‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 10 sur 50 · Tome IL E · texte numérisé non relu

Tome IL E

Mais toujours AUianase faisait le principal oliJeP de la haine <le Constance et de ses ariens. Toute l'église catholique leur semblait concentrée dans sa personne, et ce n était que pour le réduire qu'on avait préalablement séduit tant d évèques. Quand ils eurent souscrit à sa condamnation, on crut ne devoir plus rien ménager. L'orage avait été plus de deux ans à se former : sa violence répondit à cette longue et ténébreuse fermentation. Nous n entreprenons pas de faire la peinture de ces dernières horreurs, qu'il est difllcite de tracer avec les couleurs convenîibles. Nous nous contentons d'avertir que ce qui arriva quelques années auparavant, à l'installation du faux évêque Grégoire dans le siège d'Alexandrie, et qu'on en peut regarder comme la première scène, ne fut qu'un léger crayon de cette horrible catastrophe.

George de Cappadoce , qui à cette seconde fois s'empara du siège d'Atbanase , ne se donnait pas la peine de paraître vertueux, pas même honnête ïiomine (i). Sans foi, sans moeurs, sans éducation, sans naissance , et d'abord sans état , il n'était conna qu'en ffualité d'aventurier et de parasite, vendu à qTjiconque lui donnait à manger. Ce fut une fop^ i tune pour lui d'obtenir une place de bas employa ■ dans Tentreprise des vivres. Il y malversa , se vit A obligé de se dérober par la fuite au châtiment de ses pillages, et d'errer de province en province. Tel fut le second émule cm'on opposa au plus illustre prélat de son temps.' Encore élait-it d'une dureté rustique, désagréable dans les manières et les propos , sans nulle teinture des lettres , sans nul usage du inonde, étourdi et brouillon, naturellement impitoyable, sans aucun princijîe de religion, et païen autant qu'hérétique, uniquement propre à installer l'impiété arienne dans la chaire episcor pale de la seconde ville du monde.

Cette grande éghse et toutes celles de sa dépen-

(i) Auun. Tilare, l. u, ç, \i.

iâance furent en même temps privées de leurs pasteurs légitimes; c'est-à-dire, toute la grande el florissante province d'Egypte , avec la Lybie qiii en dépendait. On les i*elégua au fond des plus affreux déserts de l'Afrique , et on les força de partir sur le champ 5 quel que fût leur âge , et en quelque état que se trouvât leur santé. Il y en eut enyiron quatrevingt-dix traités de la sorte, et il ne se trouva qu'un seul lâche parmi eux , savoir Théodore d'Oxîrinque , qu'abandonna avec mépris tout son clergé (i). De tant d'illustres proscrits, plusieurs moururent en route ou à leur terme , soit de misère , soit . des indignités qu'ils eurent à souffrir. On leur substitua aussitôt après leur départ , de jeunes gens sans retenue , sans autre mérite qu'une confessioa précipitée de l'arianîsme que plusieurs d'entr'eux ne connaissaient que de nom , et sans autre titre qu'une somme comptée aux officiers impériaux qui mettaient publiquement les dignités ecclésiastiques à l'enchère (2). Une multitude innombrable de fidèles de l'un et de l'autre sexe , spécialement entrç les moines et les vierges , furent horriblement immolés dans le lieu saint, et tom<)urs suivant le goût lubrique de l'hérésie , après des outrages infiniment plus insupportables à leur vertu, que n'était la mort.

Comme Athanase se rencontrait avec une bonne partie de son peuple dans l'une des principales églises d'Alexandrie , elle fut investie de plus de cinq mille soldats légionaires , armés en règle , le casque en tête , et l'épée nue en main. Il exhorta ses ouailles à se retirer tranquillement ; ce boa pasteur refusant de mettre sa propre vi^n sûreté , tandis qxie la moindre partie du troupeau resterait en péril. Déjà les portes étaient rompues ; et à là faveur des lampes sacrées , car cette horrible scène se passa de nuit^ on voyait étinceler les armes de la troupe qui avançait en criant et en me-

(1) Marc, et Faust, p. 777. (-î) Ath. adsoL p. 863«

nacant. Le bruit et le tumulte e'iaient effroyables." On se renversait les uns sur les autres, et il y eut quantité (le personnes étouiVe'es. Le saint evêcjue nabamlonna point encore la partie; et sentant qu'on n'eti voulait personnellement cju'à lui , et C£ue la plus grande fureur serait suspendue justju'à ce qu'il fût arrête, îl s'exposait géiie'reusenient à périr pour le salut de son peuple.

Enfin lii plupart ëtantsortis , les clercs elles solitaires qui restaient l'entraînèrent avec eux. H fut tellement pressé dans la foule , qu'il manqua d'être sulFoque. Long-leraps il demeura évanoui et sans connaissance, en sorte qu'on Tenleva comme mort : ce qui apparemment facilita son évasion au milieu de tant dardens satellites, d'où elle semblait ne pouvoir se faire sans miracle (i). Quand ou le sut vivant , Il n'y eut réduit si caché qu'on ne furetât dans les villes et dans les campagnes. Oq ne peut exprimer tout ce qu'il eut à soulïî'ir en se cachant. 11 dcineura un temps conslde'rahle dans une citerne sèche , où le maître et la mattre'ise du logi^ lui portaient à manger par inter^ valle. Les incommodités de la fuite, dit-il luimême, sont plus difiiciles à supporter que les douleurs de la mort; et le principal mérite de ceux qui souffrent persécution , consiste à persévérer sans ennui et sans impatience.

Les ministres delà tyrannie soupçonnant qu'on pourrait le trouver dans les. solitudes de Tahenne qu'il affectionnait particulièrement , envoyèrent des soldats fouiller ces pieux asiles. La troupe

etï're'née se fit ouvrir toutes les portes des monastères et <B laures , sans pouvoir le découvrir. Alors on reconnut la diiférencede leurs angéiiques liabitans , dégagés de tout intérêt terrestre , à ces prélats timides qui attendaient des grâces de la cour. Ces pieux et intrépides solitaires , observant l'évangile au pied de la lettre , ne daignaient pas

(ij Ath. dcFug. p. 717.

saluer les ennemis dé l'église : mais ils confessaient leur foi , sous les épëes nues, et ne se consolaient qu'on refusât la morl à leur zèle , que par les outrages qu'ils essuyaient pour la même cause.

Athanase se trouvait en effet parmi les cénobites de Tabenne., quoiqu'on n'eût pu l'y découvrir. Il craignit qu'enfin le poids de la persécution ne retombât sur ces généreux hôtes , et il s'enfonça davantage dans la solitude , édifiant à' leur tour les anachorètes les plus écartés du commerce des humains. Ils voyaient avec admiration , dans ce rélat accablé de travaux et de chagrins , autant e recueillement que dans aucun a eux. Longtemps ils protestèrent avoir plus profité dans la science sublime de la perfection évangélique, par le moyen de ses entretiens et de ses exemples , 'que par toutes leurs austérités et leurs oraisons. On croit que cette rétraite dura environ six ans, pendant lesquels cet infatigable docteur s'efforça de n'être

{)as moins utile à l'église , qu'au milieu des villes es ]>lus habitées. Il confirma dans la foi les cantons écartés de son diocèse , qu'il pouvait encore visiter ; et dans ses intervalles de loisir , il com-

Î)osa , entr'autres ouvrages , son admirable apoogie à Constance, avec son épître aux solitaires. Il voulait prévenir ceux-ci contre l'artifice des hérétiques , qui n'osant tenter de les séduire , abordaient à leurs saintes demeures, pour se vanter au moins d'être en communion avec eux. Il les pria d'examiner avec ime scrupuleuse attention la croyance des voyageurs qui les visiteraient:; de ne point entendre ceux qui tiendraient une doctrine suspecte , pas même ceux qui communiqueraient avec les sectaires , à moins qu'ils ne Î)romissent de rompre ce commerce scandaleux. 1 est vme autre lettre de saint Athanase aux solitaires, beaucoup plus étendue que celle-ci, et qu'on doit plutôt appeler un traité qu'une épître. Llle comprenait deux parties , la première concernant le dogme , et que nous n'avons plus. Dans la

ro ' ÏI ï s T o I n B

seconde,' toute Listorîque et conservée presqn» entière, le saint pasteur jnstiffe sa fuile contre le» calomnies des sectaires mêmes, qui, en l'y foiv çant , la iiu i-eprocîiaient comme une lâcheté.

Dans l'apologie adressée à l'empereur , il disente à fond les ailFe'rens chefs d'accusation intenîés contre lui-même, montre son innocence dans tout son jour, et avec toute la liherl^ convenable à la cause qu'il défendait (i). Jaloux principalement de la réputation de sujet fidèle, si imporlante à l'honneur et à l'autorité de l'épiscopat , son éloquence prend un degré élonnant de chaleur , tonchantles semences dezizanie qu'on l'accusait d'avoir fomentée entre l'empereur régnant et Constant défunt.Sonardeur s'enflamme encore davantage, au sujet de son attachement prétendu pour le t^ran Magnence (:i). Prince , dit-il, il sagit ici, non d'un intérêt pécuniaire, mais de la gloire de l'église. Ne laissez pas sur elle les ombres odieuses d'un soupçon si bien dissipé ; et cju'on ne soit plu» en doute, si des chrétiens, et sur-tout des évêques , ont en exécration de si monstruenx attentats, les conspirations , l'ingratitude et la perfidie. Si j'étais accusé devant un autre jn^ , j'en appellerais à l'empereur. Etant accusé devant vous, <pii puis-je invoquer ? Le Père adorable de l'adorable Fils qui a dit : Je suis la vérité. Source éternelle et éternellement féconde de cette vérité, redoutable vengeur du mensonge et des impostures, prenez donc la défense de l'opprimé , qui ne l'est que pour vous; et protégez, avec l'honneur de votre ministre , celui de l'église que le Christ s'est acquise au prix de tout son sang.

Le dernier chef d accusation contre le saint patriarche , c'était d'avoir désobéi à l'empereur , en refusant de sortir d'Egypie. A cela il répond , tfuiln'esl, ni assezaudacieus, ni assez imprudent, pour résister à un si grand prince. Il s'eil'orce en-

(0 Apol. p. 6;4. (2} iùid. p. 6:7.

B E î.' E G L I SE. 7^

'suite de le convaincre qu'il nç, l'a point fait, par l'exact récit de tout ce qui s'était passé. Et comme,, d'une autre part , les ennemis de la foi triomphaient de leurs malheureux $uccès contre lui , il n'épargne rien pour mettre en discrédit leurs coupahles trames. S'il est honteux , dit-il , que des évéques ayent cédé à la crainte , il est hien plua honteux- de la leur avoir imprimée ; rien ne marque mieux l'iniquité d'une pareille cause. Tel est le procédé , non du Sauveur qui se contente d'inviter en disant : Si quelqu'un veut venir après

*inoi , qu'il me suive; mais de l'antechrist , qui

ne fait que des faussaires et des hypocrites , par les

menaces perpétuelles du bannissement et de la mort.

L'apologie fut inutile : la persécution se poussa

. avec fureur , par tout où l'on avait de l'attachement pour Athanase et pour la foi de Niçée , dcr Fuis 1 Egypte et la Syrie jusqu'aux extrémités de Occident. Les Gaules étaient trop distinguées par ces heaux endroits , pour demeurer en paix dans un trouble si général. Saturnin, éveque d'Arles , l'un des principaux sièges de l'église

âallicane , faisait depui;s quelque temps de soures tentatives , pour répandre l'ivraie dans toute cette moisson florissante. On découvrit ses liaisons avec les novateurs , spécialement avec Ursace et Valens ; et il fut exclus de la communion de presque tous les évéques ses compatriotes (i). Il fb^ ma cependant le dessein de faire triompher r< reur ; et par la faveur impériale , il fit assembler un concile à Beziers , dans les premiers mois de l'année 356. Mais il s'y rencontra , dans la personne d'Hilaire , éveque de Poitiers , un de ces grands hommes constitués par le Seigneur , tant pour arracher que pour planter y et pour déconcerter toute la malignité de l'homme ennemi.

Il était né à Poitiers même, de l'une des plus illustres maisons de toutes les Gaules. Avec un

{:) Sulp. ScY. lib, 3«

génie supérieur, el non moins d"ar<Ieur pour les sciences , il avait les connaissances pliilosophiqnes et littéraires les plus profondes et les plus étendues.'Elevé dans le paganisme , il ne puisa d'abord que dans les écrivains profanes, qui ne purent satisfaire la justesse de son esprit, ni son admirable droiture dans la recherclie de la véiiié et du bon ordre assorti à la nature raisonnable. Il en avait déjà senti l'incompatibilité avec toute autre chose fpie la^ertu. Ce que les païens enseignaient de la divinité , partagée par res sages cbarnels entre les différens sexes , attribuée quelquefois à ce qu'il -y avait de plus vicieux dans l'un et dans l'autre , aux brutes mêmes et à des muettes statues ; il en découvrit clairement la fausseté et l'extravagance ; et il se convainquit qu'il ne pouvait y avoir l'un seul Dieu, éternel, toul-puissanr,immuable(i)près tant de recherches, les livres sacrés lui étant tombés entre les mains , il fit dans la connaissance de la vérité , des progrès dignes des sources pures où il puisait enfin , et des dispositions qu'il apportait à leur lecture. Il souhaitait, à ce qu'il nous dit lui-même, que la croyance du vrai , ainsi que la prati(]ue du nien , eût une récompense éternelle. L'é\an£;ile de saint Jean surtout lui apprit toute l'étendue de la divine charité envers les hommes. Il ne trouva rien que de Croyahle , dans l'incompréhensibilité même dé l'infinie perfeelion,dans l'anéantissement du Verbe fait ciiair pour nous racheter , el dans l'élévalion de la nature humaine à l'union hypostatique avec la divinité. Il embrassa le dogme de la consubstantialité, sans avoir ouï parler du saint concile qui l'avait tiéfinie; et l'ayant puisée dans l'évanjile , par une illustration comme immédiate de la umière incréée, il le défendit avec toute l'ardeur la fidélité due à un enseignement si divin. L'évêché de Poitiers étant venu à vaquer, à ce

Be

qu'on croit , parla mort de S. Maîxant , frère 4c S. Maxiinin de Trêves , on ne trouva point de plus digne successeur à un si saint ëvêque^ qu'Hîlaire,

3uoique marie. La réputation de ses lumières pt e sa vertu donna un tel crédit à sa doctrine , qu^îl ne conserva pas seulement la vraie foi dans son diocèse et dans les provinces voisines , mais qu'il préserva de Tarianisme toute l'étendue des Gaules* Au concile assemblé par les intrigues de l'hérétique Saturnin , il eut le courage de dénoncer ce patron même de l'hérésie^ aussi emporté dans son . ressentiment , que corrompu dans la foi et dans les mœurs. Le^ seetaire n'imagina rien de mieux contre un tel antagoniste , que de le faire reléguer jusqu'en Phrygie , par une fausse relation u'il envoya à Constance , de ce qui se passait à ziers. Avec Hilaire partit Rodane de Toulouse , plus fort par cette liaison que par son caractère naturellement facile, et qui mourut courageuse-^ ment dans son exil , aussi-lïien que Paulin de Trè-" ves. On ne nomma point de successeur au saint évêque de Poitiers , qui continua pendant son absence de gouverner son diocèse , par l'excellent clergé qu'il V^avait formé.

Son nom , avant sa personne , avait passé les monts et les mers ; et il lui était venu d illustres disciples des régions les plus éloignées. De ce nombre fut le grand saint Martin , né en Pannonied'un homme de guerre, et engage dès sa jeunesse dans la même ])rofession , où il exerça cet acte héroïque de charité, qui le dépouilla d'une partie de son vêtement en faveur d'un membre indigent de Jesus- Christ , et qui attira sur toute la suite de sa vie l'abondance des grâces célestes (i). Dès qu'il put obtenir son congé, il vint se ranger à Poitiers sous la conduite du*saiat évêque quilui donna place entre ses clercs , et qui voulut même le faire diacre. Mais l'humble prosélyte se crut encore trop honoré de ^••^~-— • ' ■ — '"■^"^"" '

(i) Sulp. Se Y. f^it. Mart, init.

■jif Histoire

recevoir l'ordre d'exorciste. En vain cberclia-t-11 l'obscurité et l'abjection : par l'exercice mêine de ce ministère inférieur , le Tout-puissant commença à lui comranniquer ce don éclatant de* miracles , cjui en a fait un des plus célèbres thaumaturges de l'église.

Cependant son digne maître confiné en Orient, y Ggurait plutôt en apôtre qu'en banni. S'il n'y put rétablir la foi dans son état primitif, au moins empêclia-t-il son entier dépérissement et des abus inonis. Par-tout où il paraissait , son courage et ses lumières rendaient pour le moins l'hérésie pliis timide. Il semblait n'avoir cjuitte son église , que pour prendre la sollicitude de toutes les autres. Mais celles de GaiJe l'intéressaient plus particulièrement. N'eu recevant cependant aucune lettre des évèques , il conçut les plus cruelles inquiétudes : il craignit qu'ils n'eussent , comme tantd'autres, cédé à Topiniàtrelé des séducteurs , et que la re^, Jigion ne leur fût devenue indifférente, ainsi que sa propre personne. Il apprit eniln par leurs lettres tardives , que la difficulté des relations était la seule cause qui l'en avait privé jusque-là. Les nouvelles épreuves de leur foi , et leur ftouveau triom- She sur l'hérésie le dédommagèrent agréablement e ses alarmes. Ils lui apprirent la condamnation expresse qu'ils venaient de faire de lu seconde formule , dressée à Sirmicb l'an Sûiy , par Potamius, évêque de Lisbonne , et adoptée par tout le parti hérétique (i).

Il sut encore que saint Phébaded'Agen emplovait ses lumières et son éloquence à réfuter cette formule captieuse , beaucoup plus mauvaise que la première qui ne péchait que par son insuOisance j tandis que le blasphème et l'impiété perçaient dû toute part les voiles grossiers dont* celle- ci les enveloppait. On estconvenu,']>orlail-elle , qu il Ji'y a qu'un Dieu, Père tout-puissant, comme on le

{i) m\. de Sjn.

croît par tout le inonde, et un seul Jésus - Christ son fils unique, notre Seigneur et notre Sauveur , engendré de lui avant les siècles ; que l'on ne

}>eut ni ne doit reconnaître deux Dieux, puisque e Seigneur lui-même a dit : J'irai à mon père e% à votre père, à mon Dieu et à votre Dieu ; passage que les auteurs de cette formule relevaient avec emphase , pour attribuer la divinité au seul Père , à l'exclus^ion du Fils. On s'est accordé sur tout lé reste , ajoutait-on avec encore plus de malignité j mais comme quelques-uns , en petit nombve^étaient frappés du mot de substance , on a jugé à propos de nen faiire aucune mention. Sous ce beau prétexte , on ne parlait, ni d'identité, ni ntême de * ressemblance de nature ; et tout le contexte in-^ duisait natui^ellement à penser , que le Fils de Dieu était d'une autre nature que son Père, tiré, non de sa substance , mais du néant , comme tous les êtres créés. Saint Phébade examine la suite de cette» formule d'un bout à l'autre , et fait remarquer que ce qu'elle semble avoir de bon est placé avec tant d'artifice, qu'on peut aisément le détourner à un sen» mauvais.

Exposant après , avec la plus exacte précision ^ la foi catholique sur l'unité de substance ; voilà , dit-il , ce que nous croyons fermement , ce que nous tenons des prophètes et des apôtres , ce que les saints martyrs ont signé de leur sang. Nos provinces sont teïleriient attachées à cette croyance , que si un ange du ciel nous annonçait le contraire, nous lui dirions anathème, à l'exemple de l'apôtre. Qu'on cesse donc de nous opposer le nom d'Osius, quoique le père des évêques , et que sa doctrine ait été si sûre jusq-u'ici. Quel usage pelit-^on faire de l'autorité d'un nomme , ou. qui se trompe à présent, ou qui s'est toujours trompé? Personne n'ignore quelsont été ses sentimens jusqu'à ce grand, âge ; avec qudlle constance il a soutenu la foi catholique , et condamné les ariens à Sardique ainsi qu'à Nicée. S'il pense diiFéremment aujourd'hui ^

s'il sontient ce qu'il a condamné , et condamne ce qu'il a sotitenii, son anloi'iîé , je le répète , n'est point recevable. S'il a mal cru pendant quatre- , vint^t-dix ans , je ne me persuaderai pas qu'après quatre-vingt-dix ans il commence à mieux croire. Cette fermeté des évêques de Gaule piqua d'émulation les Orientaux mêmes , et mit la division «Q re les contradicteurs du concile de Nicée. Plusieurs d'entr'eux , qui rejetaient précisément le terme de consubstantiel, comme inusité dans les écritures-, conçurent !es conséquences d'une dissimulation, ou d'un langage équivoque , qui accréditait une doctrine qu'eux-mêmes regardaient au fond comme hérétique. Ils se rassemblèrent en concile, à Ancyre , capitale de Galatie , par les soins du métropolitain Basile. On prétend que ses intentions n'étaient pas plus pures que sa foi i qu'il avait des vues sur le siège d'AntiocUe près de-va-

2uer par la mort du patriarclie etiniiciiie , c'est-àire,du méprisable Léonce. Enfin Basile était fort soupçonnii (le jalousie contre Eudoxe, qui après la mort de Léonce se fit transférer par cabale et sans aucune forme régulière , du peti l siège de Ger- Nanicie , au patriarcal du Levant. Quoi qu'il en soi-t, le résultat du concile d'Ancire futla condamnation desanoméens, c'est-à-dire des ariens déterminés, qui niaient, non-seulement que le Fils de Dieu fut consubstantiel au Père , mais qu'il lui fût semblable en substance. C'est ce que signifie le mot grec «/lomoios, dissemblable (i).

Eudoxe se trouvait à la tète de cette faction , la plus impie de l'arianisme , avec Acacc de Césarée, et Uranius de Tj r. Tout nouvellement ils avaient condamné en concile, tant le mot homoiousios , semblable en substance , que Yhomoitsios , consubstantiel. Cet Eudoxe, quoique d'un naturel doux, ou plutôt faible et timide , avait paur la secte un zèle qui le tirait de son caractère, et ne

lui laissait pas même observer les mêmes mena-

femens qu'a son prédécesseur Léonce. Formé à école d'Aètius , il n'avait pas plus de modératiou que cet aventurier effréné , à l'égard dé ceux qui le contredisaient. Aussi le maître ne sut pas plutôt la fortune de son disciple, qu'il accourut d'Egjpte où son impiété et son insolence l'avaient réduit à se cacher. Il amena , pour renfort , un certaia Eunomius , autre aventurier de même génie et de même conduite , qui par la suite fit . quoique sans nulle opinion particulière , un sol«sme nouveau parmi les anoméens même.

On y compte encore les aériens , à ne faire état que des schismatiques les plus célèbres. Us étaient disciples d'Aërius, qui sans rien enseigner de particulier sur la Trinité , fit bande à part , en soutenant qu'il n'y a aucune différence entre le

Î)rêtre et l'évêque; qu'il est inutile de prief pour es morts ; et en supprimant , avec la célébration des fêtes , les pratiques les plus solennelles du culte extérieur, qu'il traitait généralement d'observances judaïques.

Dans l'autre parti , qu'on appelle des demiaériens , Basile dWncyre , Eustatlie de Sébasle , Eleusius de Cyzîque étaient les tenans les plus renommés. Ils n admettaient pas le concile de Nicée j et quoiqu'ils soutinssent fortement le Fils semblable au Père en substance et en toute cbose , ce qui emportait au fond Tidentlté de nature, ils la niaient cependant en termes formels. Le dernier anathème de leur concile d'AncyrjB condamne expressément le terme de consubs tan tiel.

Ils songèrent à mettre l'empereur de leur côté; et ne s'en fiant crit'à eux-mêmes , tous trois allèrent le trouver à Srrmicb, et le conjurèrent de pour- Toir à l'exécution des décrets de tant de conciles^ qui avaient prononcé la ressemblance de substance ou de nature entre le Père et le Fils. Afin de n'être en butte à personne , ils retrancbèrent pour cette fois , de la profession de leur croyance , 1 anathèmQ

j8 lï I s T O 1 R B

porté contre le dogme de la consubstantialité,' Leur arrivée à la cour fut on ne saurait plus à propos. Un prêtre d'Antioche , nommé Âsiiliale , ardent émissaire du patriarche Eudoxe etd'Aëtius, éta^t au moment de s'en retourner, avec des lettres impériales des plus favorables à ces deux impies. Basile dévoila au prince l'énormité de leur hérésie , et le toucha au point de lui faire retirer la lettre qu'il avait déjà remise à Asphale. Constance écrivit sur le champ à l'église d'Antioche une lettre toute contraire, ou nous trouvons la preuve la plu» sensible de Tignorance et de la légéi-eté de cet empereur (i). II désavoue Eudoxe dans cette seconde pièce , le traduit comme un usurpateur audacieux qu'il n'a point autorisé , et recommande aux. fidèles de l'éviter , aussi-bien qu'Aètius , qu'il traite de pernicieux sophiste.

Alote , c'est-à-dire en 358 , i! se tint dans la malheureuse ville de Sirmich une troisième assemblée schismatique des évêques qui se trouvaient à ta cour. Basile y domina , avec les autres ariens mitigés. Une formule nouvelle ([ui adoptait la ressemblance de nature , fut subrogée à la seconde , où le consubstantiel et le semblable en substancs avaient été rejetés loutensemble. Ursace et\alens, qui ne tenaient à rien qu'à la faveur et à la fortune » admirent sans diflicufté ce symbole ; mais oh y inséra avec artiûce ce qui avait été prononcé contre Paul de Samosathes , contre Pholin et Marcel d'Ancyre , afin de faire au moins rejeter le terma de consubstantiel.

De Bérée, lieu de l'exil du pape Libère, Constance le lit alors venir à Sirmich, On assure communémentj quoiqu'il y ait des preuves et des opinions fondées pour la négative , que ce pontife , après avoir pendant deux ans de vexation confirmé ses frères dans la foi , encore plus par l'exemple de son détachement et de son courage que i)ar ses pa-

CO 5oa. l- iT, c. i3.

Wfîes ^ Tenait enfin d'accorder aux împortunîtés de Demophile , évêque de Bérée , ce qu'il avait? refusé avec tant'de gloire à tous les efforts de la puissance impériale. Il souscrivit , à ce qu'on prétend , soit ]a première , soit la troisième formule de Sirmich^ dans lesquelles on ne lit rierc à la vérité qui exprime l'erreur, mais qui ne l'excluent qu'insuffisamment , et avec une ambîguité ou une obscurité dont on peut abuser , contre la marche sage et sûre

3 u avait tracé un concile œcuménique. Au moyen e cette lâche et scandaleuse complaisance , l'empereur satisfait de Libère lui permit de retourner a Rome , et fit enjoindre au clergé romain de 1^ recevoir , sans toutefois déposséder Félix,

Pour les demi-ariens , qui se voyaient triomphans à Sirmich^ ils n'accusèrent pas seulement d hérésie Aëtîus et Eudoxe d'Antioche , mais encore de crimes d'état ; comme d'avoir eu part autrefois aux entreprises du césar Gallus. Eudoxe eut ordre de quitter Antioche ; et il se retira dans l'Arménie , sa patrie. Aëtius , après une accusation en forme , fut condamné à être banni à Pépuse en Phrygie. Eunomius , qu'Eudoxe venait d'ordonner diacre et

3u'il envoyait en cour comme son député et sou éfenseur , fut pris en route par les émissaires des demi-aricns , et relégué dans la même province d^ Phrygie. D'autres anoméens considérables furent ti'aites de la même manière , jusqu'au nombre dei 4oixante-dix : ainsi leur parti parut alors totale* ment ruiné.

Pendant ces révolutions , Libère retournait Si Rome , où il arriva au mois d'Août de l'année 358 ^ la troisième de son exil. Il y a peu de suite et de conformité entre les témoignages des différens auteurs , touchant la manière dont il y fut reçu. Voici ce qui nous y a paru de plus conséquent et de plus vraisemblable* Le peuple romain, aussiattaché à son pontife qu'à la foi catholique , désirait passionnément son rappel ; et pendant son ab- (sence ^ peu de personnes avaient coQuuuniqué avec^

$o Histoire

Félix. Maïs quand on vit des effets marqués de la bienveillance de Fempereuret de ses ariens à l'égard de Libère , l'affection se convertit en défiance , et bientôt en mépris. L'indignation éclata , lorsqu'on eut appris ce que son retour hii avait coûté. Une multitude d'ecclésiastiques et de laïques , emportés par l'ardeur de leiir zèle , rejetèrent la communion d'un pasteur qu'ils soupçonnèrent d'avoir trahi les intérêts de l'église. Félix , abhorré comme un usurpateur sacrilège durant les épreuves et'la

!)ersévérance du pontife légitime , commença à eur devenir cher. On exalta le courage avec lequel il s'était déclaré contre l'hérésie de ses protecteurs ; et une partie considérable , tant du clergé que du peuple , s'attacha à sa communion. "Voilà sans doute pourquoi les sentimens sont si partagés entre les modernes, sur la qualification qu'il faut donner à son ministère. La plupart des anciens , entr' autres saint Augustin et saint Optât de Milève , ne le comptent point dans la suite des évêques de Rome.

La providence ne permit pas qu'une division,' si pernicieuse dans les conjonctures où l'on se trouvait , durât long-temps. Félix abandonné des officiers impériaux qui professaient une foi toute différente de la sienne , ne put se soutenir, et fut même chassé deux fois hors de Rome. Les uns disent qu'il vécut encore plusieurs années, ^et qu'il garda la dignité épiscopaie sans fonction ; d'autres , que les gens de Constance lui trancbèrent la tête , trois mois après , à cause de son attachement inviolable à la saine doctrine. Au moins peut-on. le ré*puter martyr , pour les mauvais traitein^ns qu'il reçut des ennemis de la foi. Le savant Papebroque et Baronius n'hésitent pas de le compter au nombre des saints. Celui-ci r«')pporte , quà la réforme du calendrier romain , comme il était question de retirer Félix du martyrologe à cause de son ordination illégitime, on trouva son corps sous un autel, avec une inscription qui constatait son martyre :

ce

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ce ï^ui né laissa plus douter qu'il n'eût efface par si mort ce que son ordination avait eu de vicieux.

Libère qui , suivant les opinions les plus défavo^ râbles^ n'avait prevariqué que par Crainte et pai? respect humain , sans jamais perdre la foi dans lé cœur , rentra aussi en lui-même , vraisemblable-^ ment peu après qu'il eut été remis en possession de son siège. Il rompit avec les sectaires , reçut leà clercs les plus dévoués à Félix , et réunit ainsi soust son obéissance tous les ordres d'une église qui né lui avait marqué de l'éloîgnement , qu'autant qu'elle l'avait cru déserteur de la foi de jSicée. Mais il ré-* para ce scandale avec le. plus grand éclat , par son zèle contre les décrets de Rimini.

L'empereur jugea ce concile' nécessaire , pour* abattre sans ressource le parti des anoméens oii

Surs ariens. La ville de Nicée avait d'abord été iniquée pour le lieu de la célébration; Mais la di-« vine sagesse, qui tire partie des vices comtné des ver-* tus des princes ^ se servit de l'inconstance naturelle à celui-ci , pour empêcher qu'un second concile tenu à Nicée en des temps si mauvais , ne répandît quelques nuages sur le premier , et ne donnât lieu aux simples de confondre l'un avec Fautre. Cepen-* dant les partisans d'Eudoxe d'Antioche et d'Acacô de Césarée commençaient à rétablir leur crédit ; et déjà ils en eurent assez pour faire convoquer deux conciles 'au lieu d'un. Leur condamnation leUrpa-* raissait inévitable , à moins de former une assen;!-^ blée particulière qui leur fût dévouée. Car malgré leurs brigues, et suivant le. cours des choses huitaines ^ la pluralité devait être au moins pour Id ressemblance de substance entré les personneîï^ divines. Les motifs qu'on fit valoir auprès de l'em-*

{)eur, pour la multiplication des congi'ès j furent 'épargne pour le fisc et les évêques, beaucouji moins de clifiicullés et de fatigues, en abrégeant ainsi les voyages. On assigna donc Rimini , ville d'Italie sur la mer Adriatique ^ pour les Occiden-*

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