Tome IL D
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si critiques , c'élait d'assembler un concile où l'on traitât d'abord de la foi , qui ne pouvait varier dansl'e'glise : après quoi , ce qui touchait l'évêque d'Alexandrie , et faisait cause commune avec la religion , s'arrangerait de soi-même. Aussitôt il envoia vers l'empereur, pour la convocation.
Tincent de Caiioue, sur qui le pape avait droit de compter , fut le chrf de celle légation ^ et assista à un concile qui se tint à Arles dans les Gaules, où Constance passa l'hiver de l'année 353 , après la défaite et la mort de Magnence (i). Ce légat avait assisté, aux conciles œcuméniques de Nicée et de SardiuiiCj où saint Atlianase fut si bien justifié. Toutefois il n'eut pas la force de résister aux menaces de l'empereur : il signa la condamnation du i^rand Atbanase, sans même qu'on eût traité préala- J bieraent de la foi , comme le portait sa commis-'' sion. Son exemple entraîna presque tous les évê- ' ques. Mais Paulm de Trêves^ successeur de saint ] Maximin , fut inébranlable, et dit en tenues ex- | près , qu'il consentait seulement a la condamnation de Pbotin de Sirmich et de Marcel d'Ancyre : eu quoi il fil éclater, outre la fermeté de sa foi , la sagacité de son esprit et la justesse de son discernement. On l'exila , et il mourut dans le lieu de son bannissement. Lucius de Mayence imita son courage , et fut encore plus mallraiié. On l'étrangla dans son exil , pour avoir résisté aux vives instances i qu'on lui faisait sans cesse de consentir à la condamnation d'Athanase.
On ne saurait exprimer !a douleur de Libère,' ■ aussitôt qu'il eut appris la prévarication de son , légat (a), il le désavoua publiquement, en écrivit à fempereur dans les termes les plus amers, et lui envoya proposer, par Eusèbe évèque de Verceil , et Lucifer de Cagliari , la convocation d'un concile général de l'Orient et de l'Occident. Lucifer, métropolitain de Sardaigne et des îles voisines ,
(i) Lib. £p. t. a , CofiCil. W Hil. Frag'n. p. 4a5.
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était encore moins distingué par son rang , que par la réputation alors intacte de sa doctrine et de sa vertu , de son habileté dans les affaires et dans les sciences ecclésiastiques. Mais ce qui importait surtout à sa commission , c'est qu'il concevait parfaitement FéÇroite connexion des intérêts d'Athanase avec ceux deféglise. Eusèbe, natif de Sardaigne, d'où venaient apparemment ^a liaison avec Lucifer et le motif du pape pour les associer , n'avait été mis sur le siège de Verceil , que pour un mérite capable de le faire préférer , quoiqu'étranger , à un grand nombre de bons sujets du pays. C'est le premier évêque qui ait'uni dans l'Occident la vie monastique a la vie cléricale. Il vécut et fit vivre ses clercs dans l'exercice assidu du jeûne , de la prière et de la lecture , dans le travail et l'éloignement de* toute société séculière. Tels étaient les ministres ou médiateurs que le pape Libère employa cette seconde fois auprès de l'empereur Constance.
Ce prince , à qui la feinte ne coûtait rien pour en venir à ses fins, les écouta avec beaucoup de tranquillité , quoiqu'ils lui présentassent la vérité sans nul déguisement. Il promit de convoquer l'année suivante un concile à Milan , où tous les évoques du monde chrétien pourraient venir en liberté , sans excepter ceux a Egypte , bien qu'extrêmement attachés à saint Athanase. Les ariens donnèrent volontiers leur consentement, bien persuadés de l'ascendant qu'aurait la puissance impériale sur l'esprit des prélats , quel qu en pût être le nombre. Mais avant de pousser les orthodoxes au point où il se proposait , Constance voulut n'avoir aucune inquiétude au sujet de Gallus. Beau-frère et cousin germain de l'empereur , ce nouveau césar abusait de son autorité , et on l'accusait d'aspirer à l'indépendance. L'empereur l'attira auprès de lui, par sa dissimulation et ses artifices ordinaires. Aussitôt on l'arrêta , on lui fit son procès , et il eut la tête tranchée l'an 354, ^ ^'^^ de vingt-neuf ans , dont il en avait régné -près de quatre;.
Jivlîen son frère se vit alors dans le plus granci péril. On l'avait arrêté en même temps que Galliis, et il demeura sejit mois en prison. Des ennemis iiuissans cherchaient à le perdre. L'impératrice Eiisébie au contraire le protégea de tout son pouvoir, et engagea l'empereur à l'entendre lui-même, sur les ombrages qu'il en avait conçus. Il était éloquent , et paria si oien, qu'il obtint d'être renvojé à Athènes , alîn de se perfectionner , c'est ainsi
-qu'il s'en exprimait , dans les sciences préférable* a toutes les couronnes. Ce prince avait pour lors vingt-trois ans, et professait encore publiquement ]a religion chrétienne. Majs depuis trois ans, ou déjà il avait totalement renonce la foi dans le secret de son cœur , ou il y était bien médiocrement
' attaché. On remarqua même dès son enfance qu'il 1
Eenchait comme naturellement vers le paganisme, lorsqu étudiant avec son frère l'éloquence rt U[ J dialectique > ils s'exerçaient l'un et l'autre à parlçr 1 ■pour on contre la religion ; c'était loujonrs Julien f qui choisissait de soutenir la cause des faux dieux, * et des idolâtres. i
Son esprit léger, inquiet , excessivement avide • «le la nouveauté et du faux merveilleux , se plaisait \ fior-tout dans la compagnie des astrologues, des | faiseurs d'horoscope, et des plus grands aventu^ .' Tiers entre les sophistes. Avec de pareilles dispositions , le séjour de la Grèce ne pouvait que fortifier son inclination pourl'idolàtrie.I! ferma les yeux i à ce qu'il y avait de plus propre à l'éclairer. Depuis <juelque temps, le philosophe ou magicien Maxime le flattait de l espérance de voir les anciens dieux de l'empire. Un jour ille conduisit pour cela dans un temple d'idoles. Après beaucoup de cérémonies superstiitieuses et d'évocations de toiis les genres , le jeune prince les vit , ou s'imagina les voir sous des figures épouvantables. Saisi de frayeur , il fit le signe de la croix, par un reste d'habitude. Tout disparut à l'instant; et Julien se récriant sur la vertu de la crois ; ce n'est pas la crainte, lui dit
r«nclianteiir , qui a mis les dieux en fuilte, maïs l'horreur qu'ils ont eu de votre infidélité (i). Julien qui n'abandonnait la foi que parce" qu'il se piauait de raison , se paya néanmoins de cette faible éfaite«
Il fit connaissance à Athènes avec Basile et Grégoire , qui achevaient le cours de leurs études , et qui devinrent bientôt les deux plus éclatantes lumières de réglîse. Ils le pénétrèrent dès-lors , maigre ses soins à cacher sa profane défection. Il trahissait, par tout son extérieur , le désordre des facultés de son ame (2). La plupart de ses mouvemens les plus ordinaireséiaientconvulsîfsetdésagVéables(3). Ilbranlait perpétuellement la tête et les épaules , grimaçait du geste et de la bouche , toujours chancelant sur ses pieds et mal assuré dans sa démarche. Souvent il s'interrompait lui-même en parlant , ou s'arrêtait tout court d'une manière bizarre , faisait des crues- Aiions hors de propos , et des réponses entortillées , autant dépourvues de sens que de grâce et de méthode. Ces ridicules étaient d'autant plus choquans, qu'il n'avait rien que de laid et de rebutant dans 1 air , le visage et toute la figure ; le nez i^etroussé , le cou enfoncé et fort épais , les épaules démesurément larges, la taille courte et ramassée, avec une mal-propreté révoltante : en sorte que Grégoire en le voyant , disait quelquefois à son ami Basile : Quel monstre nourrit l'empire romain- ! Fasse le ciel que je sois mauvais prophète (4).
Ces deux illustres amis étaient l'un et l'autre de Cappadoce ; Basile de Césarée , métropole de la province, et Grégoire de Nazianze> fils de Grégoire alors évêque de cette ville. Ces deux familles très-distinguées par le rang et la noblesse ^l'étaient encore davantage par une piété comme héréditaire. Dans la seule famille de Basile , entre ses frères et sœurs, et sans sa mère sainte Eumélie , ou
(1) Tîxeod. 111,3. I (3) Amm.Marc./. i5,c.8,
(2) Greg. Naz. Orat. 4. I (4) Or. ^, p. 121.
compte trois saints révérés par l'église , Grégoire évèque de Nysse , Pierre evècpie de Sebaste, et Macrine leiir sœur.
Basile , plein de connaissance et d'érudition , se rendit profond dans toutes les parties de la philosophie relatives à la religion , apprit des autres ce (ju'il fallait pour en parler avec justesse et avec aisance ; et cela de si bonne heure , t[n'avant de venir joindre Grégoire à Athènes pour y perfectionner son goût , une haute réputalion l'y avait 1 déjà devancé, 11 se fit un genre d'éloquence , plein | de force et de noblesse, exact et méthodique, avec •] une diction si pure , si propre et si précise , que les ] meilleurs jugesTégalentauxorateurs les plus vantés' ï de l'ancienne Grèce, sans en excepter Deraosthène. ;
Grégoire de Jïazianze qui , outre son père ,, ^ compte aussi plusieurs saints dans sa famille , sa- j voir Gorgonie'sa sœur , et son frère Césaire , ne se } signala pas moins , tant par sa profonde doctrinoT ciue par son éloquence pleine d'élévation et de chaleur. Il eut à un tel point le don d'intelligence des , saintes écritnres et des plus hauts mystères , qu'on -J le regarde entre les pères de l'église , pour la su-. blimité et la pénétration , comme saint Jean parmi'. les évangélistes. On assure que de tous les anciens docteurs , lui seul n'avança aucune proposition qui ait eu quelque conformité apparente avec l'erreur. , Ce& lumières et cette heureuse justesse lui ont ac-^ quis par excellence le surnom de théologien. llï.| n'eut pas le coup d'oeil moins bon pour la connaissance des hommes , comme il le fit voir en prévoyant le premier ce que serait un jour Julien.
Ce prince se tenait toujours comme enseveli dans l'obscu^té et l'étude , quand le mauvais état des Gaules ravagées par les barbares obligea Constance " à le créer césar , et à l'envoyer au secours de ses pro- J vinces. Soit amour de la philosophie, soit crainte^ du sort de son frère , il parut sortir d'Athènes à J regret. Etant arrivé à Milan où Temuerenr l'atten- ' dai( j on lui fît quitter lii baibe et le mar.teau de
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^liilosophe ; en présence des soldats , on le déclara césar , le 6 Novembre de l'an 355 , jour pour jour à la vingt-quatf ième année révolue de son âge ; puis on lui ut épouser la princesse Hélène, sœur de Constance , qui le pressa départir incontinent ppur les Gaules , après avoir pris néanmoins toutes les mesures imaginables pour l'empêcher de s^y rendre trop puissant. Le soupçonneux empereur voulut encore demeurer en Italie pour l'observer de plus près , mais sous ombre de se tenir plus à portée des frontières de l'empire.
Déjà il avait assemblé le concile que le pape avait demandé Tannée précédente , et dont les ariens pressèrent eux-mêmes la célébration , après avoir dressé toutes leurs batteries pour y dominer. Il se tint à- Milan , suivant la première annonce , dès les premiers mois de cette année 355. On y vit peu d'Orientaux , dont la plupart s'excusèrent sur la longueur du chemin : les Occidentaux étaient plus de trois cents. Saint Eusèbe de Vereeil , qui du voisinage observait' mieux le tour que prenaient les affaires ^ ne voulait pas s'y rendre. Les autres prélats , l'empereur , et sur-tout les légats du pape le pressèrent avec tant d'instance , qu il ne put enfin s'en défendre. On s'assembla d'abord dans l'église, selon la coutume , les évêqîies vers l'autel , soustraits aux regards publics par un grand voile qui séparait le chœur de la nef, et le peuple restant en foule vers la porte. Denys, disciple d'Eusèbe qui le regardait comme son fils , occupait alors le siège de Milan. L'auteur d'un sermon aittripué faussement à saint Maxime de Turin , raconte , au sujet de cet évêque , une histoire assez l^ien arrangée pour avoir fait fortune par cet endroit , et pour avoir imposé à quelques écrivains , dont la crititique est ordinairement plus cii'conspecte. Cette pièce apocryphe qui porte avec elle des caractères évideiis de supposition et du peu de jugement de • son auteur , rapporte que Denys avait eu la simplicité de signer d'abord la condanmationd'Atha-
nase ; qu'Eusèbej à son arrivée , lui fit conceroir de quelle conséquence elle était jionr toute léylise ; Il ensuite pour la faire efFacer , le saint évêque de '^erceil feignit de vouloir signer lui-même , mais en Se plaignant qu'on eût fait signer avant lui un évêque qui lui était aussi inférieur en àce que Denys son élève ; et que les ariens elfacèrent a l'instant la souscription prématurée de Denys. Il serait bien étonnant que toutes ces particularités , supposées vraies , eussent échappé à Socrate , à Sozo- J mène et à Tlie'odoret , qui n en font point la moin- ' dre mention. Ces trois auteurs au contraire , Jes , seuls garans sûrs des événemensde cet âge, représentent unanimement saint DeuTS comme un prélat d'une constance inébranlable dans le parti orthodoxe , et spécialement au conciie de Milan,
Saint Eusèbe , pressé de souscrire à la condamnation du grand Athanase , présenta un exemplaire du concile de Nicée , en disant que l'ordre aposto- f lique, et la marche tracée aux pères de Milan, de» ,, le premier moment de la convocation, était de i mettre avant toute chose le dogme en assurance, j en se soumettant aux décrets de Nicée (j). Deny» | s'avança aussitôt, pour souscrire à ce saint con- ' cile. MaisValens de Murse, qui venait de retourner à son vomissement , en rétractant la rétractation même qu'il avait adressée peu auparavant an pape Jule , lui arracha la plume des mains , et cria séditieusement qu'on n'avancerait rien par-là. Les prélats bien intentionnés répliquèrent. Les sçctaires s'émurent avec toute la chaleur d'un parti puissamment protégé. Mais le peuple plus bouillant encore se mit a crier avec menace , de l'autre côté du voile , qu'il fallait chasser les ariens. Denys, évêque du lieu , se montra pour exhorter à la modération et à la paix , en représentant que la religion de Jesus-dirist n'employait pas les soulèvemens à sa défense.
Cependant IcvS novateurs effrayés abandonnèrent le lîeu saint et firent transférer le concile au palais. Alors on ne se donna plus la peine d'observer aucune forme ecclésiastique. L'empereur s'érigea en président , ou en despote dti concile ; et au lieu de symbole à souscrire , il ne proposa qu'un adit prorane et tyrannique , où tout le venin de Tarianisme se trouvait à découvert. Il prétendait avoir reçu sa mission à sa manière. Un songe en faisait tout le fondement ; et ses sujets ne devaient, selon lui , demander d'autres preuves de sa catholicité ,
3ue les victoires par lesquelles le Tout-puissant se éclarait en sa faveur. La formule ne put toutefois passer ; et elle fut rejetée avec horreur par ce peuple catholique et nombreux, à qui on la lut dans 1 église. On en revint à la condamnation d' A thanase. L'empereur envoya éhercher Lucifer, Eusèbe, Denys, et les pressa extraordinairement d'y souscrire ,
Sersuadé qu'il était dti grand effet que produiraient es exemples de ce poids. Comme ils insistaient sur le défaut de preuves ; c'est moi , leur dit-il en se levant d'un air emporté , c'est moi qui suis l'accusateur d'Athanase. Croyez sur ma parole ce qu'on avance contre ce perturbateur. Us répondirent avec une liberté respectueuse , qu'il ne s'agissait pas d'une affaire temporelle , où l'autorité impériale fût en droit de prononcer ; qu'en .ce cas - là même', on, ne devrait pas condamner un absent , hors d'état de se défendre ; que pour eux , jamais on ne les engagerait à contrevenir en rien aux règles ecclésiastiques. Mais ce que je veux, reprit-il , doit passer pour règle» Ainsi en jugent les evêques deSyrie. Obéissez, ou vous allez être bannis (i). Tous les prélats orthodoxes levèrent les mains au ciel , et conjurèrent le prince de ne pas abuser, contre les serviteurs de Dieu , d'un pouvoir qu'il tenait de Dieu même , et ils lui rappelèrent les vengeances du juge terrible des rois comme des sujets.
(i) Sulp. ScY. lib, 2.
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Mais sans rien entendre , et ne consultant que les premiers transports de sa colère , il menaça à grands cris , tira l'épee contre eux , et commanda de les traîner au supplice. Puis changeant tout à coup , "Il les condamna seulement à l'exil. Avant qu'on emmenât les légats du pape, le prêtre Pancrace et le diacre Hilaire, collègues de la légation de Lucifer , furent de'pouilles de leurs -vêlemens, etdéeliii-és à coups de fouet. Ursace etValens,avec les eunuques de leur faction , devinrent les ministres de ces indignités ;et durant toute la scène, . ils firent de grands éclats de rire on de fades plaisanteries, comme aurait pu faire la plus vile po-J pulace(i). ' ',
Lies cens de guerre s'ouvrirent un chemin, du palais a l'église , à travers les troupes du peuple, avec une brutalité sanguinaire ; et ils pénétrèrent jusque dans le sanctuaire , pour en arracher les evèques orthodoxes qui y restaient. On se saisit dé j cent quarante-sept , tant ecclésiastiques que laïque» zélés, dont la plupart furent renfermés en d'aP-- i freuses prisons. Outre Lucifer, Eusèbe et Denvs , différons autres prélats n'abandonnèrent point Athanase , et subirent le bannissement comme les premiers. Mais la meilleure partie souscrivit à sa ' condamnation , soit par crainte , soit par surprise et par inconséquence. Les exils furent accompagnes de tous les accessoires qui les pouvaient i-enplus insupportables. On envoja les bannis dans les ■
}H'Ovinces les plus éloignées , dont ils ignoraient la angue , où leurs ennemil dominaient ; et ce que n'avaient pas imaginé les persécuteurs idolâtres, i on les tenait en des lieux séparés, afin qu'ils ne pussent s'encourager ni se Consoler mutuellement. Cependant ces traitemens injurieux ne leur alliraient quedes respects de )a part du très-grand , nombre des églises. Presque toutes les provinces leur envoyèrent des députés, conime à des confes-
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senrs de Jesus-Christ ; tandis qu'on n'avait que de l'horreur dfes ariens , regardés dans leur barbare triomphe , non comme des vainqueurs , mais comme des bourreaux (i).
Saint Denys de Milan fut relégué en Cappadoce , où il obtint par la généreuse ferveur de ses prières une mort prompte , afin de ne paô survivre à la funeste catastrophe de son église. Car à sa place ou mit rhérétiqùe Auxence , qui avait été fait prêtre par Grégoire d'Alexandrie , et qui , dans tout le cours de son ministère , se montra digne d'une telle ordination (2). Il n'entendait pas seulement la voix des ouailles auxquelles on le préposait , ignorant
Sarfaitement le latin ; il était encore moins versé ans les sciences ecclésiastiques , mais uniquement dans la gestion des choses de négoce et d'intérêt ; plus propre , en un mot , à fairfe un publicain qu'un évêque. Il était sf odieux au peuple catholique , qu'il fallut l'introduire dans l'église a main armée (3).
L'empereur ne ^ trouvait pas encore satisfait; Il ambitionnait sur toute chose de mettre dans son
Sarti le successeur du prince des apôtres , le chef e l'église. Sans cesse les novateurs répétaient à ses oreilles , que s'il pouvait gagner l'évêque du siège apostolique y il serait bientôt maître de tous les autres. En uamot , on lui fit désirer si vivement que la proscription d'Athanase fiât confirmée par l'autorité ecclésiastique qui résiae principalement dans les évêques de R.ome , que tout le monde en était imbu , jusqu^aux auteurs païens de ce temps-là , tels qu'Ammien-Marcellin qui nous l'apprend en propres termes (4). Constance envoya donc au souverain pontife l'eunuque Eusèbe , chargé de présens et de menaces. Tout fut inutile. Ce qui humilia davantage l'envoyé, c'est que Libère ne refusa pas seu*lemeutde souscrire à la condamnation d'Atnanase, mais se déclara sans ménagement contre la croyance
(i) Sulp. Sev. /. 2. {3) Amhr.L m y de Spir, CIO.
(2) nil. in Aux. (4) Lib» xv , c. 5.
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des eusébieng , si fiers de leurs derniers sucrés; qu'ils ne prenaient plus cju' un soin très-médiocre de cacher leurs senllmcns ou leur attachement à. ceux d'Arius. L'eunuque ne voulut pourtant pas rapporter les présens de rem[>ereur ; mais ii les déposa , comme une olfrande , dans l'cglise de , saint Pierre. Ace moment de crise , le pape jugea [ que la crainte du scandale que donnerait cette espèce de communication avec un hérétique , devait l'emporter sur les déférences dues en toute autre circonstance à la majesté impériale , et il fit mettre les présens hors du lieu saint.
L'eunuque devint enfin furieux ; mais plus confus encore et entièrement déconcerté , il retourna
fn-écipitamment vers son maître , qui résolut d'eneverle pontife, et de le faire amener à Milan. L'em- j pereur en écrivit à Léonce , gouverneur de Rouie, ij a qui l'e\écutioa ne parut pas facile , à cause du peuple qui chérissait ardemment son pontife. Mais quand les princes veulent le mal jusqu'à un certaîa point , toutes les dillicultés s'aplanissent. Léonce prit si bien ses mesures , que Libère , enlevé de nuit, fut loin de la ville avant que la multitude en eût connaissance.
Arrivé à Milan , l'empereur lui donna aussitôt audience , ou pour mieux dire , lui fil subir un interrogatoire , où ce urince dissimulé ne soutint pas mal le ton mêlé tl'autorité et de modération' qu'il s'était prescrit. L'eunuque Eusèbe et plusieurs antres instigateurs se mêlèrent dans l'enirelien , à dessein d'énmuvoir le pontife et de le faire échapper en saillies peu respectueuses. Toutefois Libère gardant un sage milieuentrel'audaceel la pusillanimité, soutint avec autant de dignité que de courage la cause de l'église et d'Athanase. C'est mon enuenli particulier , disait l'empereur ; il m'a brouillé avec mes frères , et je m'estimerais plus heureux de réduire ce perturbateur universel de tout gouvernement , que d'avoir vaincu le traître Magnence (i).
II nV a plus, rien à me représenter en sa faveur ; ma résolution est prise : ou signez sa condamnation^ ou partes pour l'exil ; je vous donne trois jours pour y penser. L'espace de trois jours ou de trois mois , repartit Libère , ne changera rien à ma disposition. Envoyez-moi dès ce moment où il vous plaira.
Au bout de trois jours , Tempereur retrouvant le pape inébranlable , le relégua a Bérée en Thrace, sans néanmoins lui faire aucun mauvais traitement. Il coxnmanda au contraire d%lui délivrer une somme considérable pour son voyage , et l'impératrice enchérit encore sur cette libéralité. Libère refusa tout *, en prétextant que l'état avait besoin de ses fonds pour les troupes , et il partit gaiement pour sa destination (i).
Après son départ , Constance voulut faire élire un autre pape. Mais il n'en était pas de la pierre sur laquelle le fils de Dieu a fondé son église, comme ^des sièges décorés de prérogatives arbitraires par des dispositions humaines. Tout le clergé de Romeavaitjurédenepointrecevoîrd'autre chef, tant que Libère vivrait. La faction des ariens ayant choisi Félix , archidiacre de l'église romaine , les clercs catholiques demeurèrent si fermes , que les factieux ne purent avoir entrée dans aucune église , et se virent réduits à l'ordonner dans le alais. Félix même , tout en succombant à l'amour e l'élévation ^ ne se départit jamais de la doctrine de Nicée : tant elle était solidement établie dans cette église qui doit y affermir les autres (2).
Apres cette entreprise , la secte eut l'ambition de triompher d'Osius(i). Ce seul évêque lui en paraissait valoir une infinité d'autres. Confesseur de la foi sous les persécuteur sidolâtres ; auteur , après Dieu , de la conversion du grand Constantin , et de ce que ce prince avait fait de plus grand pour la
(i) Soz. IV, II.
(2) Hier. 4^ Script. inAcac.
(3) Soz. IV > II.
religion ; cent ans d'une vie ii-rqirochahle , dont
Elus de soixanle d'un saint episcopat et des plus onorables ministères ; le mobile de toutes les graudes aHaires deleulise ; ses discours et ses lettres reçus de tous les catholiques comme autant d'oracles : iessectaires ne fatiguaient pas moins tes oreilles de Constance par ces représentations , qu'ils ne l'avaient fait au sujet du souverain pontife. C'est Osius , lui répétaient-ils sans cesse , dont fautorité soulève tout le monde chrétien contre vous ; c'est 1 lui qui dressa le syn^ole fatal de Nicée ; c'est lui | qui par-tout fait passer pour hérétiques les défen- " seursdu juste opprimé, du pieux et docte Arius(i). Ses premiers succèslui inspirent une ai'deur ton jours nouvelle et une présomption insujjportable. La
S unitiondeses collègues, ou plutôt de ses élèves et e ses créatures ; tout est inutile , si l'on n'bumilie ce pédagogue impérieux , ou si l'on ne trouve moyen de le rendre docile à son tour.
L'empereur le manda ; et lui donna dans ses lettres mille témoignages d'estime et de bienveillance. Quand il le vit arrivé , il redoubla ses flatteries et ses ai'tilices pour l'engager à condamner Atlianase et à communiquer gvec les ariens , deux points qu'on ne séparait plus. Mais le vénérable vieillai-d témoignant une douleur amère , pour la seule assurance qu'on avait de lui tenir de pareils discours, répondit avec tant de force et de sagesse , que l'empereur saisi de la crainte des divins jugemens le laissa retourner à Cordoue. 11 convint à la cabale de n'importuner de quelque temps le prince sur cet objet. Epi..nt depuis cela les conjonctures et les momcns , elle revint àla charge si à propos , et pressa si fort l'inconstant empereur , qu'il écrivit plusieurs fois à Osius , tantôt d'une manière douce et flatteuse , tantôt d'un ton menaçant.
Le préîat demeura inébranlable, et fit une réponse aussi convenable à son honorable vieillesse ,
que dîgne de passer à tous les âges ftiturs (i). JPai confessé pour la première fois, écrivit-il, dans la persécution de Maximien , votre aïeul. Si vous voulez faire le même personnage que cet ennemi du Dieu que nous adorons , je suis également prêt 'à tout souffrir , plutôt que de trahir la vérité et de flétrir l'innocence. J'ose nleme vous déclarer que je renonce à votre communion, si désormais votre majesté m'écrit d'une manière si peu digne d'un maître chrétien. Ne suivez donc pas les impressions des sectateurs d'Arius ; tenez-vous en garde contre les Ck^ientaux ; n'écoutez pas Ursace , ni Valens ; ayez horreur de la malignité qui s'attaque plus ou fils de Dieu qu'à un évêque. C'est moin$ contre Athanase que les séducteurs vous animent, qu'en faveur de l'hérésie et de l'impiété.' Croyez - moi , prince , et accordez quelque confiance à mon expérience et à mes cheveux blancs : je suis votre aïeul par l'âge , et je sais parfaitement tout ce qui se passa au saint concile de Sardique , qu'on blasphème en votre présence. Les ennemis d'Athanase y eurent pleine liberté de l'accuser et de le convaincre , s'ils eussent été en état de le faire. Rappelez- vous encore , quand vous eûtes mandé à Antioche l'évêque d'Alexandrie , comment il parut dans Votre cour , au milieu de ses ennemis ; comment ils refusèrent de l'écouter, ou craignirent de paraître devant lui ; comment vous refusâtes vous-même d'entendre une justification inutile.
Pourquoi donc écoutez-vous encore les imposteurs ? Pourquoi sur-tout écouter Ui'sace et Valens, après qu'ils ont fait l'aveu de leur calomnie, et qu'ils se sont rétractés avec confusion ? Ils n'y furent as forcés; on ne les fit pas maltraiter par dés gens e guerre; ils ne furent point intimidés par l'empereur Constant. On n'en usait pas sous son règne , a Dieu ne plaise ! comme on en use aujourd'hui. Mais si ces fourbes blâment la violence ; s'ils sq
(i) AtU. orf 9qL p, 837.
plaignent sans sujet de l'avoir soufferte , et si vousmême la désapprouvez , cessez de remployer. Ne faites pas présider vos comtes et vos gouverneurs aux jugemens de l'église ; n'exilez pas des évêques , dont tout le crime est de ne point applaudir à d'énormes abus. Autrement n'encourrez-vous pas le reproche d'exercer àe plus grandes violences que celles dont vous vous plaignez ? Car que fit jamais de semblable votre auguste frère ? Sauvenez- Tous , tout empereur que vous êtes , que vous n'en. . êtes pas moins homme , pas moins sujet à la mort. RedoiUez les jugemens éternels. Ne vous ingérez pas dans les choses ecclésiastiques: Vous n avez point d'ordres à nous donner en cette matière : vous les devez prendre de nous. Dieu vous a commis les rênes de l'empire , à nous le gouvernail de l'église ; et comme on contrevient à l'ordre de Dieu en entreprenant sur votre puissance , ainsi vous ne pouvez sans crime vous attribuer ce qui nous regarde. Il est écrit : Rendez à César ce qui est à Cé- «ar , et à Dieu ce qui est à Dieu. Il ne nous est donc pas permis de nous arroger la domination dans l'empire , et vous ne devez pas exercer le ministère du sacerdoce, Le désir que j'ai de votre salut , me fait écrire avec liberté ; et autant il me convient de vous parler de la sorte ^ autant il vous est expédient de montrer que je ne l'ai pas fait sans fruit.
Une lettre de cette énergie devait produire l'effet le plus heureux , pour peu que l'empereur voulût
. consulter la religion ou la raison. Elle ne fit qu'irriter Constance , toujours plus obsédé de ses adulateurs hérétiques. Il contraienit une seconde fois Osius à le venir trouver , et il le retint un an à Sirmich. Le respectable centenaire y fut accablé d'outrages et de traitemens inhumains , chargé brutalement de coupsy appliqué à de rudes tortures. Enfin la faiblesse du corps, et apparemment de l'âge ,
. abattant l'esprit , sans vouloir condamner Athannse , il souscrivit la seconde formule de Sirmich , qu'on ne peut excuser d'hérésie ; exemjile encore
moin^
DE l'Eglise. 65
moins étonnant qu^efirayant de la fragilité hu* maine , contre laquelle les plus longs triomphes ne doivent jamais nous rassurer. Dès qu'il eut ac<quiescé à ce qu'on prétendait, il obtint la liberté ae retourner en Espagne, où il mourut bientôt après ; mais en pénitent , et dans la communion de l'église y comme S. Athanase et S. Augustin nous rapprennent (i). A l'article de. la mort, il protesta d'une m^ière authentique et par forme de testament^contre la, violence qui l'avait abattu,anathéma« tisa Farianisme avec le plus grand éclat , et il eaihorta tout le monde à en concevoir la même horreur.
La persécution qu'on exerça contre un homme si généralement révéré , on l'étendit avec beaucoup moins de ménagement aux prélats ordinaires. Les orthodoxes de tout ordre y furent de même exposés , à proportion de leur rang et de leur zèle ; mais on s'attachait principalement aut évêques. On les traînait devant les juges , afin que ceux-ci les obli-geassent de souscrire; et l'on avait intimé l'ordre aux. magistrats de chaque ville , sous peine d'amende pour eux-mêmes , s'ils ne subornaient chacun son évêque (2). Tout le tempéramment consistait dans la permission de renvoyer à l'empereur ceux qui ne pourraient être intimidés que par sa.présence. Il y en eut plusieurs qui renoncèrent.'lâchement à la communion d'Athanase. On forgea mille. imputations contre ceux qui résistèrent y on leur suscita toutes sortes d'affaires et d'embarras pour les éloi-
Sner de leurs églises, et encore plus vite on mettait ans leurs places les plus déterminés suppôts de rhércsie. Par une providence particulière , qui parut inspirer d'autant plus d aversion de la conti'ainte qu'elle fut exercée avec plus d'empire, les peuples refusèrent en plusieurs endroits d'admettre ces intrus. Là on les installait de vive force , et Fou traitait en criminel d'état tout citoyen qui se montrait chrétien aussi-bien que sujet.
(1) Ath. ad soUt. p. 84i« {?) Atli. ad solit. p. Sag.