‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 14 sur 50 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

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temps leurs enti'aill«s. Ce honteux raffinement d'inhumanité avait un attrait particulier pour ïes âmes atroces de cette iinpudî({iie province. II y ^assa de ville en ville , et on l'exerça mèine , a fiaze et à Ascalon , sur les prêtres aussi-bien que sur les vierges. Saint Grégoire de iVazianze dit que les choses allèrent à un point qu'on ne pourrait croire, si l'on n'en avait une multitude de témoins oculaires(i). L'empereur dissimulait tout. Loin de craindre sa justice, on était assuré d'avoir au moins son approbation tacite.

Aussi les phis monstrueuses vexations s'étendirent-elles d'Orient en Occident , jusqu'aux provint ces les phis reculées. En Gaule , un soldat nomm^ Yictrice fut bàtonné pour la seule cause de la foi ^ puis déchiré par tout le corps avec des têts aigus ^' enfin condamné à avoir la tète tranchée. Lebouiv reau perdit subitement la vue en le conduisant au supplice. Ensuite les chaînes du confesseur tombèrent d'elles-mêmes. Pei-sonne n'osant les lui remettre, on courut en foule annoncer cette nouvelle au juge , qui se convertit , et laissa le prisonnier en liberté. 11 fut depuis évêque de Rouen , et travaillai avec succès à la propagation de la foi sur toutes left I côtes de la Belgique.

Rome ne manqua point d'avoir ses martyrs , jus-

3 ne dans les premières conditions. Il n'en est poinb e plus célèbres que les deux frères Jean et Paul , dont les noms ont mérité place dans le canon de la messe ; Jean et Janvier , prêtres ; la vierge Bibiane , avec sa mère Daphrose , son père Flavien qu'on dit avoir été préfet , et Gortlien vicaire du préfet.

Sur les plaintes' des idolâtres d'Alexandrie , l'em» pereur Julien fit venir à Antioche , Artémius , duQ ou gouverneur d'Eyypte, odieux pour avoir brisé des idoles, du tcuij)s de Constantin. Son aversion déclarée pour l'idolâtrie fut un crime irrémissible , qui le fit condamner à perdre la tête par la main dii

(0 Or. 3.

DE l' E G L i S Et t^l

î)OuiTeau. L'église Thonore entre ses martyrs , la vingtième d'Octobre. Quand les païens d'Egypte eurent appris sa destinée , la proscription d ua homme de ce rang qu'on leur sacrifiait, leur inspira une telle audace , qu'ils parurent en perdre la raison, plus encore le sentiment et l'humanité, et ils s'abandonnèrent aux excès les plus inouis contre tout ce qui était ou paraissait chrétien.

Le faux patriarche George fut la première tîc* tîme de cet emportement. Il était également haï des chrétiens et des païens. Son insatiable avarice lui avait fait commettre les plus énormes exactions : il s'associait , pour piller , avec les traitans les plus sordides ; plus fertile qu'aucun d'eux en inventions et en expédiens inhumains pour extraire la subs* tance des peuples. Sous prétexte que l'empereur avait les droits d'Alexandre le Grand sur les maisons d'Alexandrie , que cet ancien conquérant avait toutes fait bâtir , et qui lui appartenaient en propre, George en faisait payer par les citoyens ua rouage fort cher , dont il ne manquait pas de s'ap-. proprier une bonne partie. Un trait de zèle, singulier en soi , et plus étonnant encore dans un pa-^ reil pasteur , acheva de pousser à bout la fureur de ce peuple. On avait découvert , dans un endroit fort secret de la ville , une cave pleine de têtes de morts , femmes et cnfans , autrefois sacrifiés au dieuL Mitras. Cet étrange zélateur les fit exposer sur les places publiques , pour manifester les abominations du paganisme, et les rendre odieuses (i).

Les païens ne pouvant soutFrir cet affront, s'ai> mèrent de tout ce qu'ils purent trouver , et se jeté* l^nt sur les travailleurs qui creusaient encoi'e. Us en blessèrent et en tuèrent plusieurs, et le travail fut bien vite abandonné. La multitude idolâtre courut de là à Téçlise où était George , qu elle eu arracha. 11 semblait qu'on dût l'immoler sur le champ : ils se contentèrent néanmoins de l'empri-

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Bonnement. Peu après ils recourent à la prison ^ lui écartent les jaiahes a\oc des crocs, le mettent sur un chameau , le promènent par la ville durant toute la journée , en Taecahlant d'injures et de coups; puis ils le jettent dans un grand feu avec le chameau. ï-e désordre dura plusieurs jours , sans que le magistrat se donnât le moindre soïn pour Farrêter. Les séditieux massacrèrent une inanité

de fidèles , les uns à coups d'épée , le plus erand nombre à coups de pierre ou de nâton. Ils en étranglèrent plusieurs de leurs propres mains ; ils en

crucîlièrent quelques-uns, plus encore par impiété contre la croix que par cruauté.

Le tumnlie et la discorde se mirent dans une multitude de familles, armèrent jusqu'aux frères les uns contre les autres, et contre leur propre

fière. La fureur et le fanatisme avaient rompu les iens les plus tendres et les plus sacrés. Les choses furent portées à un tel excès , que l'empei-eur en fut , ou en parut très-irrité. Mais on savait à quoi s'en tenir sur ses dispositions habituelles. Tous les persécuteurs subordonnés étaient bien convaincus , cju en outre-passant leurs ordres , ils n'avaient rien à craindre. Si quelque plainte parvenait jusqiLi'au

trône de la part dés cîirétiens, le prince répondait, par une ironie également impie et cruelle , que leur paW:.?ge était de sotifi'rir; que leur Dieu ne

leur recommandait rien davantage.

Par une Euite de la même impiété, il montra une complaisance toute particulière à faire ponctuellement observer Tédit qu'il avait rendu pour enrôler dans la milice les clercs et les moines. Va disciple de saint ApoUone retiré depuis quarante ans dans le désert de la Thébaïde, ayant été ainsi engagé de force, le charitable maître ,avec plusieurs autres disciples, se transporta dans la prison, afin de consoler le frère qui y était détenu. Le centurion de garde survint comme ils y étaient : irrité de leur assurance , il les| retint prisonniers , dans le dessein de les enrôler tous. Mais au milieu de

îa nuit, un ange rayonnant de lumière apparut tout à coup dans la prison , dont il ouvrit les portes. En même temps , un affreux ti^emblement de terre se fit sentir par toute la ville , et renversa là maison du centurion , dont, les domestiques les plus affidés furent écrasés sous les ruines (i). Ce n'était plus le règne de cette aveugle idolâtrie , confondue en trop de manières depuis l'origine du christianisme, pour asservir les Romains aux caprices d'un prince qui s'efforçait en vain de la soutenir sur le penchant de s,a rui^e. D'abord les gardes et les geôliers se jetèrent aux pieds des saints solitaires y «t les prièrent de se retirer , en leur protestant qu'ils aimaient mieux mourir pour eux , que de résister à la divine puissance. Le centurion accourut luimême de grand matin avec les personnes l^s plus considérables y et il acheva de vaincre la charité des

Î>ieux prisonniers , beaucoup moins inquiets pour eur propre vie , que pour celle de leurs gardes qu'ils exposaient en s'évadant. Us se retirèrent en chantant les louanges de Dieu , et retournèrent ainsi jusqu'à leurs solitudes. Saint Apollone , fameux par plusieurs autres miracles , vécut encore long-temps dépuis celui-ci*, et ne cessa d'édifier , avec envi ron cinq cents disciples , tout le pays d'Hermopole où il habitait.

Cependant l'empereur fit mine de sévir contre la barbare émeute d'Alexandrie ; mais il se laissa facilement appaiser par le comte Julien , son oncle , qui protégeait l'Egypte dont il avait été préfet, et il se contenta de laire une vive déclamation , en forme de lettre , contre les excès , dont cet écrit est «ne preuve convaincante. Quand vous n'auriez point de respect pour l'immortel Alexandre votre fondateur , dit-il aux coupables (2) , ni même pour ie grand dieu Sérapis ; comment en avez-vous pu - manquer à ce point , pour les devoirs communs de l'humanité ? Ne deviez-vous pas au moins rougir de

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(1) FaUad. flùl, Laus^ c. 52. (a) Jul Epist. 10.

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commettre les mêmes excès cjue tous reprochiez à •vos ennemis ? Il raconte à ce propos les sujets de plainte qu'ils avaient contre Georj^e , et il ajoute : te scélérat méritait, dira-t-on, le trailement qu'il a reçu. J'en conviens. Il en méritait peut-être un plus rigoureux encore; mais vous n'en deviez pas être les exiiciitetirs. Quelle indignité, que des citoyens osent déchirer un homme, comme feraient des chiens alFamés , ou comme les hêtes les plus sauvages et les plus carnacières ! A la fin de la lettre , ïi ordonne qu'on recueille les livres de George, et

3u'on lui apporte à Antioche la riche hihliothèque e cet indigne évèque , qui sans presque aucune teinture des lettres , avait, comme heaucoup d autres ignorans , la manie des livres.

Ajrt-ès la mort de cet intrus ^ saint Athanase rentra sans obstacle dans Alexandrie , environ sept ans après avoir été contraint de se cacher si soigneusement. Ce fut un nouveau triomphe (pie ce retour. Le peuple alla au-devant de lui jusqu'à une journée de cliemin , et en si grand nomhre , que toute l'Egypte y paraissait rassemblée. On montait sur les toits ou sur les arbres pour le voir; d'autres s'estimaient assez heureux d'entendre le sou de sa voix; on croyait oblenir les faveurs du ciel en touchant sa robe, ou seulement en se rencontrant sous son ombre. Les habi tans de la capitale, comme dans les plus augustes solennités , étaient rangés par troupes , selon T^ge, le se^e et les professions diverses. Les dilférentes nations qui ailluaient dans cette ville opulente, le centre du commerce de tout l'Orient , exprimaient, chacune dans sa langue, les mêmes chants de louange et d'alégressc. Des flambeaux sans nombre brûlaient dans tous les quartiers , avec des feux oùl'on répandait en abondance les parfums les plus odorans. On fit des festins publics;, on passa des nuits entières en des réjouissances également vives et innocentes. Il n'y avait que la faction du malheureux George cini fût réellement odieuse aux Alexandrins : on laissa si gêné-

iralement rentrer les orthodoxes dans toutes les égli^ ses, que les ariens se virent réduits à tenir leurs assemblées secrètement , dans quelques maisons £cartees.

Comme saint Eusèbe de Verceil et Lucifer de Cagliari revenaient de la Thébaïde, où ils avaient été exilés par l'empereur Constance , Eusèbe ^ tou-

i*oursattentif au bien de la religion, proposa à iiucifer d'aller trouver saint Athanase, pour aviser /ensemble à la conservation et aux progrès de la foi , dont ces trois personnages , célèbres chacun a sa manière , étaient alors reputes I^s trois co* lonnes principales^ Lucifer se crut plus nécessaire a Antioche ; et il laissa deux de ses diacres , pour intervenir de sa part, et conjointement avec Eusèbe, dans ce qu on pourrait faire à Alexandrie. Athanase assembla un concile , qui ne fut pas nombreux , mais tout composé de confesseurs* Oq: prit de sages mesures pour remédier aux maux causés par les derniers troubles , et beaucoup plus encore par le gouvernement des ariens. Mais rien ne parut plus important à régler , que la manière de réconcilier les évêqfies qui avaient eu la faiblesse de souscrire au concile de Rimini. ils se trouvaient ariens, pour ainsi dire, saris le savoir ; parce que les sectaires donnaient un sens hérétique à des expressions que ces prélats avaient adoptées dans un sens tout différent. Ils protestaient , par tout ce qu ^ y a de plus sacré , qu'ils n'avaient nullement pressenti l'usage qu'on faisait de leur fatale condescendance (i). Nous croyions de bonne foi , disaient-ils en versant deç torrens de pleurs , que le sens répondait aux paroles. En traitant avec des gens qui n'avaient en bouche que l'amour de la paix et de la vérité , nt)U8 n'imaginions pas qu'ils recelassent autre chose dans leur cœur que ce qu'énonçaient leurs lèvres. La bonne opinion que nous avions des médians , nous a trompés ; et

f i) Ath. £p, ad Antioch^

noire charité , trop réservée à censurer les prêtrei (lu Seigneur, fait tout le principe de notre faute. ÏU ajoutaient qu'en relâchant à la fin quelque chose de leur première fermeté, ce n'était que par la crainte qu'on ne mît à leurs places des liérétiques pour infecter leurs troupeaux.

Le concile d'Alexandrie usa d'indulgence, de peur qu'une sévérité hors de saison ne devînt plus nuisible qu'utile à la foi. On statua que ceux qui avaient été entraînés par surprise , ou par une sorte de violence , non-seulement obtiendraient le

irdon , mais qu'ils conserveraient leur rang dans

clergé , en condamnant l'erreur , et en renonçant à la communion des hérétiques. Non que l'on crût, dit S. Jérôme (i), que ceux qui auraient professé l'héresie pussent être légitimement maintenus dans les fonctions épiscopales ; mais parce qu'il était constant que ceux qu'on y maintenait n'avaient jamais été hérétiques. Paroles qui font pai"faitement entendre le fameux passage où le même père dit en orateur , qu'après la surprise deRimini tout le monde fut étonné de se trouver arien. Quant aux chefs du parti*, le concile leur pai^ donna sous les mêmes conditions; mais sans leur conserver leur rang clérical. Saint Âthanase savait, comme il nous l'apprend par ses lettres, qu'oa avait déjà ordonné la même chose dans la plupart des provinces, nommément en Grèce , en Espagne, dans les Gaules , et que l'église romaine approuvait cette conduite (2). Le pape Libère , en écrivant aux évêques d'Italie, ordonnait de recevoir ceux qui étaient tombés à Rimini , pourvu qu'ils fissent profession de la foi de Nicée , et qu'ils condamnassent les chefs de la secte (3),

Oijtre ces points de règlement , on traita de la doctrine dans ce concile d'Egypte , et l'on ne saurait voir sans admiration avec quelle exactitude

'^n y expMC la foi catholique touchant les plus 6ublitnes mystères , non-seulement de la Trinité ^déjà expliqués contre les ariens , mais touchant rincamation et la rédemption. On en déduit atec Ja même justesse les conséquences assurées qui résultent de ces principes , et qui furent attaquée» depuis par les apollinaristes et les nestoriens :

5 peuve irréfragable que la foi catholique , l'ouvrage e Dieu et non de Feprit humain , fut toujours la même depuis son origine , et qu'elle ne doit rien aux inventions nouvelles, ni à la succession des ftBnées. On disputa d'abord sur le terme d'hypostase ; parce qu'entre les pères du concile , quoique généralement orthodoxes , les uns n'en admettaient qu'une en Dieu, et les autres en admettaient trois. Mais on se convainquit par des explications réciproques, que la diversité n'était que dans les mots; ceuX'-ci entendant par les trois hypostases , trois personnes véritablement distinguées dans radorable Trinité , contre les prétentions impies deSabellius; et ceux-là entendant l'unité de nature et de substance^ par le terme d'hypostasc qu'ils confondaient avec celui d'essence.

Aussitôt après le concile, saint Eusèbe partit d'Alexandrie , pour aller rejoindre Lucifer a Antioche , où ce prélat , bien différent du sage et pacifique évêque de Verceil , n'avait rien moins que réussi à rétablir le calme et la concorde. On sait qu'il y avait dans cette église , outré les ariens , deux partis orthodoxes , les^eustathiens et les mélécipns qui ne communiquaient point ensemble. Lucifer voulut persuader aux eustathiens Sii n'avafent point d'évêque , de reconnaître saint élèce. Mais trop ardent pour tout ce qu'il voulait , et n'imaginant 'jamais devoir temporiser , bien moins encore attendre du secours , il prit son parti avant l'arrivée de saint Eusèbe, dontlescon*seils lui devenaient indispensablemeiit nécessaires en des conjonctures si délicates. Il eut Timprudence et la présomption d'ordonner, sans aéloi

«vêfjiie d'Antioche , le prêtre Paulin , chef des etistathiens. Toulefois on n'accuse pas Lucifer «l'avoir fait sans autorite cette ordination , qui fut reconnue dans ta suite par le siège apostolique. On croit qu'ayant e'té légat du pape Libère, il ea eivait reçu des pouvoirs fort amples pour l'Orient. Eusèbe étant arrivé là-dessus , et trouvant le mal sans remède , il partit incontinent pour son diocèse , sans avoir voulu communiquer avec aucun i des deux partis, de peur d'augmenter le mal ea se déclarant. Il eut même la discrétion de ne pas s'expliquer sur la fausse démarclie de Lucifer^ dont il se contenta de gémir secrètement.

Toute modérée qu'était cette conduite , elle offensa vivement cet esprit ombrageux et tier, qui rompi tla communion avec sonsaintcollègue,etbientôt avec l'église universelle.jll rejeta sans nul égard les décrets du concile d'Alexandrie , auquel Eusèbe avait eu si bonne part et dont il apjMirtait la lettre synodale. Lucifer ne voulut jamais qu'on admità la pénitence , suivant ces sages dispositions , ceux qui avaient communiqué avec les ariens. 11 n'osa néanmoins rejeter ces regle'mens d'une manière formelle, parce que ses diacres venaient de l'approuver en son nom. Il se contenta pour loi-s de les condamner par sa conduite , en observant une discipline toute contraire. Ainsi commença un nouveau schisme , qui s'étendît principalement en Sardaigne, où se trouvait le siège de ce prélat inflexible, et de là en Espagne. On ne reproche a Lucifer que cette rigueur schismatique contre les :yiens, sans nulle erreur dans la foi. Tant il est dangereux de ., prendre pour zèle la dureté de son humeur, et de substituer un si mauvais guide à ces douces et saintes impressions qui font le seul principe de la Traie vertu. Saint Athanase excuse, autant qu'il peut , Lucifer sur sa bonne intention. Soit persuasion , soit prudence , il continua de le ménager , au moins pendant tout le temps que ce génie difficile passa à Ântiochc , et qui fut long. Lucifer

retourna enfin à son église deCagliarî , où il mourut hait ans après. Son schisme fut prolongé parHilaire, ce diacre de l'église romaine , qui était de Sardaîgne , et quon a vu sous l'empire de Constantin soulïrir pour la foi les tortures et l'exil. Celui - ci alla jusqu'à rehaptiser les ariens , ce que son maître n'avait point fait. Mais comme il n'était que diacre , et qu'il ne se trouva ni évêques, ni prêtres engagé» dans sa secte , elle finit bientôt avec lui.

Saint Eusèhe , en arrivant en Italie , eut la joie d'y rencontrer encore saint Hilaîre de Poitiers , qui travaillait de toute part au rétablissement de la para et de la religion. Guidés par le même esprit, ces deux grands hommes joignirent leurs efforts , et leurs succès furent abondans dans toutes ces contrées. C'est ce que nous apprenons , d'une lettre des évêques italiens à ceux d'Ilh rie ( i). Nous sommes tous absolument d'accord , écrivaient-ils, de garder religieusement les saints décrets de Nicée , contre Ârius etSabellius; etd'un consentement unanime , nous avons cassé ceux de Rimini. Nous vous félicitons d'être revenus aux mêmes sentimensa On voit par ces derniers mots le bon état de la foi en lUjrie, où l'impiété hérétique s'était élevée avec tant d'audace sous Photin ; et avec beaucoup plus d'insolence encore et de contagion , parles artifices d'Ursace et de Valens. La réparation du scandale n'était pas ancienne : les églises d'Illyrieen avaient la principale obligation à saint Eusèbe même, et au séjour qu'il venait de faire chez eux en revenant d'Orient. Saint Hilaire en apprit de lui le détail avec un plaisir inexprimable. Il combla à son tour la joie d'jEusèbe , en lui racontant avec quelle ardeur et quelle uniformité les églises de Gaule,aussibien ou mieux encore que celles d'Italie , avaient rendu à leur foi tout son ancien lustre. Il lui apprit ce qui s'était passé en plusieurs conciles , et spécialement dans celui de Paris ; comment les oppo-

(i) Hil. Fragm. I2.

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citions de Saturnin d'Arles venaient d'échouer dani cette dernière assemblée de ses compatriotes , bien dilFérente de celle de Be/.iers , d'où ce cabaleur hérétique avait pris occasion de faire exiler le zélé docteur; comment, pour la même cause d'hérésie, on y avait encore déposé Paterne de Périgueux. A ces deux Gaulois près , tous les antres étaient parfaitement irréprochables , ou n'avaient à se reprocher que des fautes de surprise, déjà même efiacées par un repentir exemplaire.

Ces triomphes presque universels de la vérité avaient trop d'éclat, pour (Uie le père du mensonge laissât les triompbateurs phis long-temps en paix. Le docteur , de toute léglise le plus fonaidable aux ariens , fut encore le plus vivement et le premier attaqué. Durant l'absence d'Athanase , lidolàtrie et fa superstition , après l'hérésie , avaient repris vigueur en Egypte , et sur-tout dans la capitale. Sous la protection impériale de Julien , toutes sortes de prêtres , ou plutôt de profanateurs, de de\ins et de magiciens, s'y trouvaient rassembiés , et y exerçaient des impiétés de toute espèce. Ce n'était pas seulement dans le vol des oiseaux et les entrailles des victimes ordinaires , que de sanguinaires augures cberchaient des pronostics de l'avenir. On égorgeait les enfansdel'un et de l'autre sexe, ou observai tleurs intestins palpitans, et l'on faisait servir leur sang auxpratiquesles plus exécrables de la magie. Le saint patriarche ne s endormait pas sui'depareilleshorreurs; et lesauteursdei'abominatiounepressentaient déiàquetrop, combien ilsauï-aient à combattre ses elibrts. Ils écrivirent sans plus tarder à l'empereur ,qu'Athanase rendait seul tout Jeur art inutilejet que si on le laissait en Egypte,bientôt il n'y demeurerait pas un helléniste. Julien répondit dans son style ordinaire , qu'un prêtre galiléen , chassé par tant d'ordres impériaux , aurait bien dû attendre un ordre nouveau et formel pour reprendre sa place. A la vérité , poursuit - Il , j'ai accordé aux galiléeus bannis par Constance, le

♦elout en leur pays , maïs non dans leurs églises. Athanase ayant donc repris avec son audace accoutumée le siège qu'ils nomment épiscopal , je lui commande de sortir de la ville , sans le moindre délai , sous peine , s'il y demeure , d'un châtiment digne de sa révolte.

En vain le peuple fidèle d'Alexandrie,au nom de toute la ville dont il faisait la meilleure part , supplia le souverain par des lettres pressantes de révoquer sa déclaration. Il leur fît une réponse diii^ et méprisante; trouvant mauvais sur toute chose, qu'ils ossasent, en quelque nombre qu'ils fussent,

5 rendre le nom de la communauté , à Texclusion e la partie helléniste qu'il en nomme la plus saine. Si vous avez fantaisie , ajoute-t-il , de vous tenir attachés aux absurdes enseignemens de vos imposteurs , accordez-vous du moins ensemble , et sachez vous passer du turbulent Athanase. Il est plusieurs de ses disciples , moins audacieux que lui , et assez capables de repaître vos oreilles des mêmes impiétés et des mêmes chimères. Un petit homme , tel que celui-là , habile ou ardent en intrigues , et faisant gloire d'exposer étourdiment sa vie , n'est propre qu'à vous engager dans le désordre et les calamités. Le prince écrivit en même temps au préfet d'Egypte, afin d'assurer et d'accélérer l'exécution de ses ordres. Si , dit-il , avant les calendes de Décembre où l'on touchait , Athanase ne sort d'Alexandrie et de toute l'Egypte , j'en jure par le grand Sérapis , vous payerez une amende qui n ira pas à moins de cent livres d'or. Quand vous n'auriez rien autre chose à me mander , répondez-moî sur ce qui concerne cet ennemi des dieux.

Il n'en fallait pas tant au préfet pour obéir. Il le fit avec un feu et un éclat dont la cour impie dut être satisfaite. Les troupes se répandirent par toute la ville , le fera la main ; la grande église tut brûlée par les païens et par les juifs ; mille émissaires , animés par l'espoir de la récompense , cherchèrent par-tout Athanatse , non pour le faire disparaitiH^

(l'Egvpte , il n'était pas à iirésiimer qu'il osât encore s'y montrer i mais pour le mettre a mort, comme l'empereur en avait secrètement donné l'ordre. L'exécution n'était pas sans difficulté , ni même sans péril, au mi lieu a un peuple qui aimait passionnément son pasteur. Le saint prit le fuite, pour obvier à des inconvéniens plus fâcheux. Les fidc'les alarmés l'environnèrent en pleurant et en £;émissant. Il leur dit d'un air {-ai , et d'un ton d'assurance qui ne laissa point douter qu'il ne fût éclairé d'une lumière prophétique sur la mort de Julien : Ce n'est qn'un nuage qui se dissi])era bientôt (i). Il entra dans une barque qu'il trouva au bord du Wil , et remonta le fleuve vers la Thébaïde. On le poursuivit par la même voie , et en peu de raomens on parvint presque à lui. Tous ceux qui l'accompagnaient bu conseiilèrenl de débarquer , et de s enfoncer dans le désert. Le saint au coiilrairo fit sur le champ retourner la barque , et reprit Id. route d'Alexandrie , allant au-devant de ceux qui le cherchaient ; afin de montrer, disait-il , que celui qui nous protège est plus grand que celui (]ui nous

Sersécute. Il les eut bientôt rencontrés. Ils demanèrent à ceux qui l'accompagnaient , si Alhanass était encore loin. Ils répondirent qu'il était ' tout proche , et qu'en se pressant ils le joindraient bientôt. Les émissaires ne manquèrent pas de passer outre, en redoublant de ddigence. Athanase échappa ainsi , en homme de tête , et par cette présence desprit qui ne se montre jamais mieux mie dans la surprise et les rencontres imprévues, il rentra dans la ville, et y demeura cache jusqu'à la mort du tvran , que le ciel lui avait fait connaître comme prochaine.

La vengeance divine avait en effet prescrit des tornes d'autant plus courtes à la vie de ce pei"sécuteur, que ses artifices nuisaient pUis à la religion que la cruauté des Néron et des Dioclétien, Il passa

<OSoc. m, 14.

encore cet liîver à Antioche , en se préparant à la, guerre de Perse.

Les gens sages en trouvaient l'entreprise déplacée ^' contre des ennemis alors aussi tranquilles que redoutables , et qu'il n'était pas prudent d'irriter dans les commencemens d'un règne, ou l'on ne voyait pas encore tout ce qu'on avait à craindre ou à espérer du dedans. Mais Julien comptait sur ses augu« res , ses idoles et sa philosophie , qu'il préférait à tou'^es les règles de la politique. Ses charlatans l'assu-* raient que Pâme d'Alexandre le Grand avait passd dans son corps , et que les Perses ne tiendraient pas mieux qu'autrefois contre leur ancien vainqueur. Ce n'était plus de sénateurs , ni de généraux et d'officiers expérimentés que se formait le conseiK On n'apercevait autcJlir du prince ni par tout le palais , que des aventuriers qu'il croyait aveuglément sur leurs promesses effrontées. Il fit encora venir dans ces conjonctures le philosophe Maxime qui l'avait initié aux sciences occultes , c'est-à-dir^ à la magie , et il le combla d'honneurs excessifs ^ avec autant de dommage pour la gloire de la philosophie même , que pour le resplect du gouvernement. Maxime en perdit la tête, et ne songea plus qu'à marquer une magnificence toute contraire à ses anciens principes. Cependant les grands ressentaient la plus vive indignation de voir un pédant affecter en toute rencontre l'égalité avec eux , et souvent même la préséance.

Ceux d'entre les faux sages qui soutenaient lei mieux les apparences auprès de Julien , n'avaient que les dehors et Thabit d'austère. Us ne s'étudiaient qu'à lui fournir incessamment de nouveaux amusemens et de nouvelles voluptés ; de manière que sa chasteté vantée dans les Gaules , et toujours asse:^ bien soutenue , à l'exception du concubinage , fournit toutefois à mille soupçons en Orient , ou div moins à de fréquentes et très-libres plaisanteries. La multitude ne pouvait se persuader, que passant la meilleure partie de sa vie avec des personnes qui

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n'étaient rien moins que -vertueuses , il ne fît qufi tl'indiirérens et de fioids sacrifices à Vénus, ou a la tonne déesse. On en faisait des risées en le vovanC passer; on invectivait tout haut contre lui; on la cliansonnait publiquement (i). Durant quelque temps , il voulut user des mêmes armes , et se mit lui-même au niveau d'une popiilace effrénée et des plus vils satiriques. Mais enriii la patience lui écbappa- et il menaça de décharger tout le poid& de sa vengeance sur le peuple d'Antioche , aussitôt après la giicri-e des Perses.

Il y avait au hourg de IJaphné une fontaine qui portail le nom de Castalie , comme celle de Del-

Shes , et à laquelle on attribuait également la vertu, e faire connaître l'avenir. Elle se trouvait , ainsi qu'un temple nommé pour é-ela le temple de Delphes, dans un bois sacré de dix à douze milles de circuit, tout planté de mjrlhes, de cyprès, de lauriers, et d'autres arbres odoriférans. C était là, comme les Grecs le contaient, que la nymph^ Dapbné fuyant Apollon avait été cliangée en laurier. La terre émaillée de Heurs , la fraîcheur de mille ruisseaux qui serpentaient de toute part, l'air embaumé par le parfum des plantes, le chaut de» oiseaux , lamolissement de tous les sens , autant que l'esempie de la divinité qu'on révérait en ce lieu , portaient à la volupté et à l'oubli de la pudeur. Aussi fallait-il que quiconque fréquentait les promenades de Daphné , eût quelque intrigue amoU'» reuse , ou qu'il feignît d'en avoir. C'était une sorte d'irréligion j ou une stupidité méprisable , d'y aller ■ sans cela.

Pour faire cesser un si pernicieux abus , le césar G-Uus , bien différent de l'empereur son frère, y avait autrefois transféré les reliques du marty r saint Babjlas ; et depuis onze ans quelles y reposaient, l'oracle était devenu muet. Toutes les victimes eties libations de Julien ne purent lui rendie la parole.

41 ne la reprit un moment, que pour confesser sa honte et la cause de son impuissance , qu'il attribua nettement à la présence du saint. L'empereur commanda aussitôt que les chrétiens enlevassent les reliques , dont la translation se fit avec un concours et une solennité extraordinaires. On la re- Eirdait comme un glorieux triomphe sur l'enfer, 'apostat paraissait furieux de leur piété , et surtout de l'assurance avec laquelle ils chantaient des cantiques contre ses idoles, if s'emporta à quelques excès, et fit d'abord appliquer differens confesseiirs aux tortures. Mais il revint bientôt sur ses pas i craignant de convenir par-là de sa confusion , ou d'associer de nouveaux athlètes à la gloire du saint martyr.

On replaça les reliques dans la ville d'Aittioche j' à l'endroit d'où on les avait ci-devant tirées ; et peu après le feu prit au temple de Daphné, en con-» somma tous les toits , les plus beaux ornemens , et l'idole qui était ime statue d'Apollon d'une rare beauté. Les murailles et les colonnes restèrent tout entières , et le ravage du feu parut une démolition faîte a dessein et avec précaution. Cependant l'empereur fit faire les perquisitions les plus rigoureuses , jusqu'à mettre à la question les ministres du temple et le grand sacriucateur lui-même : tant cet étrange philosophe se montrait inconséquent , et comptait peu sur ses partisans les plus intéressés ^ dans ce dépérissement irrémédiable de l'idolâtrie! On aurait bien voulu pouvoir inculper les chrétiens , ou d'autres mortels , quels qu'ils fussent ; mais il n'y avait pas à cela le moindre jour , et tout ce qu'on jmt mettre en évidence , c'est que l'incendie avait commencé par le faîte de l'édifice , et que les habitans des campagnes voisines y avaient vu descendre le feu du ciel.

L'apostat , par réflexion et par une chicane

inouïe, voulut absolument en rendre les chrétiens

responsables. En conséquence , il fit piller les vases

sacrés de la grande église d'Antiochc; et fermer

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