LIVRE NEUVIÈME
Depuis la mort de Constance en 36 1 , jtisqu'à la
chute de Varianisme en 3^8.
J jES catholiques respirèrent , à la mort de l'ein-
1)ereur Constance qu ils ne croyaient point avoir ieu de regretter. Ils se promettaient un sort plus tranquille sous un successeur qui à la vérité ne trahissait déjà que trop la religiop de ses pères, mais f[ui avait au moins la réputation d'un prince cquiiahle et philosophe. Telles n'étaient pas encore les vues du Seigneur sur ce vivant édijfice qui s'affermit par les secousses, et quien*devait essuyer de tout genre. L'église avait résisté à toute la vio-
par la jalousie et l'intérêt des, pr idolâtres. Après une foulé d'hérésies qui mesuraient nos mystères sur les règles d'une vaine dialectique, et les anéantissaient en leur ôtantleur sainte obscurité; après tant de sectes, moitié chrétiennes et moitié païennes , la simplicité de l'évangile venait de contbndre, dans l'arianisme , la plus s^udaciouse et ia plus artificieuse de toutes les factions.
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Il lui restait à soutenir contre Julien toutes le» tentations réunies ensemble , les divisions intesti* nés habilement fomentées , l'exclusion des charges et des honneurs., et même des sciences ou des études ; le"^ propres armes de Téglise que ce dangereux tyran tourna contr elle , en imitant son auguste discipline, en donnant un air de dignité , de sagesse et de raison aux plus odieuses pratiques de l'idolâtrie et de la magie. S'il employait la violence , il s'étudiait beaucoup plus à dépouiller ses victimes de la gloire , que de la vie , et toujoui'S les supplices étaient ordonnés sous un autre pré- . texte que celui de la religion.
Ce nouvel empereuî* , dès le commencement dé son règne et tout en marchant contre Constance à la tête d'une formidable armée , publia qu'il ne prétendait que faire bonne contenance pour méiiager la paix ; qu'il se sacrifierait plutôt que de faire combattre une partie de l'empire contre l'autre , et qu'il était résolu de proposer aux deux armées d'épargner le sang romain , en nommant celui des deux chefs auquel elles préféraient d'obéir. Après cette protestation , il fallait , pour un philosophe y paraître conséquent. Il pleura son rival, prit un habit de deuil , et s'achemina ■vers C. P. Le sénat et le peuple lui marquèrent autant d'attachement que les troupes. On le regardait comme- le seul héritier du grand Constantin, et comme un prince amateur sincère delà sagesse et du bonheifr public. Il ménagea toutes les religions ; et quoiqu'il eût déjà fait des actes assez éclatans d'apostasie, il fit rendre à Constanceles honneurs ordinaires de la sépulture chrétienne^ et assista à toutes les prières de 1! église.
Toutefois il ne tarda point à réformer le gouvernement et à punir les ministres coupables. L'eunuque Eusèbe, grand chambellan et tout-
Î>iiissant sous le dernier l'ègne , périt sur un échaaud , aux acclamations de tout le peuple. Sa mort ne parut pas moins juste aux ariens qu'aux
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eatKoIiqnes opprimes , tant il avait indignement usé de son crédit. Tanrus , dont les violences faites aux pères de Rimini avaient été récompensées du consulat , fut envoyé en exil (i). Dans le palais impérial d'Orient , ce n'élait que maîtres d'iiôtel y qu'eunuques , que parfumeurs et baigneurs. Le nouvel empereur réduisit toutes ces charges au sort des métiers, et l'on n'attacha plus que le mépris à cette mollesse asiatique et si peu romaine, filais la réforme, inspirée par la passion , donna dans l'excès contraire , et dépouilla le trône de tout ce qui en relevait la majesté. x\ux sénateurs , assez souvent traités en esclaves , on rendit , sinon la puissance républicaine , au moins quelque reste de son autorite , avec toutes les m'arques de son ancienne prééminence. Le peuple n^eut pas mpins pu jet d'être content : outre la remise des arrérages dus au trésor impérial, Julien supprima la cinquième partie de tous les impôts.
Il voulait absolument gagner l'affection publique : sentiment estimable ,.sil eût été inspiré par de meilleures vues. Mais ses philosophes , ou plutôt ses sophistes et ses imposteurs , lui ayant autrefois prédit le point de grandeur où il se trouvait , il croyait le devoir aux dieux qu'ils faisaient profession d'adorer , et il commença paf établir la liberté de tous les cultes. Et comme s'il n'y avait point de milieu entre égaler toutes les religions , et persécuter ceux qui ne professent pas la meilleure, il faut, disait-il, fhstruire les hommes , et non tyranniser les esprits. Ceux qui se trompent dans un point aussi important que les observaiices religieuses , sont plus dignes de compassion que de haine. C'est une double cruauté d'user de rigueur envers des malheureux , qui s'égarent plutôt par ignorance que par choix.
L'esprit faux et bizarre de ce prince avait tou-
(i) Amin. Marc. /. yjli, c. 3.
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jours paru incliner aux superstitions du paganisme; depuis qiî'il avait joui de (jnelque liberté. Mais spn aversion pour la mémoire et les deseendans de Constantin, en conséquence des mauvais liaite- Itiens qu'il avait éprouvés avec sa famille de la part de Constance , fortifia encore ce penchant, où il entra aussi de la politique. En se déclarant pour l'idolâtrie au moment qu'il fallait marcher cunim Constance, il crut se faire-un ])uissant appui de ce qui restait de païens dans l'empire, Unegiande partie du sénat n'avait oublié,ni Mais, ni Jupiter, ni aucune des vieilles chimères t|u'elle prenait pour la basC; delà puissance romaine. Dans la Grèce euLèlée depuis si long-temps de sa mylKologie et de son hé-, roïsme fujjuleux , grand nombre d'enthousiastes, se persuadaient encore qu'ils allaient redevenir le.premier des peuples , si Minerve était honorée de nouveau dans Atnènes, ou si l'on revenait à Del-, Jihes écouter les oracles d'ApoUon.
L'empereur publia des edits , afin d'ouvrir leâ.^ temples , de rétablir les sacrifices et toutes les observances idolâtriques. Il tenta d'etfacer son baptême par des cérémonies non moins ridicules que sacrilèges. Il voulut aussi acquérir un caractère, pour sacrifier; et il se fit instituer prêtre d'Apollon, suivant les rites idolâtres. C'était celui des dieux, à qui il accordait sa prédilection. Ses jardins étaient devenus comme un temple , par la multitude des autels qu'on y rencontrait : mais près de son appartement, il y avait une superbe chapelle , consacrée, au soleil , c est-à-dire au irère de Lalone , son dieu, favori. Chaque jour il lui offrait des victimes à soii( lever , et à son coucher il le priait assez gi'atuite-«i ment de ne pas manquer à reparaître le lendemain, fiur l'horison. Des ordres furent expédiés à toutes: les villes , pour le rétablissement des idoles qu'avait détruit Constantin , et pour en ériger dans; ]ç palais même de C, P. On y plaça en elFet une statue dédiée à la fortune de la ville ; et pour la première fois , la nouvelle Kome bâtie pour punir
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l'ancienne de son attachement à la superstition, se vit elle-même profanée par Tid^lâlrie. Le zèle du prêtre-empereur se porta à des profusions et à des puérilités qui excitaient les risées des païens même. La dépense des sacrifices devint onéreuse à l'état^j et qiielque temps avant son expédition de Perse ^ on disait que s'il en revenait vainqueur, il ne resterait plus de boeufs en Asie.
La religion chrétienne avait tout à risquer. Mais pour lui nuire , Julien prit une voie diamétralement opposée à celle des autres persécuteurs (i). Il crut que la plus efficace , comme la moins apparente, serait de l'abandonner aux différentes sectes qui la divisaient. Ce fut par ce motif, autant que pour décrier les violences du dernier règne , qu'il rappela tous les évêques exilés , ef leur donna la li bette d'enseigner chacun selon ses principes (2). Par cette marche insidieuse de Julien , que la providence dirigea au bien de l'église, Lucifer de Cagliari , Eusebe de Verceil , Cyrille de Jérusalem ,1e grand Athanase et tous les orthodoxes les plus célèbres se virent de rechef en état de faire face avec avantage aux ariens déconcertés. Mais le saiât patriarche d'Alexandrie ne put remonter ^ur son siège , qu'après la mort de l'usurpateur George.
Le parti des semi - ariens ou macédoniens , qui commençaient à se confondre enisenible , vit aussi rétablir ses principaux chefs. Parce que les acaciéns , les plus maltraités d'abord , comme ayant eu le plus de part aux faveurs du règne précédent , étaient devenus les plus faibles ; il les appviya suffisamment pour les tenir en ^tat de perpétuer les troubles et la division. Les donatistes , réduits presque à rien , osèrent de nouveau cabaler. 11 n'y eut as jusqu'aux juifs , dont il ne relevât le courage. 1 voulait atïaiblir les adorateurs du vrai Dieu les uns parles autres, pour les accabler tous dans leur épuisement commun.
(1) Or, Greg.. li'az. p. 7^ (2) Liban. On to.
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Né dans le sein de la vraie religion , il en connaissail assez le génie pour savoir que les cruautés lie servent cju'àla rendre plus ferme , et ponremployer principalement contre les fidèles les pièges tle l'insinuation et de la séduction (r). Il leur enviait d'ailleurs la gloire du martyre. Quand laliaine ou la colère l'emportait, bi-entôt il leur trouvait quelcjne autre crime tjue leur religion, ou il ne manquait pas de revenir à ce personnage afiecté de modération et de douceur, qui lui donnait un air de philosophie et d'empire sur lui-même , dont il était extrêmement ilatte. Un jour qu'il sacrifiait dans son temple de la Fortune, l'arien Maris^, évê-, que de Calcédoine , guidé par un zèle que nous laissons au lecteur le soin d'apprécier , vint, tout aveugle qu'il était, lui reprocher sans ménagement le déshonneur que son apos^sie faisait au sang de Constantin. Ton Dieu , lui ré])ondit Julien qui le prit sur le ton plaisant , le Galiléen que tu. adores, est-il plus digne de nos hommages , lui qui ne peut te rendre la vue? Je lui rends grâces , re-
Iîartit l'évèque , d'un aveuglement qui m'épargne a douleur de voir l'apostat qui le blasphème. L'apostat ne ût pas semblant d entendre la rénlinue. Amateur de ces railleries ou de ces dérisions cruelles qui sont des lâchetés sur le trône , après quelques autres mesures inellicaces , il défendit aux chrétiens par un édit formel d'enseigner et d'étudiejf les belles-lettres (2). Homère , disaii-il , et Démosthène ont adoré les dieux : pourquoi les proposer à la jeunesse comme des hommes admirables , s'ils se sont ti'ompés dai^s le point le plus important , ainsi que le prétendent les sectateurs du Galiléen? Qu'ils se bornent à e^plique^ les élégantes j>rodiictions de Luc ou de Matthieu. Il fallait obéir aux dispositions de aette étrange tyrannie , dont la science et les arts devenaient la. matière ; mais lei docteurs chrétiens eu creusèrent avec d'autant plus
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Ae succès la mine féconde des dîvînes écritures. Ce fut à cette occasion que les deux Apoll inaires ,
f)ère et fils , donnèrent une forme si attrayante à eurs ouvrages en vers et en prose sur des sujets de religion. Pour remplacer les auteurs profanes et récréer la jeunesse en l'instruisant, Apollinaire le père écrivit en vers héroïques l'histoire des Isi'aélites , et^divisa son ouvrage en vingt-quatre li^^res , à l'imitation d'Homère. Il composa aussi sur différens traits des livres saints , des tragédies , des comédies , des odes , dans la manière de Pindare , d e Ménandre et de Sophocle. Le jeune Apollinaire mi t l'évangile et les écritures des apôtres en dialogues^ suivant la méthode de Platon. Il avait une facilité prodigieuse ; et quoiqu'il eût donné la plus grande partie de son temps aux auteurs profanes , il fit contre Porphire et les autres philosophes païens^ des traités d'une force supérieure à tout ce qui s'était composé avant lui , sans en excepter les écrite d'Eusèbe de Césarée.
Saint Basile , si bon coni^isseur , en jugeait trèsavantageusement, et les lisait volontiers. Un jour on lui rapporta , selon le récit deSozomène , quel'empereur Julien en avait donné son jugement sur quelque trait particulier , en ces termes laconiques : je î ai compris, je l'ai lu, je l'ai condan^iné (i). Le saint docteur , à^e qu'on ajoute , fit cette réplique : l'empereur peut l'avoir lu; mais il ne l'a point compris, autrement il ne l'eût pas condamné. Il y a des auteurs qui attribuent cette repartie à quelques autres personnes. De toutes les œuvres des ApoUi- Baires , il ne nous reste en entier que la traduction des pseaumes en vers par Apollinaire le fils , qui dans la suite fit un si méchant usage de ses talens.
Saint Ephrem , diacre de l'église d'Edesse , publia dans le même temps que les Apollinaires , un nombre étonnant d'excellfis ouvrages. On ne sait ce qu'on doit admirer le plus , ou delà fécondité
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(i) Soz. T j i8.
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de sa plume, ou du degré de perfection (Jii'elle donnait à tant de productions de tout genre. U composait en vers aussi parfaitement qu'en prose* et ses hymnes qu'on cliantait dans les églises de Syrie el de Mésopotamie , en faisaient les défiées. Le style en est si fourni de pensées , si orné du fond même des choses , qu'on en retrouve encore la heaulé, et sur-tout la suhlimité , dans les tra-* duclionsqui nous en restent; quoiqu'ils n'aient pu manquer d'éprouver des altérations considérahteS en passant de l'original syriaque dans la langurf
Sreccrue de génie si différent, et du grec ensuite ans les autres idiomes où nous les lisons. Tous; ses écrits, aussi-hien que ses h} mnes, devinrent sr célèbres , au rapport de saint Jérôme , qu'on les. lisait publiquement, après les livres saints, en différentes églises. De bons juges lémoii^nent y resJi ' sentir encore aujourd'hui l'impression de la tendre' piélc et delà douce componction qu'ils respirent.
Toutefois ils n'étaient le fruit, ni d'une heureuie"* culture, ni d'une étu(^ profonde. Ephrem avait pris naissance dans la campagne de INisibe , de pa-' rens pauvres et réduits à vivre des plus rudes tra- ' Taux du labourage. Après ciuelques étourderies de jeunesse , il se donna mùi-ement à Dieu , et em- .^^ brassa la vie ascétique, sous la conduite de son -^ cvêque, l'illustre saint Jacques, qui délivra de» - Perses la ville de Nisibe , de la façon merveilleuse que nous l'avons rapporté, et dans le temps mémo '
3 u'Enhrera était avec lui. On voit par les œuvresu disciple, combien il avait prohté dans la vie intérieure, sous un si bon maître. Elles contiennent 1 les plus parfaites instructions, soit pour les reclus concentrés dans leurs cellules , soit pour les hermites dispersés dans les solitudes, soa enfin pour lea cénobites ou les moines qui vivaient en communauté. On y trouve ai4t des descriptions agréable-* ment diversifiées des travaux différens qui les occu-
S aient, comme de faire des nattes et des paniers , es cordes , de la toile , du papier j et de transcrire
les
2) E L^ E G t I â c. iit
les livres» Cest de luf que nous tenons mielquea particularités touchant les solitaires de la Mésopo* tamie et de la Haute-Syrie vers la Perse , encore admirables après ce qu on a vu de ceux d'Egypte* Ilscomptaient Aonèspourleilr premier instituteur^ assez peint d'un seul mot , en le nommant l'Antoine de ces cantons (i). On les nommait eux-mêmes pais*^ sans, parce qu'ils erraient continuellement surle$ montagnes avec les animaux qui y cherchaient leur nourriture ) bien plus dignes d'être comparés à ded ' esprits déjà sépares de leurs corps , dont ils ne con^ naissaient presque plus les besoins ni les habitudes^ Ib n^avaient y ni maisons , ni usage d'aucun aliment préparé* Sans cesse ils faisaient retentir ces lieux sauvages du chant des hymnes de l'église. Quand il faillait prendre quelque aliment , ils mangeaient les herbes qui croissaient sur leur passage. Leurs retraites étaient des roches ou des creux d'arbres | et leur sépulture ^ le lieu où ils se trouvaient au moment de la mort , pour laquelle toute leur vie n'était qu'une préparation continuelle.
Cependant Julien continuait d'exercer, dans les plus oelles provinces de l'empire , son genre ironi-
3ue de persécution. L'an 366 , il fit une loi sérieuse e donner aux fidèles le nom de galiléens^ Il révo^ qua tous les privilèges que les empereurs chrétiens avaient accordés aux cleix^s et aux vierges , abolit les pensions ecclésiastiques, exigea même la restitua tion du passé , et en fit le recouvrement avec une extrême rigueur. On enleva en même temps des églises ^ les vases d'or et d'argent , et tout ce qu'elles possédaient de précieux , sous le prétexte moquent de' faciliter aux chrétiens l'observance de la pau'' vrelé évangélique. Sous ombré qu'il leur était aussi commande de fuir les honneurs et d'endurer pa-* tiemment les injures y il les e:xclut légalement de toute dignité , et leur ôta toute action en justice ^ même pour se défendre^
(i) Soz. VI, 33 el 34'
Toine IL H
A travers la noire malignité de Julien , et les mar^ (jues affectées de mépris qu'il donnait au christianisme, on ne laissait pas d'apercevoir qu'ilji'avait pu étoufFer l'estime qiie lui inspirait malgré lui la pureté des mœurs et^e vif éclat des vertus chrétiennes. Il profita même de ces exemples pour lac réforme du paganisme qu'il avait entreprise, et qui faisait peu de progrès, nonobstant la chaleur de son zèle ; comme il s'en plaint à l'un de ses pontifes. L'hellénisme , dit-il (i), c'estle nom qu'il aimait à lui donner , ne va pas comme il le devrait; et c'est par notre faute. L hospitalité , le soin des morts ainsi que des vivans , et le rè^lemenl des mœurs } ■voilà ce qui a si fort accru le parti des ennemis de nos dieux. Vous devez pratiquer tout cela ; et il ne suffit pas que vous soyez personnellement hom-#' mes de bien. Faites savoir a tous ceux qui vou» sont subordonnés dans l'administration des choses religieuses , qu'un sacrificateur ne doit point allef au théâtre , ni boire dans une taverne , ni exercer un métier lionteux. Privez des fonctions du sacer-doce , ceux qui refuseront de se conformer à cette police. Dévoués au service des dieux , qu'ils aient aoin de tenir leur rang à tous les égards. Visitez rarement les gouverneurs. Quand ils entrent dans laville, que nul sacrifica leur n'ailleau-devantd'eux; mais seulement quand ils viennent aux temples : alors même , n'avancez pas au delà du vestibule. Dès;
3 ne le magistrat atteint la porte du lien sacré , iï evient simple particulier. C'est vous qui commandez au dedans , en vertu de la loi divine , à. quoi' l'on ne peut résister sans une sacrilège arrogance. En chaque ville, établissez des lieux ]iublicsd'bospice pour les étrangers de notre religion , et pour tous les pauvres indistinctement. Il est honteuS que nous laissions tant d'indi gens sans secours, tan-; dis qu'on ne voit mendier aucun juif, et que les impies galiléens , outre leurs pauvres , nourrissent
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encore les nôtres. J'ai déjà assigné les fonds nécessaires pour ces établi ssemens : mais engagez les hellénistes à en partager le mérite , et les gens de campagne à offrir jjour la même fin les prémices de leurs récoltes.
Julien donne à ses pontifes dés règles encore plus \isiblement calquées sur nos statuts ecclésiastiques (i). Il veut qu'ils s'abstiennent , non-seulement des actions honteuses , jnais encore des paroles déshonnêieSj des bouffonneries , des railleries, messéantes. Il leur interdit la lecture des livres obscènes ^ d*Archiloque , d'Aristophane , de tout comique trop libre ; il les borne a l'étude d'une philosopuiç amie des moeurs et de la religion , et non telle que l'épicuréisme ou le pyrrhonisme. Quand il eu, vient aux spectacles , il dit qu'il voudrait bannir des théâtres tout ce qu'ils ont d'impur; mais que la chose ne lui étant pas, possible, les prêtres doivent au^moins les abandonner tout entiers à la populace , n'avoir même , ni liaison , ni rapport , avec uu comédien ou un farceur. L'apôtre de l'hellénisme voulait encore bâtir des espèces de monastères , c'est-à-dire , des lieux de retraite et de prière séparés , pour les hommes et pour les vierges , ainsi que des jours et des heures réglés pour prier en commua et à deux chœurs -j mais il n'eut pas le temps de tra-» vailler à l'exécution de tous ces projets.
Il s'empressait encore davantage à suborner tout ce qu'il pouvait de chrétiens , par de perfides caresses , et en faisant quelquefois des personnages toutà^fait indignes de son ran^. C'était principalement aux sujets distingués par leurs talens , que s'adres-^ sait ce dangereux suborneur. Il connaissait et estimait la famille de Grégoire , évêque de Nazianze , qui avait été marié avant son épiscopat. Ayant étudié à Athènes avec celui des fils de Grégoire qui portait le même nom que son père, toujours il conserva la plus haute idée de son rare mérite. C'est
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il) Jul. iùid.
Histoire pourquoi il fit l'impossible pour Tattlrer à la conrj avec son ami Basile qu'il ne prisait pas moins. Mai» Julien remplissait trop la mauvaise ide'e qu'il avait depuis si long-temps uojinee de lui à ces vertueux condisciples, pour qu'ils voulussent contracter une liaison si contagieuse.
Le jeune Grégoire au contraire souffrait trèsimpatiemment de sentir son frère Césaire en faveur à cette cour impie. Instruit et profond dans la plupart des sciences, Césaire s'était particulièrement livré à la médecine; maisilnel'exerçaitqu'ea bienfaiteur de l'humanité , avec un désintéressement, et une noblesse qui ne répondait pas seulei^ ment à celle de sa naissance , mais qui le mettait au niveau des premières conditions. Pour le fixer dans la ville impériale , on lui déféra , entr'autres distinctions , le rang de sénateur. La ville prévenue depuis long-temps de la même estime , avait autresfois envoyé une députation à l'empereur Constance , pour le supplier d'y fixer Césaire, Ce prince le fit; et son successeur le voulut avoir dans son palais même , où le protégé de cet apostat fit toujours son capital de mettre en honneur la religion de ses pères.
Cependant ces dangereux bienfaits causaient à sa famille les plus vives alarmes. Vous nous faites sécher de douleur, lui écrivit un jour son frère Grégoire , et vous nous couvrez en même temps de confusion. Le fils d'un évêque devenu courtisan dn souverain ennemi de Jésus -Christ : quel sujet d'étonnement et de scandale ! Mon père en est si allligé, qaie la vie lui est à charge. Jusqu'ici nous avons caché cette fatale nouvelle à notre mère , qu'elle ferait expirer de douleur. Sur des remontrances si touchantes, et pour épargner de plus longues alarmes à des proches si respectables , Césaire , qui vivait à la cour comme il aurait pu faire parmi eux , ne laissa point de l'abandonner , en eacrifiant sa faveur avec toutes ses espérances. ïl avait étonné Julien par mille autre;} témoignages
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de son attaclieinent inébranlable à la foi ; mais quand l'empereur vit cette indifférence pour la rortune et les honneurs, il ne fut plus maître de son admiration , et s'ëcria tout hors de lui-même : Heureux père, d'avoir de pareils enfans ! malheureux enfans , d'avoir un tel père !
U y eut quantité d'hommes à talens qui honorèrent de même leur religion. Dans leur multitude^ on remarqua Proérèse et Victorin. Le premier était un habile dialecticien d'Athènes , sous qui Julien avait étudié , et qui tenant à honneur de souffrir des opprobres pour Jésus -Christ , quitta son école , quoiqu'il fût excepté de la loi générale qui défendait aux chrétiens d'enseigner. Victorin , natif d'Afrique , professa la rhétorique à Ropae , avec un éclat sans exemple avant lui. Il avait eu. ]>our disciples ce qu'il y avait de plus illustre parmi les sénateurs^ £n un mot , la réputation de ce rhéteur fut si grande , qu'elle parût l'égaler aux. héros ; et comme aux triomphateurs , on lui avait érigé une statue dans la place de Trajan. U ne s'était rendu chrétien que dans la vieillesse et après les plus longues délibérations. Mais ce parti pris , il persévéra avec une fermeté vraiment héroïque ,
Sue sa célébrité et le caractère de la persécution e Julien lui donnaient chaque jour de nouvelles occasions de signaler.
Cependant quelques chrétiens lâches se laîfcèrent pervertir. De ce nombre fut le sophiste Ecébole , moins fameux par son mérite que par son insta* bilité , ou son génie constamment extrême ; dévot affiché sous Constance , ardent idolâtre sous Julien y et après ce règne impie , pénitent enthousiaste. La plupart des autres .apostats furent des gens de
Î;uerre ou de cour ; les uns esclaves de l'ambition , es autres ennemis de tout frein , ou n'ayant pour loi que les caprices du prince. Pour en attirer encore d'autres , Julien fit usage des plus malignes inventions , jusqu'à ne permettre d'exposer en vente sur les marchés de C- î. que des Vivres offerts aux
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idoles, afin rjne les fidèles se trouvassent réduits à la faim ou à une sorte d'apostasie. C'était la coutuine en certaines occasions , que les empereurs , élevés sur leur trône avec un pompeux appareil , fissent de leur propre main des largesses aux troupes. Julien (dans une de ces cérémonies , fit placer a ses côtés un autel , un brasier , de l'encens , et il exigea que chaque soldat mit l'encens sur le feu , avant de recevoir son présent. On leur faisait entendre que ce n'étai t là que le renouvellement d'une coutume ancienne et indifierente.
Quelques-iins éventèrent le piège , et n'eurent ■pas la force de résister (i). La plupart n'aperçurent
Î joint l'artifice. Mais sur les reproches qu'on leur it ensuite , ils donnèrent les plus vifs témoignages de repentir , coururent par les rues et les places publiques , en criant à voix haute : Nous sommes toujours chrétiens ; que tont le monde l'enlende! Jcsus-Christ , Sauveur adorjibîe , nous ne vous avons point renoncé; si notre main a été surprise, le cœur n'y avait nulle part I II y en eut d'assez courageux
four aller jusqu'aux pieds de l'empereur rejeter argent qu'ils venaient de recevoir, en lui disant : Réservez vos dons pour ceux qui lesacceptenl à des conditions si honteuses : pour nous , ils nous sont heaucoup plus odieux que la mort. Coupez nos mains qu'ils viennent de souiller; tranchez la Irame funeste de nos jours ; immole/-nons à Jesus-ChrisC notre divin maître , qu'on nous a fait trahir contre notre volonté,
A cet affront , la philosophie de Julien l'ahandonna. Il entra dans un transport furieux , et commanda d'éloigner les confesseurs pour leur li'ancher la tète. On les conduisit aussitôt hors de la ville ; et déjà le hourrcau avait le fer levé , lorsqu'il survint un ordre d'arrêter l'exécution, llélas ! dit l'un de ces généreux guerriers , nommé Romain , je ne suis donc pas digne du martyre ! Ils
(I) Tlicod. 111 j i6i Soï. V, 17. .
furent bannis aux .extrémités de Templre , avec défense d'habiter dans aucune ville. Il se trouva des exemples de cet héroïsme entre les premiers officiers, Jovien , qui fut depuis empereur , résista en face à Julien. Le courage dé Valentinien , qui parvint aussi à l'empire, ne fut pas moins exemplaire. Il commandait une compagnie des gardes de l'empereur ; et cet emploi le fixant aux côtés du prince , il. entra un jour avec lui dan&le teAiple de la fortune. Les ministres du temple aspergeant la multitude avec des rameaux trempés dans l'eau lustrale , en laissèrent tomber quelques gouttes «ur le mahteau de Valentinien. Il leur témoigna son indignation avec vivacité , et sur le champ décbira la partie du manteau que l'eau avait tou^ cbée. Julien fut piqué jusqu'au vif , et l'envoya en exil , sous prétexte qu'il ne tenait pas sa troupe en bon état. Il ne voulait pas lui procurer l'hon»^ neur de souffrir pour Jesus-Christ ; mais personne n'y fut trompé. Pfi Valentinien, ni Jovien ne furent privés de leurs charges. La politique , ou le besoin qu'on avait de leurs services^ l'emporta sur la vengeance. \
Quand Julien crut l'idolâtrie rétablie pdrmî leis troupes , il supprima l'étendard de Constantin , appelé labarum , ce monument révéré du triomphe de la vraie religion ^ et il remit en sa place l'ancien et sacrilège étendard de la république , qui fut tout à la fois le signal de l'impiété et de la cruauté. La cour et les armées adorant publique* ment les idoles , il pensait n'avoir plus nesoin de feindre , ni de se contraindre. Il chassa des villes les évêques et tous les ecclésiastiques , afin que la multitude, qui ne peut demeurer sans religion j n'ayant plus d'exercice de la véritable , prît celle qui restait en usage. Non content de confisquer les églises , il ordonna que les temples des dieux fussent rebâtis aux dépens de ceux qui les avaient démolis sous les règnes pi écédens ; et comme il y avait une impossibilité absolue à 1" éxecution , on
Histoire emjDrisonna de toute part les clercs et. les évêcjTie»', on les appliqua aux tortures , on en condamna plusieurs à fa mort.
Alors il V eut nombre de martyrs, beaucoup même au delà des "vues du souverain , par les troubles et les émeutes séditieuses qui s'élevèrent dans les villes les plus proches de la cour. Les idolâtres , fiers de sa protection , ne gardèrent plus de iSesures , et parurent agités par les démons qu'ils adoraient. Les chrétiens le plus relâchés ne pouvaient soulfrir l'horreur de leurs blasphèmes, encore moins peut-être les dérisions et les injures. Ils y répondirent dans le même goût, et leur re-* prochèrent Tabsurdilé de leur culte. Bientôt la populace , de part et d'autre , en vint aux mains y et toujours les emportemens meurtriers des païens demeuraient impunis , tandis qu'on châtiait avec sévérité les moindres saillies des chrétiens. On prît à tâche de donner les charges civiles et militaires aux plus grands ennemis du christianisme. En uu mot, le zélateur fit si bien , que sousie prétexte de la liberté de religion , il mit la contusion dans tout l'empire.
A Dorostre en Thrace , Emilien fut jeté au feu
Ear des soldats , pour avoir renversé des autels, e gouverneur de Mère en Phrvgie avant donné ses ordres pour le rétablissement des idoles , trois chrétiens , nommés Macédonius, Théodule et Tatien , en brisèrent quelques-unes, jiendant lanuit et si secrètement, qu'on allait faire périr à leur place différentes personnes faussement soupçonnées (i). Mais les coupables vinrent s'accuser et 6e livrer eux-mêmes. Le gouverneur leur offrit leur grâce s'ils voulaient sacrifier. Ils aimèrent mieux endurer toutes sortes de tortures , après lesquelles ils furent rôtis comme saint Laurent ; et Jeur courage égala celui de cet illustre martyr. A Pessinonte eu Galatie , deux jeunes hommes
^i) Soz. V , 1 1 ; Act. sine, p. 649-
ik)ùffrîrent en présence de Julien même. 11 allait de C. P. à Antioche , pour la guerre de Perse ; et il se détourna pour sacrifier à la mère des dieux , dans son ancien temple de Pessinonte. On lui prë^ senta les deux jeunes chrétiens , qui confondirent les raisonnemens emphatiques qu il employa pour les suborner. Il leur fit subir une horrible torture. L'un des deux , tout déchiré par les ongles de fer , montra aux bourreaux , dans une de ses jambes, le seul endroit du corps qui demeurât sans blessure , en se plaignant qu'ils ne Feussent
Îias consacré , comme le reste , par la croix de esus-Christ. On ne le fit pas mourir ; et l'historien Rufin , qui le nomme Théodpte , dit l'avoir connu long*temps après. 11 lui demanda s'il avait senti la violence des tourm'ens. Le fervent confesseur répondit , que la joie de souffrir pour son divin Sauveur , lui causait des transports si vifs , qu'ik absorbaient tout autre sentiment.
Julien fit encore des martyrs en d'autres endroits de la Galatie. Le plus célèbre fut un prêtre d'Ancyre, nommé Basile comme l'évêque, mais d'une croyance bien différente. Ce fut le principal soutien de la saine doctrine contre les ariens , sous l'empire de Constance. Sous Julien , il s'occupait sans relâche à visiter les fidèles, afin de les prémunir contre le péril de Fidolâtrie. 11 fut tourmenté à trois reprises différentes , et mourut dans les douleurs de la torture. Un héréti(£ue de la secte des encratites , appelé Busiris , fut aussi appliqué aux tourmens dans la ville d'Ancyre. 11 les soutint avec un héroïsme qui mit dans tout son jour la gratuité et la force miraculeuse de la grâce. Quand on voulut le suspendre par les bras, selon l'usage, pour lui déchirer les cotés ; pourquoi , dit-il au gouverneur , perdre le temps à me pendre et à me dépendre ? Et levant ses mai;is au dessus de sa tête; je me tiendrai , poursuivit-il, en cette posture, aussi long-temps qu'on le voudra. On le prit au 9xot^ et il tintp^role^ Mais, parla misé^
ricorJe Ju bon maître au service duquel il n'est rien de perdu , il ne nerit pas dans cette alfreuse torture , et il obtint la grâce de rentrer dans le sein de l'église catholique.
Julieii passa de Galatie en Cappadoce, où il fît oussi des martyrs, principalement à Césarée. Il ne pouvait souifrir cette arande ville, florissante surtout par la piété chrétienne. Depuis long-temps on y avait abattu les temples vantés de Jupiter et d'Apollon , et l'on venait d'y détruire tout récemment celui de la Fortune , le seul qui v restât. Le tyran en ])unît toute la ville, lui ota son titre de cité, quoiqu'elle fût métropole d'une province très-considérable ; il la dépouilla même du nom de Césarée que lui avait donné l'empereur Tibère , et lui fit reprendre son ancien nom de Mazéca. Oa la priva , à plus forte raison, de tous ses privilèges ; ses babitans eurent l'humiliation de se voir imposés par tète ; les clercs furent enrôlés dans les plus obscures milices ; les églises , tant à la ville qu'a la campagne, dépouillées de tout ce qu'elles possédaient en meubles et en immeubles.
Marquant toujours sa trace par sa sombre haine contre le christianisme , et la rougissant de temps en temps du sang chrétien, l'empereur traversa la Cilicie , et arriva enfin à Antioclie. Il n'étart pas aimé dans cette capitale de tout le Levant, où dominaient les fidèles convertis de la gentilité , et dont elle avait été comme le berceau. On y souffrait avec peine le nom de galiléen , substitué par les ordres du tyran au nom de chrétien , qui devait son origine à cette église. Le persécuteur philosophe fut -curieusement observe par un peuple ingénieux et malin , libre dans ses saillies et dans sa censure. On se permettait des railleries assez piquantes 1 l'on disait hautement , qu'un empereur devait avoir d'autres soins que de nourrir sa barbe, d'autres fonctions cjue celles d'uH sacriGcateur et d'un victiraaire ; f[u'il ne serait que le singe des héros de l'Italie , eu forçant la nature pour exhauî-
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ser sa taille y en se boufEssant et en marchant à grands pas.
De tous ces traits satiriques , celui qui attaquait sa barbe , symbole de sa pbilosopnie , lui parut le plus piquant. Il y riposta dans le même goût , et à cette occasion il composa contre les citoyens d'Antioche la satire qui prend de là son titre grec de Mîsopomyn. Le remplissage est aussi pitoyable que le fond de TouVvrage ; et nulle part on ne trouve un exemple plus sensible des extra- Tagances où l'on peut donner avec un très-bel esrît. Ce ne sont que des traits de mauvais plaisant, e plates ironies, d'insipides et bas quolibets, avec la peinture dégoûtante de ses gi^ands ongles / de sa
Kitrine velue , de la malpropreté excessive de sa rbe et de sa cbevelnre. Dans les reproches qu'il fait à la capitale d'Orient , le plus grave est de prendre Jesus-Christ pour Dieu tutélaire , au lieu d'Apollon et de Calliope. Il ne laisse pas de se rencontrer dans ce méchant ouvrage un trait pré-* cieux pour la tradition , à l'endroit où l'auteur se plaint que les fidèles se prosternaient devant les sépulcres ; ce qui marque le culte des martyrs. . Il mît ainsi le comble au mépris qu'inspirait de Ba personne son peu de dignité dans toutes ses démaix^hes (i). Il annonçait hautement qu'il ne prisait pas moins le titre de pontife que celui d'empereur. Il courait sans cesse du temple de Jupiter à celui de la Fortune , de là à ceux de Cérès , de l'Amitié , et même assez loin de la ville , au bois de Daphné consacré à sa divinité favorite , c'està-dire à Apollon. Ce que les autres princes les plus dévots entre les idolâtres ne faisaient qu'une fois le mois, il le pratiquait journellement et plusieurs fois le jour. Il saluait , sans jamais y manquer^ par l'effusion du sang des victimes, le lever et le coucher du soleil; et il en immolait encore souvent la nuit aux démons nocturnes. Non " ' ■ ■ ■ . ■ . w, .. I il ■ I . ■ I I I .■
(i) Amm. XXII, 9.
Content d'assister à Ions ces sacrifices , il les offrait de ses mains , partageait tous les bas ollices des subalternes, allait et venait sans cesse , fendait ïe bois , sonlïïait le feu de sa bouche , portait les Tictimes , aiguisait le couteau pour les égorger , tournait etretournait leurs entrailles sanglantes, et en était souvent lui-même tonl ensanglanté (i). De tous les recoins de TOrient si fécond en fanatiques, et de tous les lieux du monde, accouraient en foule à sa cour des devins et des charlatans de toute espèce. Le palais ne désemplissait pas d'artisans les plus vils, d'esclaves même, de malfaiteurs échappés aux mines ou à l'échafaud , et qu'on 'V03'ail tout à coup transformés en hiérophantes et. en vénérables pontifes. Souvent l'empereur ren- Toyait , sans leur donner audience, des magistrats ' et des gouverneurs des provinces venus des extré- ,i mites de l'empire pour des ait'aires d'état ; et cependant il paraissait dans les rues environné de ce burlesque cortège , séparé de ses gardes et de ses ofBciers , qui s'en amusaient de loin. Jamais il ne trouvait le temps long au milieu de cette populace y où il faisait de grandes clameurs, riait à gorge déployée , se divertissait de leurs saillies grossières, et de leurs boulFonneries insipides. Saint Jean Chrysostome , qui n'écrivait ces détails que vingt ans après l'événement , prévoyait toute la peine qu'on attrait dans la suite à le croire , et il en prenait à témoin tous ses auditeurs (2).
Peu après soq arrivée à Anlioche, et vraisemblablement avant d'y connaître tout le discrédit du paganisme , Julien se transporta au bourg de Dapliné-, pour la fête d'Apollon qui s'y célébrait tous les ans. 11 comptait trouver, dans le culte et les sacrifices , une magnificence digne de la capitale de l'Orient. Mais il fut aussi mortifié que surpris , de ne voir, ni victimes, ni encens, pas même un gâteau pour olfrande ; tellement que le
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sacrificateur fut oblige d'apporléir une oie àe chez lui y afin de pouvoir immoler. Pour ranimer la dévotion , l'empereur harangua : mais ni le sénat , ni le peuple n'en devinrent plus libéraux.
Le prédicateur eut même le chagrin d'occasîoner la conversion du fils d'un saci^ficateur. Ce jeune homme , après avoir arrosé- d'eau lustrale les viandes qu'on servait au prince , se sentit tout à coup touché de la grâce , et s'enfuit de Daphné à An-»tioche, qui en était éloignée de deux lieues. Il alla trouver une diaconesse , amie de sa mère , et
Îai l'avait souvent exhorté à se faire chrétien, ussitôt elle le mena au saint évêque Mélèce^ qui était rentré dans son siège , ainsi que tous les pré^ lats exilés par Constance. Mais le prosélyte , quelque soin qu'on eût pris de le cacner , tut decou- v vert par son père et ramené chez lui. L'idolâtre fuyieux le déchira à coups de fouet : puis ayant fait rougir des aiguilles au leu , il les lui enfonça dans les pieds, dans les mains, par tout le dos^ et l'enferma étroitement dans sa chambre. Le confesseur ne perdit rien de sa fermeté ; et il trouva moyen de s échapper une seconde fois. Théodoret
3ui rapporte cette histoire (i), dit que les portes e la chambre où ce jeune homme avait été renfermé , s'ouvrirent d'elles-mêmes comme il priait , et qw'il recourut chez la diaconesse. Elle Tnabilla en femme , le prit avec elle dans sa litière , et le conduisit de nouveau à saint Mélèce. La nuit suivante , il partit avec saint Cyrille de Jérusalem , qui se trouvait à Antioche , et qui accéléra pour lui son départ. Après la mort de 1 empereur Julien , le
Î'eune chrétien convertit le sacrificateur son père, ^'historien dit tenir tout ce détail du fils même , qui le lui avait raconté dans sa vieillesse.
L'empereur fut beaucoup plus content des villes voisines que d' Antioche. Au premier ordre , plusieurs rétablirent les temples , ruinèrent les tom-
(l) Lib, lllyC. i^.
i.i I. m0' ««^'l'i ^i.' fi' m ii^t-mii'»^H0'»Ê>i^^0mf9i»9aeTf
beaiix des saints martyrs , et firent toute sorte d'avanies aux fidèles. L'évêqiie d'Arethuse était particulièrement odieux aux païens, pour avoir a"i très-vigoureusement contre eux sous le dernier re- ^ne. Il s'appelait Marc , et avait été du parti arien , ou seroi-anen. Mais les louanaes dont le couilile saiutGrégoire deNazianze (i), a portée de le bien connaître , ne laissent pas douter qu'il ne fût rentré dans la communion de l'église. On l'arrêta tumultuairement , et on ie traîna dans les rues par les cheveux , sans plus de respect pour la vieillesse où ii était parvenu , que pour son mérite. On lui flagella tout le corps jusqu'au sang , puis on le jeta dans un cloaque , d'où on le retira peu après , par un autre genre de cruauté, afin de fe livrer a la pétulance d'une midtitude d'enfans qu'on excitait a lui déchiqueter tous les membres avec lenrs stylets à écrire. On lui serra les jambes jusqu'aux os avec de petites cordes, et avec un fil on lui coupa les oreilles. Après quoi on l'enduisit de miel, et dans un tissu d'osier , percé à jour de toute part et suspendu en l'air , on l'exposa au soleil , pourattirer sur lui des essaims de mouches. Ce courageux vieillard confondit ses persécuteurs par son invincible patience ; en sorte que tout honteux enfin de leur fureur, ils le laissèrent aller, et phisieurs d'entr'eux voulurent être instruits de sa bouche dans la vraie religion.
Les infidèles de Séhaste en Palestine portèrent l'impiété jusqu'à violer le tombeau exti-aordinairement révéré de saint Jean-Baptiste. Ils en tirèrent ■ les os, et les brûlèrent, après avoir pris la sacrilège précaution de les mêler avec des ossemens de ditlérens animaux , de peur que les fidèles n'en recueil lissent les cendres , pour continuer d'honorer ce» reliques insignes. On en sauva néanmoins une partie. Deg moines venus de Jérusalem pour faire leur prière , se mêlèrent parmi les exécuteurs qui les
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brûlaient , et en dérobèrent quelques-unes , qu'ib rapportèrent comme un riche trésor à leur monas*^ tère. Ife là on les fît passer secrètement à Alexandrie , où on les cacha dans Fépaisseur d^une muraille , en attendant des temps plus favorables pour les remettre en honneur : ce qui arriva sous l'empire de Théodose,
Dans la ville de Panéade , dite autrement Césarée de Philippe , on voyait une statue de Jesus-Christ quelafemmederévangile,guérie d'une perte de sang y lui avait fait ériger. Lia figure de cette personne agenouillée levait les mains vers uri homme debout, qui était enveloppé d'un grand manteau , et qui tendait les bras vers la malade avec une douceur extrême. Ces deux statues , Élites de bronze , se trouvaient placées auprès d'une fontaine , devant la maison qui avait appartenu a cette femme reconnaissante- Julien fit abattre ie pieux monument , et mit sa propre statue à la* place. Mais la foudre tomba dessus, sans néanmoins la détruire tout-à-fait; en sorte qu'elle demeura mutilée et toute noircie , comme pour perpétuer le souvenir de cette humiliation. On la. voyait encore soixante ans après, du temps de l'historien Sozomène (i).
Il y avait dans la même province deux villes de mœurs aussi différentes qu'elles étaient voisiné^ Tune de l'autre. Elles nen avaient fait qu'une autrefois ; et Majume , la plus petite des deux , fut d'abord l'arsenal de Gaze. Constantin lui avait donné depuis le droit de cité , avec le nom de Constance, en récompense de son attachement tout particulier au christianisme ; et il ne voulut plus qu'elle dépendit da Gaze idolâtre. "Dès que Julien régna , les nabi tans de Gaze songèrent a rentrer dans leur» droits sur Majume , qu'ils récupérèrent à la première demande. Ils se souvenaient encore avec dépit de l'affront fait à leur dieu Marnas par saint
(i) Soz. /?• 62g.
laS Histoire
Hilarîon , et des conversions opérées par les miPa^^^ des de cel illustre solitaire. Ils sollicitèrent et ila obtinrent que son monastère fût abattu , lui-même condamné à mort avec son fidèle Hésjchius. On.les fit chercher par toute la terre ; mais la provi-, . dence les couvrant de ses ailes , la persécution ne servit qu'à édifier un plus grand nombre d'en-' droits, où le saint fuyant de ville en ville ou de. contrée en contrée , conformément à l'évangile, donna par- tout successivement le spectacle de sa. vertu merveilleuse.
Zenon, que l'on croi t avoi r été évêquede Ma jume/ fut massacré de la manière la plus borrible , avec se» • deux frères , Euçèbe et Nestable, à qui l'on ne repro-, chaitquerborreur qu'ils avaient de l'idolâtrie. On, les prit dans leur maison où ils s'étaient cacbés,oa. les emprisonna , on les flagella cruellement. Comme! après cela le peuple se trouvait assemblé au théâtre, quelqu'un s'avisade crier dans la foule que ces ga-" ' liléens sacrilèges avaient abusé de la crédulilé des derniers empereurs, .pour ruiner la religion de Tempire. A l'instant , rassemblée se tourne en sédition. La multitude court furieuse à la prison. On en tire les trois frères, on les traîne par les, rues , tantôt sur le ventre , tantôt sur le dos , en -( donnant par ces alternatives une sensibilité toujours nouvelle à leurs blessures, en les meurtrissant œème avec dessein contre le pavé , en les frappant de pierres, de bâtons, de tout ce qui tombait sous: la main. Les femmes , quilant leur ouvrage, enfonçaient dans ces victimes palpitantes leurs aiguilles et leurs fuseaux. Les gens de métier et le» domestiques les déchiquetaient avec la pointe do Jeure outils ou de leurs couteaux. Les gens de cui-- BÎne les suivaient avec leurs chaudières , versaient, '' sur eux l'eau bouillante, et les perçaient de leur» broches. Après les avoir mis en pièces, et leuravoir brisé la têle , de telle sorte que la cervelle se réjîandait sur la terre, onles traîna hors de la ville, à l'endroit où l'on jetait les bêles morles,
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D B L^ E G L I S fi. m^
tÀ j on alluma un grand feu , on brûla les corps , autant qu'il fut possible dans cettç fureur preci-
Sitée , et Ton mêla les os oui restaient avec ceux e divers animaux , pour qu on ne put les discerner. Le gouverneur de la ville, quoique païen, fut indigné de ces barbaries , et nt quelques' diligences pour les punir. Mais l'empereur le trouva si mauvais, qu il Fexila. Est-ce une si grande affaire, ditît contre ses vains principes d'humanité, quand un helléniste massacrerait dix galileens (i).
Mais ce fut principalement à Héliopolis , ville de Phénicie près du Mont-Liban , que les idolâtres , sûrs de la façon de penser de leur maître , abusèrent de leur crédit contre les adorateurs du vrai Dieu. Ils commencèrent par sacrifier à leur ressentiment le diacre Cyrille, qui du temps de Constantin avait brisé plusieurs idoles. Non contens de lui avoir ôté la vie , ils lui ouvrirent le ventre , et mangèrent son foie. Mais la vengeance divine éclata sur tous ces monstres. Les dents leur tombèrent toutes ensemble , leurs langues s'en allèrent en pourriture ^ et ils perdirent en même temps la vue. De toute antiquité , le peuple d'Hélîopolis avait été si adonné au culte de Vénus , que les femmes s'y. faisaient ua honneur d'imiter cette impudique déesse. Le règne du pieux Constantin n'avait que suspendu le cours du mal. Il recommença sous Julien , avec d'autant plus d'emportement , qu'il avait été plus gêné. Mais ces mous et obscènes Asiatiques conçurent un dépit tout- j)articulier contre les vierges chrétien** lies, qui leur étaient aussi odieuses que différentes de leurs filles et de leurs femmes qu'ils prostituaient par religion. Ces vierges timides, dont la pudeur eût été blessée de paraître le visage découvert , on
Forge à des pourceaux , qui mangeaient en mèsad
(i) Greg. Naz. Or. i ^ p. qi.