‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 11 sur 50 · Tome IL F · texte numérisé non relu

Tome IL F

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tau'x; et pour les Orientaux, la Tille de Sëleucîe ^ en ïsaurie.

Le concile de Rimini fut indique le premier y et l'empereur à l'ordinaire donna ses oi-dres pour défrayer les prélats sur la route. Ceux de Gaule , saint Phëbade d'Agen et saint Servais de Tongres à la tète, refusèrent géne'reusement les libéralités d'un prince ennemi de la vraie foi (i). Ils avaient obligation à saint llilaire , d"ètre prévenus sur tout ce qu'il était expédient qu'ils sussent de fétat des choses en Orient , d'où il leur envoya son traité des Synodes.

Là il leur expliquait les différentes confessions •dressées par les Orientaux, depuis le saint concile de Nicée ; leur faisait remarquer qu'elles étaient compatibles pour la plupart avec la saine doctrine , et qu'on ne devait pas regarder comme ariens ceux

aui les admettaien],. Elles condamnaient les erreurs es purs ariens , et ne (jéchaient qu'en ce qu'elles n'employaient pas le terme deconsubstantiel. Mais | le saint docteur prouve que c'est la même cliose au fond , de dire le Fils de Dieu semblable à son Père en substance comme en toute autre chose, ou de tenir qu'il lui est égal. En effet , et en sup-

F osant , comme il le fait, l'unité nécessaire de Etre infini, rien ne peut lui être parfaitement semhlable quant à la nature , sans être de la même pâture. Après cette observation importante, Ililairo adressant la parole aux Orientaux bien intentionnés , les conjure de ne point s'arrêter aux mots , puisqu'ils conviennent des choses , et de ne pas rendre suspect leur homoioiisios , en rejetant ïhomonsios, qui a la même signitication pour les gens de bonne foi.

Outre les évêques des Gaules, ilcn vînt à Himini une quantité d'autres non moins catholiques de toutes les régions d'Occident. On i-em arque, comme les plus considérables , Rcstilut de Carlhage , le

(i) Sulp. ScT. l. ■?., p. iSg.

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ÎSusdîstinguépar la dignité de son siège, et qui sem* le avoir présidé au concile, malgré sa jeunesse; Musonius, Gvêquè de Ja province Byzacène, dans la même région d'Afrique , vieillard d'un ^rand poids , pour sa capacité aussi-bien que pour sa maturité et son expérience ; Vincent de (Japoue ^ revenu parfaitement aux principes de la soumission et de l'orthodoxie. On nomme entre les ariens ^ Ursace et Yalens si long-temps et si malheureusement fameux ; Démophile de Bérée , illustre dans la secte par la séduction de Libère , et Auxenc© de Milan. Le nombre total des évêques montait à plus de quatre cents ,, dont environ quatre-vingts ariens. Taiirus^ préfetdu prétoire d'ltalie,eut ordre de l'empereur d'assister au concile, et de ne point laisser partir les prélats , qu'ils ne fussent d'accord sur le dogme : s'il réussissait au gré du prince hérétique , il lui promettait le consulat , qu'il lut donna en effet au bout d'un certain temps. Sous le mot d'union ou d'accord entre les evêques , c'était leur prévarication qu'on mettait à prix; efc le préfet ne l'avait que trop bien entendu.

Ùrsace , Valens et les autres chefs de la cabale se présentèrent au concile ., avec la confession de foi dressée cette même année SSg , à la dernière assemblée de Sirmich. Elle rejetait , comme on l'a vu , les termes de substance et de j::onsubstantiel , sous prétexte qu'ils n'excitaient que le trouble et la division : elle disait simplement le Fils semblable au Père en toutes choses. Il vaut bien mieux , répétaient sans fin les sectaires , parler de Dieu simpiemeni: , que d'introduire un langage nouveau qui cause tant de fermentation : faut-il ,

1)Our quekfues paroles qui ne se trouvent pas dans es livres saints , ntettre le feu et le scandale dans ^oute l'église ? Us n'imaginaient point qu'il en dût coûter davantage pour en imposer aux préiats d'Occident, Les helvétiques subtils de l'Orient , dont ceux de Bimini tenaient leurs instruci.ons , regardaient l^s Occidentaux en général comme des

fa

gens grossiers et mal instruits. Maïs sans se faire gloire des rafinemens de la dialectique , ces docteurs vraiment chrétiens et attaches inviolablement à la méthode de Tévangile , répondirent qu'il fallait s^en tenir à Tancienne doctrine , enseignéie par les premiers disciples du Sauveur , et par leurs successeurs sans interruption jusqu'à ceux qui avaient dresié le symbole de Nicée ; que ce qu'on y voulait substituer, portait dans sa nouveauté même une preuve sans réplique de sî\ corruption.

Ils proposèrent danathémaliser la doctrine d'Arius , et l'on dressa un acte qui proscrivait toutes les hérésies en cénéral , et celle d'Arius en particulier. On y déclarait que la profession de foi présentée par IJrsace et Valens était contraire à la croyance de l'église. Les ariens ne voulurent recevoir aucun de ces décrets : ce qui leur attità la qualification authentique de fourbes et d'hérétiques , nommément à Ursace et à Valens , qu'on déposa, ainsi qu'Auxerice de Milan, Démophile de Bérée, Germinius de Sirmich , et Caïus, évêque en Pannonie. Ainsi la foi de Nicée fut-elle aussi la foi dé Rimini , où elle triompha , tant de la puissance impériale que des supercheries de Farianisme , tandis que le concile eut quelque liberté. C'est pourquoi les premières sessions en sont ré*

ÎDUtées canoniques et légitimes , comme en dif- 'érens conciles postérieurs dont la fin ne répondit pas aux commencemens. Mais Tempereur ne tarda point à le convertir en une assemblée tumultueuse et profane, indigne d'être guidée par l'Esprit- Saint , et de représenter le règne de Jesus- Christ.

Constance avait ordonné , avant l'ouverture des deux conciles assemblés tout à la fois à Rimini et à SéJeîicie , qu^ dix déjpuléè de chacun lui vinssent communiquer les résolutions, afin qu'il vît si elles étaient conformes aux saintes écritures , et qu'en ce cas il les munît de son approbation. Tels étaient les termes du rescrit , à peine concevable»

de la part d'un prince qu'on n'accuse pas d'avoir fait un jeu de la religion. Les dix députes furent choisis entre les orthodoxes : mais les hérétiques en envoyèrent un pareil nombre de Rimini ; et ceux-ci firent tant de diligence , qu'avant l'arrîVée de leurs antagonistes^ déjà ils avaient tellement prévenu l'esprit de Fempereur , qu'il ne voulut pas seulement admettre les derniers en sa

Srésence. Ces députés catholiques étaient d'ailleurs e jeunes prélats sans expérience et sans capacité , choisis sans doute pour la seule éminence de leur rang et de leurs autres qualités extérieures. On ne sait le nom que de Restitut de Carthage , jeune évêque lui-même , quoique chef de la légation. Quant aux députés de la faction hérétique , c'étaient des vieux itourhes , rompus à la manœuvre , capables de noircir la conduite la plus ré- ■gulière , et de donner une couleur avantageuse aux plus crians attentats*

Les dix catholiques marquèrent d'abord un zèle très-vif, et refusèrent sans ménagement de communiquer avec les ariens de la cour. Mais Constance eut bientôt amorti leur ardeur éphémère par ses délais affectés et ses rebuts mortinans. Ils entr^ent en conférence , contre leur premier plan reçu du concile , avec les évêques ariens. C'était pour .ceux-ci lin commencement de victoire et l'ancure d^un plein triompiie. En effet , les jeunes Tléputés , après avoir exigé pour la forme quelque léger éclaircissement , signèrent une confession de foi que leur présenta Yalens ; la même absolument que le concile avait rejetée , sinon qu'elle était encore plus mauvaise, en ce qu'elle disait le Fils simplement semblable au Père , et supprimait ces mots , en toutes choses. Ils allèrent plus loin : ils dressèrent un acte , par lequel annuUant ce qui s^était fait à Rimini, ils déclarèrent avoir reconnu la pureté de la foi de Valens et d'Ursace , ^n conférant avec eux.

Après cela', on renvoya tous les députés , ariens

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et cathplîques , à Rimini où ceux-là rentrèrerilP triomphans. Constance écrivit au préfet Taurus ^ de faire signer la même confession à tout le concile , sous peine d'exil pour ceux qui refuseraient , si toutefois ils ne passaient pas le nombre de quinzç* Ici la timide politique de ce prince l'emporta encore sur Fentliousiasme de son zèle. An premier - bruit de la prévarication de leurs envoyés , les pères refusèrent de communiquer avec eux. Mais quand on sut les ordres du prince , tout fut dans 1 effroi et la confusion. La plupart ne. savaient à

3uoi se résoudre ; et assez long-temps on flotta ans c«tte irrésolution (i). Cependant la pusilla-. ïiîmité , l'ennui d'une longue absence , les incommodités inséparables de la prolongation inattendue de leur séjour dans un pays étranger , la malignité avec laquelle elles étaient aggravées par tous les gens qui participaient au gouvernement et à laf police y enfin le prétexte de la paix , avec mille autres considérations non moins imposantes , détachait-chaque jour quelque prélat du bon parti.. Les esprits une fois ébranlés , ce fut par troupe qu'on se présenta pour souscrire; en sorte que le nombre de ceux qui demeurèrent entièrement irréprochables , se réduisit à vingt , y compris les saints évéqties Phébade d'Agen et Servais de Tongres ^ qui servirent aux autres de modèles et d'appuis.

Le préfet, qui n'oubliait point la promesse du consulat , n'omit rien pour abattre ces deux colonnes du concile. Mais avec des confesseurs qui n'aspiraient qu'au martyre, il employa les prières et les artifices , préférablement aux menaces. Il ne manquait pas de ces motifs éblouissans, dont la

Iirudence du siècle trouve toujours moyen de coorer les fautes qui ne nuisent qu'à la religion. Vous êtes presque seuls de votre avis , leur disaitil ; pensez-vous servir l'église en donnant l'exemple de Fobstination et de la discorde ? Il n'est ni

(i) Sulp. Sev. L ij p. 1^1.

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He la piété , ni de la modestie évahgélique, de préjFérer son sens propre à tant d'insignes diocteurs , qu'on ne peut sans témérité accuser dé trahir leur conscience.

Phébade tenait encore ferme. Mais enfin on lui fit agréer un tempérament que proposèrent Ursace et Valens. C'était d'ajouter à la derrière formule de Sirmich les correctifs et les modifications nécessaires , et de consentir aux additions , pourvu qu'on s'abstint des terines de substance et de confiubstantialité qui agitaient tous les esprits. L'espérance de la réunion éblouit ces deux hommes si bien intentionnés. Ils crurent pouvoir sacrifier à la concorde , un mot dont on mettait d'ailleurs le sens i couvert (i). Pour cela, Phébade et Servais proposèrent divers articles , pour être ajoutés a la formule en question , et suppléer à son insuffisance. Alors y pour dissiper toutes les alarmes et renchérir en apparence sur ces corrections , Valens s'écria : Si quelqu'un dit que Jesus-Chri^t n'est pas Dieu, fils de Dieu , engendré du Père avant les siècles , qu'il Boit anathème : si quelqu'un dit que le fils de Dieu n'est pas semblable au Père , selon les écritures ; ou s'il ne dit pas que le Fils est éternel avec le Père , qu'il soit anathème. Tous répétèrent à chaque fois : Qu'il soit anatlième. Pui| le fourbe ajouta : si quelqu'un dit que le Fils -est créature , comme sont les autres créatures , qu'il soit anathème. Tout le concile continua de répondre : Quil soit anathème \ ne saisissant pas le venin de cette proposition à double entente. Les catholiques voulaient déclarer que le fils de Dieu n'est nullement créature ; et les ariens , qu'il n'est pas une créature telle que les autres , mais d'un ordre plus parfait.

Bientôt ces rusés parjuresse glorifièrent avec éclat de leur indigne succès (2). Les évêques n'étaient,

pas arrivés dans leurs diocèses où l'empereur con-

{1} Damas, ap. Theod, ii^aa. \p) Hier, in Lucif. c. 7.

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tent d'eux les laissa retourner, qu'ils reconnurent Je piège auquel on venait de les prendre. Ilsgëuiirent du scandale , en se trouvant , avec autant de douleur que d'étonnement , transformés ^n héréti-

qui

tes perfides sectaires publièrent avec emphase qu'on ne reconnaissait le fils de Dieu que pour une créature , quoique d'un ordre supérieur à toutes les autres. On se crut dispensé d'employer le terme de substance , et la foi de Nicée courut un danger prochain d'être abandonnée. Alors on sentit combien une guerre ouverte avec les ennemis de l'église est préférable à la paix qui n'est pas fondée sur une entière soumission. Ces bons évêques , dupes de leur simplicité à Rimini , confessèrent leur faute ^ et demandèrent pénitence. Ils se voyaient méprisés et rejetés par ceux qui étaient restés dans les différeiîtes provinces.

Grégoire , évêque d'Elvire en Espagne , les exclut formellement de sa communion , et fut applaudi par saint Eusèbe de Verceil (i). Ceux de Gaule qui avaient assisté à ce malheureux concile, ^ rassemblèrent à Paris , et manifestèrent la fraude qu'on avait misé en œuvre pour leur faire, supprimer le consubstantiel et tout^ expression formelle de substance. Par une résolution unanime de toutes les provinces d'Italie , les évêques en cassèrent tout ce qui s'était fait en dernier lieu à Rimini. Le pape Libère déployant tout son zèle pour la saine doctrine depuis la retraite de Félix, jie montrait à leur tête , en digne successeur de l'apôtre chargé de confirmer ses frères dans la foi. C'est ce qu'il nous apprend luirraême par un écrit pu il ajoute , que les orthodoxes trompés par les manœuvres de Sirmich , consommées à Rimini , jnais presque tous rentrés dans le. devoir , ren-

\(i) Libcll. Marcel, et Faust, p. 3i; HUar. Fragm. ii,.

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Paient courageusement hommage au saint concile de Nicee ; et se déclaraient avec d'autant plus de force contre Tarianisme , qu'ils en avaient mieux reconnu le génie perfide.

Le concile de Sâeucie , qui faisait comme une partie de celui de Rimini , s'était tenu dans la inê.me année 356. L'empereur y envoya de même des officiers puissans et affidés , pour Fexécution , de ses vues. Il s'y trouva cent soixante évêques , de trois différens partis ; premièrement ceux qui rejetaient simplement le terme de consubstantiel , et qui formaient le beaucoup plus grand nombre ; secondement ceux qui ne voulaient point aban-^ donner cette unique sauvegarde de la foi , faisant le plus petit nombre ; enfin les anoméens, ou les purs ariens , au nombre d'environ quarante , qui n'admettaient , ni l'égalité , ni la ressemblance de substance entre les personnes divines. Parmi les premiers , quoi qu'appelés communément demiariens , plusieurs ne laissaient pas d'être catholiques au fond. Ils croyaient toute la doctrine delà consubstantialité , et ils s'abstenaient précisément de Ja fameuse expression des pères de Nicée , par lui amour mal entendu de la paix et de la concorde. Les principaux de ceux-ci étaient George de Laodicée , Eleusius de Cyzique, Silvainde Tarse , Macédoniiis deC. P. Basile d'Ancyre^ et Eustathe de Sébasle. Les Anoméens avaient a leur tête Acace de Césarée , d'où ils furent souvent npmmés aca-r ' ciens , Eiidoxe d'Antiochej^ avec les fameux dia-^ cres Aëtius et Eunomius ^ Uranius de Tyr et George d'Alexandrie. Entre les catholiques déciidés et irrépréhensibles , la plupart étaient Egyptiens, et fort attachés à saint Athanase.

Par une disposition marquée de la providence , saint Hilaire de Poitiers se trouva à ce concile. Comme il était relégué en Phrygie , il semblait qu'il eût besoin d'un ordre particulier pour pour voir aller à Séleucie , ville d'Isaarie. Toutefois , $m^ Tordre générer! d'y envoyer tQUS les é\(^ques ,

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le gouverneur de la province le fît partir , comme* les Orientaux. Soit curiosité de leur part, soit estime de son mérite , il en fut très-bien accueilli. On s'informa de lui fort au long , et avec un grand empressement^ de la croyance ae ses compatriotes. Car les ariens accusaient tout ce qui ne pensait pas comme eux , de sabellianisme , ou de ne recon*naître qu'en paroles la Trinité des personnes divi*nés. Hilaire fit une ample confession de sa foi , en montra la conformité parfaite avec celle de Nicée, et attesta que la croyance générale des Occidentaux 5 Gaulois et autres , n'était pas difïerente de la sienne. Ainsi fut-il admis à la communion des^ évêques d'Orient , et reçu dans leur concile. Mais il y eut d'abord de vives contestations j

Î)our savoir par où l'on commencerait , soit par a dénonciation des personnes coupables , soit par l'examen des questions de foi. L'empeireur Constance , pour s'ériger en arbitre des conciles, n'en était pas plus habile en ces sortes d'affaires. Il donnait assez d'ordres ; mais c'était leur multiplicité même qui causait l'incertitude. Ses lettres équivoques semblaient tantôt prescrire une certaine marche, et tantôt un autre procédé tout ditFérent. Enfin l'on commença par le dogme. L'impie et présomp^. tueuxAcacene se déguisa point. Il rejeta audacîeusement le symbole de Nicée, ne voulut entendre, ni à égalité , ni à ressemblance de nature entre le Père •et le Fils , soutint avec obstination qu'il ne pouvait y avoir de génération dans là divinité ; que l'origine du fils de Dieu n'était autre que sa création-j que son être procédait du néant ; que Jes us-Christ, en un mot , n'était qu'une créature. A ces blasphèmes, la secte effrontée ajouta ceux qui avaient couvent alarmé la pudeur comme la piété dans la bouche d'Eudoxe d- Antioche ; que si Dieu , par exemple^ avait un fils, il fallait aussi cpi'il eût une femme , et mille autres de ces plaisanteries méprisables et de ces honteux blasphèmes , que les impies de tous les temps ont substitués avec tant

de complaisance à la chaste gravité du langage des pères et de l'écriture.

Tous les orthodoxes , les Macédoniens même , ou les demi-ariens , avec saint Hilaire qui les rapporte , frémissaient d'horreur (1). Le saint docteur s'estimait malheureux .que de pareilles impiétés eussent souillé ses oreilles. Les murmures retentissaient dans tout le. lieu de l'assemhlée , et durèrent jusqu'au soir. Avant qu'on se séparât , Silvaîn de Tarse proposa de s'en tenir à la célèbre exposition de foi dAntioche, dite de la dédicace , qui établissait la ressemblance de nature ou de substance entre le Fils et le Père , mais qui n'exprimait pas leur consubstantialité , et point assez clairement la divinité de Jesus-Christ. Comme la plus grande partie des évêques de Séleucie pensaient ou parlaient en demi-ariens , ils applaudirent à la proposition de l'évêque de Tarse , et s'en tinrent au symbole d'Antioclie. Acace et ses adhé-^ rens protestèrent et sortirent de l'assemblée.

Il y eut trois Antres séances, où les acaciens firent de nouvelles tentatives ; mais toujours sans succès : après quoi ils abandonnèrent le champ de bataille aux demi -ariens , qui avec quelques catholiques condamnèrentrimpiétédu pur arianisme et de ses fauteurs. Après les citations d'usage avec les délais nécessaires , la sentence de déposition fut prononcée contre Acace dé Césarée en Palestine , Eudoxe patriarche d'Antioche , George d'Alexandrie , Uranius de Tyr , et quelques autres moins célèbres.

Voilà ce qui se passa de plus important dans les conciles de Rimini et de Séleucie , les deux grands scandales de l'église , dont les ennemis cependant n'ont d'autre raison de triompher que leur haine même contre elle , et l'oubli des règles consacrées par l'usage uniforme de tous les siècles. Ils s'autorisent principalement de l'assemblée de Rimini y

(i) Hil. c. Gonst. ip n, i3.

qui fut extrêmement nombreuse , qui pouvait seule représenter Féclise universelle , et qui en effet la représenta quelque temps. Car il faut distinguer deux parties bîeri différentes dans ce concile. Il cessa aêtre infaillible et légitime , après qu'il eut

Frononcé contre les évêques ariens ; et Tantiquité a reconnu pour œcuménique jusque-là. Quant à ce qui suivit , et que saint Athânase , dans son traité des Synodes , composé ou du moins publié à cette occasion , appelle , non plus le concile, mais les nouveautés de Ri mini , il est évident que ce ne ifut plus une assemblée canonique réglée sur l'esprit et la pratique des apôtres , et capable de re- Î Présenter l'église. Il n'y restait alors ni ordre ,ni iberté; on détruisait précisément dans cette confusion , ce qu'on venait de statuer en procédant selon les lois et les usages de l'antiquité. L'Esprit- Saint ne saurait être contraire à lui-même, et si • des deux décisions contradictoires , il faut lui en attribuer une , ce ne sera certainement pas celle qui, extorquée par la violence , obscurcit en quelque manière la^foi constante et universelle des cglîses répandues dans tout le monde chrétien.

La grande difficulté n'est pas d'exempter d'erreur les pères de Rimini , mais de faire voir que leur dernier procédé ne substituait pas inévitablement l'erreur aux vérités catholiques , ou que les fidèles qui vivaient dans le temps malheureux de ce concile , ne pouvaient à son occasion tomber dans l'arianisme que par leur faute ; c'est-à-dire , qu'en ces fâcheuses conjonctures, on ne pouvait errer que de mauvaise loi. Or les évêques assemblés , tout en prévariquant , ne proposaient pa^ une doctrine hérétique. Tous au contraire, à l'exception des purs ariens qui faisaient le très-petit nombre , convenaient extérieurement sur le dogme et l'enseignement public, qui se trouvait toujours conforme à la foi ancienne. Que si leur confession péchait par son insuffisance , ce défaut même dura peu de temps. Au moins fut-il corrigé sitôt que les

Tiérétîques en voulurent tirer avantage ^ et lorsque le danger de la séduction devint elFectif. Alors les pères qui s'étaient laissés surprendre , témoignèrent leurs regrets , et rejetèrent hautement le sens nouveau que la cabale attachait à la formule souscrite , ainsi que les conséquences qu elle tirait de leurs inscriptions.

Le souWrain pontife , à qui il appartient de publier les décnets des conciles , s'éleva CQnti*é ceuxci avec une grande vigueur ^ au nom de • tout répiscopût. Les successeurs des apôtres reconnurent la voix de Pierre , et se rallièrent sous leur chef ^ sans en excepter ceux que les stratagèmes de l'ennemi avaient égarés. Libère ne manqua point d'écrire de toute part, inculqua plus que jamais le respect dû aux décisions de Nicée; et pour me servir des expressions de Sirice , son contemporàia et son successeur presque immédiat , il cassa sans ménagement le concile deRimipi(î). La multitude des évêques en flétrit de même les lâches conventions , xdans les provinces diverses : ils se rassemblèrent par métropoles , ou s'écrivirent les uns aux autres; avertirent leurs ouailles^ pour lever ou prévenir le scandale , et pour rétal3lir la saine doctrine dans toute sa splendeur. Les peuples d'ailleurs étaient généralement attachés à la vraie foi , jusque dans les diocèses «gouvernés par des prélats ariens. Rien ne prouve mieux ces heui^uses dispositions , que les subtilités et les équivoques dont ces faux pasteurs furent contraints d'user sans cesse dans leurs innovations. Quant à la condamnation des formules ariennes, faite alors par le très-grand nombre des évêques dans toute l'étendue de l'église , Lucifer de Cagliari , saint Hilaire , saint Athanase , tous les auteurs les plus respectables l'attestent expressément et uniformément. Ainsi quand les prélats , trompés et surpris à Rimini , n'auraient pas réparé avec tant d avantagé

^i) jS/?, ad JEpisc. an. 389.

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le scandale de leur crédulité ou de leur condes^ cendance ; que sont trois à quatre cents , et même . cinq à six cents évêques , en comptant ceux deSejeucie , par ropport à la totalité des sièges épiscopaux de ce premier âge ? Les écrivains les mieux instruits en comptent plusieurs milliers ; et sans accumuler ici les témoignages , le sixième canon de Sardique , portant défense d'ordonnerWn é\è(iue pour.utt village ou pour une ville si petite quun seul prêtre* y suffise , fait assez présumer à quel point les prélats se trouvaient multipliés^dans ces temps anciens.

Qu on examine sans prévention le véritable état des choses. Quand on parle du. corps de l'épiscopat , il n'est pas qnuestion des évêques séparés par Fhérésie ou par le schisme consommé ; comme aujourd'hui , dans le corps de l'église enseignante , nou$ ne faisons point état des évêques schismatiquesde |a Grèce , ni des hérétiques d'Angleterre. Ainsi doit-on , pour le temps de l'arianisme , réduire l'examen des membres de l'épiscopat aux prélats catholiques, c'est-à-dire , à ceux qui n'étaient »m hérétiques, ni schismatiques notoires , et qui se réduisaient au petit nombre des purs ariens. Il faut encore compter dans l'épiscopat , les prélats orthodoxes chassés de leurs sièges , et en exclure Içs usurpateurs. Tout cela présupposé , combien les évêques qui professaient la saine doctrine ne surpassaient-ils pas en nombre , tant ses ennemis déclarés, que ceux qui paraissaient l'avoir méconnue? Que si des écrivains intéressés à réduii^e au petit pombre la profession de la foi, se sont plus à exagérer celte triste défection , et si aux faibles évêques de Rimini' ils en associent encore une multitude d'autres qui les imitèrent dans les différente» provinces; en est-il moins constant par toute l'histoire , que la séduction ne fut que successive , et qu'en quelque point de temps particulier qu oa puisse marquer, le nombre des pasteurs qui professaient la vérité l'emportait iuliniment sur celui dc&

^ fi L* Ë 6 t. I s E;. ^9

FTérarîcateurs? Jamai» le protecteur adorable de église n'y souffrit des nuages capables de ternir le caractère divin de sa visibilité, et ses plus rudes épreuves firent souvent le principe de ses plus heu-' reux succès.

Par la division que les conciles de Riminî fit de Séleucie mirent entre ses ennemis , ils lui procurèrent en effet un avantage iïiestimable. Les demi-' ariens avaient conçu la plus vive inimitié contre les ariens purs. Après avoir prononcé contre eux

Plusieurs sentences de déposition , ils se mirent eu evoir de leur donner des successeurs , et de faire^

exécuter les dispositions de Séleucie dans toute leur étendue. Rien n'eut cependant encore son effet. Des hérétiques déposés , quelques-uns retournèrent à leurs sièges, sans aucune formalité ; d'autres por-ï tèrent leur plainte à C. P. L'audacieux Acace y traîna , non sans peine , le patriarche Eudoxe , dont il lui fallut encore combattre long-temps la pusil-^ lanimité naturelle.

■ D'un autre côté , leurs rivaux envoyèrent dix députés à Constance , pour lui référer ce qui s'était passé à Séleucie , suivant l'ordre qu'il avait donné a ce concile de l'Orient , aussi-bien qu'à celui de l'Occident. Basile d'Ancyre , chef de cette députa* tion , mena avec lui Eustathe de Sébaste , Eleusiu^ de Cyzique et Silvain de Tarse. Acace avait pris lei devants , avec Eudoxe |qu'accompagnaient Aëtius' et Eunomius. Ils trouvèrent les eunuques du pa-» lais qui don^inaient l'empereur , toujours attachés, comme eux , à ce que l'arianisme avait de plus impie , et ils ne désespérèrent pas de reprendre leur premier ascendant sur l'esprit inconstant de ce prince. Cependant l'évêque d'Ancyre lui demanda ^ justice des blasphèmes d'Eudoxe , que la jalousie put lui faire inculper , de préférence à Acace qui était l'ame du parti. Eustathe de Sébaste l'appuya,

• s'étendit fortement sur la manière dont Eudoxe voulait ressusciter les impiétés les plus monstrueuêes d'Arius j et pour n'en laisser aucim doute , il .

5(B Histoire

proposa de lire la confession de foi de ce patriap*' clie , sans principes et sans releniie dans ses accès de fanatisme. L'empereur consentit à l'entendre y et marqua antant d'horreur que de surprise à la lecture des blasphèmes qu'on y vomissait contre la Yerbe incarne : chacun des auditeurs frémissait de la même indignation, Constance demanda à Euf doxe s'il était l'auteur de cette confession exé^ crable. 11 paya de dissimulation, et répondit qu'elle était d'Aëtius. On lit venir ce dernier ; et comraa, il ignorait où en était l'afTaire , il avoua sans façoQ; cette pièce impie. L'empereur le chassa honteuses ment de sa présence , et donna des ordres pour la Lannir. Par la crainte d'être enveloppé dans la. même peine, Eudoxe fut contraint d'anathématises-. cet écrit révoltant. ^<^

Comme le parti des anoméens se trouvait dan*, cette crise , arrivèrent à C. P. les derniers députéa-i de Riniini. Ils avaient au fond la même foi que le^Q acaciens ou anoméens , quoiqu'ils s'énonçassent avetS

{(lus de réserve, et ils se joignirent à eux; mais il*J enr firent concevoir la nécessité d'admettre quel* I ques tempéramens. C'est pourquoi les acaciens,'-contens que les Occidentaux eussent abandonné à*^ Aimini le terme de substance, adoptèrent sans plus de difficulté la formule de ce concile. L'empereur crut avoir tout gagné, par un accord qui n'était ' que l'ouvrage de l'intérêt du moment, sans nul-* concert dans les esprits. Traitant en conséi^uence, selon les formes de Tadminislration temporelle , ces-objets sacrés et délicats pour lesquels il n'availtni mission, ni capacité, il procéda de la manière la plus coactive à faire souscrire la confession de Kimini à tous les évêques qui se trouvaient à C, Pi ; (i). Comme elle disait précisément le Fils !<emblabl9 i au Père , sans faire nulle mention de sidistance. ; Siivain de Tarse et Eleusius de Cyzique refusèrent ' courageusement de signer. On prétend que ces l

[i) Hier. Chivn. ait. 36i ; Grog. Saz. Uj

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ëvèouels, demi-arjens jusque-là, se convertirent sur le champ avec sincérité.

Les acacieiis ayant ainsi prévalu , tinrent , Faii 36o , à Constantinople y un nouveau concile , afin d'annuller tout ce qui s'était fait à Séleucie. S. Hi-^ Isiire se ti'ouvait dans la ville impériale, où il avait suivi les députés orientaux ^ pour savoir ce qu'il plairait à l'empereur d'ordonner de sa personne^ Vivement alarmé de ce péril extrême de la foi , il présenta une requête au prince , où d'abord il était

Siestion de l'injustice faite au saint évêque en l'exi-^ nt ; et il offrait d'en confondre l'auteur , c'est-àdire Saturnin d'Arles y qui se trouvait aussi à C. P; Jilais ce n'était là qu'un expédient employé par le! saint docteur y pour passer aux intérêts de l'egli^e , qui lui étaient infiniment plus chers. Yousm'écou-* terez sur mon exil y dit-^il en effet à Constance (i)^ quand et de la manière qu'il vous plaira : je m'em-* presse à vous entretenir d'une affaire bien j>lus im-» portante. Consterné du péril où je vois le mondé chrétien y et tremblant d un côté pour mon propre 6alut y dans l'appréhension des divins châtimens dûs au coupable silence d'un évêque ; de l'autre côté , crai^ant encore plus pour le salut de votre majesté et de tout votre empire y je viens vous annoncer la fdi que vous voulez apprendre des évéques ^ et dont personne n'a le courage de vous instruire* Car il ne faut pas prendre pour la doctrine invaria-* ble de l'église , la multiplicité de ces formules qui se diversifient chaque jour. Ces variations mêmes prouvent invinciblement , que telle n'est point la vraie foi. C'est là , prince, la foi des conjonctures et de la politique y non de l'évangile^ Depuis le saint concile de Nicée y les éyêques à qui vous accordez votre confiance y ne font autre chose que de composer des symboles. Combien la foi de l'année dernière n'est * elle pas changée parmi eux ? Tous les ans, que disrje ? tous les mois^ ils en font

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