui-ci encense l’autel du saint et le tombeau en même temps. Il dit ensuite les versets et l’oraison du saint. Le custode ou sacristain est chargé d’allumer les cierges tout autour delà crypte, avant que la procession n’v arrive, afin que, pendant la station, les religieux ne soient point dans l’obscurité. »
Le dimanche des Rameaux, la procession du matin suivait, naturellement, un parcours spécial, à propos duquel viennent ces remarques des Statuts : « On fait ce jour-là deux processions après la messe matutinale. D’abord, l’eau bénite étant faite, la procession va au cloître, comme tous les dimanches. Seulement, on ne rentre point à l’église par la nef, mais par la porte par laquelle on était sorti, c’est-à-dire, la porte du cloître. On ne va pas « ad corpus sanction » (à la crypte). En entrant au chœur, on chante le répons de sainl Bénigne, les versets, etc., puis on chante Tierce. Cependant le sacristain prépare, devant l’autel de la sainte Vierge, sur un tapis, des rameaux et des fleurs. Le chant de Tierce étant achevé, on se rend en procession à Sainte-Marie. Les rameaux et les fleurs sont
bulo ecclesiæ si adesset ibi, et collecta Domine Jem Chrisle duobus ministris audientibus et respondentibus dici deberet. Sed quia vestibulum deest, prædicta collecta a sacerdote regresso ante cellarium in eundo versus ecclesiam majorera dicitur; statio vero in navi ejusdem ecclesiæ agitur. Quintam facit ipso sacerdos cura conventu ante crucem a Pascha usque ad octavam Pentecostes : ubi, præmisso versu et salutatione cum tonali pronunciatione, dicit de ipsa cruce collectara. Sextant facit idem simulque conventus ad sanetnm Benignum : ubi de incenso cum thuribulo ab ædituo sibi exhibito incensat ipsius aram simulque sepulcrum, et præmisso versu et Dominas vobiscum cum tonali pronunciatione, dicit de codent sancto unam collectant. Est autem ipsius æditui ipsam crvptam, antequam illuc proeessio perveniat, totam in circuitu illuminare, ne, dum inibi statio fit, conventus in obscuritate consistât.
Stat'uta Benignictna, fol. 1 38 v°. — Ipsa die (dominica in ramis palmarum) duæ flunt processiones post matutinalem missam. Omnes albis induunturet, aqua exorcisata et benedicta, proeessio vadit per claustrum sicut mos est omnibus dominicis. Ad liane processionem non revertuntur per navim ecclesiæ, sed per ipsum ostium claustri per quod exierunt intrant. T-Iac die nonûtur ad corpus sanctum. Ad ingressum chori canitur responsorium de sancto Benigno, quod sequitur versus Or a pro nobis et alii sicut in aliis dominicis, et collecta Via sanctorum. Qua finita cantatur tertia, et dum cantatur, sacrista ante altare sanctæ Mariai palmas et flores super unum tapete disponit. Cantata tertia et processione parafa, fit sicut in quinque præcipuis festivitatibus. Incipitur responsorium Christi virgo dilectissima, et itur (fol. I?9) ad Sanctam Mariam. Procedunt duo conversi deferentes cassam et alii de more sequuntur.
bénits et distribués, puis la procession sort de l’église par la porte de Saint-Étienne, et va à Saint-Jean, ou, s’il pleut, à Saint-Philibert. En arrivant dans l’une ou l’autre de ces églises on chante le répons du saint patron, puis l’antienne Ave reæ, etc., et l’on fait un sermon au peuple. La procession rentre à l’église du monastère par la grande porte, et s’arrête au milieu de la nef pour le chant du Gloria Iaxis, dont les strophes sont chantées à l’ambon, par six religieux alternant trois par trois. Ensuite la procession monte au chœur, pour la messe. »
A cette page des Statuts, que nous avons un peu abrégée, sont jointes les quelques lignes suivantes :
« Il faut savoir que si, au jour des Rameaux, la ville se. trouvait frappée d’interdit, et que pour cette raison le couvent ne put sortir dehors, tout doit être néanmoins disposé pour la procession, dans l’ordre précédemment expliqué. Seulement, après la distribution des fleurs et des rameaux, les religieux viennent (de l’église Sainte-Marie dans la grande église) par la porte de Sain (-Barthélemy, sortent par la porte du cloître, et traversent le chapitre pour se rendre à la chapelle de Saint-Benoît, où tout se passe comme il a été dit pour Saint-Philibert. On revient ensuite par le parloir dans le cloître ; du cloître on va au vestibule de l’église, et toutes les cérémonies particulières à la procession de ce jour étant
Finito responsorio dicitur versus Ave Maria et collecta Gratiain tuam. Qua dicta, fit brevis oratio super genua, et facto sonitu a priore et ab omnibus ante- et rétro, benedicuntur palmæ. Sacrista debet præpararc analogium festivo ornatum velamine super quod libri ad benedicendum flores apponuntur. Post benedictionem asperguntur aqua benedicta et incensantur. Postea distribuuntur. Cantons est distribuere donmo abbati vel sacerdoti et iis qui sanctuarium portant. Finitis antiphonis, et palmis distributis, exit proeessio per ostium sancti Stephani, quam præcedunt illi qui vexilla ferunt, et vadit ad sanctum Johamiem, vel ad sanctum Philibertum si tempus pluviosum fuerit... Ad introitum ecclesiæ incipitur responsorium de sancto in cujus honore fundata est ipsa ecclesia... cantatur antiphonaAuc reæ... fitsermo ad populum. Dum proeessio revertitur, cantoris est innuere quibusdam eantoribus ut præcedant et cappis induti processionem recipiant, et in medio navis ecclesiæ debet præparari forma idouea tapeto et pallio cooperta, ut, dum illi sex cantores canunt versus sequentes, illi qui portant cruces et sanctuarium ibi deponant et cum aliis omnibus sedeant. et dum ]irocessio in ecclesia venerit, illi cantores siinul incipiunt Gloria, laus, quem versum simul conventus reincipit et finit sedentibus cunctis. Alios versus illi sex stantes in lectorio terni et terni alternatim cantant... Quo finito, simul incipiunt responsorium Ingrecliente Domino ; tune ascendit proeessio in chorum (fol. 130)... Sciendum est quod si ipsa die villa in interdictu fuerit posita, itaque conventus foris exire non debeat, omnia tamen sicut superius diximus ordinantur ad faciendam processionem. Distributis floribus et palmis, veniunt per ostium sancti Bartholomei, exeunt per ostium claustri, et vadunt per medium capituli ad sanctum Benedictum, et ibi omnia fiunt sicut de sancto Philiberto diximus, et sic revertuntur per auditorium
accomplies, on monte au chœur et l’on chante solennellement la messe. »
Dans les usages marqués pour la fête de Noël, on lit ces détails : « A Matines, au lieu d’une simple clochette, on sonne toutes les cloches ensemble, celles du chœur et celles des tours. Le sacristain allume auparavant les vingt-cinq cierges du ciborium, trois cierges devant l’autel, deux dans l’arrière-chœur (probablement l’espace compris entre le chœur et l’autel de la Croix), un dans le cloître près de la porte de l’église. Les prières étant terminées comme de coutume, on sonne les cloches du chœur deux par deux, et à la fin toutes les cloches de l’église (1). »
Dom Plancher, qui vécut de longues années à Saint-Bénigne, qui exerça la charge de prieur dans cette abbaye et y mourut en 1750, donne, au tome I de son Histoire de Bourgogne, une description détaillée de l’église romane. 11 est plus ou moins heureux dans son interprétation de la Chronique ; mais, pour la partie du monument qui subsistait et qu’il a fait dessiner, ses renseignements sont à consulter. Les dessins édités par lui sont fidèles quant aux tracés; ils sont parfois inexacts dans les légendes explicatives.
Nous extrayons de la description de l’église romane par dom Plancher quelques passages intéressants, relatifs à la partie qu’il a eue sous les yeux.
« Les vingt-quatre colonnes qui (dans la rotonde d’en bas) composent le grand rond et sont appliquées au mur, sont de différente grosseur et d’espèce différente, les unes de grosse pierre dure, et les autres de pierre tendre et blanche; elles ne sont toutes que des moitiés de colonnes creuses, faites des dessus et des dessous de plusieurs anciens tombeaux, qui ont été arrondis d’un côté. Plusieurs de ces fausses colonnes ont des chapiteaux chargés d’ornements gothiques (lises sculptures romanes), travaillés sur une pierre différente en espèce de celle de la tige qui les porte. Les seize colonnes du second rond sont uniformes et entières, de grosse pierre dure, sans autres ornements qu’une espèce de feuille de palme simple aux quatre coins de leur chapiteau, qui est fort massif. Les
in claustrum, et de claustro veniunt in vestibulum eeclesiæ, et ibi omnibus adimpletis quæ superius ordinata sont, ascendant in chorum et cantatur missa sollemniter.
(1) Stalula Benigniana,î° 114. — Ad matutinum loco unius scillæ omnia signa tam in choro quam in turribus pulsantui- insinml, prius tamen accensis a sacrista viginti quinque cereis in ciborio et tribus
huit de l’octogone sont de même espèce, et un peu plus grosses, ayant cinq pieds de circonférence. » On lit un peu plus loin que les deux colonnes isolées appartenant au grand rond étaient « les plus ornées », ce qui s’entend de leurs chapiteaux.
« La rotonde du milieu ou du second étage est ornée de trois rangs de colonnes comme celle d’en bas, avec cette différence que les colonnes qui composent le grand rond et qui sont appliquées au mur, sont entières et non des demicolonnes ; qu’elles sont à peu près de même grosseur et ornées de chapiteaux travaillés de différentes manières, et dont plusieurs sont peu propres aux colonnes où ils sont appliqués. Outre les quarante-huit colonnes qui forment, ces trois ronds, il y en a encore plus de trente autres. » Dom Plancher continue par un reproche adressé à l’auteur de la Chronique, avec lequel il ne s’accorde point sur le nombre total des colonnes de la seconde rotonde ou église Sainte-Marie. Mais ce reproche est immérité, parce que le désaccord tient à ce que cet auteur rattache à la grande église des colonnes que dom Plancher attribue à l’église Sainte-Marie. En tout cas, parmi les colonnes qui appartenaient réellement à la seconde rotonde, ou que l’on pouvait y rattacher, «il y en a, dit dom Plancher, au moins une vingtaine de différentes espèces de marbre cypolin, granit et campan, qui, n’ayant pas été polies, ne paraissent ce qu’elles sont qu’à ceux qui les examinent de près (2). »
Il continue : « A l’orient de cette rotonde est un petit escalier de quatre degrés par où l’on monte à l’église ou chapelle de Notre-Dame. » C’est la chapelle de la sainte Vierge, mais le mot « église » est de trop, car l’église Sainte-Marie comprenait, avec la chapelle elle-même, tout l’atrium ou rotonde. « A la tête de cette chapelle, du côté d’orient et au-dessus de sa voûte, sous laquelle est placé l’autel de la sainte Vierge, s’élève une tour quarrée dont chaque pan a quatorze à quinze pieds de large dans œuvre. Dans son origine elle n’était pas haute, et a été élevée depuis de près d’un tiers. » Nous n’achevons pas de transcrire tout ce passage, car il est en partie erroné, dans ce que. nous négligeons à dessein.
ante altare et duobus in retrochoro et uno in claustro propc ostium eeclesiæ. Finitis orationibus ut moris est, pulsantui- signa de choro bina et bina et in fine omnia de ecclesia.
(2) Ces détails concordent avec ceux de la relation de MM. Baudot, Chaussier, Antoine, qui visitèrent la rotonde en démolition au mois de mars 1792. — Bibl. de Dijon, fonds Baudot, n° 71, p. 175.
La tour signalée ici s’appelait tour de Sainte- Marie.
Mais voici encore quelques remarques utiles. Etudiant les trois chapelles superposées de l’extrême chevet, ainsi que les trois tours se rattachant à l’édifice dit delà rotonde, dom Plancher constate des appareils différemment caractérisés et dénotant des époques différentes. Il distingue d’abord un appareil peu soigné, irrégulier, fait de pierre tendre et de pierre dure mélangées, de moellon de toute dimension et de toute forme; puis un autre appareil meilleur, « en pierres dures de couleur grise ou rougeâtres, presque toutes semblables et plates, de deux à trois pouces d’épaisseur, arrangées dans le mur, non indifféremment et au hazard, mais avec étude, et toujours posées sur leur côté plat; en sorte que les murs faits de ce moellon paraissent aussi propres et aussi unis que des murs de brique. » Il parle enfin d’un troisième appareil, qu’il décrit d’une façon brève, mais suffisante pour faire comprendre qu’un goût supérieur avait ici présidé à la construction. Or il reconnaît le premier appareil dans « les chapelles du bas et du milieu »; — le deuxième, dans les deux premiers tiers de la tour qui les surmonte, et dans la partie à même niveau de la nef de la chapelle de Saint- Michel, dont le sanctuaire était dans la tour ellemême; — le troisième, dans l’étage supérieur des trois tours, et dans tout le faîte de la chapelle Saint-Michel. Dom Plancher attribue avec raison à l’abbé Guillaume les constructions du deuxième appareil, d’autant plus que la rotonde, qui est certainement l’œuvre de l’illustre abbé, offrait les mêmes caractères. Il vieillit un peu trop les constructions du premier appareil, en les faisant remonter à saint Grégoire. Quant à celles du troisième, il y voit — et c’est juste — un travail du douzième siècle.
Les plans et les dessins que dom Plancher a joints au texte de sa description, sont le meilleur document qu’il nous ait laissé. Quel en est hauteur? On ne saurait le dire. On voit seulement que « nions1 D’Aillv, architecte jurez expert du Roy,
(|) Archiv. île la Côte-d’Or, fonds Saint -Bénigne, H, IS, layette Bâtiments ; — Bibl. nat., coll. de Bourgogne, t. XIV, fol. 118- 121 ; — Mém. de la Soc. bourguign. de Géogr. et d’Hist., t. X, le Trésor de Saint-Bénigne, par B. Prost, p. 345. Les dessins de 1722 sont loin d’être excellents, mais ils fournissent des éléments de contrôle et de restitution. On trouvera dans notre planche XXIX, ramené au point, le dessin édité sans retouche par M. B. Prost, loc. cit-, p. 232. Nous devons à l’obligeance de M. Prost des photographies de toute la collection de ces dessins, dont nous avons vu aussi les originaux.
à Paris », fit en juin 1719 pour dom Plancher, alors prieur de Saint-Bénigne, des «plans et dessins » pour un projet de reconstruction de l’abbaye, et que vers le même temps, en 1722, ce religieux faisait dessiner quelques parties au moins de la vieille église ou rotonde (1). Ce fut l’imprimeur dijonnais Antoine Defay qui surveilla V impression des gravures.
On peut confronter ces plans et dessins, avec le plan de Saint-Père (1766) dont un exemplaire existe à la sacristie de Saint-Bénigne, salle du chapitre; — avec le plan de Pasteur (1791), qui est aux Archives de la Côte-d’Or, et que nous reproduisons, planche XVIII ; — avec la vue cavalière de Saint-Bénigne du Monasticon gallicauum, donnée d’après un dessin original, qui est de la main de dom Prinstet, religieux cistercien (1674), et se conserve à la Bibliothèque nationale; — avec quelques dessins inédits de 1722, qui se trouvent au même dépôt; — avec une gravure de Chenu dont Lallemand a donné le dessin. intitulée : « Vue de l’ancien temple de S '-Bénigne de Dijon avec la rotonde et la paroisse de S'-Philibert » ; — avec les dessins levés par le dijonnais Antoine, au début de la Révolution; — avec des peintures de la rotonde en démolition, qui se trouvent et à la sacristie do Saint-Bénigne, salle du chapitre, et au Musée archéologique de Dijon (2).
Examen méthodique et raisonné de l’église romane. — Le premier élément de la beauté de la basilique élevée par l’abbé Guillaume fut la richesse de l’idée religieuse exprimée. Ce que la foi contemple dans l’office de la Toussaint, ce tableau du ciel entier, cette synthèse de tout le culte chrétien, on le contemplait à Saint-Bénigne, dès qu’on en avait saisi le plan. La base d’édification n’était pas seulement le glorieux tombeau d’un martyr, placé, comme de coutume, dans une crypte, au-dessous du trône eucharistique. Cette base prenait beaucoup plus d’ampleur. Moines et fidèles, les premiers surtout, qui vivaient au sein de cette église, avaient sous les yeux, en réalité
(2) La vue cavalière dont une réduction a été éditée dans le Monasticon gallicanurn, existe en grand format, Bibl. nat., ms. lat. 11821, fol. 81, et. recueil Va 34, fol. 14, cabinet des estampes. Le type existe, Bibl. nat., coll. de Bourgogne, t. XIV, fol. 130. Voir l’édition de B. Prost, loc. cit., p. 155. — La gravure Chenu et Lallemand se trouve Bibl. nat., cabinet des estampes, Va 34, n° 51. — Voir aussi Joseph Moreau, Dijon à la fin du dix-huitième siècle, 42 vues inédites d’après P. -J. Antoine, ingénieur de la province et des Etats de Bourgogne.
ou en image, tout ce qu’un chrétien adore ou vénère : la sainte Trinité, la divine Eucharistie, la Croix, la sainte Vierge, les Anges, saint Michel en particulier, saint Jean-Baptiste, les Apôtres, les Évangélistes, les martyrs, les confesseurs, les vierges, tous les saints. Des oratoires, des autels étaient érigés pour chacun des vocables. Le vocable de saint Bénigne revenait naturellement plusieurs fois.
Assurément la réunion de toutes les dévotions chrétiennes dans un même temple est une idée qui n’est point personnelle à l’abbé Guillaume, mais qui inspira, en général, les constructeurs des grandes basiliques. Toutefois, dans la basilique dijonnaise, on doit le reconnaître, cette idée eut un relief remarquable, grâce au nombre et à la netteté des divisions architectoniques et à l’ingénieuse distribution des différents vocables (1).
Parmi les raisons qui valurent cette large ordonnance. liturgique à l’église Saint-Bénigne, figure sans doute la coïncidence de la fête du martyr avec la fête de la Toussaint. Une circonstance indique en effet que l’abbé Guillaume a tenu compte de ce rapprochement. Il y eut une dédicace particulière pour chacune des deux parties principales de la basilique. L’église Saint- Bénigne proprement dite fut dédiée le 30 octobre, afin d’être ouverte dès le lendemain pour la vigile delà double fête de tous les saints et du saint patron. Mais la dédicace de l’église Sainte-Marie se fit le 13 mai. Or ce jour est l’anniversaire martyrologique de l’institution de la fête de la Toussaint, c’est-à-dire de la dédicace du Panthéon sous le titre de « Sainte-Marie-aux-Martyrs », titre vulgairement devenu, au temps de la reconstruction de Saint-Bénigne, « Sainte-Marie et tous les Saints ». Ainsi l’abbé Guillaume, eu élevant dans l’abbaye la nouvelle église de la Sainte-Vierge, songeait au Panthéon et s’en inspirait, non pour le style, mais pour le plan en
(1) L’église collégiale de Saint-Etienne, à Dijon, reconstruite peu après Saint-Bénigne (vers 1045), eut aussi des autels nombreux et des vocables variés, mais l'ensemble tut moins riche qu’à Saint- Bénigne. — Fyot, Ni fit. de Saint- Etienne, pr. 100, p. 64 : « Proposuerat autem idem memorabilis Gamerius (præpositus ecclesiæ restitutor) sacrato numéro duodecim altaria in ipso templo fieri, licet usquenunc (1 1 55) deeem tantum exstiterint, e quibus quinque specialibus patronis denominavit. Majus quippe altare cum totius veneratione templi, proprio protectori, beato protomartvri contulit Stephano; rétro ipsum superius gloriosæ Dei Genitrici, in ecclesiæ decentiori loco ; in turre a parte australi oratorium Principis apostolorum; alia de parte fratris ejus sancti Andreæ oratorium, quod de priori ecclesia in honore sanctæ Mariæ cum turre fuerat, relatu majorum. Sub altari perpetuæ Virginis inferiorem cryptam, quam
forme de rotonde, et surtout pour l’idée liturgique. On sait aussi que, lorsqu’on proposait a Charlemagne d’établir la fête de la Toussaint dans ses États, on lui en parlait comme d’une fête en l’honneur « de la sainte Trinité et Unité de Dieu, des Anges et de tous les saints. » Ces rapprochements expliquent, en partie, les raisons de l’ordonnance de l’église romane de Saint- Bénigne.
11 est certain qu’on donnait alors une très grande attention aux détails de la liturgie, et les constructeurs harmonisaient les monuments avec les dogmes ou les mystères qu’ils voulaient rappeler. Si l’autel de la sainte Trinité fut placé, à Saint-Bénigne, dans la partie haute de l’édifice, et de manière à frapper tous les regards, c’était le commentaire du premier répons de la Toussaint : « J’ai vu le Seigneur assis sur un trône sublirqe et élevé, et toute la terre était remplie de sa majesté. » L’autel de saint Paul était également placé dans la haute rotonde, en souvenir de son ravissement au troisième ciel. Ces remarques se lisent formellement ou équivalemment dans la Chronique, qui aurait pu ajouter celle-ci. L’autel de saint Raphaël et de tous les Anges était près de l’autel majeur et du côté droit, parce qu’en effet les Anges apparaissent « près de l’autel du temple, à droite de l’autel des parfums — juxta aram templi, a dextris ahuris incensi. »
Un avantage que n’avait aucunement l’église bâtie par l’abbé Guillaume est celui d’autres églises romanes et surtout des églises ogivales, où des piliers élancés, des voûtes aériennes favorisent l’essor de l’âme vers le ciel. L’élévation de la voûte n’atteignait pas seize mètres dans la grande nef, et n’en avait que vingt sous la coupole à la croisée (2). En revanche, par l’ombre mystérieuse qui y régnait, la basilique romane invitait au recueillement; par le grand nombre de ses chapelles ou autels, elle instrni-
decenter tmnsvolvere cœperat, attribuit dilecto Dei Johanni evangelistæ, quatenus ipse operi suo fundamentum foret et fulcimen, quem Christus in cruce positus matris suæ fecit custodem. Libot hujus venerabilis prælati intueri ferventem affectum, qui, si possct, ad tuitionem sui templi visibilem præstasset custodiam angelorum. »
En lisant ce passage il faut se rappeler que l’église rebâtie par Garnier dépassait la ligne des murs du castrum et adhérait par ses flancs à deux tours de ces mure : « A turre ad turrim aliam rnurum castri evertit, atque eaput ecclesiæ foris efferens tribus cancellis distinctum construi fecit. » Ibid., p. 63.
(2) Modelées sur des types italiens, les égb’ses de cette époque avaient en général peu d’élévation. Un de ces types, l’église de Farfa, n’avait que quarante-trois pieds de haut. — Mon. SS., t. XI, p. 546.
sait beaucoup, et nourrissait abondamment la piété.
Au point de vue architectural, de longues explications ne sont pas nécessaires, les planches renseigneront largement a ce sujet. Les détails de ces planches sont à l’échelle exacte, autant que l’a permis la réduction du format.
La rotonde. — La partie originale de l’œuvre était la rotonde, qui a intéressé tous les architectes. Dans diverses études, on l’a comparée avec plusieurs monuments circulaires, les uns beaucoup plus vastes, comme Saint-Vital de Ravenne et Sainte-Marie d’Aix-la-Chapelle, les autres de dimensions pareilles, comme l’église de Neuvv-Saint-Sépulcre (Indre), et de Saint- Thomas près d’Almennoen Lombardie. Des ressemblances peuvent être constatées pour le plan. Mais ce qui fait de la rotonde de Sainte-Marie de Dijon, dite maintenant rotonde de Saint-Bénigne, un monument à part, ce qui lui donne un cachet distinctif, ce sont ses trois étages égaux, ses doubles nefs circulaires, au centre ce vide octogonal traversant les voûtes et laissant voir de partout l’ensemble de l’édifice, ce quillage de trente-deux colonnes ou pilastres portant une petite coupole dont la calotte avait un ciel ouvert, comme l’immense coupole du Panthéon .
Dans les deux étages inférieurs, l’abbé Guillaume avait reproduit le plan de toutes les églises rondes élevées en Occident sous une influence orientale : un appendice s’appliquait au mur circulaire du côté du levant, et formait un sanctuaire réservé à l’autel principal. Ce sanctuaire était même plus allongé que de coutume, à raison des constructions anciennes qui avaient été conservées. Il est regrettable que, dans la dernière réfection de l’étage souterrain, qui subsiste encore, ce plan primitif et caractéristique n’ait pas été maintenu. Le mur de la rotonde se ferme aujourd’hui en avant du sanctuaire, auquel on ne communique plus que par une porte : ce qui partage en deux l’antique oratoire de Saint-Jean- Baptiste.
A cet étage de la crypte, le plan du sanctuaire ou appendice offre, dans l’alignement des murs et dans le niveau du sol, une grande irrégularité. Cela tient à ce qu’il y a là les restes de deux édi-
(I) Les autels de l’église Saint-Bénigne étaient en général dédiés à plusieurs saints réunis ; nous n’indiquons ici et plus loin que le
lices d’âge différent reliés l’un à l’autre. La planche XXVI aidera à se rendre compte. En avant de la cella qui renferme l’autel, est un couloir transversal dont l’origine a été expliquée au chapitre premier. Le débouché de ce couloir, au nord, donnait jadis sur le cimetière des moines. Au midi, il aboutit encore devant un petit caveau bâti contre la cella, que l’on a trouvé, à l’époque du déblaiement, rempli de terre et d’ossements en désordre. Il dut y avoir dans le principe, au midi comme au nord, une sortie sur le cimetière.
Lorsqu’on a creusé (1890) les deux fossés d’assainissement qui contournent la rotonde au levant, les bases et les fûts de quatre colonnes furent retrouvés à la place indiquée planches IV et XXVI. Ces colonnes formaient sans doute de simples étais sous d’autres qui cantonnaient deux absidioles en encorbellement dépendant de la rotonde du milieu, et renfermant les autels de saint Jean l’évangéliste, au midi, et de saint Mathieu, au nord (1). Les planches V et VIII représentent ces absidioles.
Dans l’axe transversal de la rotonde d’en bas (planche IV), s’ouvrait, au nord, un couloir qui passait sous la tour et devait déboucher encore sur le cimetière : ce qui avait fait reporter l’entrée de l’escalier un peu à gauche. Ayant visité ce couloir pendant le déblaiement, nous avons remarqué, le couvrant à un certain endroit comme un linteau couvre les pieds-droits d’une porte, une auge sépulcrale posée sur le côté.
On a sûrement, dans les débouchés de ces couloirs, quelques-unes des vingt-quatre petites portes mentionnées par la Chronique.
Un coup d’œil sur les planches V, VI et VII fera saisir aisément tous les détails du plan de la rotonde dans les étages supérieurs.
L’église principale. — Il est moins facile de se représenter l’autre partie de la basilique, à peu près totalement disparue. Dans la restitution proposée, plusieurs choses sont certaines, d’autres probables.
La planche V doit être consultée d’abord. Le sanctuaire x4 et la rotonde formaient l’église ou oratoire de Sainte-Marie. Tout le reste appartenait à la grande église, consacrée en l’honneur de saint Maurice et saint Bénigne, sous laquelle s’étendait la crypte de la Confession (planche IV),
premier nom de la série, les documents qu’on a déjà vus les énumérant tous.
dédiée tout spécialement à saint Bénigne, dont elle renfermait le tombeau.
Du moment que la grande église avait la forme d’une croix, et non d’un T comme la crypte de la Confession, le transsept et la tour du chœur devaient être en B. Il fallait en effet un sanctuaire d'une certaine étendue, et un passage entre ce sanctuaire et le chœur. Dès lors le transsept tombe en B. Vient à l’appui de cette conclusion la découverte qu’on a faite en 1832 de la porte du cloître, appartenant à l’église romane et conservée dans l’église ogivale. Cette porte a été retrouvée dans l’épaisseur des murs et contreforts de l’édifice, à l’endroit qui est au-dessus et à côté de la lettre E, planche XIX. Or, toutes mesures prises, cet endroit répond à celui où nous plaçons la porte du cloître ; d’autre part, cette porte s’ouvrait selon toute vraisemblance dans le bras du transsept (1).
Le tracé de la nef et du transsept est donc à peu près certain.
De chaque côté de la nef, dit la Chronique, il y avait un portique à double voûte, en d'autres termes, deux collatéraux. Le premier, c’est-àdire, celui qui était contigu à la nef, avait un peu moins de largeur que le second. Cette différence résulte des largeurs inégales des chapelles correspondantes. Même fait se voit à Souvigny.
Les piliers, au nombre de quarante, étaient-ils tous isolés? D'après les plans de dom Plancher, voici ce qui paraît le plus probable : vingt étaient isolés, démarquant la nef principale, et vingt étaient adossés aux murs latéraux. Par conséquent, afin de former des bas côtés doubles, il faut adjoindre vingt pilettes, ou murs peu élevés
(1) Un tympan sculpté, représentant le Christ et les emblèmes des quatre évangélistes, ornait la porte dont il est ici parlé. Transporté au Musée archéologique, il y est conservé sous le n“ 1139. Nous en dirons quelques mots plus loin, en signalant les réfections du douzième siècle, car le tympan est de cette époque. Dans un rapport fait à la Commission des Antiquités de la Côte-d’Or en 1833, M. Petit, architecte, membre de cette Commission, déclare que ce tympan a été trouvé en place, « sous un pilier butant formant le prolongement du pignon au nord et destiné à le contrebuter du côté du levant > ; il était « dans la face latérale au nord de ce pilier, mais sous le pilier même. » Le rapporteur se trompe en ajoutant que l’usage de la porte ainsi découverte « a été impossible depuis la construction de l’église telle qu’elle est, parce que du carrelage actuel jusque sous le linteau il y a lm50 seulement. » Le pavé de l’église avait été beaucoup exhaussé pendant la Révolution. Aujourd’hui qu’on vient de le ramener presque au niveau primitif, il y aurait du carrelage au linteau plus de 1 m 80, et l’on sait que les portes romanes étaient basses. D’ailleurs les notes des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur relatent que cette porte fut condamnée seulement sous le cardinal de Givry, abbé commendataire : il s’agit du premier (154 1-1553) des deux abbés de ce nom, on le verra plus loin. «Cette baie de porte, continue M. Petit, est terminée par
cf peu épais, soutenant la retombée des voûtes. Ces pilettes (planche V, a h c, etc.) ne régnaient qu'à l’étage inférieur, qui avait seul une double voûte. Le triforium couvrait toute la largeur du double collatéral. Ainsi la Chronique a pu ne point parler de ces pilettes, qui étaient plutôt de petits murs que de véritables piliers. Telle est du moins l’ interprétation qui a semblé la meilleure, mais que l’on n’entend pas garantir absolument. De cette opinion voici le développement et les motifs.
Un triforium est clairement désigné par les galeries intérieures, « infra templum per areu s deambulatorios », situées au niveau de la haute rotonde (2). Mais couvrait-il tout le bas côté, ou seulement la seconde division, ou simplement le mur comme aujourd’hui dans la plupart de nos églises? Le texte de la Chronique qui atteste l’existence d’un triforium, est malheureusement l’un des plus tronqués qu’il y ait dans tout l’ouvrage, et ne tranche pas nettement la question. Néanmoins, rapproché d’autres passages, il s’explique d’une manière plus satisfaisante en admettant la première des trois dispositions. De même, en considérant les plans de dom Plancher, on incline fortement à croire que le triforium couvrait entièrement les bas côtés. Car, d’abord, tous ces plans excluent l’hypothèse d’une file de hauts piliers s’alignant au milieu de chaque collatéral pour le rendre double. Ensuite, le plan du troisième étage représente les « deambulatoria » comme débouchant dans les restes de la grande église, non pas, semble-t-il, sur un vide, mais sur un plein : ici l’aménagement fut touché sans doute à la construction de l’église ogivale, quand il
nu demi-cercle dont les voussoirs sont construits en pierre blanche ; sa largeur est de 2 mètres environ, et les pieds-droits sont, construits de même que les voussoirs. » Le tympan « était appuyé sur l’architecture des chapiteaux des colonnes qui décoraient la baie de porte dont il était le couronnement. » Ce tympan a 2m26 de diamètre et 1 m -0 de hauteur. Deux vers gravés au bas sur la bordure : « Reddidit amissum michi Pétri cura decorem Et dédit antiqua formam multo meliorem», prouvent, comme la sculpture et la pierre employée, que la porte du cloître avait été l’objet d’une réfection, qui s’étendit, d’ailleurs, au cloître entier et à l’église elle-même. Mais il est probable que cette porte n’avait pas changé d’emplacement.
(2) Ces « arcus deambulatorii » que nous appelons, suivant la position qu’ils occupent, «arcades, galeries, cloîtres, triforium», se construisaient beaucoup en Italie. Dans les Annales de Farfa, rédigées au commencement du onzième siècle, la description de l’ancienne abbaye, alors détruite, contient ce passage : « Il y avait des galeries tout autour dedans et dehors, car, de même qu’à l’intérieur du monastère elles servaient aux moines, de même à l’extérieur elles étaient utiles aux laïques. — Arcus deambulatorii per totum circuitum habebantur intus et loris, quia ut intra erant claustra ad utilitatem monachorum, ita erant extra ad laicorum. » — Mon SS , t. XI, p. 533.
fallut rajuster ensemble l'édifice ancien el le nouveau ; mais n'a-t-on pas conservé dans les parties hautes le vrai plan primitif? Enfin, d’accord avec le plan dont on vient de pari ci', la coupe longitudinale fournie par dom Plancher montre comme ayant leurs bases au niveau du troisième étage ces colonnes qui, d’après la Chronique, « étaient posées aux angles des gros piliers dans leur partie supérieure, — juxta capila quadrangulatim positæ » : or ceci indique une division importante de l’édifice dans cette zone. Pour ces raisons, les plans de dom Plancher sont donc favorables à l'existence d’un vaste triforium, ayant toute la profondeur des bas côtés, et s’ouvrant sur la nef et sur le transsept par des baies de même largeur que celles du rez-de-chaussée. D’ailleurs cette manière de superposer des arcades semblables et de relier ainsi les piles plusieurs fois est le procédé suivi dans la rotonde. Là encore, une galerie supérieure non divisée couvrait totalement une double nef placée audessous d’elle. Les règles de l’harmonie conseillaient, si elles n’imposaient pas, le même mode dans tout le monument. Quant aux triforium établis comme on vient de dire, les exemples en étaient alors fréquents. Bref, nous nous arrêtons à concevoir de la sorte celui de l’église romane que nous étudions, et telle est aussi l’opinion que M. Charles Suisse a adoptée.
11 n’est pas aisé de déterminer certainement en quoi consistait la circulation qui régnait plus haut que le triforium et à l’extérieur. L'expression de la Chronique « sur le toit de l’édifice, — supra tectum domus, ad suprema tecti » désigne littéralement une terrasse. Rien ne permet de supposer une de ces galeries extérieures formées par des colonnettes, immédiatement au-dessous du toit, dont on voit des exemples à Saint-Fidèle de Côme et dans les absides rhénanes. Les terrasses étaient d’usage en Italie, et l’abbé Guillaume aurait pu copier absolument ce genre, malgré la différence de climat. On présumerait d’autant mieux de sa part cette importation architecturale qu’il a laissé un ciel ouvert dans la rotonde, à l’inslar du Panthéon. Néanmoins la circulation supérieure était plutôt un simple chemin de ronde autour du toit, plus pratique qu’un toit en terrasse, de ce côté-ci des Alpes.
Alternance des piliers. — Les deux mots de la Chronique à propos de la forme des piliers sont très précieux. Combinés avec les renseigne¬
ments de dom Plancher, ils permettent de tirer une conclusion fort intéressante.
« Quatre colonnes étaient appliquées à la partie supérieure des gros piliers, et placées chacune dans un des quatre angles » : tel est le texte de la Chronique. Au nombre des gros piliers étaient évidemment ceux de la croisée, qui portaient; la tour du chœur. D’autre part, suivant l’ouvrage de dom Plancher, les piliers contre l’abside du presbyterium ou sanctuaire avaient aussi, à la partie supérieure, des colonnes appliquées dans les angles. Le texte dit que ces piliers étaient « ornés par le haut de quatre colonnes aux quatre coins » ; le dessin ne fait figurer que trois colonnes. Mais cette légère différence n’enlève rien à la valeur du document. Or il résulte clairement de ces données que l’abbé Guillaume avait suivi pour les piliers un plan qui diffère de la basilique latine, sur un point important, et qui consiste à planter, à distance égale, des piliers alternant sous le rapport de la grosseur et de la forme : dans la basilique latine, en effet, régulièrement les piliers d’une même file sont semblables. Ce système des alternances dans les édifices romans est une particularité du plan dit lombard, parce qu’il se présente dans de très anciennes églises de Lombardie, où l’on croit en découvrir l’origine. L’existence de piliers alternants dans l’église élevée par l’abbé Guillaume est confirmée encore par les calculs qu’on peut faire pour distribuer d’une manière satisfaisante les cent vingt et une colonnes qu’elle contenait, et qui, étant de courts monolithes, se trouvaient sans aucun doute en majorité dans la partie haute, où elles rappelaient la colonne d’ordre.
Parmi ces piliers alternants, les petits devaient avoir, à l’étage inférieur, une section rectangulaire sèche, et leur saillie sur le mur, du côté de la nef, formait une pile des plus rudimentaires. A l’étage supérieur, nous supposons une colonne appliquée sur la face, servant à la fois d’ornement et d’étai, mais si elle fut employée, c’était surtout l’ornement qu’on avait visé.
Les gros piliers avaient, à l’étage supérieur, des colonnes appliquées aux quatre angles rentrants, la donnée est certaine. Avaient-ils en bas une section rectangulaire sèche ? Le dessinateur de Dom Plancher leur a donné cette forme. On se demande pourtant si la pile n’avait pas des dosserets correspondant aux colonnes d’en haut.
Une dissemblance dans les piliers et la présence de colonnes aux angles des plus gros,
dans la partie haute, déterminent la forme des doubleaux delà voûte. Ils devaient consister en arcs doublés ou simples selon qu’ils reliaient les gros ou les petits piliers.
Détails et aménagements. — Suivant la Chronique, il y avait trois portes dans l’église principale. Peut-être se trouvaient- elles à l’occident, toutes les trois. Cependant, en outre de la grande porte, qui était de ce côté, et devant laquelle devait s’étendre un vestibule, construit en bois probablement, il y avait deux autres entrées importantes : au nord, la porte du cloître ; au midi, ouvrant en face de Saint-Philibert, la porte dite de « de Saint-Étienne » parce qu’elle n’était pas très éloignée de l’autel du Protomartyr, placé au fond du second collatéral. L’entrée du cloître était située de même .parrapport à l’autel de saint Pierre, mais les documents l’appellent toujours « porte du cloître ».
A la fin de ce volume, avant les planches, le lecteur trouvera des tableaux indiquant l’emplacement des autels de la basilique : ils l’aideront a se reconnaître à travers le dédale des explications minutieuses.
Dans la travée qui précédait immédiatement l’autel de saint Pierre, un guichet s’ouvrait sur un coin de la salle du chapitre. C’est dans ce coin, derrière les barreaux du guichet, qu’un religieux puni pour quelque faute grave entendait les deux messes quotidiennes (1).
A droite de l’absidiole renfermant, l’autel de saint Pierre était un petit escalier, et un peu plus
(1) Slaluta, fol. ')9 recto. — Ad utramque missam in angulo manet capituli qui ecclesiæ proximus adhæret.
(2) Le nom d'arrière-chœur, retrochorus, ne désigne pas toujours la partie do l’église située au delà du rond-point du grand autel, niais encore les alentours du chœur, principalement vers l’entrée principale. A Saint-Bénigne, ce nom semble avoir été donné à l’intervalle qui séparait le chœur de l’autel de la Croix. Nous appliquerons néanmoins le même nom aux galeries qui existaient entre le rond-point et la rotonde.
(3) Le nom de saint Luc ne vient que le troisième dans la série des noms sous lesquels cet autel était dédié, mais il l’emportait en notoriété sur les autres .
(4) La tradition de l’abbaye, au dix-septième siècle, désignait l’autel de saint Marc comme étant celui où était autrefois distribué le précieux sang. — Archiv. de la Côte-d’Or, bibl., ms. 124,
Dom Lanthenas écrivait en 1679 que la communion sous les deux espèces était interrompue depuis peu. — B. Prost, le Trésor de Saint-Bénigne, p. 11, note 6.
Statut a, fol. 39 verso. — Diaconus vero postquam communicaverit, eonfestim accipit calicem cum quo sacerdos celebravit cum jtarte sanguinis Ohristi quam sacerdos dimisit, et præcedentibus duobus servitoribus cum cereis reverenter defert ad altare huic officio deputatum linteoque mundissimo reverenter ornatum, totusque conventus pro reverentia Dominici sanguinis super genua pro-
loin, au fond du premier collatéral, l’autel de saint Barthélemy. Une cloison, en bois probablement, séparait ce collatéral de l’arrière-chœur, situé entre la rotonde de Sainte-Marie, et 1 abside de l’autel principal (2). Un passage, soit l’entrée au-dessus de l’escalier, soit l’ouverture ménagée dans la cloison, s’appelait « porte de Saint-Barthélemy ». Les choses étaient disposées parallèlement du côté du midi. A gauche de l’autel de saint Étienne, et au fond du premier collatéral, était l’autel de saint Luc (3), et il devait y avoir aussi, bien que la mention ne s’en soit pas rencontrée, un passage dit « porte de Saint-Luc ».
Du côté droit (midi) de l’autel majeur était l’autel de saint Raphaël ; du côté gauche, l’autel de saint Marc, où les moines recevaient le précieux sang, après avoir reçu au grand autel une parcelle des hosties consacrées (4).
Par derrière l’aulel majeur, fut érigé plus tard l’autel de saint Biaise (5). Il dut servir pour la messe ma tu tin ale, qui toutefois se célébrait à divers autels, selon les fêtes.
La réserve eucharistique était gardée au maîtreautel, dans unepixide attachée à une petite chaîne et suspendue au-dessus de la table sacrée (6).
Au bas de l’entrée principale du chœur, dans la partie occidentale de l’église, l’autel de la Croix, C, s’élevait au milieu de la nef, ayant à sa droite (midi), dans le premier collatéral, l’autel de saint Mammès, et. à sa gauche, placé parallèlement, l’autel de saint Bénigne (7).
La partie de l’église située entre la grande porte et l’autel de la Croix était destinée au
cumbit, et ipse diaconus partem sanguinis ebibit et aliam partem subdiacono porrigit. Cum autem onmes communicant, antiqui sunt qui prius communicant. Quotquot autem corpus Domini sacerdos dederit singulis diaconus sanguinem dabit. Debet autem vinum in ampulla juxta eum jugiter esse ut, quum opus esse perspexerit, eodem Dominieum sanguinem augere possit.
(5) Statuta, fol. 131 verso. — Dum cantatur Laudale Dominant de cœlis (in Laudibus Üœnæ Domini) armarius innuit duobus juvenibus ut post expletionem antiphonæ de evangelio decantent Kyrie eleison ante altare beati Blasii ; iterumque aliis duobus sacerdotibus ut ad singulam quamque eorum vocem alternatim versus Qui passants advenisti dicant, ad quorum flnem infans pronuntiet versiculum Morlent autem crucis... Cum autem incipitur antiphona de evangelio, extinguitur ultimus cereus et cantatur Benedictus. Finita vero antiphona illi qui sunt rétro altare incipiunt alta voce Kyrie eleison , illi autem qui sunt ante respondent versum Qui passants.
(6) Ibid., fol. 23 recto et fol. 39 recto. — Tune sacerdos ad majus altare super quod Domini corpus servatur, accedit... Omni dominica corpus Domini mutatur et in pixide pendente super altare reponitur. Et cum sacerdos pacem diacono et subdiacono dederit, prædictam pixidem de catenula jugiter pendente super altare... abstrahit (diaconus) et juxta dexteram saeerdotis reponit.
(7) Cet autel était dédié sous plusieurs noms, mais il est généralement désigné sous celui de saint Bénigne dans les Statuta.
peuple. Il s’y rassemblait spécialement le dimanche, à l’heure de la messe matutinale, célébrée à cet autel, et entendait une instruction qu’un religieux lui faisait, du haut de l’ambon, après l’évangile (1).
Près du même autel de la Croix, « ante hoc al lare », étaient trois entrées de la crypte, « de laquelle, dit la Chronique, on montait à l’église supérieure par un escalier de quinze marches. » Il y a ici une lacune ou une erreur, car, la crypte ayant dix coudées ou cinq mètres d’élévation, l’escalier devait avoir plus de trente marches. Mais, probablement, un palier divisait l’escalier en deux parties dont l’une était dans la crypte, l’autre dans l’église, et la désignation de quinze marches ne s’applique qu’à une seule. On a découvert, dans l’église actuelle, entre les deux piliers occidentaux du transsept, à une profondeur de plus de deux mètres au-dessous du pavé, les restes d’un ancien dallage, qui pouvait couvrir le palier supposé.
On descendait également dans la crypte par un escalier situé près de l’autel de saint Étienne, au haut du second collatéral du midi : une des dernières marches s’aperçoit encore aujourd’hui, à la crypte. Cet escalier donnait, sans doute, dans une sacristie ou vestiarium, et était plus à portée des moines pour les détails du service (2).
Parmi les huit tours signalées par la Chronique, quatre ont une place certaine : la tour de Sainte-Marie à l’extrême chevet, les deux tours cylindriques de chaque côté de la rotonde, la tour du chœur à la croisée. La place des quatre autres n’est indiquée par aucun document. Mais il est probable qu’elles n’étaient pas éloignées du chœur, et par conséquent aux bras du transsept. On peut l’affirmer sans crainte au moins pour deux ; cette disposition est très fréquente. Plusieurs du reste, sinon toutes, renfermaient des cloches : or, au onzième siècle, les cloches des monastères étaient d’abord dans la tour du chœur, et ensuite, généralement, dans d’autres tours élevées à une courte distance.
Dans le mur du couchant, ou dans deux tours qui pouvaient s’y rattacher, se trouvaient les
(1) Bibl. nat., coll. cle Bourgogne, t. XI, fol. 131 verso.
(2) Un passage du Livre des miracles fait voir que le peuple pénétrait dans la crypte par les entrées pratiquées devant l’autel de la Croix : « Imminente quodam tempore sanctæ Crucis festiva Exaltatione. decorata est ejusdem ara ornamentis ecclesiæ. Vespertinis horis ipsius diei supervenientibus, obserantur fores a custodibus. Quidam autem cupidus, delitescens in abditis,... nocturno furto exspoliavit ornatum altarc... Mane facto, foribus apertis,... invisibili
deux escaliers, « pariles scalæ », par lesquels on montait à l’étage du triforium. La Chronique leur donne vingt* marches. C’est insuffisant, puisque cet étage régnait à cinq ou six mètres au-dessus du niveau de l’église. Il y a donc ici encore un texte incomplet ou fautif.
Au bas de la nef et aux extrémités du transsept, on avait dû établir, pour relier le triforium sur chacun de ces points (planche VI), un passage conçu à la manière italienne, une sorte de balcon, posé moitié sur le mur, moitié sur des arcades soutenues par des colonnes qui ornaient la partie inférieure du mur. Tel était le système employé dans les églises d’Italie où existait un triforium couvrant les bas côtés : on cite même quelques exemples d’une communication en bois et mobile (3).
La petite galerie ou couloir partant des tours cylindriques de la rotonde, à l’étage supérieur, faisait-elle le tour entier de l’édifice, comme on l’a figuré planche VI, ou bien s’interrompait-elle derrière la grande galerie du triforium, pour reprendre seulement aux façades sous forme de balcon ? On peut supposer la continuité du couloir, d’après l’expression de la Chronique « deambulatoria super murum ».
La crypte de la Confession. — Pour la crypte de la Confession, ou église en forme de T. les détails du plan se comprennent en considérant la planche IV. De chaque côté de la nef s’étendaient des vestibules isolés du lieu saint, « vestibula sécréta ». Au haut de la nef, entre les deux ailes du transsept, était une partie plus dégagée, voûtée en berceau et en demicoupole. Elle correspondait à la crypte primitive, et. renfermait la confession ou tombeau du martyr (voir aussi planche VII, A B). Le sarcophage reposait au milieu d’un petit caveau, où l’on descendait par quelques marches d’escalier posées au levant. Du côté du couchant s’appuyait au caveau l’autel principal de cette église souterraine, dédié à saint Bénigne. Sous la table de l’autel était une petite voûte en hémicycle qui formait l’extrémité du caveau, et dans le vide
constricto vinculo nequaquam fas secedendi quoquam aderat, sed in medio viæ immobilis persistebat. Cumque concursus populi orationis gratin ad sepulchrum sancti fieret, et admirationi introeuntibus ac exituris esset, videns se omnimodis detineri, ignorantibus cunctis culpam aperit. » — Act. SS., t. I Nov-, p. 174, n° 5.
(3) Ruprich-Robert, l'Architecture normande aux onzième et douzième siècles, t. I, p. 85.
de cet hémicycle s’avançait un peu le couvercle du sarcophage.
La désignation de remplacement des autels secondaires, sous le rapport des vocables, n’est pas nette dans la Chronique. Mais d’après les Consuetudines antiquæ, dont le texte a été donné plus haut, voici cet emplacement exact pour chaque autel. Le premier à droite (midi) était celui de sainte Paschasie et de toutes les vierges ; le second, celui de saint Irénée et de tous les martyrs ; le premier à gauche, celui de saint Nicolas et de tous les confesseurs ; le second, celui de saint Eustade.
Mode de construction. — Afin d’étudier d’une façon complète l’église romane de Saint-Bénigne, il faut la considérer encore au point de vue de la construction et du style.
En se basant sur les restes de l’étage souterrain du monument, sur les divers dessins que l’on possède de la rotonde, sur les remarques de dom Plancher et d’autres religieux, voici les conclusions qui peuvent être présentées.
L’abbé Guillaume fit ses murs d’un blocage, revêtu du petit appareil employé chez nous à cette époque. Cet appareil consistait en moellons choisis dans la pierre mureuse, un peu irréguliers de forme, mais très régulièrement disposés et liés entre eux par d’excellent mortier. De loin, on eût dit un assemblage de briques. Ainsi furent construits Saint-Vorles de Châtillon-sur- Scine (991) et Saint-Étienne de Dijon (1045). C’est par leur régularité que ces maçonneries du onzième siècle l’emportaient sur des bâtisses vulgaires et sans cachet d’un âge précédent, comme celle de l’antique cella formant l’extrême chevet de Saint-Bénigne. Mais, d’autre part, ce mode de construction était encore rudimentaire par rapport à celui qui fut employé dans les beaux édifices romans du douzième siècle. De ceux-ci, l’église voisine de Saint-Bénigne et dédiée à saint Philibert offre un type peu important, mais remarquable.
Cependant l’abbé Guillaume avait vu à Saint- Ambroise de Milan et ailleurs un certain progrès
(1) On peut être embarrassé pour affirmer absolument que la façade de Saint-Ambroise de Milan est antérieure à l’abbé Guillaume. Mais encore que les murs existants aient été repris depuis cette lointaine époque, tout indique que les conditions primitives étaient les mêmes qu’aujourd’hui. Il y a d’ailleurs, dans ce monument, d’autres parties qui remontent certainement au delà du onzième siècle.
(2) Archiv. de la Côte-d’Or, bibl., ms. 124, p. 5.
sur le genre auquel il se conforma généralement. A Saint- Ambroise en effet, déjà, dans la partie ancienne, les points d’appui principaux sont en pierre de taille, et des colonnes engagées, hautes et sveltes, apparaissent. Le seul endroit où l’on aperçoive, à Saint-Bénigne, une légère imitation de ces procédés, est le centre de la rotonde. La pénurie d’argent gêna du reste le constructeur (1).
Les murs avaient une épaisseur considérable. « Au sommet du bâtiment, soubs l’entablement, ils étaient épais de plus de cinq pieds de roy (2). »
Des monolithes en pierre ou en marbre, cylindriques, de 2 mètres ou 1 mètre 70 de hauteur, d’un diamètre varié, formaient les colonnes (3). Ces colonnes étaient isolées ou appliquées. On ne voit guère d’exception à cette règle qu’au centre de la rotonde où se remarque un essai de colonnes engagées, et dans le pourtour, à l’étage souterrain, où, comme l’a noté dom Plancher et comme on peut l’observer encore, les plus fortes colonnes sont des demi-cylindres, faits de couvercles de sarcophages arrondis et liés à la maçonnerie.
Conformément aux habitudes encore persistantes des temps carolingiens , ces colonnes avaient la plupart été tirées d’anciens édifices et de partout. Les chapiteaux sculptés étaient également de toute provenance, et plusieurs s’ajustaient médiocrement aux fûts qu’ils couronnaient. La symétrie fut mieux gardée dans la distribution des colonnes.
Les piliers étaient construits, pour le massif, en même pierre que les murs, et par conséquent tout l’édifice devait être recouvert d’enduits.
Un problème de construction se pose à propos de l’alternance des piliers. On conçoit bien un pilier faible entre deux piliers forts avec une voûte sur croisées diagonales et à six compartiments. Mais pourquoi cette inégalité de résistance dans les piliers qui soutiennent un berceau longitudinal, — telle était la voûte de Saint- Bénigne (4), — dont la poussée s’exerce également partout? On se demande si les architectes du onzième siècle n’avaient pas, en posant ces alternances, une idée qu’ils hésitèrent à pour-
(3) Quelques colonnes en granit ayant appartenu à la rotonde de Saint-Bénigne se voient, à Dijon, dans une cour de la maison située à l’angle de la rue des Godrans et du boulevard de LaTrémoille.
(4) Les voûtes en berceau cintré ou brisé lurent généralement et longtemps adoptées en Bourgogne. A Saint-Philibert, l'église voisine de Saint-Bénigne, le berceau brisé fut jeté encore sur la grande nef vers l’an 1200.
suivre, mais qui fut reprise et heureusement réalisée au siècle suivant. Ils auraient pu, en effet, projeter de couvrir d'une voûte d’arêtes au carré chaque partie de la grande nef comprise entre les gros piliers, faisant du pilier intermédiaire un point d’appui pour les voûtes des basses nefs, où, vu l’espace plus resserré, il fallait deux bonnets ou carrés de voûte pour correspondre à un carré de la nef principale. Ont-ils vraiment formé ce projet, et l’habitude invétérée de la voûte en berceau les a-t-elle empêchés de l’exécuter ?
Pour affirmer le fait absolument, il faudrait que ce fût la seule explication rationnelle des alternances ; que, à part le projet supposé, l’inégalité des piliers fût tout à fait illogique. Or cela ne serait qu’à la condition d’une inégalité assez considérable. Cependant voici des observations que nous avons faites en visitant deux églises romanes où existe cette dissemblance des piliers, Saint-Etienne de Caen, et Notre-Dame de Châlons-sur-Marne. Ces deux monuments ont des piliers alternants et un triforium couvrant toute la largeur des bas côtés. A bien regarder, 1 inégalité de force, dans les piliers, est minime ; elle est plus apparente que réelle. A Saint-Étienne, h1 pilier fort et le pilier faible ont, à peu de chose près, même forme et même développement. Chacun d’eux est cantonné d’une colonne engagée sur la face regardant la nef. Dans le pilier faible cette colonne est sans dosseret, tandis qu’elle en a un dans le pilier fort. Ici, tout au sommet, les angles du dosseret s’arrondissent .en colonnes trapues, reposant sur des culs-de-lampe ou corbeaux. C’est toute la différence. A Notre-Dame, le pilier fort et le pilier faible, d’un volume presque égal, sont cantonnés sur toutes faces de colonnes engagées. Sur la face regardant la nef alternent régulièrement, de piliers en piliers, une colonne d’un petit diamètre, une autre d’un diamètre plus fort. Rien de plus. Si l’on en juge par les dessins publiés, les différences sont plus sensibles à Saint-Ambroise de Milan et à Saint-Michel de Pavie ; mais elles sont peu considérables dans certaines églises allemandes.
11 se peut donc que le simple goût de la variété ait produit les premières alternances. C’est, en effet, un des caractères de l’art roman de négliger la symétrie classique, de varier l’orne-
(1) On lira avec fruit et grand intérêt l’ouvrage déjà cité de Ruprich-Robert : V Architecture normande aux onzième et douzième siècles. Voir spécialement dans l’Atlas, les planches XIV,
nfentation à l’infini, parfois même jusqu’à la bizarrerie la plus étrange.
Pour tenter de résoudre le problème posé, il faudrait étudier, sur place, outre Saint-Étienne de Caen et Notre-Dame de Châlons, chez nous encore : l’église de Jumièges, l’église du Pré, au Mans ; — en Italie : Saint-Ambroise de Milan, Saint-Michel de Pavie, Saint-Étienne de Bologne, etc.; — en Allemagne : les églises de Spire, de Worms, de Bamberg; — en Angleterre : l’église de Waltham-abbey. L’examen comparé -de tous ces monuments, l’histoire de leur construction fourniraient de très utiles données (1).
En ce qui concerne Saint-Bénigne, on peut croire que l’emploi simultané de piliers alternants et d’une voûte en berceau sur la grande nef fut non seulement un fait, mais encore un fait conforme au plan de l’architecte. Les voûtes d’arêtes durent être employées, mais dans les bas côtés seulement. Pareil système ne semble guère avoir été voulu pour le principal vaisseau, vu d’une part la faillie hauteur (3 mètres environ) à laquelle montaient les colonnes destinées à soutenir les voûtes, et d’autre part l’élévation (plus de 9 mètres) de l’étage où elles étaient posées. Cette disposition exige en effet au-dessus des colonnes une large corniche, une imposte très élevée, et la voûte en berceau.
Ainsi la dissemblance des piliers, à Saint- Bénigne, était plutôt affaire d’ornement.
Partout régnait le plein-cintre.
Les voûtes actuelles de la crypte ne sont pas anciennes, excepté dans les deux absidioles placées aux extrémités nord et sud des ailes qui s’étendent en avant de la rotonde. Il est clair néanmoins que, pour la rotonde en particulier, les voûtes furent telles à l’origine qu’elles ont été rétablies, et qu’elles sont indiquées planches IV et XXVI. Le premier portique circulaire était, comme aujourd’hui, voûté en berceau, ce berceau étant pénétré par les arcs bandés d’une colonne à l’autre dans le sens longitudinal. Pour le second portique, la voûte d’arêtes s’associait au berceau : elle apparaît huit fois, appuyée sur les doubleaux qui relient les gros demi-cylindres du pourtour avec les colonnes correspondantes du cercle intermédiaire. La disposition régulière des gros demi-cylindres deux par deux est une
XV et LXXXIV, sur Saint-Étienne de Caen ; I, II, III, sur Saint- Ambroise de Milan et Saint-Michel de Pavie ; LXVI, sur Walthamabbey. Voir aussi de Dartein, V Architecture lombarde.
preuve que les petites voûtes d'arêtes appartiennent à la construction primitive. Elles sont spécialement intéressantes par leur plan barlong, mesurant en moyenne 2 mètres 50 sur 1 mètre 75.
Même genre de voûte existait dans la rotonde du milieu.
Quant à la voûte du troisième étage, elle consistait en un demi-berceau annulaire, retombant sur un système d’arcs soutenus par des colonnes. Ce demi-berceau fut certainement construit dès l’origine, car, ainsi que le dit Viollel-le-Duc, sans cette ceinture de pression le centre de l’édifice n’eût pu rester debout. La calotte percée d’un œil est bien aussi du plan primitif, malgré le doute de Viollet-le-Duc. L’éminent architecte n’a pas connu le texte de la Chronique, qui le dit formellement. C’est, d’ailleurs, l’ignorance de ce texte qui lui a fait émettre certaines erreurs dans les pages qu’il a publiées sur la crypte et la rotonde de Saint-Bénigne. Un des dessins de la Bibliothèque nationale, collection de Bourgogne, XIV, représente assez heureusement le troisième étage de la rotonde.
Dans les bas côtés doubles de la grande église, les voûtes devaient être d’arêtes pour le collatéral le plus large, et en berceau pour le plus étroit. Les berceaux étaient probablement transversaux, c’est-à-dire perpendiculaires à la nef, comme au narthex de Tournus et à Saint-Remy de Reims, mais à Saint-Bénigne ils prolongeaient le panneau de la voûte d’arêtes. Trois systèmes ont pu être employés pour couvrir l’étage du triforium. Il a pu y avoir, entre les doubleaux reliant les piliers, un demi-berceau, une charpente, ou une voûte d’arêtes barlongue : ce troisième moyen fut usité d’assez bonne heure (1).
Les vestibules de la crypte étaient sans doute couverts d’un simple berceau continu, à la façon de nos caves modernes ; et c'est sur la clef de ce. berceau que reposaient les pilettes divisant en deux allées les bas côtés de l’église.
A l’extérieur de la basilique romane (planche VIII) point de contreforts, mais des bandes murales, reliées par une série d’arcatures ; les murs offraient cet aspect rude et primitif qu’on trouve au narthex de Tournus, aux bas étages des tours du vieux Saint-Vincent de Mâcon, et dans la plupart des anciennes églises des vallées du Rhône, de la Saône et du Rhin. Ce
(I) Virey, V Architecture romane dans l'ancien diocèse de Mâcon, Paris, 1892. — Cet ouvrage fort bien raisonné signale plu-
qui faisait la principale ornementation de l’édifice au dehors, c’étaient de nombreux arcs superposés ou inscrits les uns dans les autres, quelques colonnes dans la structure des tours, et les bandeaux qui marquaient les étages. On avait, à la partie supérieure des tours cylindriques, dirigé le bandeau suivant la spirale de l’escalier. Dans les dessins, daàs les débris mêmes qui nous sont parvenus, il y a aussi quelques colonnes appliquées à l’édifice, des marqueteries en pierre, une corniche dont la tablette sculptée en damier portait sur des corbeaux à copeaux ; mais il n’est pas sûr que tous ces détails remontent à l’abbé Guillaume, et nous réservons pour le moment la question, car il y eut deux réfections de la basilique romane, dont nous aurons à parler, l’une vers 1100-1107, l’autre de 1137 à
La maîtresse nef, vu son élévation médiocre, était sans fenêtres latérales, comme à Saint- Ambroise de Milan. Mais les rampants de la toiture devaient être divisés, c’est-à-dire que les appentis couvrant les bas côtés ne faisaient pas suite aux rampants du toit de la nef, ils s’appliquaient au mur un peu au-dessous d’eux. On le présume, parce que telle était la disposition des toits dans la partie restée debout jusqu’à la Révolution. Toutefois les réparations successives n’y avaient-elles rien changé ?
Par la planche VIII, on aura une idée de la silhouette de Ta basilique romane, et sous l’abbé Guillaume, et sous l’abbé Jarenton (douzième siècle commençant). Déjà, au temps de ce dernier abbé, le couronnement de l’édifice avait dû être retenu. On a exprimé ce fait dans le dessin proposé. Ce dessin néanmoins, pour les grandes lignes, et spécialement pour l’élévation de la tour centrale, est conforme au plan primordial de l’église du onzième siècle.
Détermination du style de l’église construite par l’abbé Guillaume. — Pour qualifier le style du monument qui vient d’être décrit, le meilleur terme à choisir est celui de romanobyzantin ou lombard. Le mélange des éléments de l’art romain avec ceux de l’art byzantin dans cette construction est frappant. Il est à peine besoin de le dire, c’est sur la partie certaine, sur le chevet de l’église et la rotonde, que l’on base
sieurs types de voûtes d’arêtes barlongues au onzième siècle, dans de grands et de petits édifices.
ce jugement. Or les caractères architectoniques sont ici les mêmes qu’à Saint-Ambroise de Milan et autres édifices semblables de la Haute-Italie. La chose parait toute naturelle, étant donné que l’abbé Guillaume était de ce pays, et que plusieurs de ses compatriotes, devenus ses disciples à Dijon, 1 aidèrent à rebâtir Saint-Bénigne. O11 serait tenté de l’affirmer, même en l’absence de toute preuve matérielle. Mais le fait est plus que légitimement présumable, il se constate.
Comment méconnaître, en effet, une imitation directe des monuments romains dans des caractères tels que ceux-ci : une triple division de l’édifice, par zones égales (1); nombre de portiques et de galeries ; système d’arcades superposées appliqué partout, dans la construction, dans la décoration ; une coupole à ciel ouvert ? Rien de cela, ni à Tournas, ni en aucune autre église de la région. Tout cela est romain, plus romain que Saint-Ambroise de Milan. Et d’autre part, on voyait à Saint- Bénigne des portiques surmontés de galeries, des arcatures simulées, des chapiteaux cubiques ; des sculptures plates, aiguës, figurant patinettes, galons enlacés, animaux libres ou enchevêtrés (planches X, XI et XXVII) : autant d’autres caractères qui s’observent les uns en certaines églises rondes, comme le Saint-Sépulcre, comme Saint-Vital de Ravenne ; d'autres, en plusieurs monastères de Suisse ou d’Allemagne ; tous, à Saint- Ambroise de Milan. Or on attribue généralement ces caractères à l’influence byzantine ; on en fait les caractères distinctifs du style dit romano-byzantin, — ou lombard, du nom de son premier centre d’activité. Et pour cette dernière qualification, généralement aussi on la donne aux édifices romans où se remarque, avec des piliers alternants, un triforium couvrant tout le bas côté : deux choses qui durent exister à Saint-Bénigne.
On voit parmi quels monuments doit être classé celui de l’abbé Guillaume. Les églises qui rappellent le mieux, à certains égards, la basilique proprement dite, sont Saint-Abondio de Côme, et surtout Saint-Ambroise de Milan, Saint-Etienne de Caen.
Il y a aussi de frappantes analogies entre la rotonde et des monuments que nous avons déjà signalés : l’église Saint-Thomas près d’Almonno (Lombardie), les églises construites * à l’imi¬
tation du Saint-Sépulcre à Neuvy (Indre), et à Cambridge (Angleterre). Mais, malgré la supériorité de ces édifices au point de vue de l’exécution et de la richesse artistique, la rotonde de Saint-Bénigne reste quand même une œuvre à part, plus originale tout en conservant davantage les traditions de l’art romain. Comme cet art, elle exprimait surtout la puissance et l’harmonie. Par ses arases à égale distance, elle présente une différence notable, qui est toute en sa faveur, relativement à beaucoup d’églises romanes où la trop grande multiplicité des lignes horizontales, bandeaux, cordons, corniches, coupe l’édifice à des intervalles très inégaux, qui se rapetissent désagréablement en gagnant le sommet. Viollet-le-Duc a reconnu la beauté particulière de la rotonde de Saint-Bénigne. Il regardait aussi la crypte ‘(planche IV) comme surpassant en étendue tous les monuments de ce genre. De la lourdeur et de la rudesse accompagnaient la vigueur dans cette archi tecture, mais ce sont défauts inhérents aux débuts, dans tous les arts.
Ainsi, pour son époque, l’église bâtie par l’ai) bé Guillaume était un édifice des plus remarquables et, dans nos contrées, hors de pair.
Il est étonnant que la basilique de Saint- Bénigne n’ait pas servi de type à d’autres églises du pays. Cependant rien n’indique qu’on s’en soit inspiré pour aucune, £>i les circonstances, en général, n’amenèrent pas les architectes à reproduire ce plan, original, d’une rotonde faisant suite à une croix latine, il y avait d’autres détails plus faciles à imiter, comme les galeries du triforium et la circulation autour du toit. Or, dans les églises bourguignonnes remontant au onzième siècle, ceci est totalement inconnu. Bien plus, tandis que Saint-Bénigne était abondamment pourvu d’escaliers pour desservir les étages et les combles, on voit, dans le Mâconnais, dans le Charollais, de très belles églises sans aucun escalier : c’est une rampe en bois, posée à l’extérieur, qui conduit au beffroi. A Tournus, des rampes en bois posées au bas de la nef, à l’intérieur, conduisaient à l’église haute régnant sur le narthex.
Sculpture. — Vainement on chercherait la finesse des détails dans une église construite
(I) On ne peut s’empêcher de remarquer qu’une telle division, classique dans l’art romain, se voyait spécialement au Panthéon. —
Duruv, Hisl. des Rom., t. IV, p. 201) : Le Panthéon, d’après du Pérac, en 1575.
tout au commencement du onzième siècle ; les moulures et les sculptures y étaient rudimentaires. La planche IX contient les dessins et profils des bases des colonnes de la crypte ; les planches X et XI donnent le dessin des chapiteaux les plus intéressants des mêmes colonnes. A bon droit, Viollet-le-Duc a qualifié du terme d’ « exécution barbare » le travail du sculpteur.
Ce mot convient surtout aux chapiteaux des deux colonnes isolées appartenant au cercle du pourtour de la rotonde. Ils sont représentés planche X : le mieux conservé y figure en un double dessin, qui permet de juger des quatre faces ; le plus détérioré, en un dessin unique. Ce dernier a des parties assez bien traitées, à côté d’autres très mauvaises : on dirait que celles-ci soient dues aux retouches d’une main inhabile, qui voulant y réparer quelque dommage, les a gâtées complètement (I).
Les deux chapiteaux offrent le même sujet, les quatre animaux symboliques des visions d’Ezéchiel et de saint Jean. Ces animaux sont distribués, un sur chaque face, dans l’ordre conforme au verset de l’Apocalypse : « Et animal primum simile leoni, et secundum animal simile vitulo, et tertium animal habens faciem quasi hominis, et quartum animal simile aquilæ volanti. — Le premier animal ressemblait à un lion, le deuxième à un bœuf, le troisième avait comme un visage d’homme, le quatrième ressemblait à un aigle qui prend son vol (2). » On sait que le symbolisme des quatre animaux a fourni matière à des interprétations très variées. Ce qui frappe, c’est qu’ils rappelaient les types les plus nobles des êtres animés du monde visible, mais l’idée cachée sous l’emblème est difficile à préciser. En tout cas, une attribution très générale et très ancienne voit dans les quatre animaux la figure des quatre évangélistes. Aussi l’on peut se demander si ce n’est avec intention que les deux chapiteaux ornés de ces symboles furent placés tout près du tombeau de saint
(I) M. Louis-Bénigne Baudot s’accuse lui-même d’avoir contribué à détériorer davantage ce chapiteau. « J’en ai, dit-il, détaché un angle représentant une tête d’homme, ayant les yeux extrêmement saillants, et je conserve le morceau. » — Bibl. de Dijon, V Abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, Notes prises sur les lieux et d’après les objets mêmes pendant la Révolution, ms. p. 118.
Dans ce manuscrit, M. Baudot fait connaître, par des descriptions et des croqius, plusieurs chapiteaux de la rotonde totalement disparus. Il indique aussi où sont allés d’abord la plupart de ces chapiteaux, ainsi que les colonnes.
Le tailloir de l’autre chapiteau qui est du côté du midi portait cette inscription : « Wilencus levita », relevée par dom Plancher et
Bénigne, vénéré comme l’apôtre et l’évangélisateur du pays.
Malgré l’identité du sujet, ces deux morceaux de sculpture varient, dans le dessin, d’une çon intéressante pour l’iconographie. Dans le chapiteau placé à droite (midi), les animaux sont au naturel, sauf le troisième, qui n’est pas l’être humain, mais un animal à visage d’homme : visage horriblement monstrueux. Dans le chapiteau placé à gauche — le meilleur avant les retouches — les animaux sont tous quadrupèdes, même l’aigle et l’homme : celui-ci ressemble à un centaure. Tous sont ailés.
Il y a loin des grossières et bizarres figures que l’on rencontre ici, aux beaux modèles des quatre animaux sculptés sur les tympans du douzième siècle, et dont nous aurons d’ailleurs à signaler deux exemples à Saint-Bénigne.
L’ encadrement des animaux symboliques est formé d’un enchevêtrement d’autres animaux, où l’on distingue, à chaque angle supérieur du chapiteau, en guise de volute, comme une tête de cheval ; sous cette tête, celle d’un homme, figuré complètement plusieurs fois dans le chapiteau à gauche; enfin, au bas, des serpents enroulés, dressant la tête et mordant. Il semble qu’il y ait ici une interprétation de cet autre passage de l’Apocalypse : « Et ita vidi equos in visione... et capita eorum erant tanquam capita leonum, et de ore eorum procedit ignis et fumus et sulphur. Et ab bis tribus plagis occisa est tertia pars hominum de igné, et de fumo et sulphure, quæ procedebantde ore ipsorum. Potestas enim equorum in ore eorum est, et in candis eorum. Nam caudæ eorum similis serpentibus, habentes capita; et in his nocent. — Dans la vision, des chevaux m’apparurent, ayant une tête semblable à celle d’un lion, et vomissant du feu, de la fumée et du soufre : le tiers des hommes en lut suffoqué. La puissance de ces chevaux est en effet dans leur bouche. Elle est aussi dans leurs queues, car leurs queues sont
d’autres auteurs. Probablement ce tailloir avait été formé d’une pierre sépulcrale.
(2) C’est dans ce même ordre que sont distribués les quatre animaux sur les tympans des portes, aux panneaux des voûtes,- quand ils accompagnent le Christ en majesté. Le dessin, régulièrement, se lit de gauche à droite, et par zones ascendantes. On trouve donc aux pieds de Notre-Seigneur le lion et le bœuf, et plus haut l’homme et l’aigle. Ainsi d’ailleurs on conciliait le texte de saint Jean avec celui d’Ézéchiel, ce dernier donnant la place de droite, qui devient la gauche du lecteur, à l’homme et au lion, et la place de gauche au bœuf et à l’aigle : « Faciès hominis et faciès leonis a dextris... faciès bovis a sinistris... et faciès aquilæ desuper. »
semblables à des serpents; elles ont des têtes et font des morsures. »
On voit à quelle source a été puisé le sujet de ces chapiteaux : c’est le texte biblique.
Le quatrième chapiteau delà planche X représente le plus ouvragé parmi ceux qui surmontent les colonnes du cercle intermédiaire dans la rotonde. Ce modèle est plusieurs fois reproduit, mais en simple ébauche. En général, ce sont plutôt les corbeaux ou culs-de-lampe qui affectent cette forme, d'un homme étendant les bras et soutenant une charge. Nous l’avons toutefois rencontrée dans l’un des chapiteaux de Saint- Remy de Reims, à l’étage des galeries, au transsept sud. Mais ici le travail est moins primitif qu’à Saint-Bénigne et, le buste étant adossé aux angles, l’effet devient plus satisfaisant.
Dans la planche XI, les trois premiers chapiteaux sont les meilleurs de l’aile méridionale de la crypte : on trouvera le dessin des autres, planche XXVII. Ces chapiteaux ont leurs semblables, à peu près, dans beaucoup d’églises romanes. Ils peuvent être confrontés avec quelques-uns de ceux qui ornent l’église Saint-Germain-des-Prés, à Paris, ou l’église delà Couture, au Mans ; également avec ceux d’un petit sanctuaire italien des environs de Modène, la Pieve di San Silvestro di Fanano (1).
Le dernier chapiteau reproduit à la planche XI est conservé aux Petites-Roches, dans l’habitation de M. Lory. Recueilli sur les limites du pourpris de l'abbaye, dans le mur d’une maison en démolition, au fond de la cour qui s’ouvre, rue de la Liberté, en face la rue Mably, il provient sans nul doute , de Saint-Bénigne : soit de l’église romane, détruite par accident vers la fin du treizième siècle ; soit des cloîtres, démolis au dix-septième et pins tard ; soit enfin de la rotonde, tombée sous la pioche révolutionnaire. Les matériaux fournis par ces destructions et démolitions furent utilisés pour diverses bâtisses (2).
Un autre chapiteau a été découvert près du même endroit, au cours de l’année 1899. Mais il est plus récent, mutilé et de moindre importance.
Au musée lapidaire de Dijon sont conservés
( I) Voir la revue italienne Memorie clella regia Accademia di scienze, letlereed arti in Modena, sérié II, volume XII, parte prima, Modena, 1890. — A l’article « Section des arts » se trouvent une dissertation et des planches qui instruisent sur divers spécimens appartenant au style romano-bizantin, et spécialement sur
quelques bas-reliefs de forme archaïque, qui proviennent aussi de Saint-Bénigne et de l’église romane. Ils peuvent même être antérieurs au onzième siècle, et avoir été réemployés à cette époque. Deux d’entre eux, d’une composition symétrique, étaient encastrés dans la façade orientale de l’église ou chapelle Sainte-Marie (voir planche VIII), sous les extrémités des rampants du fronton. Us représentent des animaux superposés. Pareils bas-reliefs se voient à Saint- Ambroise de Milan, encastrés dans les deux piliers principaux de la façade de l’église. Deux autres des anciens bas-reliefs de Saint-Bénigne représentent un aigle nimbé, aux ailes ouvertes mais abaissées. L’un d’eux est bien traité : on en trouvera la reproduction phototypique à la planche XVII (3).
Mobilier et ornements. — Pour ne pas diviser ce qui se rapporte à la description de la- basilique romane, nous allons épuiser le sujet, en parlant du mobilier et surtout du tombeau du martyr. Ensuite, revenant sur nos pas, et reprenant avec ordre le récit des faits historiques, nous dirons au milieu de quelles circonstances s’éleva le monument.
Dans les monastères, l’acquisition et la surveillance du mobilier de l’église étaient confiées au religieux qui exerçait l’office de gardien-chef ou premier sacristain. Ce religieux était désigné sous différents noms : « secretarius, sacrorum custos, apocrisarius, thesaurarius ». Le moine Hunald, dont le nom a déjà été lu, lut investi de cet office à Saint-Bénigne, pendant le cours des travaux de construction de la basilique, et il continua de l’exercer jusqu’à la mort de l’abbé Guillaume (1031). Alors il quitta Dijon et devint abbé de Saint-Michel de Tonnerre.
Tel fut, exactement, le rôle d’Hunald à Saint- Bénigne, et c’est par distraction qu'on a fait de ce religieux un sculpteur. « Il eut pour charge, dit la Chronique, le soin du temple sacré, — curam hujus sacri periboli, — et il remplit sa tâche avec tant de zèle que presque tous les ornements de cette basilique ont été rassemblés par lui (4). » Dans les analyses de chartes que la Clirônique donne un peu plus loin, figure en effet, sous
les chapiteaux de la Pieve di San Silvestro, qui sont fort curieux.
(2) Mèm. de la Comm. des Anl. , t. VU, p. cxi.
(3) Cf. Catal. du musée de la Comm. des Anl., p. 183 et pl. XV TI dudit catalogue.
(4) Chron., p. 149.
l’épiscopat de Brunon, « Unaldus sacrorum Clistos (1). ))
A part l’absida qui recouvrait le tombeau de saint Bénigne et dont il sera parlé tout à l’heure, les objets précieux composant le mobilier de l’église au temps de l’abbé Guillaume, ne sont pas décrits dans les documents. On ne peut donc qu’en donner la nomenclature.
Un ciborium ou baldaquin, dont le pourtour était garni de vingt-cinq cierges, s’élevait audessus du maître-autel.
Près de ce même autel, du côté de l’évangile, une armoire, « armariolus », garnie à l’intérieur de tentures très blanches, contenait les vases et linges sacrés : deux calices de grandeur différente avec leurs patènes, qui servaient, le plus grand pour la grand’messe, le plus petit pour l’autre messe ; des burettes, une aiguière ; deux corporaux, des manuterges.
Il y avait, dans le trésor, un autel portatif en onyx, apporté de Milan ; des croix pour les autels, d’autres croix pour les processions ; des chandeliers, des encensoirs en argent ; des évangéliaires richement reliés ; des devants d’autel en orfèvrerie; « une châsse d’or magnifique, ornée de pierreries. »
Parmi les calices, deux furent donnés vers 1025. L’un est signalé comme l’offrande collective et expiatoire d’Hugues évêque d’Auxerre et comte de Chalon, et de Richard II duc de Normandie. Hugues s’était conduit longtemps en soldat plutôt qu’en évêque, et il était le fauteur des ravages exercés en Bourgogne par le roi Robert. Richard, par lui-même ou par son fils, avait plusieurs fois porté dans le même pays le fer et la flamme. « Ce fut donc pour racheter ses fautes que l’évêque d’Auxerre donna à Saint- Bénigne une coupe d’or du poids de cinq livres, destinée à la fabrication d’un calice. Et à ce don le duc Richard ajouta une sixième livre d’or. Le second calice fut un présent de l’impératrice sainte Cunégonde, épouse de l’empereur saint Henri II : cette princesse donna pour le repos de l’âme de son mari deux livres d’or et des pierres précieuses, qui servirent en effet à fabriquer un très beau calice ; elle offrit aussi la patène. »
En outre de l’orfèvrerie, la basilique de Saint-
(1) Chron., p. 16!).
(2) Ibid., pp. 150, 181.
(8) L’abbé Chevallier, le Vénérable Guillaume, pièces justifie., p. 292. — Divionensi ccenobio collata sunt ornamenta, scilicet
Bénigne possédait d(! riches ornements sacerdotaux. Lorsque l’abbé Guillaume alla réformer Saint- Arnould de Metz, à la prière de l’évêque Adalbéron, « ce pontife lui fit présent, à son départ, d’une étole en drap d’or et de deux chapes de pourpre galonnées d’or. Le religieux préposé à l’abbaye réformée ajouta de son côté une belle chasuble en drap d’or et d’autres ornements. » L’abbé jifartagea ces offrandes entre Dijon et Fructuare (2). Quelque temps après, le monastère de Fructuare, dans sa reconnaissance pour celui de Dijon, auquel il devait son origine, lui envoya « un évangéliaire orné d’or, de gemmes et autres pierres, avec une chasuble, deux étoles, deux manipules, un cingulon, quatre amicts, le tout brodé d’or (3). »
Vitraux et décoration. - — L’auteur de la Chronique signale, dans la basilique romane, une verrière où était représenté le martyre de sainte Paschasie ; il la déclare déjà ancienne, « antiquitus facta et usque ad nostra durans tempera (4). »
On a retrouvé dans la crypte, durant les fouilles de 1890, un autre genre de décoration fenestrale. Des remplissages obstruaient les deux fenêtres de la travée qui est entre la rotonde et la chapelle de Saint-Jean-Baptiste. Lorsqu’on les fit tomber, quelques débris d’une claire-voie furent ramassés parmi les décombres, dans l’embrasure de la fenêtre du midi. Les restes ont suffi à faire rétablir la claire-voie complète (planche XII). On en a naturellement posé une semblable dans la fenêtre parallèle.
A quelle époque précise cette claire-voie estelle attribuable ? Il serait difficile de se prononcer.
C’était l’usage d’orner les autels ou les chapelles qui les renfermaient, d’inscriptions rappelant les noms et titres des saints en l’honneur desquels ils étaient érigés. Raoul Glaber fut chargé de rétablir de semblables Inscriptions, à demi effacées par le temps, à Saint-Germain d’Auxerre, où il passa quelques années de sa nomade existence. « Dans la grande église de cette abbaye se trouvaient, dit-il, vingt-deux autels. Je réparai les inscriptions en vers hexamètres et les épitaphes des saints; je décorai de même les tombeaux de plusieurs personnages véné-
textum auro, geminis et lapidibus oraatum... ut locus onde Fractuariensis sumpsit exordium his honestaretur...
(4) Chron., p. 143. — Cette peinture ne saurait établir la réalité du martyre de sainte Paschasie.
râbles (1). » Comme ce moine fut deux fois adfnis par l’abbé Guillaume au nombre de ses disciples, peut-être aura-t-on utilisé son talent pour un pareil but. On voyait encore, à la fin du dix-septième siècle, dans la chapelle de sainte Paschasie, des restes d’inscription, mais indéchiffrables.
Le tombeau de saint Bénigne. — L’abbé Guillaume, après avoir visité les reliques de saint Bénigne, comme il a été dit, les avait provisoirement laissées dans le lieu où elles reposaient. Cependant il fit construire un tombeau monumental, afin de les y transférer. Il ne voulut pas les enlever de l’ancienne crypte dédiée au
(1) R. Glab., Eisl., 1. V, c. x.
(2) La fosse où gît un débris du sarcophage de saint Bénigne est certainement le reste du martyrium du onzième siècle. De ce martyrium la planche Xlli offre un plan conforme aux indications de la Chronique. L’état actuel, donné planche XXX, ne concorde plus, il est vrai, avec ces indications. Mais voici pourquoi. Des remaniements successifs ont modifié quelque peu les bases mêmes du monument. Sur la fin du treizième siècle, quand on se mit à construire l’église ogivale, tout le chevet de la crypte de la Confession subit un changement assez considérable. A la voûte en berceau et en demi-coupole, ayant au moins six mètres d’élévation, fut substituée une voûte plus basse, divisée par compartiments, dans le genre de celle qu’on a rétablie après 1 S5S. Pour soutenir les retombées centrales, on éleva quatre colonnes sur les murs de garde de la fosse, laissée désormais béante. Ces murs reçurent alors une plus grande épaisseur, celle qu’on leur a conservée dans la dernière réfection. Ainsi les restes du petit édifice, qui avait au onzième siècle 2® 50 de largeur, ont maintenant 3m 25.
Que les choses se soient ainsi passées, et que nous ayons dans la fosse actuelle les restes un peu modifiés du martyrium bâti par l’abbé Guillaume, cela résulte des preuves suivantes :
Dans l’extrait des Consuetudines antiquæ rapporté plus haut, il est dit formellement que le premier autel, en d’autres termes, la première chapelle, à gauche (nord) du tombeau de saint Bénigne, était dédié à saint Nicolas et à tous les confesseurs. Or cette désignation, qui se réfère à l’état de choses du onzième siècle, donne au tombeau la place qu’il occupe à présent.
Ensuite, le monument lui-même fournit des témoignages tout à fait favorables .
En premier lieu, dans la paroi occidentale de la fosse, un reste de vieille maçonnerie attire particulièrement l’attention (voir planche XXX). Les premiers lits de moellons, à partir du sol, sur une hauteur de 20 à 25 centimètres, dessinent un hémicycle complet, semblable à la partie inférieure d’une niche. Au-dessus de ces premières assises, le mur conserve, du côté méridional, la forme circulaire, et devient rectiligne du côté opposé, où fut pratiqué, dans un remaniement, un petit escalier, « de cinq marches », dit dom Plancher ; l’amorce d’une des dernières marches en bas s’aperçoit encore. Il y avait évidemment là, à l’origine, une petite voûte construite sous la table d’un autel placé devant le sépulcre : le petit escalier n’a été posé qu’après la suppression de cet autel. Or c’est à la construction de l’église ogivale que l’autel fut supprimé. La petite voûte, qui avait été cintrée par dessous, remonte donc jusqu’au temps de la basilique romane, et plus précisément, ajouterons-nous, jusqu’à l’abbé Guillaume. Cette conclusion précise ressort de ce que les trois ou quatre lits inférieurs de la vieille maçonnerie, maintenus dans leur état primitif par un dallage dont nous allons parier, sont en pierres dures, petites, régulièrement disposées, et présentent tous les caractères des constructions du onzième siècle. Voilà donc un reste du martyrium aménagé à cette époque.
martyr, et se contenta de changer légèrement la disposition primitive. L’autel principal de cette crypte en occupait l’abside, le point B de la planche III, et le sarcophage était en avant, entre A et B. Dans l’aménagement nouveau, il y eut interversion : le sarcophage fut reporté vers le point B, et l’autel placé en avant, comme on le voit planche IV.
Cet autel a été supprimé à la construction de l’église ogivale. Alors le martyrium élevé par l’abbé Guillaume, depuis longtemps dépouillé de ses ornements, perdit les reliques elles- mêmes, qui furent transférées de la crypte dans l’église nouvelle. Mais l’on conserva du tombeau le caveau ou fosse qui se voit encore aujourd’hui (2).
Dom Plancher, pourrait-on objecter, place l'autel de saint Bénigne, non devant le tombeau, mais derrière, entre l’escalier situé au levant et les deux colonnes dont les chapiteaux sont ornés des emblèmes des évangélistes. — Si l’autel de saint Bénigne a jamais occupé cé lieu, ce fut après la construction de l’église ogivale. L’abbé Guillaume dut le mettre devant le monument. C’était la disposition normale. Ainsi étaient disposés l’autel et le tombeau de saint Denys (Viollet-le-Duc, Dict. de V architecture, au mot « autel»); de saint Vanne (Hug. de Flavigny, Chron., 1. II, n° 8), et de beaucoup d’autres saints. D’après ce qu’on lit dans les Statuta (extraits cités plus haut), l’autel et le tombeau de saint Bénigne ne devaient pas être séparés. Enfin, il est invraisemblable que l’abbé Guillaume ait placé l’autel de saint Bénigne dans l’endroit assigné par dom Plancher, car, en' ce cas, l’abside élevée sur le tombeau eût complètement masqué cet autel.
On a essayé de voir dans la vieille maçonnerie de l’hémicycle quelque vestige de la crypte rebâtie par saint Grégoire. Mais cette opinion n’offre pas la moindre probabilité, puisque l’abbé Guillaume déplaça le sarcophage, le reporta un peu au levant, construisit un monument.pour le recevoir, et que la maçonnerie dont il s'agit a les caractères des constructions du onzième siècle.
En définitive, redisons-le, la maçonnerie de l’hémicycle est le reste d’une petite voûte construite, ainsi que tout le martyrium, au onzième siècle, et qui se trouvait sous l’autel dédié au martyr.
Nous pouvons signaler, en second lieu, d’autres traces non moins sûres d’un travail remontant à la même époque.
Lorsque, après les destructions et les remaniements des treizième et quatorzième siècles, il ne resta plus du martyrium du onzième que la fosse, ouverte, renfermant encore l’auge sépulcrale, mais très endommagée, on voulut former un simulacre du sarcophage entier . Alors on acheva de taire tomber les rebords de l’auge. Puis en quatre endroits (voir planche XXX), on appliqua, partie sur l’auge elle-même, partie sur des pierres de taille enfoncées dans le sol à côté d’elle, quatre tronçons de colonnes, d’environ 30 centimètres de hauteur. Enfin on établit sur ces tronçons deux longues dalles posées de champ, et par-dessus une troisième dalle, posée à plat en guise de couvercle (voir planche XXIX). Les sondages pratiqués en 1858 et vers 1880 ont fait découvrir, encore en place, les deux tronçons de colonnes qui étaient du côté nord, et reconnaître du côté opposé l’empreinte bien marquée des deux autres. Dom Plancher a décrit les dalles du simulacre. La planche XXIX les représente d’après un dessin de la Bibliothèque nationale, collection de Bourgogne, tome XIV, foüo 121, reproduit toutefois avec rectification.
En même temps que l’on revêtait de la sorte les débris de l’antique sarcophage, on exhaussa l’aire de la fosse, en posant un nouveau pavé sur l’ancien. Toutes les pièces de ce nouveau pavé furent enlevées en 1792 avec les marches du petit escalier, et celles du grand marquées de la lettie M (planche XXX). Mais, grâce à l’empreinte laissée sur l’enduit des murs, ainsi qu’à un petit filet de
Or voici, d’après la Chronique, quel monument avait été construit sur cette fosse.
.C'était une tombe « fcumba », ou, pour parler clairement, un caveau, bâti en pierres de taille, long de quatre mètres, large de deux mètres et demi. Le dessus, en pierre, était soutenu par quatre colonnes, « cujus cacumen lapideum quattuor sustinetur suffragio columnarum. » Cette expression « cacumen » devient embarrassante si l’on essaye d’interpréter le texte cité en se référant à l’état actuel du tombeau et du rond-point qui le renferme. Mais — on a pu le lire dans la note précédente — primitivement le chevet de la crypte de la Confession n’avait pas, comme aujourd’hui, une voûte divisée en compartiments; la voûte était un berceau simple, terminé en demi-coupole. Il n’y a donc pas à tenir compte des quatre colonnes qui sont actuellement au milieu du rond-point et dont les bases reposent sur les murs d’appui du caveau. Une inspection attentive des voûtes révèle que cet aménagement n’est pas dans l’ordonnance primitive, et d’ailleurs la description du « sepulcrum » donnée par la Chronique exclut, d’une manière absolue, une telle disposition. C’est donc sous un berceau bandé d’une pile à l’autre, et dans un espace libre, qu’il faut se représenter le martyrium élevé par l’abbé Guillaume; c’est dans ces conditions qu’il faut tenter de le restituer. Les planches XIII et XIV sont dressées dans ce but (1).
Le mot « cacumen » ne signifie pas ici autre chose que le dessus de la tombe, la toiture du caveau. Si l’on veut voir justifier par un exemple cette interprétation, nous rapporterons un texte de Grégoire de Tours. Il y avait à Aire, dans un
mortier mêlé de tuile ou brique pilée, qui fait presque tout le tour de la fosse, on constate que le dallage supérieur s’élevait à 1 5 centimètres au-dessus de l’autre, à moitié de la hauteur des tronçons de colonnes.
Quant à l’ancien pavé, il devait être encore intact en 1858 ; depuis lors, on en a fait disparaître une grande partie. C’était un dallage composé de marbres et de pierres, mais les marbres dominaient. Sur dix pièces que nous avons pu examiner, sept sont des marbres, de couleur variée : blanc, blanc veiné de rouge, blanc veiné de vert. Ce sont des fragments inégaux ; plusieurs portent des moulures qui attestent qu’ils avaient déjà servi pour quelque autre décoration. Ils sont recouverts immédiatement de mortier, et, par-dessus le mortier, d’une ou plusieurs couches très minces d’un enduit fait uniquement de tuile ou brique pilée, ce qui donne, à première vue, l’illusion d’un dallage en carreaux vernissés. Ces mortiers et enduit ont-ils été étendus sur les marbres pour remplir les creux que l’on voit dans quelques-uns, pour lier le pavé nouveau avec l’ancien, pour établir un troisième pavé intermédiaire? Nous abandonnons cette question de détail aux architectes. Mais, chose certaine, les marbres constituent le pavé primitif de la fosse. Ils sont liés au sol par un béton très fin et très dur, où n’entre point la brique pilée, mais du calcaire pulvérisé.
même édifice, trois tombeaux où étaient ensevelis trois prêtres. Les sarcophages avaient été enterrés sous le pavé. Or, dit Grégoire, ils finirent par le percer et s’élever d’eux-mêmes au-dessus du sol, afin de manifester la sainteté de ceux dont ils contenaient les restes. « Qui (presbyteri) cum multorum annorum curricula in bis ubi sepulti sunt loculis quiescerent, scissum nuper pavimentum, quod calce atque comminuta testa quasi silex durissima fusum erat, unius sepulcri cacumen apparuit. Quo paululum elevato, tellus scissa apicem alterius patefecit. Illo quoque emicante, secutus est tertius tumulus (2). » Le mot « cacumen » pouvait donc s’employer pour désigner le haut du couvercle d’un sarcophage : « Un jour le pavé s’entr’ouvrit, et l’on vit apparaître la pointe d’un tombeau, — unius sepulcri cacumen. » C’est évidemment dans un sens analogue que le prend l’auteur de la Chronique : il entend parler du dessus du caveau, de ce que nous appelons la toiture d’un édicule funéraire. Seulement, comme il envisage dans sa description deux états du tombeau, un qu’il n’a pas vu, un autre qu’il a sous les yeux, le mot « cacumen » se rapporte au dernier. Sans doute, après l’enlèvement, en 1028, de cette riche décoration qui avait d’abord été posée sur le caveau et dont nous allons parler, on la remplaça par un couronnement en forme de trapèze ou de prisme. De là, pour désigner ce couronnement, le mot de « cacumen », qui devient ainsi descriptif (3). Mais il n’y a point à chercher l’explication de ce mot dans l’état actuel du sépulcre, plusieurs fois modifié depuis le onzième siècle, et dont la partie supérieure a totalement disparu.
La composition peu soignée de ce pavé et les éléments qu’on y rencontre le caractérisent nettement comme remontant au onzième siècle. Or la fosse en contient des traces dans toute son étendue. D’où il résulte qu’elle correspond exactement au martyrium ou sepulcrum décrit par la Chronique.
(1) Le lecteur, si peu qu’il soit familiarisé avec les notions iconographiques, s’apercevra que, dans la planche XIV, la Crucifixion n est point conforme à l’art religieux du moyen âge. Les règles traditionnelles de celte époque demandaient plus de simplicité et une autre ordonnance : la sainte Vierge et le porte-lance à droite du Sauveur, saint Jean et le porte-éponge à gauche. On a, pour ce détail, laissé le lithographe à son inspiration propre, moderne par conséquent, afin qu’au premier coup d’œil on pût constater ici un dessin restitué, valable uniquement pour la silhouette générale. Il en est en eftet des restitutions comme des conjectures : elles deviennent des pièges, si le lecteur n’y donne pas assez d’attention. Mieux vaut donc qu’un trait bien net précise, de prime abord, la portée du dessin.
(2) Greg. Turon., de Gl. Conf., c. lii.
(3) Nous avons vu, dans l’île de Noirmoutier, le tombeau de saint Philibert disposé dans des conditions quelque peu sémblables. Ce tombeau n’est qu’un cénotaphe construit au onzième ou douzième
Revenons à l’explication du sépulcre monumental.
Destinée à être surmontée d’une absida, la tombe de saint Bénigne avait peu d’élévation. Le dessus primitif, qu’on ne pouvait appeler proprement « cacumen » mais plutôt « tegimen », consistait, c’est probable, en quatre plates-bandes dont les points d’appui principaux étaient quatre colonnes d’angle; et l’intérieur du cadre formé par les plates-bandes était rempli par une série de dalles, d’une légère épaisseur, ou couvert par une voûte très surbaissée.
Sur cette toiture, plane, du caveau, était un petit parapet en parpaings, décoré d’arcatures, aux angles duquel s’élevaient, en saillie, quatre colonnes de marbre. Enfin, à l’intérieur des quatre colonnes, était placée l’absida,' sorte de nef en bois, reposant sur les parpaings. Elle avait trois mètres de long, un mètre et demi de large, près de quatre mètres de haut. Des plaques d’argent et d’or la couvraient entièrement et offraient aux regards, en ciselures, les tableaux de la Nativité et de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
L’absida devait être très ajourée à ses deux extrémités, et, comme d’ordinaire sans doute, une châsse se voyait au-dessous. Mais cette châsse, pur objet représentatif, était vide; car, dit Raoul Glaber, l’abbé Guillaume laissa tous les ossements ensevelis dans le sarcophage où il les avait trouvés.
Telle est, croyons-nous, l’exacte interprétation du texte dans lequel la Chronique décrit le sépulcre de saint Bénigne. Inutile de répéter ce texte, donné précédemment. Mais on peut citer un passage du Livre des miracles, qui le confirme et l’éclaire pour un détail. L’auteur de ce livre raconte ainsi la guérison d’un paralytique, nommé Arnoul, qui était un des serviteurs de l’abbaye : « Dans sa foi, dit-il, s’étant fait porter près du tombeau du martyr, le malade multiplie ses prières, puis réussit à toucher une des colonnes de marbre, au milieu desquelles est placée l’absida. Dès qu’il l’a touchée, ce fidèle serviteur se sent soulagé par l’intervention céleste. Aussi-
siècle. Il consiste en une sorte do dais, très bas, affectant la forme d'un sarcophage prismatique posé sur quatre pieds-droits, qui sont reliés par des cintres, normaux aux deux extrémités, très surbaissés sur les flancs. Le tout est en pierre et en ciment : pas de colonnes. Les mesures, en longueur et en largeur, sont de 2 mètres 40 sur 1 mètre 45. Par-dessous, le pavé est formé d’une grande dalle en marbre noir, recouvrant sans doute la fosse où le saint avait été inhumé.
On s’exprimerait avec justesse en disant que le sommet « cacu-
tôt il se lève et constate son entière guérison (1). »
Une inscription fut apposée au tombeau, sur un disque de plomb qui est venu jusqu’à nous, et dont il existe aussi plusieurs moulages. Ce disque a 157 millimètres de diamètre; la planche XII en contient le dessin. On voit encore dans une pierre, devant les restes de l’auge sépulcrale (planche XXX), un creux de même dimension à peu près que la plaque de plomb. Probablement, ce creux logeait une rondelle de bois sur laquelle le disque était vissé.
C’est d’après l’original que nous avons reproduit ce disque. Il fut gardé jusqu’à la Révolution dans le trésor de l’abbaye, passa ensui te dans le cabinet de M. Henri Baudot, et fut enfin acquis par le chapitre de Saint-Bénigne, qui le conserve dans la salle de ses réunions.
Voici le relevé de l’inscription : « Hic requiescit corpus sancti Benigni presbyteri et martyris. — Ici repose le corps de saint Bénigne prêtre et martyr. »
Les caractères sont les capitales employées dans l’épigraphie des dixième et onzième siècles. Mais il n’y a pas lieu de supposer cette inscription antérieure à l’abbé Guillaume. Si elle datait de l’époque où le sarcophage fut enterré sous le pavé de la crypte, .elle eût servi à établir l’authenticité des reliques du martyr, quand, vers l’an mille, l’ancien martyrium fut déblayé ; et Raoul Glaber n’eût pas omis cet important détail, dans le récit qu’il nous a laissé de la reconnaissance des reliques.
Après les longues descriptions qui précèdent, nous allons reprendre la trame de l’histoire, et rappeler quelle série d’occupations et d’événements saisirent ou éprouvèrent l’abbé Guillaume, durant la période de la reconstruction de l’église Saint-Bénigne.
Travaux et difficultés. — Pendant les quinze années que l’on mit à élever la basilique romane, l’abbé Guillaume dut faire face à une multitude de travaux, et à des difficultés très graves nées des circonstances politiques.
Il avait à peine jeté les fondements du nouvel
men » du tombeau est soutenu, non par quatre colonnes, mais par quatre petits piliers.
(1) Act. SS., t. I Nov., p. 175. — Qui (Arnulphus) cum quadam die, ducente fide, prout possibile fuit advectus esset ad ejusdem (martyris) sepulchrum, exorans et sæpius invocans ilium, pervenit usque ad unam ex columnis marmoreis quibus absida continetur, statimque auxilio subvenientis Domini ûdelis servus citissime allevatur. Nam ut eam manu contigit, nisus surgere, ejus sublevatione plenissimæ sanitati sensit sese redditum.
édifice, que Richard II, duc de Normandie, l’entraîna à Fécamp, pour réformer l’abbaye de la Trinité. Richard, parent du roi Robert et du duc Henri de Rourgogne, avait pu connaître par ces princes le mérite du moine réformateur, déjà du reste en grande réputation. Il lui prêta le concours le plus généreux, et Guillaume s’attacha de cœur à Fécamp.
A son retour de Normandie, l’abbé de Saint- Bénigne s’arrêta peu de temps à Dijon. Bientôt il dut repasser les Alpes : car les constructions de Fructuare s’achevaient. Le 23 février 1003, il était présent à la dédicace de l’église de ce monastère, qui fut célébrée par Oc.tavien, coadjuteur de saint Évremond, évêque d’Ivrée (1).
Parmi les protecteurs de la naissante abbaye venait en première ligne un parent de l’abbé Guillaume, Ardoin, marquis d’Ivrée, chef du parti antigermanique. A la mort de l’empereur Othon III (1002), il avait pris sur sa tête la couronne de fer du royaume d’Italie. Cette protection suscita au fondateur de Fructuare de sérieux embarras. Car, en 1004, Henri de Bavière — plus tard l’empereur Henri II (saint Henri) — parut en Lombardie, et se fit proclamer roi à son tour. La lutte engagée se prolongea. Le monarque allemand eut un digne adversaire dans Ardoin, qui sut lui échapper et garder son indépendance au sein de son donjon. Au bout de dix années seulement celui-ci abandonna la scène politique, pour se retirer à Fructuare, où il mourut le 14 décembre 1015. Or, durant les hostilités, l’abbé Guillaume passa pour un chaud partisan d’ Ardoin. De là chez Henri II un ressentiment qu’il fallut apaiser et qui apporta des obstacles à l’expansion de l’œuvre nouvellement éclose.
Cependant des difficultés du même genre avaient surgi en Bourgogne. Le duc Henri était mort le 15 octobre 1002, après avoir institué Otte-Guillaume son héritier. Loin de ratifier le testament de son oncle, le roi Robert disputa immédiatement à Otte-Guillaume la succession que celui-ci venait de recueillir. Au printemps de l’année 1003, il entra en campagne, suivi de ses vassaux, et spécialement de Richard de
(I) Une inscription lapidaire relevée par la Chronique de Fructuare fournit la date de cette dédicace. Le commencement du texte, publié d’une manière fautive, doit se lire ainsi :
Millesimus sublimis erat tune tertius annus Partus virginei Principis œtherei;
Marti seplima, seu Indictio prima, calendas Tempus oel cursum ambo suum peragunt.
Le millésime 1003 est clairement désigné, ainsi que le septième
Normandie qui commandait à lui seul trente mille hommes. C’est au début de cette guerre que l’abbé Guillaume revint de Fructuare à Dijon. Cousin d’ Otte-Guillaume, ami de Brunon, qui fut le plus irréductible adversaire du roi, il se trouva dès lors suspect à Robert.
D’autre part, Dijon fut le quartier général d’Otte-Guillaume, tant que dura la résistance, et l’abbé de Saint-Bénigne eut constamment à craindre de voir le monastère envahi et saccagé par les troupes royales.
Il faut se rappeler la situation politique de la Bourgogne à cette époque. Le duc n’administrait directement que les comtés d’Autun et d’Auxerre. Sur les autres, il avait le droit de suzeraineté, mais les comtes ou les évêques qui les gouvernaient y exerçaient une action personnelle, qui pouvait se déclarer contre lui. Or, tandis que Robert, par les armes ou autrement, soumit à son plein pouvoir Auxerre et Autun, tandis qu’ailleurs il fit accepter sa suzeraineté de plusieurs comtes ou évêques, il ne put rien du côté de Brunon, seigneur temporel des forteresses de son diocèse, et spécialement de Dijon et de Langres. Ce prélat resta fidèle à la cause de l’héritier testamentaire du duché. Dijon fut vaillamment gardé par Humbert de Mailly ; et l’armée du roi, ne pouvant ni se ménager des intelligences dans la place ni se décider à tenter l’assaut, vint presque chaque année, par vengeance, mettre à feu et à sang tout le pays jusqu’à la Saône (2).
Malgré les anxiétés d’une telle situation, l’an 1014-1015, l abbé Guillaume retourne en Italie, où le rappelaient les intérêts de Fructuare. Il paraît au concile de Latran, et obtient du pape Benoît VIII, en faveur de sa fondation italienne, la pleine exemption dont jouissaient les abbayes relevant directement du Saint-Siège. Ce privilège avait déjà été accordé en 1006 par Jean XVIII. Benoît VIII le confirma (3).
Rentré à Dijon, le vénérable religieux entendit retentir, plus menaçants que jamais, les cris de guerre accoutumés.
Pendant les premières années de la lutte, par
jour avant les calendes de mars, et l’indiction première. Dans le reste de l’inscription figurent les noms du roi Ardoin, bienfaiteur de l’abbaye ; d’Octavien, prélat consécrateur ; enfin de l’abbé Guillaume.
(?) Chron., p. 173; — Fyot, H ht. de Saint-Étienne , pr. 100 p. 59.
(3) L’abbé Chevallier, le Yen. Guillaume, pp. ?90, 593. Migne, P. L., t. CXXXIX, col. 1597.
son propre ascendant et grâce à diverses influences, comme celle de Richard de Normandie qui lui était attaché, il avait réussi à ne point perdre toute faveur auprès du roi. Des donations s’étaient faites au profit des abbayes de Dijon et de Fécamp avec l’approbation de Robert. Une fois cependant la colère du prince avait éclaté, et il avait enlevé à Guillaume le monastère de Moutiers-Saint-Jean. Plusieurs terres de Saint- Bénigne avaient aussi été dévastées (1).
Dans le début de l’année 1015, l’armée royale résolut enfin de frapper un coup décisif. Après plusieurs combats dans le Sénonais, elle vint, en automne, mettre le siège devant Dijon, ravageant, comme d’habitude, la campagne environnante. Évidemment, Robert enveloppait à cette heure dans la môme inimitié Otte-Guillaume,' Brunon et l’abbé de Saint-Bénigne. Celui-ci le comprit.
A la nouvelle de la marche de l’armée sur Dijon, l’abbé donna ordre à ses moines de se disperser. Quelques-uns, emportant les livres et tous les ornements de l’église, se réfugièrent dans le castrum, à Saint-Vincent, qui appartenait encore à l’abbaye; d’autres cherchèrent un asile plus éloigné. Il n’en resta qu’un petit nombre à Saint-Bénigne, pour la garde du lieu et le service divin, et saint Odilon, mandé par son ami, vint se placer à leur tête, afin que son entremise arrêtât le roi, si ce prince attaquait le monastère.
Les troupes royales ne tardèrent pas à arriver : il fallut subir des réquisitions, exercées parfois avec violence. L’enceinte fossoyée qui environnait le « claustrum sancti Benigni » fut envahie par les soldats, et la brutalité de quelques-uns se signala par des traits comme celuici, que raconte le Livre des miracles :
« Quand le roi Robert vint assiéger Dijon, chacun portait son avoir à l’intérieur du castrum. De leur côté, les écuyers de la troupe se répandaient partout, faisant main basse sur ce qui leur convenait. L’un d’entre d’eux, plus barbare que les autres, entreprit d’enfoncer les portes de l’église Saint-Jean-Baptiste. Voyant cela, les clercs font sonner les cloches, prennent le crucifix, et marchent au-devant du forcené. Cet homme, aveuglé par la fureur, osa percer de sa lance le bras de la sainte image. Cependant on vient à bout de le repousser. Il se jette alors dans l’atrium de Saint- Bénigne, où, rencontrant un serviteur avec une
(1) Lettre de Benoît VIII, Migne, P. L., t. CXXXIX, col. 1629.
P Act. SS., 1. 1 Nôv., p. 174, n<> 3.
(3) Chron., p. 173.
charge de blé sur l’épaule, il se met en devoir de la lui enlever. Le serviteur résisté, en affirmant que ce n’est pas son bien, mais celui de saint Bénigne. Des coups violents et drus sont la riposte. Survient un religieux qui essaye par ses reproches de ramener le pillard à la raison et à la justice. Celui-ci brandit sa lance, et le vêtement du moine est lacéré (2). »
Cependant, malgré de pareilles scènes, l’abbaye ne souffrit pas de dommage considérable, et la médiation de saint Odilon eut un heureux résultat. Lorsque Robert vit les moines dispersés, sa piété s’en émut, sa bonté de cœur l’emporta sur la colère; au bout de quelques jours, il leva le siège et regagna son domaine (3). On ne sait rien de plus des motifs qui décidèrent le roi à s’éloigner de Dijon. Il se peut qu’il y ait eu un projet d’arrangement entre lui et Otte-Guillaume. .
Quoi qu’il en soit, au printemps suivant, la situation avait complètement changé de face. Le 31 janvier 1016, Brunon mourut. Cette mort délivrait le roi de son principal adversaire ; elle enlevait à Otte-Guillaume son conseil et son plus ferme appui. Mieux encore pour le roi, Lambert, le nouvel évêque, reconnut sa suzeraineté, et lui céda le comté de Dijon. Ces circonstances assurèrent le triomphe de Robert ; le comte de Bourgogne cessa de prétendre au duché, et les hostilités prirent fin (4).
Dédicace de l’église Saint-Bénigne. — Tels furent les secousses et les périls au sein desquels l’abbé Guillaume eut à construire la nouvelle basilique de Saint-Bénigne. Aussitôt que la paix fut rétablie, il disposa toutes choses pour la dédicace, qui comporta deux solennités distinctes, à raison des deux principales divisions de l’édifice. La consécration de l’église Saint-Bénigne fut célébrée le 30 octobre 1016; celle de la rotonde de Sainte-Marie, le 13 mai 1018.
Voici comment Raoul Glaber raconte la première consécration :
« Lorsque la basilique de Saint-Bénigne, monument très remarquable , fut à peu près achevée, Brunon étant déjà mort et Lambert élevé à sa place sur le siège de Langres, le vénérable abbé Guillaume désira que la nouvelle église fût consacrée, selon l’usage, par la main
(4) Chron., pp. 173 et 174; — Fyot, Hist. cle Saint-É tienne, pr. p. r>9.
du pontife. A son invitation se rassemblèrent au jour marqué dès évêques et des abbés venus de diverses provinces. Une multitude innombrable de gens du peuple accourut également. C’était dans la saison d’automne, le troisième jour avant les calendes de novembre (30 octobre), l’avantveille de la fête du martyr (1). Quand les rites de la consécration solennelle furent accomplis, et que l’on arriva à l’oblation du saint sacrifice, les évêques -et les religieux demandèrent que l’abbé Guillaume prît la parole devant eux et devant le peuple. Il le fit en effet, avec beaucoup d’onction, le visage enflammé, le cœur rempli de l’Esprit- Saint, et son discours attendrit tout le monde. »
Glaber cite quelques fragments de ce discours. On y remarque une allusion à la guerre qui avait désolé la Bourgogne pendant treize années. « Si quelqu’un d’entre vous, dit l’abbé s’adressant au peuple, a donné cinq sous, offert le moindre présent pour participer à la construction de cette nouvelle église du saint martyr, qu’il le déclare devant toute l'assemblée... Considérez, frères bien-aimés, dans quelles circonstances épineuses, à la lueur de quels incendies s’est bâtie cette demeure du Dieu qui peut tout. Elle doit à Dieu même et au martyr saint Bénigne d’élever enfin vers le ciel son faîte resplendissant (2). »
Faut-il croire que, dans ces paroles, l’abbé Guillaume ait reproché au peuple dijonnais, éprouvé par la guerre, de ne lui avoir fait aucune offrande? Ce serait contraire au désintéressement, à l’insigne charité dont l’éminent religieux a donné tant de preuves. Il voulut plutôt, avec son langage sans fard et sans détour, mettre en relief cette pensée : le rétablissement de la basilique n’est pas l’œuvre des hommes, mais l’œuvre de Dieu.
Un reproche qu’il adressa réellement à ses auditeurs fut de négliger leur salut et d’être esclaves de la mondanité.
Dès le jour où Constance était devenue l’épouse du roi Robert, vers 1003, cette princesse avait introduit à la cour les habits et les mœurs des gens du midi, et la nouvelle mode avait eu un rapide
(1) R. Glab., Vit. Guillelm., n° 25. — Jam Brunone defuncto, Lambertoque in sede illius subrogato, placuit ut eadem basilica (sancti Benigni) pontificali ex more benedictione sacraretur. . . Erat enim autumni dies tertius kalendarum novembrium, ante videlicet natale ipsius martyris. — Le jour de la consécration est indiqué d’une manière précise : ce fut le 30 octobre, et l’église se trouva prête pour y célébrer la vigile même de la Toussaint et de Saint- Bénigne. L’annéedoit être 1016, car c’était après la mort de Brunon, et au début, semble-t-il, de l’épiscopat de Lambert. En tout cas,
succès en Bourgogne, comme dans le domaine royal. « Les hommes se revêtaient d’une armure négligée et couvraient leurs chevaux d’ornements ridicules. Ils se coupaient la chevelure à mi-tête, se rasaient la barbe à la manière des histrions ; ils portaient des bottines et des chaussures indécentes. Avec cela, ils n’avaient ni foi ni loi (3). » C’est le portrait tracé par Raoul Glaber. Un pareil costume était jugé alors contraire à la modestie chrétienne. L’engouement que l’on mit à le porter et le dévergondage qu’il occasionna furent promptement repris par l’abbé Guillaume. Il eut hâte d’en faire des remontrances à Robert et à son épouse. Néanmoins l’abus persistait encore au moment de la consécration de l’église Saint- Bénigne. Aussi, poursuivant son discours, l’abbé s’écria : « J’aurais aimé goûter sans mélange la joie que me cause votre concours unanime dans la solennité de cette dédicace, mais j’éprouve une grande tristesse, à la vue des livrées sataniques dont se revêt le peuple de Dieu. Ne voyezvous donc pas, vous dont l’esprit est plus sain, combien sentent la folie ces fentes et ces découpures dans les vêtements, ces chevelures d’homme à moitié coupées, ces joues qui ont perdu leur barbe? Aujourd’hui, la plupart des chrétiens ne rêvent qu’amusements frivoles et coupables. Combien souillent leurs lèvres à tout propos par d’horribles jurements !... (4) »
L’auditoire entendit de graves leçons.
« A partir du jour de cette dédicace, continue Raoul Glaber, il s’opéra beaucoup de guérisons dans la basilique, et surtout au tombeau du glorieux martyr. » C’est une preuve que le nouvel édifice fut visité par de nombreux pèlerins. Le Livre des miracles de saint Bénigne, écrit peu après l’abbé Guillaume, relate les plus éclatantes d’entre ces guérisons.
Une consécration d’église ne s’accomplit pas sans une translation de reliques. Il était naturel que les reliques transférées dans cette circonstance fussent celles de saint Bénigne, qu’on avait retirées du sarcophage quand on le déplaça pour construire un nouveau martyrium. Or, le
cette année ne pourrait certainement pas être postérieure à 1017.
(2) Ibid. — Moneo etiam ilium, si quis est in tota hac plebe, qui vel quinque solidos, seu quippiam ad liujus sancti martyris obtulit reædificandam muneris ecclesiam quam præ oculis habetis, coram cunctis référât... Videte, fratresamantissimi, inter quasspinas atque incendia pessimorum hæc aula omnipotentis Dei, per fldem sui testis Benigni, ad quam elegantia excrevit, ipso coopérante, fastigia.
(3) R. Glab., Hist., 1. III, c. 9.
(4) Id., Vit. Guillelm., n° 25.
Livre des miracles dont on vient de parler termine par ces mots le récit d’une guérison : « Ce miracle eut certainement lieu avant que les précieux restes du martyr de Jésus-Christ fussent transférés par Lambert, évêque de Langres, sur la prière que lui en adressa le vénérable abbé Guillaume (1). » Ces rapprochements paraissent donc établir qu’en effet, le 30 octobre 1016, en consacrant l’église, l’évêque Lambert inaugura le sépulcre monumental érigé par l’abbé Guillaume, et y déposa les reliques de saint Bénigne. Ici par conséquent viennent les détails rapportés dans un passage, déjà cité, de Raoul Glaber, où cet auteur raconte qu’en présence d’une imposante assemblée d’évêques et de religieux, au chant des psaumes et avec des encensements répétés, l’abbé Guillaume transféra le corps de saint Bénigne dans un tombeau d’une beauté incomparable.
Cette translation ne fit que reporter le corps du martyr un peu plus au levant ; il resta inhumé dans l’antique sarcophage, et la foi des fidèles vint souvent réclamer, comme un précieux remède, un peu de poussière que l’on détachait du couvercle en en râclant la surface (2).
Le 13 mai 1018, l’évêque Lambert fit la dédicace de la rotonde de Sainte-Marie. Ce jour du 13 mai, anniversaire martyrologique de la consécration du Panthéon « en l’honneur de la bienheureuse Marie toujours vierge et de tous les martyrs, » fut évidemment choisi à dessein par l’abbé Guillaume. Le rapport qui existait entre le vocable du Panthéon devenu un temple chrétien et le vocable de la rotonde de Saint-Bénigne, explique ce choix. Aucune autre particularité de cette seconde dédicace n’a été consignée dans les documents (3).
Ainsi que le tombeau ou confession de saint
(1) Act. SS., t. I Nov., p. 176, n° 16.
(2) Id., loc. cit. — Deinceps vero (post translationem a Lamberto f'actam) quanti fébricitantes vel variis affecLi iangoribus ad ipsius tumbam concurrentes, hausta cum pulvere ex capilali petra sepulcri eraso aqua, benedicto redierint salutis dono uberius accepto gaudentes !
(3) Mon. SS., t. V, Annal, brev. S. Benign. Divionen., p. 39. — Ad annum 1018 : Hocanno fuit dedicata ecclesia Sanctæ Mariæ in Divionensi monasterio cum toto atrio ejusdem loci per manus Lamberti episcopi feria tertia Rogationum. — En 1018, Pâques tombait le 6 avril, et le mardi des Rogations se trouvait exactement le 13 mai.
Bibl. de Dijon, ms n° 379, Martyrol. S. Benign. Divionen., fol. 25. — Natalis sanctæ Mariæ ad martyres, quando beatus Bonifacius papa ecclesiam in honore semper virginis Mariæ et omnium martyrum dedicavit. Divione, ccenobio beati Benigni martyris, dedicatio oratorii in honore præfatæ Dei genitricis.
L’anniversaire de la dédicace du 30 octobre 1016 n’est pas inscrit
Bénigne, la chapelle de la sainte Vierge fut une partie de la basilique tenue pour particulièrement vénérable, et à ce titre ornée avec un soin spécial. D’ailleurs, c’était dans les traditions monastiques de décorer richement la chapelle ou l’autel dédié à la Mère de Dieu. Sous ce rapport, Cluny donna toujours l’exemple. Dans une lettre à Aton, évêque de Troyes, Pierre le Vénérable lui rappelle, parmi les édifices de la grande abbaye,
« le sanctuaire de la sainte Vierge, le plus beau de toute la Bourgogne, décoré d’élégantes peintures représentant les miracles de Jésus-Christ. » L’abbé Guillaume, selon l’usage clunisien, donna plus d’éclat à la chapelle de Sainte-Marie.
Sépultures dans la basilique. — La construction de l’église romane amena le déplacement de quelques sépultures anciennes. « Le corps du vénérable évêque Isaac, dit la Chronique, dut être transféré ailleurs, à cause des changements qu’exigea la plantation du nouvel édifice. La plupart des ossements de ce pontife, le chef entre autres, se retrouvèrent. L’habit clérical enveloppait encore les restes du prélat. De même, l’évêque Argrimus fut retrouvé portant, sous les vêtements pontificaux, la coule et le cilice des moines. Non loin d’Argrimus fut découverte sainte Radegonde, » — une sainte inconnue, ainsi qu’il a été observé précédemment (4). Le second emplacement de ces sépultures est resté ignoré, comme le premier (5).
Pour les tombeaux saints qui environnaient le sépulcre de saint Bénigne, l’abbé Guillaume les laissa tels qu’il les avait trouvés : à droite (midi) ceux de sainte Paschasie, saint Tranquille, sainte Floride, l’abbé Bertilon ; à gauche, ceux de saint Eustade, saint Hilaire et sainte Quiète, saint Jacob de Toul.
au martyrologe, sans doute parce qu’il s’est confondu avec l’anniversaire de la passion de saint Bénigne.
(1) Chron., p. 142.
(5) Lorsqu’on démolit la rotonde de Saint-Bénigne, en 1792, on trouva dans un mur de remplissage, à l’étage de plain-pied, une pierre provenant du tombeau d’Argrimus, et portant une courte inscription ainsi relevée par M. Baudot : « In hoc sepulcro quiescit Argrimus monachus quondam episcopus Lingonensis qui obiit VII kl febr. » Le nécrologe marque la « depositio » d’Argrimus un jour plus tôt, le 25 janvier, « VIII kl febr. » La pierre fut portée chez M. Baudot (n° 7 de la rue du Vieux-Collège), et encastrée dans le mur de la cour de cette maison; mais on ne l’y aperçoit plus maintenant. On ne saurait donc dire si l’inscription transcrite avait été apposée sur le premier tombeau d’Argrimus, ou seulement sur celui que rétablit l’abbé Guillaume. Le style de l’inscription indiquerait plutôt le premier. — Bibl. de Dijon, L.-B. Baudot, V Abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, Notes prises sur les lieux et d’après les objets memes pendant la Révolution, ms. p. 102.
Entre les personnages inhumés à Saint- Bénigne au temps de l’abbé Guillaume, la Chronique fait connaître Richard, comte de Dijon, fils du comte Hugues déjà enterré dans l’atrium de la même église, à l’époque de l’abbé Manassès ; — Letald, fils et successeur de Richard, mort vers 1007 ; — Gui, comte de Mâcon, fils d’Otte- Guillaume, mort vers 1007 ; — enfin Otte-Guillaume, mort le 21 septembre 1026.
On peut dire encore, avec assez d’exactitude, où gisent les restes du comte Otte-Guillaume.
Le lieu où le prince fut primitivement enseveli s’est effacé des souvenirs. Mais il y eut une translation de son corps en 1579, et la tombe érigée à cette époque a un emplacement connu. Elle était à l’angle du cloître formé par l'église et le dortoir (ou bâtiment de l’ancien chapitre), sous une arcade à cintre brisé. L’épitaphe suivante fut alors gravée sur la dalle, les quatre vers reproduisant sans doute l’inscription du onzième siècle :
Nobiliter ncitus Guillelnvus et Otlio vocatus Pauscit in hac fossa, cujns Lapis hic tegit ossa.
Qui clucis el comitis gemino ditatus honore Artifices scelerum pacis reprimebat amore.
Anno Domini 1027 , XI liai, octob. sepultus est.
Nous traduisons : Noble personne Otte-Guillaume repose sous cette pierre. Honoré des dignités de duc et de comte, il châtiait les coupables par amour de la paix. Il fut inhumé le 21 septembre 1027.
Deux dates sont assignées par la Chronique à la mort d’Otte-Guillaume : 1026 et 1027. La première, qui se lit aussi dans d’autres documents anciens, paraît préférable.
Au mois de juin 1654, les pères de la congrégation de Saint-Maur établis à Saint-Bénigne jetèrent les fondements d’un escalier, à l’endroit où se trouvait la deuxième tombe du comte de Bourgogne. Ils défoncèrent même l’arcade qui recouvrait cette tombe, afin d’avoir une porte de communication entre l’escalier et l’église. La dalle funéraire servit de seuil.
L’an 1659, le père visiteur jugea cet aménagement peu respectueux pour la mémoire d’Otte-
(1) Archives de la Côte-d’Or, biblioth., ms. 120, fol. 133 verso.
(2) Fructuare fat dédié en l'honneur de sainte Marie Mère de Dieu, de saint Bénigne et de tous les saints. Mais le vocable vulgaire fut San Benigno, et en dialecte piémontais San Balegn (philologiquement, Balegn est en effet le dérivé naturel de Benigno : enseignement du professeur Flecchia).
Le bourg qui s’est formé près de l’abbaye, et qui compte aujourd’hui environ trois mille âmes, porte le nom de San Benigno.
Guillaume. Il fit creuser sous la tombe, afin de rechercher les restes du prince, et de les transporter en un lieu plus décent. Mais on ne les découvrit point, en sorte qu’ils sont restés sous les fondations de l’escalier (1).
On aperçoit encore, dans le mur figuré audessus de la lettre D, planche XIX, du côté de l’escalier, les contours de la baie, aujourd’hui remplie, où le tombeau était placé.
Derniers travaux et mort de l’abbé Guillaume. — Peu après la mort du comte de Bourgogne, l’abbé Guillaume sentit lui-même approcher sa fin. Des labeurs sans trêve ni merci, des peines graves et multipliées avaient brisé ses forces. On a lu quelques mots des difficultés qu’il rencontra. Quant à ses travaux, on jugera de leur étendue et de leur poids par un passage de Raoul Glaber. Cet auteur porte à quarante le nombre des monastères, abbayes ou prieurés, qui furent l’objet de la sollicitude du zélé réformateur. Douze cents moines vivaient sous sa discipline. Citons les noms des abbayes qu’il gouverna : Saint-Bénigne de Dijon, Moutiers-Saint-Jean, Bèze, Saint-Michel deTonnerre, Molosmes, Fructuare (Italie), Fécamp, Jumièges, Saint-Ouen de Rouen, le Mont-Saint-Michel, Saint-Germain-des-Prés, Saint-Faron de Meaux, Saint-Arnoul de Metz, Saint-Èvre de Toul, Gorze au diocèse de Metz.
Les principaux centres d’action de l’abbé Guillaume furent Dijon, Fécamp et Fructuare.
Cette dernière abbaye l’occupa beaucoup. Elle finit par compter cent moines, outre ceux qui étaient dispersés dans trente celles environ, dont elle fut le chef-lieu. Dijon envoya à Fructuare des reliques, des livres, des ornements, et un assez grand nombre de religieux. L’abbé y fit maints voyages, après même qu’il en eut confié le gouvernement au moine Jean, neveu du roi Ardoin. En 1028, il s’y retira définitivement.
Fructuare possédait, en vertu d’une donation d’Otte-Guillaume, confirmée par le roi Robert (1024), 1 église Saint-Martin, bâtie dans un faubourg de Beaune (2).
Pie VII, par une bulle en date du 1er juin 1803, a supprimé l’abbaye, et depuis lors l’église abbatiale est devenue église paroissiale. On y retrouve peu de chose de l’antique monastère, sauf le campanile ou tour carrée que l’on voit à gauche de l’entrée principale, et qui a conservé de nom de « tour du roi Ardoin ».
Ce prince mourut à Fructuare et y reçut la sépulture. Mais ses ossements n’y reposent plus. Lorsque le marquisat d’Ivrée passa à la maison de Savoie, les restes d’ Ardoin furent, par ordre de cette
L’abbé Guillaume réussit à placer sous la juridiction immédiate du souverain pontife les trois abbayes dont il avait fait des foyers de sa réforme. Certains esprits se méprennent sur le but poursuivi par les supérieurs des monastères ou des congrégations qui tiennent à se procurer pareil privilège. Ils voient dans leur conduite de l'adulation à l’égard de la papauté, ou l’exécution d’un plan concerté avec elle afin d’étendre son influence, au détriment de celle des évêques. Ils prétendent qu’en général les religieux voulaient éviter ainsi un contrôle gênant par sa proximité, et vivre dans l’indépendance à l’abri d’une autorité qui siégeait au loin. Distraction ou préjugés : telles sont les causes de l’erreur. Le double avantage réellement cherché dans l’exemption était une garantie plus sûr'c contre toute atteinte portée aux biens monastiques, et une meilleure assurance de la stabilité de la vie régulière. Ces motifs sont clairement énoncés dans les diplômes. Et, pour l’abbé Guillaume en particulier, les événements lui prouvèrent qu’il avait raison de se prémunir contre des ingérences capables, à un moment donné, de ruiner son œuvre. Il n’eut qu’à se louer des évêques Brunon et Lambert, pour Dijon et tout le diocèse de Langres. Mais, après la mort de Bertold, évêque de Toul, qui lui avait donné à réformer Saint- Èvre, il vit bientôt Herman, successeur de ce prélat, s’élever contre ses disciples et leur manière de vivre. De même, en Italie, tandis que saint Ursus, patriarche de Venise, l’aimait au point de vouloir se ranger sous sa direction, l’évêque Léon de Verceil se conduisit à son égard en véritable adversaire.
Attentif à sauvegarder la prospérité spirituelle de ses monastères, l’abbé Guillaume ne négligea point leurs intérêts matériels. Quelle que fût sou austérité, il regardait comme une condition du maintien de l’ordre et de la discipline, une dotation convenable pour la subsistance des religieux, pour l’entretien des édifices et les frais du service divin, pour la distribution des aumônes : toujours prêt d’ailleurs, dans les
maison, exhumés du monastère et relégués dans le jardin. Des moines, émus de pitié, recueillirent les ossements et les déposèrent de nouveau dans un recoin du monastère. Bientôt après, le comte d’Aglié, que l’on disait descendant d’Ardoin, les fit transférer dans son château d’Aglié. La maison de Savoie acquit encore ce château. Alors la comtesse de Masino, née d’Aglié, se rendit dans le môme château avec ses hommes, pendant la nuit, et enleva de force les ossements d’Ardoin pour les transporter à Masino. C’est là qu’on les conserve aujourd’hui, dans une petite caisse, où ils sont
calamités publiques, à grossir cette troisième part en prélevant sur les deux autres.
Parmi les principaux bienfaiteurs laïques de Saint-Bénigne, à cette époque, figurent : Otte- Guillaume, qui donna spécialement la terre ducale de Veuvey-sur-Ouche (1004), avec ses deux églises Sainte-Marie et Saint-Pierre, et de nombreuses dépendances ; — Eudes, vicomte de Beaune, qui donna, entre autres biens, l’église Saint-Étienne, bâtie sous les murs de Beaune ; — les seigneurs de Salmaise, de Sombernon et de Blaisy, qui donnèrent l’église Sainte-Marie de Salmaise, et des terres en différents lieux, particulièrement à Daix, à Verrey, à Mortières près de Villecomte (1). Il faut ajouter le roi Robert et les ducs de Normandie. Nous omettons d’autres noms moins illustres ou désignant des personnages inconnus.
Dans le clergé, méritent surtout d’être signalés, comme bienfaiteurs également, les deux évêques Brunon et Lambert, et l’archidiacre de Langres, Humbert de Vergy, qui devint plus tard évêque de Paris.
Les soins de l’abbé Guillaume pour ses monastères s’étendaient à tous les détails. Il donna au plain-chant une grande attention. « Très versé dans l’art musical, dit Glaber, il s’appliqua à corriger et à rectifier tout ce qui se chantait au chœur dans ses églises : antiennes, répons, hymnes. Il arriva à une notation si exacte que, nulle part ailleurs dans toute l’église romaine, on n’entendait une exécution plus juste et plus parfaite. Les psaumes surtout étaient chantés d’une façon très mélodique et très agréable (2). »
Cette réforme introduite dans le plain-chant et, sans doute, d’autres raisons encore obligèrent l’abbé Guillaume à faire transcrire des livres. A Saint-Bénigne, deux religieux entre tous l’aidèrent dans cette tâche, l’un contribuant aux frais, l’autre accomplissant le travail de copiste. Le premier fut le prieur Arnoul, de Toul : il fournit l’argent qui servit à acheter du vélin pour les volumes, de l’or et des couleurs pour l’orne-
renfennés pêle-mêle. On se demande pourtant si, après tant de changements, les restes qu’on dit être d’Ardoin sont bien authentiques. — Note de M. Durando de Turin, obligeamment procurée par M. Majnoni d’Intignano.
(1) Chron., p. 170. — Cf. Pérard, p. 17.7. D’autres confrontations encore font voir qu’il s’agit dans ces chartes des seigneurs de Salmaise, de Sombernon et de Blaisy, parents très rapprochés.
(2) Pt. Glab., Vita Guillelm., n° 24.
mentation des lettres, de riches reliures pour les livres d’autel. Le copiste fut le calligraphe Girbert, un des premiers disciples formés par l’abbé Guillaume : il eut sans doute avec lui plusieurs « amanuenses » ou manuscripteurs (1).
Les livres de Saint-Bénigne enrichirent aussi d’autres abbayes, ou, du moins, ils y furent envoyés pour être transcrits. FructuareetFécamp en ont certainement reçu (2).
Ces livres étaient principalement des livres d’église, les textes de la sainte Écriture et de quelques Pères, des chroniques, des biographies, des recueils des légendes des saints, des martyrologes, le code des statuts du monastère. Pour les traités des différents arts, pour les écrits profanes, la bibliothèque d’une abbaye, au moyen âge, n’en possédait pas, en général, un grand nombre. Ces ouvrages se trouvaient plutôt dans les bibliothèques des écoles épiscopales et, ensuite, des universités. Les moines, dans leur ardente réaction contre la vie séculière, craignaient d’être distraits de leur but en s’arrêtant à étudier les auteurs païens, les poètes surtout qui leur étaient presque inutiles. Ces auteurs cependant se trouvaient dans la bibliothèque de Saint-Bénigne, on le verra plus loin (3).
Une généreuse initiative de l’abbé Guillaume lui fît ouvrir dans ses monastères de petites écoles extérieures de chant et de lecture, où l’instruction était donnée gratuitement à tous, et où les enfants pauvres avaient même l’avantage d’être nourris par les religieux. Ces établissements profitèrent aux deux clergés, séculier et régulier. Les jeunes gens destinés au ministère
(1) Chron., p. 162, — Archiv. de la Côte-d’Or, fonds Saint-Bénigne, H. 30, Salmaise. — Girbert signe : « Girbertus indignus levita ».
(2) Chron., p. 155. — Au temps des religieux de la Congrégation de Saint-Maur, le ms. 83 de la bibliothèque de Saint-Bénigne, contenant les Commentaires de saint Jérôme sur les psaumes, renfermait, à la dernière page, la copie d’une lettre adressée de Fécamp à Dijon, pendant le gouvernement de l’abbé Guillaume. On lisait dans la lettre : « De libris quos remittere vobis jussistis, nullum legatum liactenus habuimus per quem remittere ausi essemus. » Le même document parlait aussi d’ouvriers employés tour à tour à Dijon et à Fécamp : « De artificibus ædi&ciorum nostrorum quæ cœpimus, vos obsecramus quo... mittere ad nos festinetis, quia valde nobis necessarii sunt. » — Bibl. nat., Coll, cle Bourgogne , t. XI, fol. 745.
(3) Sur les origines et les accroissements de la bibliothèque de Saint-Bénigne, voir le Trésor de Saint-Bénigne , par B. Prost, loc. cit-, pp. 299 et suiv.
(4) R. Glab., Vit. Guillelm. , n° 14. — Interea cernens vigilantissimus Pater quoniam non solum illo in loco (Fiscamnensi), sed etiam per totam provinciam illam (Normanniæ), necnon per totam Galliam, in plebeiis maxime scientiam psallendi ac legendi deficere et annullari clericis, instifuit scholas sacri ministerii, quibus pro Dei amore assidui instarent fratres hujus officii docti, ubi siquidem gratis largiretur cunctis doctrinæ beneficium ad cœnobia sibi com-
ecclésias tique des campagnes furent mieux préparés pour cette tâche, et, dans le nombre des élèves, plusieurs embrassèrent la vie cénobitique (4).
En l’année 1028 la famine éprouva cruellement la Bourgogne. Afin de soulager la misère du peuple, l’abbé de Saint-Bénigne, non content de vider les celliers de l’abbaye, dépouilla l’église et le tombeau même du martyr, des ornements que la piété y avait amassés. « La magnifique abside du tombeau, dit la Chronique, fut démontée et vendue pour secourir les pauvres, et dans le même but on sacrifia toute l’orfèvrerie en or ou en argent : une châsse en or d’un beau travail et enrichie de pierres précieuses, trois devants d’autel, deux encensoirs, des croix. »
Dès 1027, l’abbé Guillaume avait à peu près abandonné le gouvernement du monastère au prieur Ilalinard. Sûr d’un tel auxiliaire, il prépara sa retraite définitive en Italie. Sa santé épuisée réclamait un climat plus doux que celui de la Bourgogne. Tel était d’ailleurs le déclin de ses forces, tel le poids de ses infirmités qu’il n’aspirait plus qu’à sortir de ce monde pour aller à Jésus-Christ. En octobre 1028, il quitta Dijon, accompagné de Raoul Glaber, et se rendit à Fructuare, où il se fixa, tandis que Glaber revint en Bourgogne, à Cluny probablement. Cependant, après environ deux années de séjour dans sa terre natale, l’abbé Guillaume se vit contraint de revenir en France, afin de s’occuper sur place de quelques-uns de ses monastères, entre autres, de celui de Fécamp (5). Le duc de Normandie, Robert le Diable, demandait un abbé
missa confluentibus, nullusque qui ad hæc vellet accedere prohiberetur : quin potius tam servis quam liberis, divitibus eu ru egenis, uniformæ charitatis impenderetur documentum. Plures etiam ex ipsis, ex cœuobiis, utpote rerum tenues, accipiebant victum. Ex quibus quoque nonnulli in sanctæ conversationis monachorum devenere liabitum. Cujus denique institutionis labor nimium optabilem diversis ecclesiis contulit fructum.
Chron., p. 156. — Locum (Fiscamnensem) omnibus religiosis studiis ceterisque bonorum- copiis adornavit <GuilIelmus abbas).
Il ne faut pas confondre les écoles ouvertes par l’abbé Guillaume avec ce qu on appelait alors écoles de grammaire, aujourd’hui écoles secondaires.
On s est demandé pourquoi Halinard, saint Bernard, etc , n’avaient pas été instruits à Saint-Bénigne. L’explication se rencontre ici. A Saint-Bénigne, l’école extérieure n’était que rudimentaire, et l’école intérieure des oblats ne comportait pas elle-même un enseignement aussi complet que les grandes écoles épiscopales ou collégiales de Langres et de Châtillon-sur-Seine.
(5) R. Glab., Vit. Guillelm., n° 29. — Cum esset in Italia suum biennio præstolans a seculo excessum, sed rerum opportunitatibus exinde evocatus, ægerrime tamen ad Gallias remeavit.
Chron., p. 157. — Postquam igitur per annos fere triginta Guillelmus abbas Fiscamnense rexit cœnobium, cum jam senectute simul et ægritudine gravaretur, et elegisset sibi Fructuariensem
pour cette maison, à laquelle depuis près de trente ans présidait un simple prieur. Dans l’été ou l’automne de 1030, le vénérable religieux traversa très péniblement les Alpes, et se transporta, en visitant ses disciples, d’abord jusqu’à Gorze, puis jusqu’à Fécamp. Joannelin, prieur de cette abbaye, fut élevé à la dignité abbatiale, selon le vœu de Robert. C’était un moine né à Ravenne, connaissant fort bien les lettres, et même l’art de la médecine, qu’il avait étudié par ordre de l’abbé Guillaume.
Tandis que ces soins le retenaient à Fécamp, le saint abbé sentit s’aggraver sa maladie, et il succomba le 1er janvier 1031. Le monastère normand garda ses restes, qui lurent embaumés et déposés devant l’autel de saint Taurin, dans la grande église dédiée à la Trinité.
C’est ainsi que cette âme ardente, chez qui ni le détachement religieux ni un long séjour parmi nous n’avaient pu affaiblir l’amour du pays natal, et qui espérait y avoir sa tombe, vit Dieu lui demander encore le sacrifice de cette dernière consolation. Mais l’arrêt du ciel le trouva pleinement résigné, soucieux d’une seule chose, de mourir en religieux et en abbé. Les jours qui précédèrent Noël, il régla les intérêts de Fécamp et des autres maisons soumises à son autorité. Puis, une fois les solennités commencées, il voulut, fidèle à l’observance clunisienne, passer dans un profond silence la semaine de Noël entière. Il mourut quand elle s’achevait.
L’église de la Trinité a été reconstruite, deux siècles environ après la mort de l’abbé Guillaume, mais sur le même emplacement. En 1638 les restes de ce moine vénérable ne reposaient plus dans la chapelle de saint Taurin, actuellement du Calvaire, au transsept, mais dans une autre chapelle plus rapprochée du chevet de l’édifice, et dédiée, jadis à sainte Madeleine, maintenant au Sacré-Cœur. Là, en 1680, fut érigé au grand réformateur un monument funéraire, qui est encore debout, appliqué au mur, du côté de l’évangile, et dans lequel on a scellé une caisse de plomb contenant le reste des ossements, dont une partie avait été distribuée. L’épitaphe, martelée à la Révolution, se retrouve dans la chronique manuscrite de Fécamp, à la Bibliothèque nationale. Elle a été reproduite, en majeure
locum ad habitandum, desiderans in patrio solo quiescere, considerans princeps regni Robertus qui post patrem et fratrem defunctos primatum tenebat Nortniannorum, petiit per legatos eurudem Patrem, ut abbatem sibi substitueret.