‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 16 sur 50 · B I.' E G L I SB · texte numérisé non relu

B I.' E G L I SB

Toujours attentif à servir l'église , Athauasq avait déjà repris ses fonctions , sur la garantie prophétique du vertueux Didyme. Ajissitôt qu'il eut reçu la lettre du pieux empereur , il convoqua les évêques de sa dépendance ; puis il fit réponse , au nom de tous ses prélats de l'Egypte , de la Thébaïde et de la Lybie. Dans cette instruction , il

5 art , à son ordinaire , du fondement inébranlable e la foi chrétienne , et ne propose autre chose à croire que le symbole de Nicée, qu'il insère tout entijerdans sa lettre , de peur des copies falsifiées que l'on faisait courir. Sachez , ajoute-t-il (i) , religieux empereur , que telle est la doctrine des apôtres , établie dans toutes les églises ; dans celles d. Espagne, des Gaules. et des îles Britanniques; dans toute l'Italie et la Câmpanie; dans la Dalmatie , la Mysie , la Macédoine et la Grèce en^ tière; en Afrique, en Sardaigne, en Chypre , en Crête , en Pamphilie , en Lycie et en Isaurie ; par toute l'Egypte et la Lybie, le Pont , la Cap7 padoce et les pays voisins ; enfin dans toutes lés églises orientales , excepté un petit nombre qui «uit les erreurs d'Arius. ^Nous connaissons , par leurs œuvres, la foi de toutes ces églises , et nous en avons la profession formelle dans leurs lettres. ' Or, le petit nombre de ceux qui rejettent cettç croyance , ne saurait fonder un préjugé raisonnable contre le monde entier.

On voit par ce monument , que l'arianisme ne fut jamais aussi étendu qu'affectent en toute occasion de l'insinuer les ennemis de la visibilité de l'église. C'est donneiç* autant d'atteinte à la vraisemblance et au sens commun qu'a cette, divine Srérogative , que de concentrer la saine doctrine , urant des temps si considérables , dans la profession obscure du petit nombre des fidèles. Il n'était pas possible , qu'en deux à trois ans qu'avait régné Julien , neutre d'ailleurs entre les ■ . - - — - — — —

(1) Atli. /. I ^ jw. 243.

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chrétiens ortlioJoxes et les heretiqiics , une seclosupposée plus nombreuse que It-glise même de J. C. sans qu'on en puisse alléguer de raison , eût été réduite au point où saint Atbanase la représente ' à Jovien. Il est vrai néanmoins , que sous cet empereur elle" commençait à s'aliaiblir exlrémemeni; mais comme toutes les nouveautés profanes , par ses variations interminables, et par ses divisions intestines qui augmentaient de jour en jour. Les ariens purs étaient enfin devenus souverainement odieux aux semi-ariens qui se raji profilaient insensiblement des prélats orthodoxes , et que nau& \errons bientôt s'y réimir tout-à-fait. Cependant . l'église , avec toute sa douceur et son indulgence pour leur faiblesse, ne relâchait rien de sa rigueur con tre la nouveauté. Son digne oi'gane en ce jtoint^ comme dans ses sentimens contrelarianisme rigoureux , Albanase , sans ménagement pour les seraiariens ou macédoniens qui attaquaient déjà la divinité du Saint-Esprit , ne la soutint pas moins fortement que celle du Sauveur, dans son épitremême à Jovien.

L'em]»ereur , enchanté de l'ecHt , voulut voir l'écrivain même , et s'instruire à fond dans ses doctes entretiens. Ce prince , aussi sensé que pieux , sentait tout l'usage qu il pouvait faire d'un pareil maître , au milieu de tant de sectaires. Ils infestaient principalement les provinces voisines de la conr , où ils abordaient sans cesse de toutes les autres, dans le dessein de pervertir le nauvel empereur, comme ils avaient fait Constance. II ccnvit une seconde lettreà l'évèque d'Alexandrie , pour le presser de le venir joindre à Antioche , où il s'était arrêté à son retour de Perse,

Les bontés du souverain réveillèrent la jalousie des sectaires. La cabale arienne iit pareillement venir d'Alexandrie , avec quelques autres hérétiques , le prêtre Lucius leur chef, sî déjà il n'en avait été ordonné évêque. Ils se jirésentcrent à l'empereur, comme il sortait de la ville, p&up-

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Faire spectacle par leur grand nombre y et par une « grande ostentation de zèle et de religion. Ils se

Jetèrent à ses pieds avec tout Tartifice d'acteurs »ien exercés dans leur personnage , lui demandèrent un évêque tous ensemble et a grands cris. Le prince qui n'était pas prévenu , répondit avec sim^ plicité j qu'il avait dé]à donné ses ordres pour le rétablissement d'Athanase , et que ce digne pas^ leur reparaîtrait bientôt dans son église. Ab ! sei-

gaeur , reprirent-ils , il a été chassé par l'empereur . onstance et par le grand Constantiii. Un homme de guerre , avec ce zèle prompt et ingénu qui est ordinaire a sa profession , prit la parole et dit : . Je Tousprie^ seigneur, de faire attention à la qualité de ces sens-là. Ce sont les restes du parti George le Gappadoeien , qui a désolé la ville d'Alexandrie et toute la province. Ne me parlez pas contre Atha^^ nase y reprit Jovien. Des accusations de vingt ans | pour cette seule raison , devraient être oubliées j je sais d'ailleurs pourquoi et comment il fut accusé.

Us révinrent plusieurs fois à la charge , et ils avancèrent un lour, que si Athanase retournait ji son église , la ville était perdue. Je m'en suis néan* moins informé très-soigneusement, repartit Yem* j>ereur : il est orthodoxe, et il instruit bien son peuple. Il est vrai , répliquèrent-ils : ce qu'il dit est bon ; mais il a de mauvais sentimens dans l'ame^ Puisque vous convenez , reprit l'empereur, qu'il ne dit et n'enseigne rien une de bon , cela suffit. C'est à Dieu de scruter les cœurs; nous autres hommes , nous devons nous en tenir aux paroles (i). Seigneur , dirent encore les ariens y u nous appelle hérétiques et novateurs. C'est son devoir, répondit l'empereur, comme de tous ceux qui veillent à la conservation de la saine doctrine. Lucius voulut insister ; mais le prince , qui avait l'humeur facétieuse , finit par une plaisanterie.

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Lucfus , lui dit-il , comment êtes-vous venu ? Par mer , seigneur , répondit-il , et au milieu des plus " grands dàngerSi Eh bien , de peur des mêmes périls, dit 1 empereur, retournez parterre.

Pendant le séjour de Jovien à -Antioche , il s'y tint un concile.^ Nous ne voyons pas que saint Athanase y ait assisté , soit qu'il ne fût point encore arrivé , soit qu'il eût craint, en y prenant part , de se déclarer contre le parti -d.e Paulin. Cette assemblée fut composée de ^ingt-sept évê-i ques de diverses provinces , entre lesquels on s étonnerait de retrouver le fameux Acaoe de Cesarée , si l'on n'était accoutumé à voir ces zélateurs de secte se faire une foi complaisante , et presque toujours conformé à celle de la cour. C'était saint Mélèce qui présidait au concile , dont les déci* sions dogmatiques déplurent à la communion de Paulin , comme favorisant , à ce qu'elle préten-? dit , les opinions semi-ariehnes et macédoniennes. Elles sont néanmoins exactement catholiques. On y établit même la consubstantialité. Mais le motde semblable en substance s'y trouve , en explication du consubstantiel ; et l'on n'y dit rien de la divi-r aité du Saint-Esprit, Ce qu'on infère des repro^ ches , peut-être outrés, d'un parti jaloux^ c'est qu'un assez ton nombre de ceux qvii communir quaient avec saint Mélèce et son concile , étaient encore soupçonnés de regarder le Saint-Esprit comme une créature; quoiqu'ils n'eussent plus d'erreur , touchant le fils de Dieu. Pour saint Mélèce luirmême , qui craignait apparemment d'émouvoir les esprits sur trop d'objets à la fois , et pour Ifi partie du peuple qui lui était attachée ^ ils avaient une croyance également sûre touchant les trois personnes divines.

De leur côté, ils accusèrent Paulin des erreurs de Sàbellius etd' Apollinaire qui commençait à faire du bruit. Tant il est dangereux que les partis opr posés , même entre les gens de bien , ne se tien-j / l^ent pasdaiis lç3 bornçs de la modération > ou seu^

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lement de l'équité. Saint Athanase en avait écrit d'Alexandrie, à lévêque Paulin , qui profita du voyage du saint patriarche à Antioche , pour se justiiierdans Vesprit d'un prélat, dont Festime entraînait celle de toute régli||. Il lui donna une confession de foi écrite de sa propre main, où il reconnaissait trois hypostases , c'est-à-dire trois personnes distinctes en Dieu , et une seule subs^ tance qu'il appelle aussi hypostase. Mais on voit par les explications qu'il ajoute , que ce terme , encore équivoque, signifiait tantôt essence ou nature , et tantôt personne , selon les endroits où ou l'appliquait. Pour ne laisser aucun nuage sur sa doctrine , Paulin anathématisa d'une manière prér cise , et ceux qui rejetaient le symbole de Nicée , ou ne confessaient pas la consubstantialité du Père avec le Fils 5 et ceux qui faisaient du Saint-Esprit une créature , enfin oabellius ^Photin , et généralement toute hérésie. Il déclara plus spécialcr ment encore , contre Apollinaire ,.- qu'il n'attribuait point au Sauveur , comme ce nouvel hérésiarque , un corps humain sans sentiment propre et sans entendement, c'est-à-dire sans une ame humaine.

Tel fut l'emploi que saint Athanase fit de son temps, pendant son séjour à Antioche. L'empereur le renvoya gouverner paisiblement son troupeau , et conserva la plus haute idée de sa capacité comme de §a vertu. 11 partit incontinent lui-même , impatient de combler à C, P. la publique alégresse , quiallaitsé convertir au contraire en un deuil accablant. A Dadastène sur les confins de la Galatie et de la Bithynie , il rencontra les sénateurs que la capitale envoyait au-devant d'un maître si cher. Mais la nuit du seize au dix-sept de Février , on le trouva mort dans son lit. La plupart des auteurs disent qu il fut suffoqué par la vapeur du charbon, qu'on avait aUumé dans sa chambre pour réchauffer. C'est ainsi que cet excellent empereur , âgé ^egiewçnt <iç U'«tç-4ii<ii aqs , vepiongea l'église

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flaas les alarmes et la consternation , ■par «ne mort soudaine et prëmaturc-e , après i moins de huit mois.

On lui donna cependant iin successeur non moins renomme' que |pi pour son généreux altaclieinent au Christian isinë. Ce fut Valentinien , iils de Gratien , comte d'Afrique, né à Cibales en Pannonie, l'an 32 1 , et illustré, comme on Va vu sous l'empire de Julien , par l'éclatante confession qui le fit exiler. On le revêtit solennellement de la pourpre , dans lu ville de IVicée , dix jours après la mort de son prédécesseur , c'est-à-dire , le 2(3 du même mois de Février de cette année 3G4- Avec lin courage à toute épreuve , il avait un esprit juste et pénétrant, l'air et les manières agréables, heaucoup de grâce et de facilité à s'énoncer. 11 était sincèrement attaché a la foi catholique , et assex pieux pour s'être §iit baptiser sans attendre lé déclin de sa vie, suivant l'abus encore assez commun de son temps. Les vrais fidèles attendaient une

Euîssanle protection d'un prince annoncé par de sï eureux présages ; mais ils ne furent pas longtemps à se détromper. Sitôt qu'il fut sur le trône, il se livra d'une manière exclusive aux soins purement temporels de l'administration. Il se fit même, de cette réserve , une règle de conduite , qui avait quelque chose de bon dans son principe, mais "1 poussa infiniment trop loin. Extrêmement

■appe de la méthode que l'empereur Constance nvait si malheui-eusement suivie, de s'ingérer dans les conférences des docteurs et les décisions des conciles, dans tout ce qu'il y avait de plus spirituel et de plus sacré, il donna dans l'excès tout' contraii'e , assez analogue à son caractère d'indiiférence , et il ne s'employa presque jamais à ce qui intéressait la religion.

Mais le plus grand dommage qu'il lui causa , ce fut sans doute d associer à l'empire son frère Valens : ce qu'il exécuta, le 28 Mars, un mois seulement après sa propre élévation. Toutefois, au moment

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Ae se donner un collègue , il reçut un avis qui aurait bien dû le tenir en garde contre le sentiment aveugle de la nature. CoiHme il délibérait sur le choix, Dagalaïfe , homme de fête et d'autorité , qui commandait la cavalerie, et avait beaucoiip influé dans l'élection de Valéntinien , lui dit avec franchise : Si vous aimez votre famille plus que l'état , vous avez un frère ; si vous préférez l'état à votre famille , cherchez la personne la plus capable de le bien conduire. La voix de la nature l'emporta : il partagea l'empire avec son frère, qui à la vérité n'était pas sans mérite. Sa figure même en annonçait beau-^ coup au delà de la réalité ; et quoiqu'il fût borgne j il fallait l'envisager de fort près , pour apercevoiir ce défaut, Valéntinien lui confia les provinces orientales , eft se réserva l'Occident , avec l'autorité principale Ou le droit général d'inspection sur tout, l'empire.

Mtlan était le siège où , dépuis l'élévation de là famille de Constantin , les èmperèui'S d'Occident fixaient leur demeure. Valéntinien , en y arrivant , trouva la chaire épiscopàle occupée par l'arien . Auxence, qui*n'éiau suivi que de la moindre partie du peuple. Les orthodoxes , en beaucoup plus grand nombre, ne voulaient point absolument communiquer avec ce loup perfide, déguisé en pasteur. Ils s'assemblaient en d'autres églises , soutenus par saint Hilairç de Poitiers et saint Eusèbe de Verceil , qui se trouvaient encore ensemble en Italie, pour les intérêts de la foi.

L'empereur en cette rencontre oublia sa maxime , de ne se mêler jamais des affaires de religion. Ami de tout genre de paix et de concorde , et prenant jpeu d'intérêt au triomphe de la foi quand il lui devait coûter quelque travail ou quelque souci , il ne laissa pas de faire tenir une conférence entre Auxence et Hilaire , en présence de quelques autres prélats. Auxence, qui n'était point en état de se mesurer avec un tel antagoniste , eut , à son ordinaire; recours au stratagème et à la fourberie^ Il

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confessa en termes exprès le Fils vrai Dieu': mats il fàîsai t tomber , par une pai'j ure et misérable subti* lité 5 la qualification de vrai sur le nom de Fils, et non sur celui de Dieu; de sorte qu'il entendait que le Pils était véritablement Fils, et non véritablement Dieu (i). Valentinien , craignant de voir trop clair , prévenu d'ailleurs par Auxence , ne voulut pas qu on approfondît l'équivoque , réputa révêue arien catholique , communiqua avec lui , et

enjoindre à Ililaire de quitter Milan.

Ce zélé docteur, fie pouvant rien faire de plus , composa un écrit adressé aux prélats orthodoxes , afin de mettre dans, tout son jour la fourberie d^ j^ectaîres , et d'empêcher qu'on ne se laissât tromper par le fantôme de la paix , ou par l' appas de là laveur. Considérons , je vous prie , disait-il en s'efforçant de leur communiquer l'héroïsme de sou saint courage, considérons de quel secours se sont servis les premiers ministres de l'évangile; Quels potentats ont aidé les apôtres à faire adorer le fils de l'Eternel, sous la forme d'un esclave , et à faire passer presque toutes les nations , de la molle et lastueuse idolâtrie au culte austère du Dieu de toute sainteté ? Etaient-ils soutenus des officiers de César , quand ils célébraient les divines louanges dans les fers et sous les coups des bourreaux ? Paul institua-t-il l'église du Christ, par les édits de Néron , dont il fut la victime ? Ses disciples se souteïiaient-ils par la protection de Domitien ou de Dèce ? Ne fut-ce pas plutôt la haine impuissante de ces princes qui donna son plus beau lustre à la céleste doctrine ? Mais il 'semble aujourd'hui qua les avantages humains rendent la foi recommandable ; et de politiques raisonneurs, cherchant à au*toriser par ces endroits le nom de Jesus-Christ., voudraient persuader qu'il est faible de lui-même.

Hilaire entre ensuite dans le fond de son sujet , et fait toucher au doigt l'indignité de l'imposture

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(i) Hilar. in Aux*

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3'Auxence : ce qui était facile. C'est pourquoi re-* venant encore au danger principal de séduction ,' c'èst-à-dire , à l'amour ou au prétexte d'une paix et d'une union mal-entendue ; oui , dit-il , et je ne saurais trop le répéter, vous prenez grossièrement le change , et vous prévariquez d'une manière inexcusable , en vous en laissant imposer par le seul nom d'unité , ou en faisant consister l'église dans le lieu et l'édifice matériel. N'avons-noùs pas été avertis que l'antechrist doit siéger dans les plus augustes sanctuaires ? Les forêts , les antres , les ca^ chots, tels sont da.ns ces rencontres les plus sûrs asiles; et tels furent les lieux ou l'Esprit-Saint parla aux prophètes. Nous l'avons recherchée par tous nos soins , mes chers frères , la paix vraiment désirable et salutaire ; mais les suppôts des puissances du monde et de l'enfer l'ont toujours écartée , pour y substituer la paix de l'impie, l'union et la. conspiration contre l'oeuvre de Dieu. C'est ainsi qu'il» se montrent , non les prédicateurs de Jesus-Christ^ mais les hérauts de l'antechrist. Que leur chef assemble donc conti'e moi tant de conciliabules qu'il lui plaira; que l'hérétiqvie me déclare hérétique, et me donne pour tel dans les nouvelles et les afliclies publiques , suivant ses manœuvres accoutumées ; qu'il soulève contre moi*tovites les puissances de la terre ^ en me qualifiant de brouillon et de perturbateur : quant à lui , il sera toujours un démon four moi , tandis qu'il sera un arien. Me garde adorable Rédempteur de faire jamais la paix avec d'autres que ceux qui , selon les décrets de Nicée/ confessent qu'il est vrai Dieu , et anathématisent sans contrainte les blasphémateurs hypocrites ou scandaleux de sa divinité !

Ici le saint évêque fait une remarque bien utile pour tous les temps ; mais sur-tout pour ceux ou les novateurs déguisés prennent un langage nouveau , pour cacher leurs impiétés : d'où il arrive , dit-il , que sous des pasteurs nérétiques, les peuples demeurent catholiques* On leur enseigne que Jésus-*

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Christ est pieu, et ils le croient vrai Dieu, Oiï enseigne qu'il est fils de Dieu, et ils le croient do ïuème nature que son Père. On enseigne qui! est a\ant tous les temps, et ils le croient éternel. Le» oreilles du peuple sont plus saintes que les cœur» des ministres. Ainsi pouvons-nous ajouter depuis tant d'autres hérésies; ainsi les simples fidèles con'^ ^rvèrent-ils la foi de l'église , touchant les sacremens par exemple et la liherté , tandis que d» auhtils novateurs , par leurs explications ou leur* , restrictions , anéantissaient le sens naturel des symboles qu'ils admettaient publiquement- Saint Hilaire retourna de Milan dans sondiocèse," où il mourut trois ans après , consumé des travaux immenses que cet Àthanase de l'Occident, pour le peindre d'un seul trait, ne cessa jamais d'essuyer -. pour les différentes parties de l'église, auxquelles J il se crut toujours redevahle depuis son entrée dan» ' l'épiscopat. Ses grandes entreprises et ses souffrances pour la foi , honorées par un grand nombre do miracles, rendirent son culte si célèbre, que dan» quelques anciens sacramentaires , on trouve soâ nom inséré au canon de la messe , après celui de* 1 martyrs. Son style est sublime, plein dame et dà , chaleur ,' et si véhément , que saint Jérôme le comparant axi fleuve le plus impétueux qui arrose le» régions où vivait le saint docteur , l'appelle le "ïïbône de l'éloquence latine. Quelques critique» I rouvent même qu'il s'emporte quelquefois au delà des bornes. Mais ce qui paraît lui avoir échappé , s'explique facilement, par la suite des textes et le corps de sa doctrine évidemment catholique. Dana ce qu'il avance de plus particulier , ce père vraiment profond fournit toujoui-s quelque pi'euvo digne de considération. S'il prétend, par exemple, que Judas n'a pas reçu le corps du Sauveur dans la dernière cène, il établit son opinion sur quelques paroles de l'évangile, où Jesus-Christ !ui paraissait avoir attaché la possession du royaume de Dieu à cette première communion. Outre les douze livreft j

>uze livre» j

ie la Trînité , le traité des synodes , et trois écrite contre les ariens , nous avons de saint Hilaire , des commentaires sur la plupart des pseaumes et sur l'évangile de saint Matthieu, dont on croit quil composa ciuelque partie depuis sa retraite de Mi« lan , pour rinstruction de son peuple. Saint Eusebe survécut peu à saint Hilaire : c'est tout ce^ qu'oa sait du saint évêque de Verceil , depuis qu u eut . quitté ce digne ami.

Pour le grand Athanase, dont les jours n'avaient, jamais été plus précieux à Féglise que depuis la mort de ces deux saints , il s^en fallait bien qu'il ne fût encore délivré'de ses travaux et de ses combats. Mais toujours assuré sur le fond de la pro«- ▼idence, sans s'inquiéter de l'avenir, il profita da calme présent , pour rétablir l'intégrité de la foi ^ l'ordre et la discipline dans son vaste diocèse y et pour y -faire refleurir la piété. Il en fit la visite générale, partie sur une petite barque, partie sur un âne : équipage peu conforme sans doute à l'émînence de sa dignité. Mais un nombreux cortège d'ecclésiastiques , de saints solitaires , et même d'é- ^êques accourus de tous côtés au - devant de lui ,' l'honoraient infiniment plus que n'aurait pu faire tout le faste de la grandeur. Des peuples entiers »e rassemblaient sur ses pas ; et lorsqu'il marchait de nuit , comme les chaleurs de l'Afrique y obligent souvent, sa roule n'était qu'une illumination continue. De temps en temps il faisait halte; et avec ce don admirable qu'il avait pour la parole, il attendrissait tout le monde jusqu'aux larmes: son exemple seul , et le souvenir de tout ce qu'il avait souffert pour la foi , c'en était assez pour mettre ees auditeurs dans la disposition d'y tout sacrifier à leur tour.

Il remonta le Nil en bateau , et arriva jusqu'à Tabenne , aux monastères célèbres de saint Pa* corne. Là il y avait plusieurs milliers de cénobites, semblables aux sociétés des esprits célestes , uni- (^uement occupés du soin de l'ame et tle Tobser-

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Christ est pieu, et ils le croient vrai Dieu. Olf enseigne qu'il est fils de Dieu, et ils le croient do même nature que son Père. On enseigne qu'il esfc a\ant tous les temps , et ils le croient éternel. Le» oreilles du peuple sont plus saintes que les cœurs des ministres. Ainsi pouvons-nous ajouter depuis tant d'autres hérésies; ainsi les simples fidèles contervèrent-ils la foi de Véglise , touchant les sacrcmens par exemple et la liberté , tandis que de auhtils novateurs , par leurs explications ou leurs restrictions , anéantissaient le sens naturel des symboles qu'ils admettaient publiquement.

Saint Hilaire retourna de Milan dans son diocèse,' où il mourut trois ans après , consumé des travaux immenses que cet Atlianase de l'Occident , pour le peindre d'un seul trait, ne cessa jamais d'essuyer pour les dilTérentes parties de l'église , auxtiuellec il se crut toujours redevable depuis son entrée dan» l'épiscopat. Ses grandes entreprises et ses souffrances pour la foi , honorées par un grand nombre do miracles , rendirent son culte si célèbre , que dans quelques anciens sacramenlâires , on trouve son nom inséré au canon de la messe , après celui des martyi'S. Son style est sublime, plein dame et de chaleur ,' et si vébémenl , que saint Jé'-ôme le comparant au fleuve le plus impétueux qui arrose les régions où vivait le saint docteur , l'appelle le Hhône de l'éloquence latine. Quelques critiques trouvent même qu'il s'emporte quelquefois nu delà des bornes. Mais ce qui parait lui avoir échappé , sexplique facilement, par la suite des textes et le corps de sa doctrine évidemment catholique. Dans ce qu'il avance de plus particulier , ce père vraiment profond fournit toujours quelque preuve digne de considération. S'il prélend , par exeni]>lf: ,

a ne Judas n'a pas reçu le corps du Sauveur daus ' ernière cène, il établit son opinion snr ~^ paroles de l'évangile , où Jesus-f avoir attaché la possession d cette première communion

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II y avait une sainte émulation entre les person-^ lies de sexe différent ; caries femmes le disputaient AUX hommes , noii - seulement en pureté de cons^ éience et en piété ^ mais jusque dans les pratiques les plus rigoureuses de la pénitence. Cet héroïsme si étonnant avait commencé bar la sœurdeS. Pacôme. Etant venue pour Voir son illustre frère , dont le nom se rendait chaque jour plus i;élèbre , le saint abbé lui fit dire qu'il Jiui suffisait de la savoir en bonne santé ) et qu'il importait peu à des créatures faites jlour le Cîiel , de se voir ici-bas des yeux du corps. Le codur de Pacôme , pour avoir été foriné parla grâce n en était pas moins sensible ; mais le Seigneur avait ses vUes en lui inspirant cette dureté apparente. A la réponse de son frère , la tendre sœur répandit un torrent de larmes. Plus touchée cependant d'admiration que de chagrin , elle prit la résolution d'imiter une vie qui inspirait des sentimeus si célestes. Pacôme , au domble de sa joie y lui fit bâtir par ses disciples un monastère séparé du sien par le Nil ^ 6t qui en fort peu de temps se trouva rempli d'une multitude de vierges , que l'émulation , si active dans ce sexe y égala pour lef moins aux hommes en austérité domme en ferveur^ Mais il n'est point de précaution qu'on ne prît ^ afin que la conformité même d'inclinations et d'habitudes vertueuses n'ocCasionât aucune sorte dé familiarités Les âeuls vieillards les plus éprouvés visitaient ces servantes de Dieu , soit pour les instruire et les diriger dans les routes épineuses de la perfection , soit pour les autres services absolument indispensables qu'il fallait leur rendre ^ et toujours les entrevues étaient fort courtes : -ces pères spirituels ne manquaient point dé révenir chez eux pour l'heure des repas, et ne mangeaient ni ne buvaient jamais chez les religieuses^ sous qUel^ que prétexte que ce pût être.

Le vigilant patriarche^dans la visite de cessainteâ maisons qu'il eut alors tout le loisir d'observer ^ xie vit qu'avec une espèce de ravissement , non Tome IL M

à'jS Histoire

pas précisément ces troupes immenses d'anges tet^ restres de Tun et de Fatitre sexe , mais bien plu$ encore ce commerce tout divin entre des créatures revêtues d'une cliair si fragile. On lui raconta une, inGnité de miracles opérés par ee peuple de saintsJ Mais leurs vertus merveilleuses lui parurent un bien plus grand prodige. Il eût désiré de pouvoir s'arrêter plus long^temps encore parmi tant d'objets si capables de l'attacher. Dans la nécessité de retour- Xier au centre de son vaste et nombreux bercail ^, il recueillit précieusement et remporta dans soa cœur une ample matière à ces pieuses réflexions. Afin même d'en repaître assidûment sa piété , il voulut écrire la vie de saint Antoine. , et de quelques-uns de. ses plus fidèles imitateurs.

Le reste de l'Orient ne jouissait pas à beaucoup près de la xnême félicité ni de la même concorde

3ue l'Egypte. La division agitait sur-tout les fidèle» 'Asie. La plupart des grands sièges avaient de» prélats ariens^ ou demi -ariens. Eudoxe de C. P. professait toujours le !pur ariapisme. Depuis que Valens était sur le siège de Murse , il n^avait pas encore produit, au dehors, l'impiété recelée au fond de son ame. On ne savait plus ce qu'on devait penser d'Acace de Césarée , qui avait été réduit à signer la consubstantialité sous le court empire de Jovien. Ainsi les macédoniens ou semi-ariens formaient le plus fort ou le moins réservé des deux partis qui partageaient Tarianisme*

Ils demandèrent aux empereui^ , et obtinrent la

Sermission de tenir un concile à Lampsaque, près u détroit, de THellespont. Ils y prirent à peu près les mêmes résolutions qu'au fameux concile de Séleucie , ou qu'à celui de la dédicace d'Anlioche, qiii leur servait de règle depuis si long -temps: cest-à-dire , qu'on s'en tint à l'assertion qui dit le fils de Dieu semblable au Père en substance. Ou cassa tout ce qu'avaient ordonné Eudoxe et Acace ,' les principaux chefs de ces anoméens impies qui allaient jusqu'à rejeter absolument la ressemblance

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du Fîls avec le Père , on rétablit , comme injustement opprimés , les évêques déposés par ces durs ariens ; et Von porta sans délai ce résultat à 1 em-

Fereur Valens , afin de le lui faire confirmer. Déjà artificieux Eudoxe avait prévenu non-seulement l'empereur , mais tout ce qui avait quelque crédit à S4 cour : de manière crue les députés'.arrivant à Lami^aque ,Valens les exnorta d'abord à s'accorder avecEuuoxe.; puis, sur les difficultés qu'ils en fi rent^ il les exila , et fit mettre leurs ennemis en possession de leurs églises..

Il était furieux qu'ils eussent osé flétrir jusqu'au concile de Rimini , pour lequel enfin il manifesta toi^t son attachement. Eleuzius de Cyzique était le grand arc-bou tant du parti macédonien. L'empereur rassembla les évêques ariens , le fit paraître , et le pressa très-vivement d'embrasser leur communion. jLleuzius fit d'abord une assez belle défense pour la cause qu'il soutenait, puis il signa dans un mouvement soudain de frayeur tout ce qu'ont exigeait de lui : mais pénétré presque aussitôt d'un repentir sincère , et docile aux impressions xle la grâce' qui éclaira subitement son ame des plus

Sures lumières de la foi , il se pressa de quitter es lieux si funestes à sa vertu. Arrivé dans son diocèse ,. il désavoua courageusement sa lâcheté , plus encore par ses larmes que par ses discours , et demanda lui-même à être déposé. Toutefois le peuple qui le chérissait et révérait en lui d'éclatantes vertus, ne V^moigna que du respect pour sa générosité et son humilité exemplaires. Valens n'eut garde de mieux traiter les orthodoxes que les demi-ariens. Les novatiens même , parce qu'ils professaient la vraie foi de la Trinité , furent enveloppés dans la persécution , et Ton ferma les églises qu'ils consei'vaient dans la ville impériale. Pour les catholiques , ils n'y en avaient point encore recouvré , depuis qu'elles leur avaient él^ enlevées par l'empereur Constance.

Le Seigneur fit tourner à sa gloire et au bien

(le son église des vexations si mal concerte'es. Les semi-ariens en conçurent pour les purs ariens une aveiïion sans retour, et ils se résolurent àembras^ep la Communion des orthodoxes, jilutôt que celle de leurs communs persécutenrs. Trop observés pour tenir un concile nombreux en im seul endroit, ils firent plusieurs petites assemblées en ■divers cantons de l'Asie-Mineure, où ils convinrent de recourir à l'empereur Valentinien et au pape Libère. A cet eiFét , ils leur députèrent Eustalbe de Scbaste , Silvain de Tarse et Tliéopbile de Castabale en Cilicie , avec cbarge de ne point élever de dis|)ute sur le terme de consubstantiei , mais d'embrasser sans modification la croyance et . la communion de l'église romaine. , ■

Les députés ne trouvèrent pas Valentinien en Italie , et n'osèrent l'aller ebercber dans les Gaules, dont ia guerre avec les Barbares rendait les routes fort périlleuses. Ainsi tournant toutes leurs vues vers le souverain pontife , ils lui remirent aussitôt leurs lettres de créance. Libère craignait quelque jiourelle surprise de la part de ces Orientaux , tju'il regardait comme de dangereux bérétiques j mais ils lui témoignèrent que dans l'ame ils avaient toujours détesté l'erreur ; qu ils n'avaient point imaginé de meilleur moyen pour faire'cesser un scandale apparent , que de venir en personne confesser la foi d'une manière uniforme avec la mère de toutes les églises ; qu'ils sentaient enfin la nécessité indispensable de s'en tenir aux saints décrets de Nicée , non-seulement pour le fond des cboses, mais aussi pour les expressions si sagement employées contre la perfidie arienne; tjue leur procédé devait paraître d'autant plus intègre , qu'en tout temps ils avaient confessé le fils ne Dieu semblable au Père en toute chose : ce

i était le croire en effet consubstantiei , comme le confessaient enfin d'une manière expresse.

Le pontife leur demanda leur profession de foi par écrit , et ils la donnèrent telle que nous l'avons

qui éta , ils le I

encore. Le symbole de Nicee y est transcrit d'un bout à Fautre ;• toutes les hérésies et tous les hérétiques condamnés. Us ajoutent à la fin^ ce qui est digne de remarque par rapport aux formes ]uri4iques et à nos usages : oi quelqu'un désormais veut intenter une accusation contre nous y ou contre ceux qui nous ont envoyés, qu'il vienne avec des lettres de Votre Sainteté par-devant les évéques orthodoxes ; qu'il y subisse avec nous le jugement de ceux que vous aurez désignés , et que celui qui sera convaincu y soit puni. On voit que , maigre les troubles de l'Orient , la juridiction du pape ne laissait pas d'y être reconnue. Libère , après ces sûretés, admit les semi-ariens repentans à sa communion. On ne trouve pas qu'il les ait inquiétés, touchant le dogme dit Saint-Esprit; soit que les restes du parti ne se fussent pas encore expliqués sur cet article , en la manfere qu'ils le firent par la suite , et qui leur attira la condamnation authentiqiie de toute l'église; soit

Slutôtqu'il eût regardé la réception pure et simple u symbole de Nicee par leurs commissaires , comme un aveu suffisant de ce point de foi. U les renvoya donc en paix , avec une lettre adressée nommément à soixante-quatre évêqiies semi-ariens ou macédoniens , et à tous les prélats catholiques de l'Orient en général. Elle leur apprenait que tous ceux qui avaient été surpris ou contraints à Rimini^ étaient revenus presque sans exception à la profession de la bonne doctrine ; qu'ils avaient anathématisé formellement l'exposition de ce pernicieux concile, souscrit celle de Nicée, et- ne marquaient plus qu'une vive indignation contre Arius et ses sectateurs.

Le cet

Septembre de l'année 366. C'ait ainsi qu' sa carrière , avec toute la gloire qui avait illustre la très-grande partie d'un pontificat de plus de quatorze ans, et que sa chute, quelle quelle ait

'i82 Histoire

êtë , n'a pu fle trîr. Cette faiblesse passajgpre se trouve réparée par tant de traits d'un courage sout-enu parfaitement depuis son repentir, que saint Basile, saint Ambroise , et d'autres docteurs de ce poids le qualifient de bienheureux; et il se troViTè en effet Honoré comme saint dans quelques églises (i). Quelques jours après sa mort , on fui donna pour successeur un Espagnol de naissance , nommé Dainase , donf; le père avait mérité d'être promu îau rang dé prêtre de l'église romaine. Il était âgé de plus de soixante ans, à son élection ; et pendant le cours de ces années, il n'avait donné que des exemples de sagesse , de vertu , d' un extrême attachement aux bons ])rincipes. Une telle snréminehce de mérite n'empêcha point que le diacre Ui'sin ne se crût injustement oublié. Il'assembla une troupe de séditieux, et se fit sacrer évêque de Rome, contre toutes les règles. La plus grande partie dw peuplé , aussi-bienque la plus saine , tint ferme pour Damase qui prévalut. Il y eut néanmoins beaucoup de troubles , et même du sang répandu, A la fin l'empereur usa de son autorite rfour soutenir le pontife légitime , et le turbulent Ursin fut chassé.

■ Le pontificat commençait à être revêtu d'un "asse? grand éclat , pour exciter la cupidité et l'ambition. Je ne suis pas étonné , dit Ammien-Marcellin j en rappelant l'histoire de ce schisme , que ceux qui prétendent au ])ontificat des chrétiens , fassent les plus grands elforts pour y parvenir, puisqu'il les constitue dans un état fixe d'honneur et de fortune , où les oblations des dames romaines leur procurent des fonds inépuisables. Ils ne sortent qu'en équipages magnifiques ; ils ne paraissent que superbement vêtus ; et la délicatesse de leur lable le députerait à celle des rois (2). On sent à ce tdR amer, que cet auteur païen consultait sa malignité et ses préventions, neau-

(i) ApudBolU M, Sept. (2) Amin. xxvii , c. 3.

DE T.' E fi L I S E. l83

coup plus que la vérité. C'est dans le même esprit que Prétextât , désigné consul j dît au pape IDamase qui l'exhortait à se convertir : Cédez-moi votre place , et sur le champ je me ferai chrétien. Tout ce qu'on peut sensément conclurjs de ces hyperboles ironiques , c'est que dès-lors la papauté était revêtue d'une certaine magnificence. Marcellin rend plus dé justice à difFérehs prélats , qui par leur frugalité^ dit-il, par la modestie (le leurs Tetemens et de tout leur extérieur , se rendent également recommandahles au Dieu suprême et à ses vrais adorateurs. Il faut néanmoins convenir qu'il y avait alors beaucoup d'ecclésiastiques justement soupçonnés d'une ambition et d'une avidité profanes.

On trouve une loi publiée dans ces tep[ips-là par .Yalentinien , qui, pour couper la racine à ces vices , défendit aux clercs de ne rien recevoir des femmes dont ils dirigeaient les consciences, ni par donation actuelle , ni par testament. Saint Jérôme de son coté , avec saint Ambroise , selon le véritable esprit de l'église de tous les siècles , s'éleva contre la dévotion intéressée , qui , sous prétexte de ces liaisons en Jesus-Christ , rompait les liens de la nature , en substituant des successeurs étrangers aux héritiers naturels. Je ne me plains pas , dit-il, de la loi qui humilie les clercs en les forçant au désintéressement clérical; mais je suis fâché «u'il s'en rencontre qui Fayent méritée , et qu'il faille nous réduire , comme malgré nous , à plutôt amasser des trésors pour le ciel que pour cette vie périssable.

Valens s'ingérait d'une toute autre manière que Valentînien dans les affaires de l'église. Les dé-

Iîutés d u concile de Lampsaque , à leur retour d'Itaîe en Orient, avaient trouvé leurs collègues assemblés de nouveau en concile dans la ville de Thyane. Ils les comblèrent de joie , parle récit dé ce qu'ils venaient de cbnclure à Rome ^. et par les lettres qu'ils rapportaient; tant du siège apostolique, que

Christ est pieu, et ils le croient vraî Dieu. Ont enseigne quil est fils de Dieu, et ils lecroieiitdo même nature que son Père. On enseigne qu'il est avant tous les temps , et ils le croient éternel. Les oreilles du peuple sont plus saintes que les cœurs des ministres. Ainsi pouvons-nous ajouter depuis tant d'autres hérésies ; ainsi les simples fidèles con- I ^ervèrent-ils la foi de l'église , touchant les sacrumens par exemple et la liherté , tandis que de subtils novateurs, par leurs explications ou leurs restrictions , anéantissaient le sens naturel des symfcoles qu ils admettaient publiquement.

Saint Hilaire retourna de Milan dans son diocèse, où il mourut trois ans après , consumé des travaux immenses que cet Athanase de l'Occident , pour le peindre d'un seul trait, ne cessa jamais d'essuyer pour les différentes parties de l'église , auxquelles il se crut toujours redevable depuis son entrée dans l'épiscopat. Ses grandes entreprises et ses souffrances pour la foi , honorées par un grand nombre de miracles , rendirent son culte si célèbre , que dans quelques anciens sacramentaires , on trouve son nom inséré au canon de la messe , après celui des martyrs. Son style est sublime , plein dame et de chaleur ; et si véhément , que saint Jérôme le comparant au tleuve le plus impétueux qui arrose les régions où vivait le saint docteur , l'appelle le ïihône de l'éloquence latine. Quelques critique» Irouventméme qu'il s'emporte quelquefois au delà des bornes. Mais ce qui paraît lui avoir échappé , s'explique facilement, par la suite des textes et le corps de sa doctrine évidemment catholique. Dana ce qu'il avance de plus particulier , ce père vraiment profond fournit toujours quelque pj'euve digne de considération. S'il prétend, par exemple,

3ue Judas n'a pas reçu le corps du Sauveur dans la ernière cène, il établit son opinion sur quelque» paroles de l'évangile , où Jesus-Christ hii paraissait avoir attaché la possession du royaume de Dieu à cette première communion. Outre les douze livres

■■w tfwak

de la Trînîte , le traité des synodes , et trois ëcritf contre les ariens , nous avons de saint Hilaire , det commentaires sur la plupart des pseaumes et sur Tévangile de saint Matthieu, dont on croit quil composa ciuelque partie depuis sa retraite de Afi* lan, pour l'instruction de son peuple. Saint Eusebe survécut peu à saint Hilaire : c'est tout cev qu'on sait du saint évéque de Yerceil , depuis qu u eut . quitté ce digne ami.

Pour le grand Athanase, dont les jours n'avaient., jamais été plus précieux à Téglise que depuis la mort de ces deux saints , il s^en fallait bien qu'il ne fût encore délivré" de ses travaux et de ses combats. Mais toujours assuré sur le fond de la pro- ▼idence, sans s'inquiéter de l'avenir, il profita da calme présent , pour rétablir l'intégrité de la foi^ l'ordre et la discipline dans son vaste diocèse y et pour y *faire refleurir la piété. Il en fît la visite générale, partie sur une petite barque, partie sur un âne : équipage peu conforme sans don te à l'é-^ minence de sa dignitç. Mais un nombreux cortège d'ecclésiastiques , de saints solitaires , et même d'é- ^êques accourus de tous côtés au - devant de lui ,' l'honoraient infiniment plus quen'aurait pu fairç tout le faste de la grandeur. Des peuples entiers ' se rassemblaient sur ses pas; et lorsqu'il marchait de nuit , comme les chaleurs de l'Afrique y obligent souvent, sa route n'était qu'une illumination continue. De temps en temps il faisait halte ; et avec ce don admirable qu'il avait pour la parole, il attendrissait tout le monde jusqu'aux larmes: soa exemple seul , et le souvenir de tout ce qu'il avait souffert pour la foi, c'en était assez pour mettre «e& auditeurs dans la disposition d'y tout sacrifier à leur tour.

II remonta le Nil en bateau , et arriva jusqu'à Tabenne , aux monastères célèbres de saint Pacôme. Là il y avait plusieurs milliers de cénobites, semblables aux sociétés des esprits célestes , unii^uement occupés du soin de l'ame et de Tobser-:

Jij4 II I s T O I R B

Christ est Pïeu , et ils le croient vrai Dieu. Oit enseigne qu'il est fils de Dieu , et ils le croient de même nature que son Père. On enseigne qa il es6 avant tous les temps, et ils le croient éternel. Les oreilles du peuple sont plus saintes que les coeurs des ministres. Ainsi pouvons-nous ajouter depuis tant d'autres hérésies; ainsi les simples fidèles coni^ervèrent-ils la foi de l'église , touchant les sacremens par exemple et la iiherté , tandis que de subtils novateurs , par leurs explications ou leurs restrictions , anéantissaient le sens naturel des sym- })oles qu'ils admettaient publiquement.

Saint Hilaire retourna de Milan dans son diocèse," où il mourut trois ans après, consumé des travaux immenses que cet Athanase de l'Occident, pour le peindre d'un seul trait, ne cessa jamais d'essuyer pour les différentes parties de l'église , auxquelles il se crut toujours redevable depu îs son entrée dans l'épiscopat. Ses grandes entreprises et ses soulFiances pour la foi , nonorées par un grand nombre de miracles, rendirent son culte si célèbre, que dans quelques anciens sacra men ta ires , on trouve son nom inséré au canon de la messe , après celui des martyrs. Son style est sublime, plein d'ame et de chaleur ,■ et si véhément , que saint Jérôme le comparant au fleuve le plus impétueux qui arrose les régions où vivait le saint docteur , l'appelle le Tlhône de l'éloquence latine. Quelques critiques trouvent même qu'il s'emporte quelquefois au àelà des bornes. Mais ce qui parait lui avoir échappé , s explique facilement, par la suite des textes et la corps de sa doctrine évidemment catholique. Dana ce qu'il avance de plus particulier, ce père vrai?' ment profond fournit toujours quelque preuiH digne cle considération. S'il prétend, par exemple.

aue Judas n'a pas reçu le corps du Sauveur dans ' ernière cène, il établit son opinion sur quel<|i paroles de l'évangile, où Jesus-Cbr avoir attaché la possession du cette première communion.

iê la Trinité, le traité des synodes , et troÎBecritf contre les ariens , nous avons de saint Hilaiie , de» commentaires sur la plnpart des pseaumes et snr l'ëvangile de saint Matlliieu, dont on croit tjn'il composa quelque partie depuis sa retraite de Milan, pour l'instruction de son peuple. Saint Eusèbe survécut peu à saint Hilaire : c'est tout ce, qu'on Sait du saint évêque de Verceil , depuis qu'il eut quitté ce digne amî.

Pour le grand Âtbanase , dont les jours n'avaient jamais été plus précieux à l'église que depuis la mort de ces deux saints , il s'en fallait bien qu'il ne fût encore délivré'de ses travaux et de ses combats. Mais toujours assuré sur le fond de la providence , sans s'inquiéter de l'avenir, il profila du f!alme présent, pour rétablir l'intégrité de la foi, l'ordre et la discipline dans son vaste diocèse , et pour y faire relleurir la piété. Il en fit la visite générale, partie sur une petite barque, partie sur un âne : équipage peu conforme sans doute à l'éminence de sa dignité. Slais un nombreux cortège d'ecclésiastiques , de saints solitaires , et même d'é- ^êques accourus de tous côtés au-devant de lui ,' l'honoraient infiniment plus que n'aurait pu faire tout le faste de la grandeur. Des peuples entière »e rassemblaient sur ses pas ; et lorsqu'il marchait de nuit , comme les chaleurs de l'Afritfue y obligent L iouvent, sa route n'était qu'une illuminalion con- Ltînue. De temps en temps il faisait halte; et avec * ee don admirable qu'il avait pour la parole, attendrissait tout le monde jusqu'aux larmes: son. exemple seul , et le souvenir de tout ce qu'il avait souffert pour la foi, c'en élait assez pour mettre ^auditeurs dans la disposition d'y tout sacrifier

kleor toi

isposit latean , et arriva

qu'ils tâcheront de célébrer en vrais clirétien* autant parla pureté du cœur et les bonnes œuvres,' que par la cessation des œuvres servilès. On peut inférer d'ici la profondeur et la durée de l'impression qu'avait fait sur les esprits Topiniàtreté des chrétiens judaïsans , ou des juifs demi -chrétiens, dont le scandale, après plus de trois siècles, était encore l'objet de fan Iinad version de l'église. Pendant le carême , on ne doit point célébrer les fêtes des martyrs : ce qui met à 1 abri du reproche d'innovation fusage rétabli depuis quelque temps en certaines églises , de transiérer les fêtes ou les oflices des saints qui tombent en carême. La coramimication in sacris , c'est-à-dire en choses de relir

tion , avec les hérétiques , est défendue sous peine 'excommunication. On ne doit point même contracter de mariages avec eux. Tous les fidèles qui ne se sont pas bornés aux pi-emières noces , doivent , j subir quelque pénitence en jeûnes et en prières , m avant qu'on les admette à ta communion. L'églisç I latine n'a jamais adopté cette rigueur , au moins- '^ contre les secondes noces. Le concil»de Laodicée finit ses canons , par un catalogue des livres saints, tel que nous le tenons aujourd'hui , à quelques . omissions près ; dans l'Ancien Testament, il ne ■ ^ compte pas les livres de Judith , de Tobie , de la J Sagesse de l'Ecclésiastique, des Machabées ; il n'omet 1 que l'Apocalypse dans le Nouveau. Il y avait quelques églises iiarticulières qui , sans rejeter ces écritures , doutaient encore de leur autorité, qui ne fut discutée et pleinement assurée qne par la suite, m Aussitôt que Yalens eut réduit les barbares jt M demander la paix , il ne ménagea plus rien avec les t orthodoxes. Il persécuta même lévèquedes Scythes, saint Bretannion , comme l'armée romaine était encore dans le voisinage des ennemis qu'elle venait de soumettre. Ce fervent pasteur gouvernait J seul toute sa nation, suivant la coutume étabUe fl pour ces sortes de peuples. Il résidait à Tomi, ca- i pitale de la Scylhïe sujette aux Romains, sur la

côte occidentale de la Mer - Noire , vers Tembouchure du Danube. Yalens se mit en tête de le faire communiquer avec ses ariens , et se rendit à Féglise un jour de fête, accompagné d'Eudoxede C. P. U y avait un peuple immense, accouru pour voir 1 empereur. Saint Brétannion professa et défendit àTec force la foi de Nicée. Condamnant même par voie de fait tout commerce avec les bérëtrques , il sortit brusquement de Féglise où Ton se trouvait assemblé , et passa dans une autre. Il y fut suivi si généralement de ses ouailles , que le prince resta ^ul avec son cortège. Furieux de cet auront , dans le premier mouvement , ih£t arrêter Tévéque , et renvoya en exil. Mais songeant à tout ce qu il avait à craindre d'une nation aussl^ère que les Scythes ^ et d'ailleurs si utile aux Romains sur cette frontière , il le fit aussitôt rappeler^

Un des principaux officiers de Tempereur ne mourra pas moins de zèle que cet évêque pour la cause commune des fidèles (i). Térence , c'était son nom j ayant demandé à Yalens pour toute reconnais-' sance de ses longs services , qu'il accordât une église aux catholiqvies , le prince ^ pour toute réponse , déchira la requête. Le religieux officier ramassa les morceaux^ et dit : Seigneur , je suis content ; je n'en recevrai pas moins ma récompense ; et voilà sur qtioi je la aemanderai à notre commun maître.

Valens avait à peine terminé la guerre desGoths^ qu'il fallut tourner contre les Perses. Il n'eut que

r niques mois de repos à C. P. et il partit pour tioche , dès le commencement de 1 année S^o* Arrivé à Nicomédie , il apprit la mort d'Eudoxe qui était resté à C. P. et qui par une longue trans-« gression des canons avait été évêque de Germanicie^ puis d'Antioche , et enfin de la ville impériale* Par une transgression nouvelle , les hérétiques qui déclamaient avec le plus de chaleur contre le relâchement , mais qui ne le combattaient que dans leur^

(i) ïUeod. IV , 32,

discours ou dans leurs ennemis , établirent en sat, place niémopliile de Berée , le même (|ui avait tra- Taillç à séduire Libère : ce qui ne faisait pas un, léger mérite aux yeux de la secte. Mais àrordinatioii de ce séducteur, la multitude , au lieu de faire les acclamations accoutumées , ne témoiona que de, l'indignation et du mépris. Les ortliodoxes poi^ lèrent leur choix sur un tout autre candicfat ^ nommé Evagre , dont Téglise honore la mémoire j mais il fut exilé sur le champ, et l'on croit quit mourut dans son exil.

Alors la pei-sécution n'épargna plus aucun genra de mauvais traitement. Qn traîna les catholiques ^ renommés aux prisons et aux tribunaux , on leur fit payer d'énormes amendes, on les frappa avec, ,1 tine brutale cruauté. Il y eut à C. P. une quantité, de martyrs, dont le plus célèbre est saint Èuloge, avec qui ils sont honorés en commun le 3 de Juillet. , Pour se plaindre de ces excès, les catholiquesen voyèrent à l'empereur qui était encore à Nicomédie ,, «ne députalion nombreuse , composée , dit-on , de quatre-vingts ecclésiastiques. Leurs remontrances ne servirent qu'à irriter le tyran. Mais la crainte,; l'emporta encore sur ta haine ou l'impétuosité de la colère ; il dissimula , et donna des ordres fort se-crets pour faire périr tous les députes. On feignit de les envoyer en exil , et on les embarqua dans ua vieux navire, oii les matelots avaient commission de mettre le feu , quand il serait en route, lia n'étaient pas encore sortis du golfe ad fond duquel' est située Nicomédie, que le leu prit au vaisseau^ d'où les mariniers s'écnappèrent au moyen de la chaloupe. Le vent poussa le bâtiment embrasé assez loin sur la côte , où il acheva de se consumer , avec les quatre-vingts martyrs que l'église honore le cinquième de Septembre (1).

De Nicomédie, Valens pénétra dans les principales contrées de fOrient. La terreur et la consterna-

(i; TUeod. lY , ^4.

15ki.^ Eglise. 19^

tion niarcbaient devant lui. A son arrivée , toutesles éclises étaient remplies de sèaiddales , de troubles et d norreui's. En Galatie sur-iout , ses émissaires eurent sujet de s'applaudir de leurs funestes succès. Us avaient la même espéi^nce pour la Cappadoce ; mais Basile vola généreusement au secours du métropolitain Eusèbe, malgré les sujets de ïnéconten^ tement qu'il en avait reçus. Son ami Grégoire lui avait mandé le ])éril où se trouvait la ville de Cesarée ; que les hérétiques avaient tous conspiré con* tre cette florissante église; que les uns y étaient déjà arrivés, et qu'on y attendait journellement les autres ; en un mot , que la doctrine du salut y courait les plus grands dangers. Il s'olFrit à suivre Basile, et à courir les mêmes hasards. Il partit ea ' effet avec son pieux ami , qui ne se fit pas presser y le besoin de l'église l'emportant facilement dans son ame sur toute autre considération. Loin de conserver du ressentiment contre l'évêque Eusèbe , il ne chercha qu'à se lier avec lui de cœur et d'affec^ tioh , pour faire face avec plus d'avantage aux «nnemis communs du sacerdoce légitime.

Valens fit mille tentatives pour gagner un docteur tel que Basile. Menaces et caresses , tout fut à pure perte. L'éloquent défenseur de la vérité devintaucontrairel'agresseurde l'hérésie , il intimida le prince et sa suite , il les exhorta d'une manière pathétique à se reconnaître , à faire pénitence , à iinir au moins une guerre si ouverte et si scandaleuse contre le fils de Dieu et son église. En un mot, tout se traita de façon que Yalens et ses fougueux évêques abandonnèrent la partie sans avoir rien gagné ; et Téglise de Césarée se vit redevable de son salut à un simple prêtre. Mais qiioique Basile ne tînt encore que le second rang , déjà il avait Tct cendant principal , au moins une très-grande • . influence dans toutes les affaires. Il ne quittait point Eusèbe , qui ayant été fait évêque peu après son baptême , ne se trQjuvait pas assez versé dans . 4^s choses de la religion pour des temps si critiques.

Ip

iga Histoire

Basile l'avertissait , rinslniisail , lui suggérait le9 ordres (ju'il convenait de donner ; jmisles exécutait avec autant de modestie que de dextérité , et disait honneur de tous les succès au premier pasteur. Guide sûr et fidèle au dedans , ministre actif au dehors j il était l'aïue et le mobile de toutes les' opérations; mais avec un air de dépendance, îiabilemejit assorti à la délicatesse du prélat , qu'il, n'avait eu que trop de lieu de connaître.

Il ne i-elàcha rien de son activité après l'orage- H se montra au contraire plus attentif encore dans le calme , soit à maintenir les intérêts de l'église auprès des magistrats , soit à éteindre les aherca-r tions intestines avant qu'elles dégénérassent en di- -visions et en schismes, soit à modérer les excès même du zèle et à prévenir toutes les fausses démarches de l'imprudence; sans parler du cours ordinaire des instructions , de l'assistance des pauvres, de l'hospitalité , de la prière publique et du service des autels ,du soin des vierges et des moines. C'est de saint Grégoire de Naziauze qui eut beaucoup de part à ces grandes oeuvres, que nous en lenoris le détail. Et par ce qu'il dit de l'inspection du culte, de la vie ascétique et cénobitique , il paraît que dès -lors Basile donna aux moines de Césarée des règles de vive voix et par écrit , et qu'il rédigea dans le même temps la liturgie qu'on lui a constamment attribuée, et dont on retrouve encore aujourd'hui l'usage dans les églises orientales, à peu de changemens près. Il signala aussi sa charité daïis une famine qui désola la Cappadoce , et qui fut la plus alfreuse dont on eût mémoire en ces contrées. Après avoir fait ouvrir la bourse et. les greniers des riches, par les charmes victorieux de son éloquence , tout le temps <pie le lléau dura , ■ il assembla chaque jour des troupes nombrcu'^.s' , d'indigons;et faisant apporter des chaudières pleines de nourritures , il les leur distribua , ceiut d'un linge , comme un domestiuue , à la vue du peuple : m^is lui-même ne trouvait rien de plus noble que

de

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ûe servir, en esprit de foi et d'humilité^ ces memr bres souifrans de Jesus-Christ.

L'évêqvie Eusèbe mouimt peu après la retraite de Yalens^ en bénissant mille fois le ciel de lui avoir envoyé un coopérateur et un soutien tel que Basile. Tous les gens de bien jetèrent aussitôt les yeux sur cet incomparable prêtre , pour remplir le siège épiscopal. Mais depuis le triomphe qu'on venait de remporter sur le persécuteur, cette place avait trop d'éclat pour ne pas réveiller la jalousie avec ses intrigues : siégé illustre ^ et sans contredit l'un des plus beaux de tout rOrient,métropole défi lieux grandes provinces de la Cappadoce et du Pont,' c'est-a-dire de la meilleure partie de l'Asie-Mineure,! Le clergé de Césarée ayant écrit , selon la coutume,' aux éyêques de la dépendance , ils vinrent sans délai pour Felection. Grégoire, titulaire deNazianzey et père de Grégoire ami de Basile , était du nombre des suffragans. Il envoya d'abord son suffrage par écrit ,, parce qu'il était retenu , non précisément par son extrême vieillesse , mais par une maladie qui lui rendait le voyage impossible. Basile était le sujet manifestement le plus digne d'occuper la chaire vacante. Mais les hérétiques et quelques personnes du pays, bien qu'orthodoxes , avaient leur» actions , et cherchaient à l'écarter. Au défaut de bonnes raisons,on s'attacha aux moindres prétextes,' Il n'y eut pas jusqu'à sa complexion faible dont on ne fit un motif d'exclusion. A ce sujet , le vénérable vieiUard qui gouvernait Téglise de Nazianze , s'expliqua d'abord par écrit , en ces termes : Est - il donc question d'mstituer un athlète et non un évê-

3ue ? Mais voyant peu après combien sa présence e venait nécessaire , malgré sa décrépitude et sa maladie, il quitta son lit pour se mettre en route , se fit porter jusqu'à Césarée , et s'estima heureux de sacrifier sa vie , s'il était nécessaire , pour une BÏ bonne oeuvre. Il eut la consolation de recueillir les fruits de son zèle. Basile fut élu , puis ordonné Jans toutes les formes canoniques.

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