‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 17 sur 50 · Tome IL N · texte numérisé non relu

Tome IL N

J94 Histoire

Il eut bientôt captivé jusqu'à ses envienx, ptus encore par sa modestie sincère et son détacUement de la (liunilé qu'on lui déférait malgré lui, que par l'éclat de ses émiiienles vertus , la beauté de son génie , et son talent incomparable pour le gou- ■verneraent , où Jamais personne ne sut mieux employer ce juste tempérament de douceur et de fermeléqui le rend également aimable et respectable. En passant à l'épiscopat , Basile renchérit encore sur tout ce qu'il avait fait d'excellent durant sousacerdoce. Il établit les observances les plus salutaires et les plus augustes dans son église, la prière commune et presque continuelle , la lecture assidue des pères , la méditation des divines écritures ; enfin le chant des pseaumes à deux cbœurs, dont l'usage s'est ensuite répandu dans toute l'église. II est néanmoins difficile de décider à qui l'on doit attribuer l'invention de cette psalmodie,

L'historien Socrate dit, que saint Ignace ayant entendu les anges célébrer alternativement les louanges de Dieu , institua cette manière de chanter dans son église dAntioche. Théodoret prétend au contraire, que ce furent deux prêtres d'Antiochc , Flavien et Théodore qui les premiers , en 35o seulement , y firent chanter les pseaumes de David à deux chœurs. Mais ils paraissent l'un et l'autre dans l'erreur ; et Théodoret se trompe eer- ' lainement , s'il veut donner généralement son époque pour le commencement de celte pieuse oIïservance parmi les fidèles. Nous lisons dans l'épitre fameuse de Pline à l'empereur Trajan , que da son temps les chrétiens de Bithynie avaient coutume de s'assembler en certains jours a vaut le lever du soleil, pour chanter alternalivemenl les louanges de . Dieu. Ce qui fait présumer que celte pratique immémoriale vient des apôtres mêmes, et quelesautrea. pasteurs ne furent en ceci qu'imitateurs ou restaura^ teursj d'autant mieux qu on la trouve établie parmi les thérapeutes de Philon , t|ue l'on croit avoirétiî lescllréliens les plusparfaits des temps apostoliques.-

DB l' Eglise* iq5

Basile ) aîmi que tous les pères de cet ordre visiblement suscités du ciel , ne borna point ses vues sublimes à ces fonctions particulières , ni à son seul diocèse : il les étendit avec succès à toute l'église.- Sensiblement affligé , dès son entrée à Fépiscopat, de la divison qui régnait en Orient , même entre quelques prélats orthodoxes, il crut devoir y intéresser les Occidentaux. Il en écrivit d'abord à saint Atbanase , qu il savait en grand crédit auprès d'eux. Je suis persuadé , lui dit-il , que la seule Toie de secourir efficacement nos églises, c'est le concours des pasteurs d'Occident. Que ne devonànous pas espérer , s'ils veulent employer pour nous ce qu ils ont montré de zèle chez eux , en quelques rencontres des plus délicates? Les puissances respec* teront l'autorité d'un si grand nombre d'é vêques unis ensemble , et les peuples se soumettront sans résistance. Envoyez donc aux Occidentaux des hommes puissans en doctrine et en parole , afin de leur bien exposer les maux qui nous accablent , et couronner par cette excellente oeuvre les combats infinis que vous avez soutenus pour la foi. Il l'exhorte à procurer par lui-même le calme et la paix à l'église d' Antioche , sans attendre les secours de FOccident^ qui* ne peuvent être que tardifs. Il lui représente le schisme de cette illustre église , d'où la lumière devait se répandre dans tout le Levant , comme le plus pressant de tous les maux.

Basile écrivit au grand patriarche d'Alexandrie une seconde lettre , où l'on trouve que l'un de nos historiens renommés n'a point saisi l'énergie ni la propriété de quelques expressions de l'original grec, sur lequel il paraît que sa traduction n'a pas été faite. Il nous a paru convenable , dit le saint docteur , d'écrire à l'évêque de Rome , pour l'engager à connaître de ce qui se passe ici , et à donner sa décision. \]lomme des bords éloignés qu'il habite , il est difficile d'envoyer assez promptement des députés en commun , et de l'avis d'un concile , il doit agir de sa propre autorité; et comiiaettredes hommes

Histoire , par un sage tempérament de douceur et dé iermeté , soient propres à réprimander et à corriger ceux d'entre nous qui ne suivent pas la voie droite : il faudra qu'ils apportent avec eux tout ce qu'on a fait pour infirmer depuis le concile de Rimini , ce qui avait été résolu par contrainte dans cette assemblée (i). Il est clair , par cette lettre , que le saint métropolitain de laCappadoce ne demandait

Sas de simples envoyés , mais des commissaires et es visiteurs en règle.

Si l'on admire comment un évêque , placé sur l'un des principaux sièges de l'Orient, rend hommage à la primauté du souverain pontife dans un point des plus délicats; on peut remarquer aussi que ce respect ne rempéclie pas de juger des premiers en matière de foi , et avec une pénétration admiiable concernant des objets encore peu éclaircis. il releva dans cette même lettre les erreurs de Marcel d'Ancyre , qui furent comme le germe de l'hérésie de Nestorius ; et il les trouva dès-lors dignes d'anathème. Jusqu'ici , dit-il en parlant desltalicns^ils ne cessent d'anathématiserAri us; mais on ne voit point qu'ils se plaignent de Marcel , dont l'impiété donne dans l'excès opposé à l'arianisme. Elle attaque la subsistance même du fils de Dieu , en. avançant qu'il n'était point avant que de sortir du Père, et qu'il ne subsiste plus après v être retourné : nous en avons la preuve dans les livres mêmes de Marcel. Toutefois les Occidentaux ne l'ont jamais censuré , quoiqu'ils eussent dû le faire pour leverle scandale qu'avait donné leur communication avec lui. Comme on a reproché à Marcel d'Ancyre d'être retourné à son vomissement , nous pouvons présumer qu'il s'agit ici de nouveaux écrits qu'il aura composes depuis sa justification' au concile de Sardique , ou de quelque aiitre démarche qui aura fait juger que cet évêque suspect depiu's si long-temps , u'avaitjamais procédé de bonne foi.

(i) Basil. Jiji. Sa.

rilÉÉrita

DE l' E G L I S HT, \QJ

Saint Basile n'avait pu apprendre exactement toutes les circonstances d'un événement qui s'était passé si loin de sa province, et qui ne fut^ au pis aller , qu'un ménagement de prudence , tel que le saint métropolitain de Cappadoce a cru .pouvoir en user lui-même vers le même temps, a l'égard des macédoniens. Entouré de ces novateurs qui ne voulaient pas confesser en termes exprès ^ue le Saint-Esprit est Dieu , il se contenta ,

Eour communiquer avec eux , qu'ils professassent i foi de Nicée , et déclarassent qu'ils ne croyaient pas le Saint-Esprit créature : ce qui était la même chose au fond, que d'en confesser la divinité qu'il De cessa point d'inculquer dans' ses entretiens particuliers , ni d'enseigner équivalemment dans ses discours publics. Les moines, qui avaient plus d'ardeur que de circonspection dans leur aele , l'accusèrent néanmoins de trahir sa foi , et relevèrent infiniment au-dessus de lui , Grégoire de IHazianze qui la, prêchait clairement dans les plus nombreux auditoires. Mais Grégoire justifiant avec une humilité généreuse la prudence de son ami ; je suis, dit-il, un particulier obscur et sans conséquence; je puis parler librement : Basile est illustre par les qualités éminentes de sa personne et par sa dignité ; il ne saurait dire un mot qui ne soit relevé , et souvent avec exagération. Il fait bien de ne pas lutter ouvertement contre Forage , au risque de le rendre plus violent; mais il ne doit

I>oint abandonner, et en effet il n'al3andonne point e navire. N'enseigne-t-il pas la même doctrine en d'autres paroles? La vérité réside plus dans le sens que dans les mots. Il est bon d'observer que T'église n'avait point consacré de termes particuliers à l'expression de sa foi sur cet article , et ne semblait encore exiger qu'une confession équivalente , pourvu qu'elle fût certaine et publique ; autrement c'eût été retomber dans régarement(Iesdemi-ariens , par rapport au terme de consubstantiel , et l'on eût trahi véritablement sa foi , en ne la confessant

È)int dans les termes marqués pour cela parTcglise.' asile eut ensuilelemalheurdese laisser suriirendre Sar rëvêqite hypocrite de Sébaste, cet Eustathe eraî-arien, converti en apparence, et qui a^ait Çrofessé la foi de Nicée à Rome , puis au concile de hyane. Exercé de longue main à la dissimulation , jl cachait une ambition dévorante , sous le masque L, de la verhi, de la simplicité mêmeetdela pauvreté, ■ -savait pa rfaileiD en t s'accommoder aux conjonctures , ■,«1 n'avait d'autre règle de sa foi, que celle de T-Î'întérêt ou de la faveur des puissances. Mais il : était mieux connu de son métropolitain, Théodote ' de Nicopolis, que de Basile : ce qui attira au saint docteur des desagrémens sensibles de la part de cet archevêque, liès-liabile sans doute dans l'art tie connaître les hommes, mais qui se prévalut étrangement de cet Mantage. Il alla jusqu'à fermei* à Basile la porte d'un concile assemblé à Nicopolis , et il refusa même de ))rier avec lui. Le saint recul; l'affront avec nne modération et une humilité qui ^v jie fait guère le partage de ceux qui trahissent les ^H jntérèts de l'église. Mais il songea en même temps, ^H que ce n'était pas là un genre d'humiliation , où ^^L unévêque, content du témoignage de sa conscience, ^^B pt\t rester dans le silence et l'inaction, lise mit ^^ft- en devoir de dissiper des ombrages, qui tombant ^^P sur la foi , ne pouvaient produire que du scandale. ^H II avait déjà iait signer une confession catholique ^H à Eustathe. Exigeant une sûreté nouvelle par ^»" rapport à la sincérité ou à la persévérance, il l'invita à un concile , convoque pour cela des évêques d'Arménie et de Cappadoce. Eustathe refusa d'y venir , sur des excuses frivoles qui ne i.laissèrent plus douter à Basile, que ceux qui f 1 avertissaient avec tant de cbateur de la mauvaise [ 6n de ce vieillard hypocrite , ne le connussent

en effet beaui

up

nieux que 1

I piiblian I contre le saint docteur une longue déclamation ..pleine d'invectives et de calomnies. 11 l'appelait

Homousîaste , pour lui faire injure ; îl raccusaît de l'avoir surpris , en lui faisant souscrire une profession de foi qui contenait la doctrine de la consubstantialité ; il lui reprochait sur-tout d'être «ni avec Thérésiarque Apollinaire. Basile méprisa des reproches si mal fondés. Durant trois années entières, il ne publia aucun écrit pour se justifier à cet égard , content de faire bien connaître , par quelques lettres adressées à des particuliers, l'éloi^ gnement où il était des erreurs d'Apollinaire. Ces reproches lui parurent d'autant plus méprisables, tque son union prétendue avec cet hérétique ne portait que sur une lettre écrite dix - sept ans auparavant, lorsque Basile et Apollinaire n^ étaient tous deux que laïques, et que celui-ci n'ayant encore d'autre célél3rité que celle d'un très-beau génie , se trouvait en relation avec les plus grands et les plus saints personnages de son temps. Enfin les ennemis de Basile abusant de sa réserve , et attribuant son silence à la faiblesse de sa cause , îl se prévalut , pour les confondre , de la démarche vraiment scandaleuse et notoirement impie qu'ils firent enfin , en se joignant aux ariens et à Démostliène , l'un des favoris de l'empereur Valens. Mais auparavant le saint évêque convainquit tout le monde de la pureté et de la fermeté de sa foi , par la confession la plus éclatante , en présence de ce prince.

Valens , toujours animé par ses ariens , continuait à parcourir les provinces , et portait de tous côtés les malignes influences de l'air contagieux qu'il respirait au milieu de ces impies. Il pervertissait quelques lâches entre les prêtres et les évêques; il condamnait, en bien pins grand nombre , les

Îjénéreux confesseurs à la perte de leur état , au Minnisseraent ^ aux iraitemens cruels de toutes les csj^ces. Ayant ainsi marqué sa trace de sang et de sacrilèges , à travers la plus grande étendue de TAsie- Mineure et de la Syrie, il menaçait la Cappadoce , dont Basile , aussi odieux que redou-

aOO ÎI I s T O I R fi

table an'S sectaires , avait été clu métropolitain J malgré tontes les tentativesde la cour pour traverser réiection. L'empereur envoya devant lui Modeste, préfet du prétoire', et son précurseur ordinairo dans ces exploits de limpiété. Il avait commission, ou d'obliger 1 nrclievêque de Césarée à coramuïiiquer avec les ariens , ou de le cbasser de la ville. Cet olficier , l'un de ces grands sans foi et sans

Îirincipes , arien sous Constance , idolâtre sous 'ulien , nécessaire à \alens dont il flattait l'aveuglement et facilitait les attentais sacrilèges, indépendamment de la faveur acquise parce malheureux talent, était naturellement superbe, impitoyable , cruel. C'était lui qui avait donné le barbare conseil de brûler en mer les quatre-vingts ecclésiastiques , députés de C, P. Il fit amener Basile au pied de son tribunal, qu'il avait eu soin de faire environner de ses licteurs, de crieurs, d'appariteurs ou huissiers , de tout l'appareil elTrayant de la tyrannie (i).

Aussitôt que le saint comparut , le préfet l'appelant sèchement par sOn nom ; Basile , lui dit-il (2), à quoi pensez-vous , de résister témérairement à ]a puissance impériale ? Quelle est donc ma témérité , dit le saint d'un air modeste , mais plein de noblesse ? Pourquoi , reprit le favori , n êlesvous pas de la religion de l'empereur ? C'est qu'un plus grand maître me le défend , répondit l'évêquc. Vos grandeurs et vos prééminences ne sont que pour le siècle: en fait dei'eligionetde communion, il est égal d'avoir la vôtre ou celle des gens qui ■vous obéissent, La foi seule , et non la condition , distingue les chrétiens. Hé quoi ! dit Modeste en se levant impatiemment de son siège, ne craignezvous pas les pn'ets de mon indignation et de ma puissance ? Qu'en tendez-vous par-là , dit Basile? Faites-les moi connaître ces eftels. Il ne s'agit pas moins, dit le préfet, que de la confiscation des

(ij Grcg. Nyss. in L'un. (2) Grpg. Naz. p. 349.

biens , de re:xil , des tortures , de la mort^ Faitesmoi d'autres menaces , si vous pouvez , reprit le «aint ëvéque : rien de tout cela n'est de nature à m'ëmouyoir. La confiscation , dites-vous ; mais qui ne possède rien , n'a rien à perdre , à moins que vous ne pensiez enrichir le fisc ; de ces méchans "vêtemens , ou d'un petit nombre de livres qui font tout mon trésor. L'exil : vous ne m'en ferez pas fiubir la peine , en m'enlevant à cette ville qui ne m'a pas vu naître ; mais par-tout également je / trouverai ma patrie , puisque tout appartient au père commun que nous avons dans le ciel. La rigueur même ou la durée des tourmens me concerne assez peu , puisque je n'ai qu'un souffle de vie que le premier effort m'arrachera ; et la mort qui me mettra tout d'un coup au terme dont la route m'est si pénible , sera pour moi le comble des bienfaits. Le préfet fit un étalage de rhéteur sur les avantages de la vie , et sur l'attachement extrême qu'on sent pour elle en chaque rencontre , malgré toutes les raisons de s'y déplaire. Ceux qui sont disposés comme vous le dites , reprit le saint evêque , sont bien différens de Basile. Pour moi , on ne peut me rendre un meilleur office , qu'en délivrant mon ame de cette masse languissante qui aggrave à chaque instant mes souffrances. Surpris d un héroïsme, si rare , d'une sagesse qui garda toujours le milieu entre l'orgueil et la bassesse , d'une égalité d'ame inaccessible à l'effroi , aux sombres soucis dans le sein du péril , le préfet s'écria que jamais personne ne lui avait parlé de la sorte. Vous n'avez donc jamais rencontre d'évêque, repartit Basile ; car à de pareilles menaces , uu vrai ministre de Jesus-Christ eût fait les mêmes réponses. En toute autre chose , nous nous faisons un devoir de nous montrer les plus trai tables des hommes. Nous évitons là hauteur et la fierté à l'égard des moindres particuliers , àri3ien plus forte raison avec les dépositaires de la souveraine puissance. Mais quand il s'agit de la cause de Dieu ^ le

filai ve étîncelant , les brasiers arjens , les tigres eO fureur , l'étalage des plus horribles supplices ne nouïi font aucune impression. Le préfet voyant les - Toies de rigueur si inutiles , en tenta de toutes dilfcrentes. Eh bien , lui dit-il , ne comptez-yous pour rien de voir feropereur au milieu de voire peuple , se ranger au nombre de vos ouailles : il ne faut pour cela qu'ôter du svmWle le mot de consubstantiel. C'est beaucoup de sauver un ame , dit le saint pasteur , et je compte sans doute pour un très-grand avantage de voir le souverain donner l'exemple au peuple ; mais pour quelque considération que ce pût être, je ne souifrirais pas qu'on transposât même un seul mot dans le symbole dicté par l'Esprit-Saint aux vrais successeurs des apôtres, qu'il a promis d'assister jusqu'à la consommation des siècles.

Le préfet calmé renvoya saint Basile , alla sur le champ retrouver l'empereur , et Kii dit : Nous gommes vaincus, seigneur, et je l'avoue sans bon Se. Cet évêque est au-dessus des menaces ; on n'en obtiendra pas davantage par ia voie des promesses. Yalens en voulut faire l'essai par lui-même : il vînt à l'église le jour de la fête des rois , pour faire communiquer le saint évêque , dans cette solennité , avec les ariens qui suivaient la cour. Mais quand ilentendi t le cbant majestueux des pseaumes; quand il vit le bel ordre et la modestie d'un peuple immense, qui paraissait bien mieux use assemblée de pieux solitaires ; quand sur-tout il aperçut la

{)ompe toute céleste du culte et des cérémonies; es minisires sacrés plus semblables à des anges qu'à des mortels ; l'évêque , tel que le sncriîicateur éternel qu'il représentait , immobile devant l'autel , et aussi recueilli que si tout eût été dans )e calme , le prince demeura immobile lui-même , et comme glacé d'une religieuse horreur. Maiss'étantunpeu remis de ce saisissement , et voulant présenter son offrande, aucun des ministres ne vint pouf" la receoir, parce qu'on ne savait si révcque le trouverait

))on. Alors agite d'un soudain tremblement, et ses genoux chancelant sous lui , Valens serai t tombé y si l'un des prêtres , qui s'aperçut de sa faiblesse , ne l'eût soutenu. Le sage pasteur, honorant la suprême puissance dans un prince quoique hérétique 5 ne lui refusa point cette communion imparfaite qui consistait à offrir les dons ordinaires , ainsi qu'à priet: avec les fidèles ; mais il ne l'admit point à la participation de leucharistie.

Cependant l'empereur ne conçut que du respect

5our ce digne évêque^ et voulut l'entendre parler e la religion. La conférence se tint au dedans du ■voile qui séparait le choeur de la nef, assez près de l'autel , où se plaçaient les empereurs ^ suivant l'usage des églises orientales. Saint Grégoire de Nazianze , qui se trouvait présent , dit que Basile parla comme eût fait un ange de Dieu , et que le prince en parut extrêmement touché (i). Un de ses maîtres d'hôtel , nommé Démosthène , se mêla dans l'entretien , et commit un solécisme en voulant faire un reproche à l'évêque. Basile le regarda en^ouriant, était ces deux mots : un Démosthène ignorant ! Le maître d'hôtel reçut mal la plaisanterie , et s'emporta en menaces. Mais sans s'émouvoir davantage ; songez , lui dit l'évêque , à bien faire servir votre table , et bornez-vous à ce qui est de votre ressort. Ainsi finit la conférence , toute à l'avantage du saint docteur , et sans indisposer l'empereur qui , loin de lui faire aucune peine , lui donna des terres pour fonder un hôpital à Césarée.

Mais les ariens qui obsédaient lé prince , s'emparèrent une seconde fois de son esprit, et l'engagèrent à exiler Basile ^ s'il s'obstinait à ne pas communiquer avec eux. L'impératrice Dominica se montrait des plus ardentes à solliciter contre lui ; et l'on crut l'exécution si certaine , que déjà la voiture était attelée , le saint entoure de ses

(i) Tbéod. IV , 19,

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amis en larmes , et tout prût à partir. A l'instant le fils de Valens et de Dominica , encore enfant , fut atteint d'une fièvre violente qui le mit eu quelques heures à rextrémite'. Le mal était tel, «ne les médecins n'y voyaient aucun remède. La princesse ne douta point que ce ne fût une punilion divine, et communitjua ses alarmes à l'empereur. On fit prier le saint évêque de venir promptement. Dès qu'il eut mis le pied dans le palais , la fièvre se ralentit , et il promit une guérison parfaite , pourvu qu'on lui laissât instruire le jeune prince dans la foi catholique. La condition fut acceptée ; lévêque se mit en prières , et l'enfant guérit sur le champ (i). Mais \alens se rappelant ensuite le serment impie qu'il avaitfait à son baptême , ei;.tre les mains d Eudoie, d'adhérer de coeur et d effet à la doctrine des ariens, il fit haptiser par ces hérétiques cet innocent ia-' fortuné , qui retomha dans sa maladie , et m.QUrut peu de temps après.

Loin d'adorer la main qui le frappait , cet aveu- ■ gle prince s'ahandouna aux conseils des impies^ et ■ voulut une seconde fois exiler Basile : la Sentence fut même dressée ; mais quand l'empereur se mit en devoir de la signer , il lui prit un tremhlement convulsif, et la plume se hrisa dans sa main. Trois fois il entreprit de signer, et trois fois la plume se rompit. Alors toutes ses préventions cé-

dant à la crainte et à une secrète horreur qu'il ne putcacher plus long-temps, it déchira le papier, révoqua l'ordre , et laissa pour toujours le saint en paix ; de sorte que dans cette persécution générale des prélats orthodoxes de l'Orient , par une protection visible du ciel sur les deux plus illustres oéfenseurs de l'église , il n'y eut que Basile et Âthanase qui demeurèrent en repos du côté des ariens. Le préfetModeste prit encore de meilleures dispositions queson maître. Dans une maladie qui

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lui survînt peu après la tentative de Cesarée ^ il fit prier l'évêque de le venir trouver , et il lui demanda le secours dès ses prières avec une humilité religieuse. Il fut en effet guéri , et ne cessa de publier qu'il devait sa guérison à Basile. Dès-lors commença entre lui et le saint prélat une liaisou assez particulière pour qu'ils s'écrivissent fréquemment. Modeste, flatte de ses rapports avec ce grand homme , avait beaucoup d'égard à ses re-> commandations : Basile sanctifiait par l'exercice de la charité , des relations qui lui eussent peu cou- Tenu sans ces vues supérieures.

Quelque temps après que l'empereur fut parti deCappàdoce , Eusebe , oncle de l'impératrice et gouverneur de la province , suscita un nouveau genre de persécution au saint archevêque, avec toute la hauteur et tout l'acharnement d'un tyran subalterne qui s'assurait d'être soutenu. Quoique dévoué aux ariens , il n'agissait pas par zèle pour l'hérésie ; mais par un motif , sinon plus crimî- Bel , au moins plus honteux. Un de ses officiel^ , devenu éperdument amoureux d'une veuve de

Jualité , la voulait épouser malgré elle. Cette ame , poussée iln jour à l'extrémité , se réfugia dans l'église , au pied du saint autel. Le magistrat, pour faire sa cour, voulut forcer cet asile , si convenable à la nature de l'oppression , et Basile ne manqua point de prendre la défense de la pudeur en péril. Il s'opposa aux gardes envoyés pour enlever la chaste veuve , et lui procura les moyens de s'enfuir. Le gouverneur cita le saint à son tribunal , en vint du premier abord aux voies de fait les plus indignes , ordonna de le dépouiller et de lui déchirer les flancs avec les ongles de fer. Le saint archevêque lui dit sans la moindre émotion , et même avec quelque chose de plus que l'indifférence : Vous me rendrez un grand service , si vous arrachez de mon sein le méchant soufflet qui me suffoque ; voulant parler , ou de la faiblesse de ses poumons^ ou d'un asthme dont il était fort

tourmenté. Mais le peuple informé de l'excès ré-^' .■voltant où l'on s'emportait contre son pasteur, entra en tumulte , hommes , femmes , enfans , armés Je tout ce qu'ils purent trouver. La maison' du gouverneur allait être forcée , et c'en était fait de sa personne , si Basile ne se fût rendu son n;édiateur. Eusèbe , si arrogant et si dur un moraentauparavant, tomba pâle et tremblant aux genoux <ie son prisonnier. Il n'avait pas besoin de supplications. Délivré des bourreaux non moins effVajés 3 ne le gouverneur , le bon pasteur alla au-devant e la foule; et sa vue seule suspendant la furetirde la sédition , il n'eut rien de plus pressé que, d'assurer la vie au plus brutal des persécuteurs.

Bientôt encore il arriva , dans l'ordre civil, uuchangement qui donna beaucoup d'exercice à la

Eatience et à la modération du zélé métropolitain, la province de Cappadoce fut divisée en iletix , et Thyane devint la capitale de la seconde. L'évêquo Anthime prétendit que l'ordre civil emportait lec-' clésiastique , et (pie lui-même devenait , sans nulle autre disposition, métropolitain de la seconde Cappadoce. Plus versé qu'Anthime dans la sainte antiquité et les usages religieux, Basile s'y opposa, au moins jusqu'à une ratification ou approuation canonique; et pour confirmer son droit par la possession eifective et non interrompue , il créa aussitôt de nouveaux évêc[ues. Aucun ne pouvait faire plus d'honneur à son choix , que son pieux et savant ami Grégoire, fils du vieil évèque de Nazianze. 11 le mit à Sazimes , endroit peu considérable 5 et désagréable par sa situation. Mais il y fallaitun homme de mérite etallidé , comme étant placé aux confins des deux nouvelles provinces. Grégoire, comme tous les grands hommes de ces temps exemplaires , ne voulait point être évêque. Mais enfin il céda aux instances d'un ami si cher , et de son> propre père qui vint à fappiii avec d'autant plus de chaleur, qu'il comptait par-là fixer son fils dans son voisinage. Ce fut en ellet

ficultë , il reprit la 'vie privée et solitaire ; et il revint enfin a Nazianze assister son père , que se» incommodités et sa décrépitude mettaient hor* d'état de remplir ses fonctions par lui-même.

Le bon vieillard ne trouvait plus de consolatloii que dans ce digne fils , et dans les différens exer-.. ciceè de la piété, sur-tout dans la célébration da saint sacrifice , dont on observe qu'il s'acquittait dans sa chambre quand il était malade : preuve bien marquée de l'usage ancien des messes basses et privées. Tout cependant se trouvait en ordre parmi son troupeau ; et la plus parfaite întelli-

Sence était rétablie entre les ouailles et le pasteur, epuis que son fils l'avait réconcilié avec le^ moines, séparés autrefois de sa communion, lors-i qu^il avait signé la formule de Rimini. Car l'évêque titulaire de Nazianze avait imprimé cette ta-* cbe à sa vieillesse ; mais par simplicité seulement ^ et sans avoir jamais rien cru de contraire à la foi de Nicée. Il en fit une rétractation éclatante , et demanda publiquement pardon de cette sorte de scandale , à la persuasion du coadjuteur son fils. Grégoire , dit le vieux ou l'ancien^ mourut saintement peu de temps après , à l'âge d'environ cent ans, dont quarante-cinq d'épiscopat. Le jeune Grégoire fit l'oraison funèbre avec autant de sublimité sans doute et de mouvemens pathétiques , que celle de tant d'autres personn^es qui ne lui étaient pas si chers. Il prit ensuite le soin de l'évêché de Nazianze ; mais pour un temps seulement^ et sans jamais vouloir en accepter le titre.

Les autres églises étaient beaucoup plus agitées que celles de Cappadoce. On tourmenta sur-tout les catholiques d'Antioche , toujours courageusement déclarés contre l'évêque arien Euzoïus. Le saint évêque Mélèce fut exilé pour la troisième fois. U se retira dans l'Arménie ^ sa patrie , . et

liabita une terre qui lui appartenait sur les eon-î iins de la Cappadoce ; ce qui occasiona des relatioiis fréquentes entre lui et le saint évêque de Césaree , <^ii nechercliait de son côté qu'à se lier avec tous les grands hommes qui éclairaient l'église. Tels étaient principalement Eusèbe de Samosathes , Amphiloque a Icône , Epiphane , métropolitaia de Chypre; et aux extrémités de l'Italie, Ambroisa élevé depuis peu , de la manière que nous dirons bientôt , sur la chaire de la ville régnante d'Occident , comme on s'exprimait alors , c'esl-à-tli re ,' de Milan où résidait la cour. Basile entretenait^

far ses lettres et par mille autres attentions» amitié de tous ces illustres pasteurs , et plus ea^ core leurs excellentes dispositions à l'égard du troupeau de Jesus-Christ.

Il écrivit même aux évêques d'Italie , en général ^ car il est beaucoup plus vraisemblable, que la lettre adressée, selrfn certains critiques, aux évêques du Pont , le fut aux Italiens et au souverain pon-. tife (i). Saint Basile suppose ces prélats au delà des mers : ce qui ne peut designer la province du Pont, située dans le même continent d'Asie que la Cappadoce. Il les suppose de plus à l'abri de la persécution , qui n'était autre que celle des ariens, également puissans dans toute l'étendue des étals de païens , et il se soumet à leur correction. Ce qu'il iijoute sur les fonctions de la tète dans le corps mystique de l'église universelle , et qu'il attribua à ces prélats, ou à leur chef propre, forme une preuve encorg plus forte , et peu diflerente de 1% démonstration. Cette lettre, pour ce qui est du fond des choses , et à l'exception de quelques tev4 mes arrachés à la douleur par le malbeu r des temps , ne paraîtra pas moins dictée par Thumilité que par la charité , puisqu'il est encore plus édiliant de se soumettre à la correction de ses supérieurs légitimes , que de marquer de la déférence à ses égaux ;

(i) Basil. ii/>. 5;.

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«âr-lotit en matière de foi et de doctrine , où cea hommages arbitraires ne sont que des abus, quand ils prennent la place de la soumission légitime. Il s'agissait dans cette justification du saint docteur ,i de ses anciennes liaisons avec Eustathe de Se'baste^i et des sentimens ariens ou semi-ariens de ce vieillard artificieux , encore imputés à Basile par ceux qui n'étaient pas à portée de le bien conna'ître.

Use plaignit, en plusieurs autres occasions, des Occidentaux et du pape même , principalement au sujet des saints évêques d'Antioche et de Samosà-thés: il alla jusqu'à reprocher aux Italiens une igno-' rance ou une inconsidération qui affermissait 1 hé-* résie. Ces expressions , trop dures sans doute , mai» iragues et peu conformes à mille endroits où il s'^exprime avec autant de respect que de précision ^ ne sauraient faire injurç à la foi de l'église romaine,'

Ju'il exalte en toute rencontre. Il veut simplement irej que les préventions des Occidentaux contre les défenseurs de la foi catholique , les saints Eusèbe pt Mélèce , donnaient un grand avantage aux: hérétiques. L'ignorance dont il accuse les prélats d'Occident, n'est que l'ignorance de faits purement historiques , ou de ce qui se passait au fond de TAsie. Quant à l'autorité suprême du saint siège ^] et à la nécessité d'y recourir de toutes les parties du inonde , saint Basile la marque assez dans ses let^ tre^ , sur-tout dans celles qui s'adressent à saint Athanase.

Eusèbe de Samosathes avait un zèle qui le rendait souverainement odieux aux ariens. Des extrémités de la Syrie, où son siège était situé au bord de FEuphrate, il parcourait sans cesse toute cette grande province^ ainsi que la Phénîcie et la Palestine, pour subvenir aux besoins pressans d'une quantité d'églises privées de leurs pasteurs légitimes. Afin de n'être pas reconnu parles hérétiques, il se déguisait en soldat , ou portait une tiare sur la tête , à la façon des Perses. Il établissait des prêtres et des diacres catholiques , et même des évêques^ Tome JL Q

lorsqu'il se rencontrait avec d'autres évêques ortïiodoxes; soit qu'il fût muni pour cela du pouvoir ordinaire; soit qu'il aj-U au nom des principaux prélats à qui, en qualité de cora provinciaux ou de voisins des lieux privés de pasteurs, il appar-tenait d'y en instituer au besoin ; soit enfin qu'on n'entende par ces ordinations que celles qu'irprocurait par sa sollicitude et ses démarches. En tout cas, il faiit imaginer dans un évêque qui vécut toujours sainlement et mourut martyr , des raisons qfii ne renversent pas la hiérarchie, et toutes diirérentes de celles qu'on lui a inconsidérément et très-gratuitement attribuées, en le supposant capable de partir de |a seule autorité que lui donnaient son âge , sa vertu , et ce qu'il avait souffert pour la foi. ^

On l'avait arraché à la vie solitaire , à cause de ees rares vertus; et il en continua les pratiques durant les quarante-huit ans que dura son épiscopat. Mais son humeur n'en était, ni moins douce, ni moins alFable. Sa porte était continuellepent ouverte à quiconquelui voulait parler, soit pendant ses repas , soit pendant la nuit, et sans qu'on dût craindre d'interrompre son sommeil. La faction des ariens , furieuse de tout le bien qu'il faisait en Syrie , le fit reléguer jusqu'au pays du Danube, Le porteur de cette condamnation arriva sur le soir à Samosatlies. Le charitable pasteur sachant combien il était cher à ses ouailles , dit a cet émissaire de la secte : (iardez-vous bien de publier le sujet de votre voyage ; car si le peuple venait à l'apprendre, il vous jetterait dans TEuphrate. Il partit lui-même fort secrètement pour son exil , avec un seul domestique, n'emportant pour tout meuble qu'un oreiller et un livre; et d'abord il se rendit par eau à la ville de Zeugma , située plu» has sur le fleuve , à vingt-quatre lieues de distance. Les citoyens apprirent cependant , du porteur • même, l'ordre de l'empereur. Le fleuve en un moment fut couvert de barques , et ils eurent bieuLùt

bfe l' È G t i $ èi !Zîl!i

iSéjoint leut* père , qu'ils conjurèrent , en se lamentant et en 1 arrosant de leurs pleurs , de ne point les abandonner à la fureur des loups qui allaient ravager son troupeau. Pour réponse , il leur lut le passage du docteur* des nations , qui ordonné d'ooéir aux puissances ; et il les consola de son mieux , eh lés exhortant à tenir ferme dans la doctrine des apôtres et des saints conciles.

En allant au terme de son bannissement, Eusèbé passa par la Cappadocè, où nous ne voyons pas qu il ait eu la lifaerté de s'entretenir de vive voix feivec son ami Basile. Mais ils s'écrivît'ent souvent

Sendant cet exil , et l'évêque de Césarée se chargea e faire tenir. au saint confesseur les lettrés qui lui venaient de son église* Il écrivit même au conseil public de Samosathes , pour consoler et encourager une ville à laquelle il rend ce glorieux témoignage y qu'aucune autre en Syrie ne s'était signalée dand cette persécvition par tant de constance. *

Nous avons encore une de ses lettres à l'égliscî d'Evaise (i). En montrant , avec une infinité aautres , l'activité de son zèle , elle achève de détruire! Tobjection qu'on voudrait tirer des funestes progrès delatianîsme ^ contré* la visibilité perpétuelle dé l'église cathodique : témoignage confirmât! f de ce qu'on a déjà entendu affirmer par saint Athaliase , touchant la pureté de l'enseignement dans le très * grand nombre des églises. Mettant la doctrine de Nicée en recommanaation , par l'éclat et l'universalité de sa profession ; coilsidérez , dit Sasile^ toute l'étendue du monde chrétien , et voyez combien en est petite cette partie malade^ Tout le reste puis une extrémité

saine et incorruptible^ Qu'on fasse attention qu' s'exprimait ainsi sous la tyrannie de Valens , et lorsque l'arianisme triomphait autant que jamais en Urient.

(i) Epist. ad Evas, ; Ep. ad Neocc&s. 76.

Histoire C'est ainsi que le saint archevêque deCe'saréeso dévouait au service de tous les fidèles, nonohstanC ses fréquentes et fortes maladies, et dans le temps même où consumé d'austérités et de fatigues il n'attendait qu'une mort prochaine. Saint Amplxiloque , évèque d'Icône , lui écrivit touchant la pro- Tince d'isaurie, contiguë à la Lycaonie, et qui n'avait pour lors aucun évèque , au lieu qu'auparavant on y en comptait un grand nombre. Le meilleur sans doute, lui répondit le sage docteur, ce serait de partager le soin pastoral de cette pro- L- vince entre plusieurs prélats. Mais parce qu'il n'est pas facile d'en trouver de dignes, il faut prendre garde qu'en voulant le mieux nous ne manquions le bien ; qu'en multipliant les ministres nous n'avilissions le saint ministère , et que nous n'altérions le respect des peuples à qui l'on donnerait des sujets mal éprouvés. Peut-être même vaut-il mieux. ,que nous nous contentions d'établir dans la capitale un homme sûr, qui soit chargé du gouvernement de tout le reste, et qui prenne des ouvrière pour l'aider , s'il trouve le travail au-dessus de ses forces. Mais s'il n'est pas facile de trouver un tel évèque , travaillons premièrement à en donner aux petites villes et aux bourgades qui en ont eu anciennement, avant que d'en mettre un dans la capitale; de peur tme celui-ci ne nous embarrasse

5ar la suite, en refusant d'approuver l'ordination, es autres. Quelque temps après , il écrivit encore à saint Amphiloque , d'envoyer en Ljcie un homme de confiance , pour reconnaître cens qui conservaient la foi orthodoxe; parce que 1 erreur dt-s macédoniens touchant le Saint-Esprit dominait

Sarmi les Asiatiques, c'est-à-dire dans celte partie e r Asie-Mineure qu'on appelait proprement diocèse d'Asie , et dont Ephése était la capitale. Ici le ïélé docteur descend , pour les choses et les personnes , dans un détail qui montre à quel point ■il s'intéressait au bon étatde toutes les parties de la jnaison de Dieu.

DE l' E G I. I S E. ai^

IjC saint évêqne d'Icône , Ampliiloque , avait contracté avec les deux illustres amis Basile et Orëfioire , cette tendre et solide amitié qui est fondée sur la conformité des inclinations , des habitudes et des qualités même indifférentes. Il était né comme eux «n Cappadoce , et comme eux d'une extraction noble, ci'une science profonde, d'une grande éloquence , d'une vertu éminente et fortifiée par un long usage de la vie solitaire. Il avait toujours entretenu d'étroites liaisons avecGrégoire. Mais depuis que Basile avait été fait évêque , Amphiloque, qui ne le fut qu'après lui , évita sa rencontre , de peur qu'il ne l'engageât dans les saints ordres dont il se croyait fort indigne-: précaution que sdii rare mérite et l'estime publique rendirent insuffisante. La providence l'ayant conduit en Pisidie , il fut élu , malgré toute sa résistance , pour le siège archiépiscopal de la ville d'Icône , érigée dépuis peu en métropole de Id* seconde Pisidie , ou de la Lycaohie. Basile lui écrivit sur son ordination , pour le consoler , l'encourager et l'inviter à le venir voir. Amphiloque y alla en effet. Suivant la coutume qu'on observait à l'égard dès évêques étrangers , on l'engagea à prêcher devant les habitansde Césarée, qu'il ravit d'admiration : suffrages d'autant plus honorables , que le goût de ce grand auditoire accoutumé à la haute éloquence de son- propre pasteur , en était plus jsûr et plus épuré. Amphiloque se proposa dès-lors Basile pour modèle et pour guide dans l'accomplissement de tous les devoirs de l'épiscopat. Il ne le consulta pas seulement sur les profondeurs spéculatives de l'Etre divin 5 afin de confondre les sophistes hérétiques ; mais sur la science pratique des mœurs et de la discipline.

Ce fut pour le satisfaire en ce dernier chef, que le saint docteur écrivit ces trois épîtres canoniques qui sont si justement vantées dans l'antiquité. Llles contiennent quatre-vingt-cinq canonsdediscipline, eu réponse a autant de questiojis proposées par

3if Histoire

l'évèque d'Icône , principalemenl sur la pénitence publique. Rien de plus propre , soit à faire proportionner , autant qu'il est possible , la peine aa pécbé , soit du moins à inspirer une Iiorreur convenable de certains crimes. 11 s'y agit princi-

Salement de Tbomicide , et des fautes commises ans le mariage. Uliomicide volontaire, sous lequel sont compris l'empoisonnement et les maléfices de la magie, est soumis à vingt ans de pénitence. Le lenitent devait être quatre ans humilie , à la porte le l'église, pendantles offices, sans pou voir y entrer: cinq ans entre les auditeurs , c'est-à-dire , admis a l'instruction et non aux prières; sept ans pTVSiei'}t(^ pendant .les prières ; quatre ans consistant , ou

En-iaut debout. Tels étaient les quatre degrés de a pénitence publique, qui ont subsisté uniformément dans l'église pendant fort long -temps, pour rbomicide involontaire, c'est-à-dire, qui n'a pas été eommis de propos délibéré, mais ou il est entré de rinconsidcration et de la négligence, la pénitence est de dix ans.

Celle de l'adultère est de quinze pour les hommes. Si linfidélité tombe surla femme, son mari la doit quitter ; mais l'épouse ne peut quitter l'épous iufidèle. Dans le premier cas , c'est-^-dire , quand le mari a quitlé sa femme pour cause d'adullère , on lui permet de se remarier du vivant de cette première épouse , et tel est encore l'usage de féglise orientale. L'église d'Occident a toujours observé une discipline plus évangèlique et plus exacte , suivant laquelle la mort seule peut dissoudre le mariage. Elle tolère néanmoins l'usage des Orientaux , avec qui elle n a pointvoidu rompre pour ce sujet. Les conjonctions incestueuses sont soumises aux mêmes peines que l'adultère. Saint lîasile compte, comme nous, pour jnceste , d'épouser deux sœurs l'une après l'autre : la coutume, qui a force de loi , dit-il , est de séparer ceux qui auraient contracté une pareille union , et de ne pas Jes i-ecevoir sans celi* dans l'égUst. Ici l'oii voit

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f ancienneté de la puissance ecclésiastique , par rapport à la validité des mariages. Dans ce qui est encore dit de la nullité des mariages des personnes qui sont sous la puissance d'autrui , telles que les esclaves et les ènians de famille , quelques docteurs croient voir un principe qui autorise notre jurisprudence dans sa conduite envers les mineurs qui se marient sans consentement des parens. Mais elle ne se fonde que sur le rapt de séauction , facile à présumer dans des conjonctions où la passion l'emporte sur tous les intérêts les plus forts et les plus raisonnables.

Pour les péchés contre nature , les peines sont les mêmes que pour Tadultère. Quant à la simple fornication , la pénitence est de quatre ans. Pour les secondes noces 9 il y avait une espèce de pénitence qui variait selon les églises : mais*c'était plutôt une humiliation qu^une expiation%proprement dite ; si ce n'est pour les quatrièmes noces et au delà y que quelques-uns regardaientfebmme la polygamie , et traitaient de conjonction' brutale , indigne du genre humain. Les ecclésiastiques qui oubliaient la

Î)ureté sacrée de leur état , étaient privés de leurs onctions , et réduits au rang des laïques , sans autre Fénilence. C'était la règle, ancienne et fondée sur équité , qui défend de punir deux fois la même faute ; la déposition étant une peiné très-grande et perpétuelle de sa nature ; au lieu que les laïques rentraient dans tous leurs droits, après l'accomplissement de leurs pénitences. Pour les vierges tomnées depuis leur pro&ssion , l'ancien usage permettait de les recevoir au bout d'un an , comme les bigames : mais saint Basile est d'avis qu'on use à l'avenir d'une plus grande rigueur , et qu'on les traite comme les adultères. Il paraît que cette ancienne indulgence , à l'égard des vierges consacrées , ne provenait qile de la diflficulté où l'on avait été dans les commencemens du christianisme , de faire goûter une vertu angélique aux païennes converties. Uégljse , ayant -pri^ toute sa consistance, et la virginité se

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trouvant en honneur, on crutdevoîrpIutAt resserrer la discipline en ce point , que la relâcher. Cependant pour que cette sévérité ait lieu , le saint docteur veut que les vierges ajentfait profession de leur plein gré , sans impulsion de parens, et en âge mûr, c'esl-à-dire , à seize ou dix-sept ans accomplis : ce qui montre l'antiquité des règles suivies par le saint concile de Trente , touchant Tâge de la consécrationdes vierges. Les moines ne faisantpotntencorc de profession expresse de continence, saint Basile est davis qu'on la leur fasse faire, et que s'ils la ■Wiolent , ils subissent la pénitence des fornicateurs.

Les parjures , s'ils ont commis le crime de leur propre mouvement , sont soumis à dix ans de pénitence ; et à six j si c'est par une es}»èce de contrainte qu'ils ont violé leur serment. On décide qu'un vœu ridicHle , comme de s'ahstenir de la chair de porc , n'ohlige point ; à plus forte raison^ le vœu ou le serment de mal faire ; par exemple, de punir trop sévèrement ses esclaves : promesse, ajoute-t-on , qui avant l-exécution est déjà un péché digpe de pénitence. Pour ceux qui juraient de ne point se laisser ordonner prêtres ou évêques, on ne veut point qu'on les y force contre leur serment, à moins qu'og n'en attende pour l'église Tin avantage qui faise présumer que le vœu n'avait pas eu pour objet le plus grand bien. La raison que ion rend de ce procédé, c'est que 1 expérience enseigne que ces sortes d'ordinations réussissent £ort mal.

Si [jour le larcin le. coupable s'accuse lui-même, 'il sera privé de la communion pendant un an ; et pendant deux , s'il est convaincu d'ailleurs. L'aposlat qui a renoncé Jesus-Christ , sera toute sa "rie dans l'état des pleurons; mais à la mort, on lui donnera la communion, en prenant confiance dans la miséricortle divine. En général , on periitet d abréger la pénitence , quand l^pécheur s'attaciie à l'accomplir avec une grande ferveur. TbIs sont les principaux articles qu'il convenait de remar-

mier dans les ëpîtres de saintBasile à samt Amphiloque. Dans quelques autres de ses lettres , on voit Fusage des censures en général , tel qu'il est em-

Sloyë de nos jours. On y trouve aussi la défense 'avoir commerce avec un excommunié dénonce

ersonnellement , même pour les choses ordinaires

e la vie.

Nous avons encore , dans la lettre de ce père à Césarie , un monument trop précieux de tradition et de discipline , pour être passé sous silence. Il concerne l'usage de la sainte communion , et de la pratique si justement maintenue contre les sacramentaires, de réserver le corps de Jésus -Christ , et par conséquent de lui rendre d'une manière habituelle et permanente lé culte suprême qui lui est dû- Il est utile , écrivait le saint docteur , de communier, tous les jours , pour participer au corps et au sang de Jesus-Christ ; quoique notre coutume né soit que de communier quatre, fois la semaine y le dimanche, le mercredi , le vendredi et le samedi, outre les jours , quels cru' ils soient , où tombe la fête de auelque martvr. Due dans le temps de la persécution , poursuit-il , on soit oblige de se communier de sa propre main , faute de prêtre en de ministre , il est assez inutile de le prouver; puisque ce principe se trouve établi par une pratique ancienne et constante. On sait que tous les solitaires , au fond de leurs déserts où il n'y a point de prêtres , gardent la communion cjhez eux, et se communient eux-mêmes. A Alexandrie et dans le reste de l'Egypte , la plupart des laïques gardent aussi la communion dans leurs logis. Or le prêtre ayant une fois célébré le sacrifice et distribue l'hostie , le fidèle qni l'a reçue toute à la fois -, et qui s'en communie ensuite de sa propre main à plusieurs reprises , doit croire qu'il communie de la main du prêtre qui la lui a remise ; puisque dans le temple même , où le ministre donne la particule , le fidèle qui la reçoit dans sa propre main, la tient .en son pouvoir avant de la porter à sa

bouche. C'est donc la même chose , de recevoir du piètre une ou plusieurs particules à la fois. Telle élait alors la pratique de la communion : le prêtre mettait Teucharislie dans la maia du communiant, qui la portait lui-même à sa' Louche.

Il y a sans doute une grande matière d'édification dans les canons de saint Basile , ainsi que dans la sévérité de l'ancienne discipline en général. Toujours on en appellera avec raison aux saintes ma-f ïiraes que la tiédeur et le relâchement n'ont mi*" hors d'usage, (ni' en fai^tant gémir l'église. Pour tempérer sa douleur,pour seconder les vœux qu'elle exprime en toute rencontre , les ministres de la' pénitence doivent s'instruire des anciens canons, en saisir l'esprit et s'y conformer dans la pratique,' autant c£ue les circonstances le permettent. Maîtf *, comme l'épouse de Jésus -Christ ne juge pas né-*-"^ cessaire ou convenable à son état présent de réta^ ' blir toutes ces anciennes observances, ce serais ' accuser sa sagesse ou sa fermeté , que de l'entre-' ' prendre sans son aveu ; ce serait lui reprocher sa décrépitude , sous prétexte de ramener ses beaux jours. Ce serait une témérité bien plus grande encore , d'opposer à ce qu'elle a juge digne de remplacer des lois mal observées et à la discipline reçue généralement aujourd'hui , les canDns de» anciens conciles , ou du moins ceux de quelque» églises )>articulières, quoique justement vantésdanff l'antiquité. On ne saurait disconvenir , que ceuv mêmes de saint Basile ne soient défectueux en

Suelques articles. Ils n'ordonnent pas seulement e réitérer le baptême des hérétiques qui altèrent la forme de ce sacrement, mais celui des encratite» qui baptisent au nom du Père , du Fils et du Saint-' Esprit; parce qu'ils croient avec les marcionites e t d'au très sectaires, que Dieu est l'auteur du mal (i).- Les canons des Orientaux sur la dissolution da

DE l' E « 1. I S E. ai^

mariage pour cause d'adultère , ne sont pas plus conformes anix principes évangéliques.

La discipline orientale ne mérite donc pas d'être si fort relevée par-dessus celle des Occidentaux , anciens ou modernes. Quoique celle d'aujourd'hui soit moins sévère ; quoiqu'elle s'accommode aux . moeurs^ et si l'on veut , aux faiblesses de notre âge ; on doit au moins reconnaître qu'elle est jiette et précise , uniforme et fixe , sagement rédigée , et par-tout exactement conforma à l'évangile. Dans la discipline du saint concile de Trente , dans celle de saint Charles-Borromée , et d'une multitude de conciles particulier^ , ténus dans les diverses églises en conséquence de ces décrets œcuméniques et di- 'vîns ,.ne retrouve-t-on pas tout ce que fantiquité a de plus pur en fait de morale , ,de canons es* sentiellement évangéliques , de règlemens nécessaires pour atteindre à la sainteté , à toute la per* fection de la piété chrétienne ; et peut-on formcF ici d'autre plainte raisonnable , que sur l'inobser* vation ?

Pour en revenir à saint Basile , il écrivit encore ipon livre du Saint-Esprit , à la prière de saint Aiuphiloque» Le pieux évêque d'Icône, beaucoup

})lus jeune que celui de Césarée , et pénétré pour ui d un respect bien éloigné de tout soupçon désa-» vantageux , l'avertit néanmoins que ses adver-' saires aileclaient de marquer de l'inquiétude , au sujet des variations employées par l'église de Cappadoce dans la célébration de la doxologie^ c'està-dire , de la formule de bénédiction en l'honneur de l'adorable Trinité. Au lieu de dire invariable-» ment et uniformément : Gloire au Père , au Fils et au Saint-Esprit; Basile, en priant avec son peuple , tantôt disait : Gloire au Père, avec le Fils, çt avec le Saint-Esprit , et tantôt : Gloire au Père , par le Fils , dans le Saint-Esprit. Outre que rien ne paraissait léger à ces anciens et religieux dépositaires de la tradition , Araphiloque savait encore ^ue l'bçrétiaue. Aëtius -prclendait établir la dis-

Sao K r S If o r R «■

semblance cles personnes divines , par mi passage «le saint Paul , qui en les nommant faisait usage uc ces différentes formules.

Basile rejette le sens impie de ce dialecticien hé-* rétique , dont l'impiélé cependant, ajoute-t-il,ne peut rien ôter à la sainteté des ex|)ressions dictée» parle Saint-Esprit même. Il témoigne enfiuite corallien iiestéloignéd'appliqiieràladoctriiiedu salut, des subtilités misérables et tout buraaines, inconnues aux écrivains sacrés. Non-seulement il excluft des personnes divines, tout ce qui donnerait la moindre idée d'inégalité ; mais il va jusqu'à enseigne^ la procession du Saint-Esprit. 11 le compare d'a-i bord au souffle qui provient de la boucbe de Dieu; puis le rend beaucoup mieux sans doute , en ajoutant , qu'il n'est ni son ouvrage par la créatibu , ni son Verbe par la génération , et qu'il vient de lui d'une manière inefl'able. Pour montrer l'origine de la doxoloeie qu'on taxait de nouveauté , il dit , qu'entre les dogmes conservés dans l'église , les uns viennent de l'écriture , les autres de la tradition apostolique qui nous les a secrètement transmis J et que ees deux sources ont la même autorité dans i la religion. Personne, ajoute-t-il , ne disconvient de ce principe , pour peu qu'il soit versé dans la science ecclésiastique. Si nous entreprenions de rejeter les coutumes non écrites , comme ayant peu d'autorité , nous porterions sans y penser de mortelles atteintes à févangile même.; ou plutôt nous en réduirions la prédication à de purs idiomes , très-souvent inintelligibles. En quel lieu des divines écritures , par exemple , trouvons-nous les prières qui accompagnent la conséci-ation dupain eucliaristique et du calice de bénédiction? Car nouS . ne nous contentons pas de ce qu'on lit dans saint j Paul ou dans l'évangile; mais avant et après ce» rôles , nous en proféronsd'autres qui sont tirées ' la doctrine non écrite , et qui ont une grande vertu pour le sacrement. Ne sont-ce pas ces instructions secrètes , que nos pères nous uut conseil j

Teesdans un silence religieux , impénétrable a la curiosité profane , et aussi ancien que l'établissement de Téglise , comme il est constant par un usage* dont on ne trouve pas l'origine ? Enfin le docteur cite en faveur de la tradition particulière dont il s'agissait , c'est-à-dire , de la doxologie ; premièrement le ministre même qui i'avait bap-« tisé et admis dans le clergé ; puis , entre les plus anciens docteurs, les saints papes Clément et DenySy saint Irénée de Lyon , saint Denys d'Alexandrie , Eusèbe de Palestine , Athénagore , saint Grégoire le Thaumaturge , Mélèce du Pont , et Firmuien. Il ajoute que les chrétiens les plus orientaux y et tous les occidentaux avaient le même usage de chanter dès-lors , comme on le fait encore de nos iours : Gloire au Père , et au Fils , et au SaintjEsprit. Telle était l'attention de cet illustre docteur pour les moindres détails des observances , et pour tout ce qui pouvait intéresser la religion.

Mais s'il étendait au dehors sa sollicitude pastorale,' son zèle n'en devenait pas moins vif pour la pprtioa de l'église qui lui était spécialement confiée. L'institution d'un prêtre chargd du soin des âmes lui paraissait la plus importante de toutes les affaires. Un seigneur de marque , appelé Nectaire , lui ayant recommandé quelque sujet pour l'une de ces places , il lui fit sentir qu'avec toute son inclination à le contenter , il ne pouvait rien accorder à ses sollicitations, en ce genre. Je ne serais pas , lui dit-il , un dispensateur fidèle , mais un mercenaire sacrilège , si j'échangeais le don de Dieu pour l'amitié des hommes. Nous ne faisons notre choix que sur le témoignage du degré le plus éminent de^ mérite , autant qu'il peut parvenir à la connaissance des hommes : encore tremblons-nous alors , de n'en pas juger comme celui qui lit dans les cœurs. A quels périls ne s'expose-t-on pas , en induisant à procéder d'une autre manière ? C'est se charger avec témérité des fautes de ceux qu'on recommande. Si le pouvoir de l'oirdre provient des

asa H I s T o 1 R fi

hommes, cfii'est-il besoin de notre de notre ministère et des saints rites , cjui dès-lors ne sont plus qu'une vaine représentation de la vérité? Que ne prend-on ce pouvoir de soi-même ? Mais si c est de Dieu cfii'on le reçoit , pourquoi opposer nos volontés à la sienne , et ne pas nous en rapporter unique" ment aux règles établies pour la connaître ?

Ainsi se conduisait invariablement lesaintarclie* Teque , comme on l'apprend dune lettre écrite sui* ce sujet à ses chorevêques , où l'on retrouve la. même discipline que dans quelques épltres de saint Cyprien , mais d'une manière plus développée*" Levêque examinait, avec ses prêtres, ceux qui étaient dignes d'entrer dans le clergé ; s'ils n'étaient

F oint médisans , emportés,' débauchés; si avec aversion des grands vices , ils avaient , sinon leS vertus et le mérite acquis en un degré éminent , au- ; ïnoins les dispositions propres à y parvenir (i). Ea nn mot , ce vigilant pasteur suivait avec attention tout le cours des mœurs et de la conduite de ses clercs, depuis leur première jeunesse. Les prêtres et les diacres qui demeuraient avec ces élèves , en des maisons semblables à nos séminaires , infor* maient les chorévêques de tout ce qui s'y passait) et ceux-ci , après en avoir fait le rapport«u prélat dont ils étaient les vicaires, admettaient ces candidats au rang clérical. L'évèque les faisait alors lecteurs ou sous-diacres ; et quand on les avait en-* core éprouvés dans ces premiers ordres, il les élevait , de l'avis de son clergé , au diaconat , et enfin à la prêtrise. Telle était la marche tracée par l'apôtre , qui ordonne d'éprouver les diacres avant de leur confier le ministère , et malgré toute l'amertume de tant de réformateurs ou de déclamateurrf

modernes , tel est encore l'esprit de l'église , et en très-grande partie sa discipline présente. Tout humbr " '"

espri ^iplin hle fidèle reconnaît , avec une douce consolation, que l'Esprit-Saint n'est pas moins attentif à

(,) Basil. Ep.

Dt l' Eglise. iaS

la régir aujourd'hui , qu'il Tétait dans Vâge heureux des Basile et des Cy prîen. Sa sainteté est toujours la *même dans ses principes : la censure ne peut tomher que sur notre lâcheté à les suivre.

C'était par toutes ces attentions que Fillustre inétiHH)olitam de Cappadoce avait formé en assez pen de temps un clergé vénérable à ses persécu* leurs mêmes. Rien, n'échappait à sa vigilance. Un ecclésiastique septuagénaire avait une personne du sexe à son service, contre la sage disposition des canons. Le chorévéque en avertit le prélat , qui écrivit au prêtre coupable , nommé Grégoire ou Parégoire , de concédier au plutôt cette -femme | et de se faire servir par des nommes; que si son âge de soixante -dix ans Tempêchaît ci'être fort touclié de la fréquentation d'une personne du sexe, comme il était naturel de le présumer, il n'en fal- -^ lait pas moins faire cesser le s.candale , dont la crainte influait beaucoup plus dans Tavis qu'il lui donnait^ qu'aucune espèce de soupçon ;• qu 41 lui serait d'aurtant plus facile de s'y conformer , qu'il se prétendait plus libre de passion (i). En un mot , conclut le saint évêque , si vous n'obéissez pas , vous restere2S dans l'interdit jusqu'à la mort , qui n'opérera pour vous qu'un compte plus terrible au tribunal du Juge suprême ; et si vous osez faire les fonctions du sacerdoce sans vous être soumis, vous serez un objet d'anathème pour tous les fidèles , qui en communiquant avec vous seraient eux-mêmes excommunies par l'église. On voit ici l'antiquité de Tordre qu'il faut suivre dans les peines canoniques; l'interdiction ou suspense, puisPexcommunicalaBn du sujet qui ne la garde pas , et de ceux qui cmn* muniquent avec lui . Le saint docteur emploie tous ces moyens pour la correction d'un seul prêtre ^ persuadé qu'u était que la bonneconstitution d'une église ne peut résulter que de ces soins peu importans en apparence, et qu'un gouvernement moins sacerdotal traite souvent de petitesses.

(i) Epis t. ig.

Ce n'était pas que ce j^enie supérieur ne prit les cliôses en grand , et ne donnât même à l'exlérieur loat ce qui pouvait contribuer à Téclat ue la rell-

tion. Il fit construire une e'glise magnifique , avec îiTérens corps de logis ; l'un plus haut et mieux: décoré pour l'évêque , dont son humilité et son extrême détachement ne lui faisaient pas ouhiier la dienlté ; les autres plus has , mais très-propres et tres-coramodes, pour son cleraé. Des terres que lui avait données l'empereur ValenSjil dota, suivant l'intention du donateur, un superbe hôpital', qu'il fit construire hors de Césarée , en un lieu inhabité auparavant, et qui devint un des principaux. omemens du pays , et comme une seconde ville qui porta long-temps après lui le nom de lîasiliade. Outre les asiles des passans et des malheureux de toute espèce , sur-tout des lépreux qui portaient continuellement l'épouvante et quelquefois la contagion parmi les citoyens, il y avait dans cet hôpital des logemene pour tous lés gens nécessaires an son service, pour les directeurs, les médecins, le»,, personnes préposées aux pansemens , pour un très-^ grand nomnre de domestiques , de commissionnaires même et de porte-faix , pour la multitude de* ouvriers de toute profession , et pour leurs ateliers , difTérens. Souvent le tendre pasteur y allait ins- ' Iruire et consoler les pauvres : il portait la charité' jusqu'à embrasser les lépreux , quand il convenait de relever le courage de ceux qui les servaient. Ainsi jouissait-il, avec son peuple , de la bienfaisance du persécuteur , tandis que la persécution d^^stait la plupart des provinces.

"'église d Antioche, où les catholiques se trouvaient divisés j était plus affligée qu'aucune autre. Toujours le saint pati-iarche Mélèce demeurait dans son exil. Paulin , autre patriarche d'Antioche noa moins orthodoxe, fut épargné; sans doute parce que son troupeau, moins nombreux, attirait peu 1 attention. On ôta les églises aux ouailles de Mélèce, qui se vireat réduites à v' assembler en des

cave»

Dï L* E G L I S E. Si^S

l^dves et des cavernes , long-lemps même en rase campagne, exposées à foutes les injures des saisons,^

gu'eiles supportèrent avec un courage ine'branlale. C'est de là que leur vint le surnom de campa* gnards. On en fit mourir un très-grand nombre, qu'on précipita pour la plupart dans le fleuve d'Oronie, •

Deux prêtres zélés, Flavien et Diodore , prirent soin du bercail désolé. Tous deux avaient déjà soutenu la persécution , n'étant que laïques , sous l'empire de Constance , et tous deux dans la suite parvinrent à Tépiscopat : Flavien au siège même d'Antioche , Diodore à celui de Tarse. Ils furent assistés par les saints solitaires, qui ne tehant à rien dans ce monde , ne trouvaient qu'à gagner dans la défense de la vérité. Les vexations allèrent si loin , que les païens mêmes en blâmaient l'empereur. Le philosophe Thémistius lui adressa un discours , où pour le détourner d'inquiéter les chrétiens à causff de leurs différentes opinions sur la divinité , il rapporte plus de trois cents manière^ de penser des païens , touchant le même sujet.

Mais le plus glorieux soutien des catholiques de Syrie, fut sans contredit le solitaire sain tAphraatey Perse de naissance, et d'une illustre famille qu'il avait quittée , ainsi que sa patrie , pour se retirer dans une terre étrangère , où il comptait vivre ignoré. Mais tout le monde accourait vers lui , dans l'admiration de sa vie toute céleste. A peine faisaitil entendre son langage demi-grec et demi-persan / et chacun néanmoins voulait recevoir ses instructions , peuple , magistrats^ gens de guerre , savans et ignorans. Un jour l'empereur Valens, regardant; d'une galerie de son palais sur le grand chemin ^ le long de rOronte , il aperçut un vieillard couvert d'un méchant manteau et marchant avec une précipitation étonnante pour son grand âge. Il voulut savoir comment il se nommait , et pourquoi il faisait tant de diligence. On lui dit que c'était le solitaire Aph raa te , pour qui toute la ville étai t pénétrée

iaG Histoire

de la plus profonde ve'nération , et qu'il se rendait

à ]a place où les calholiques s'assemblaient.

Que j)rctends-tu , lui cria aussitôt le prince; et poorfjTioi abandonnes - tu la retraite où tu de- Trais te tenir renfermé, selon la règle ascétique? Vous avez raison , seigneur, repartit Apliraate; je devrais garder la solitude ; mais la vierge la plus relire'e et la plus timide deracure-t-elle assise et tranquille dans la maison paternelle , quand elle y voit l'incendie ? Elle court au contraire de tous côtés , pour donner et procurer du secours. Vos ariens mettent le feu à l'église : je vole pour l'éteindre. L'empereur , quoique très-irrité , né. répliqua rien; mais un cfe ses euiuiques vomît mille injurescontre le saint vieillard. Peu après, cet impie étant allé voir si le bain du prince était chaud, il entra en frénésie , et se précipita dans l'eau bouillante , où il trouva la mort et le chàliinentdeson impiété. Le bruit s'en répandit dans tous les quartiers d'Antioche , et imprima la terreur aux hérétiques ; Valens même n'osa bannit; Ajibraate , comme il l'avait résolu (i).

Alin d'appuyer leur doctrine d'une autorité aussi respectée en Orient que celle des solitaires, le» SiîCtaires qui employaient toutes sortes de moyens, ou spécieux, ou visiblement fallut, (mblièreut que Julien , surnommé Sabas , c'est-à-dire le vieux ou le chenu , pensait comme eux de la divinité de Jesus-Cbrist (3). C'était le plus renommé de tous les solitaires de la Syrie qui le savait doué, à un point très-éclalant , du don des miracles. Les eatbollques l'avertirent du faux bruit qui courait, et bien vite il s'en vint du pays d'Edesse où il résidait , pour manifester sa croyance au milieu d'Antiocbe. Il se logea près de la ville , au pied . d'une montagne , dans une caverne où l'pn disai^ que l'apôtre saint Paul s'était autrefois caché, et où les fidèles persécutés s'assemblaient. A soa

(i) PUilust. c. 8. (j) ïlicod. /. 5 . c. 9.

arrivée ,* îl y fut atteint d'une fièvre très-vîolente* Les orthodoxes en furent d'autant plus affligés ^ que cet accident ne semblait pas moins nuisible à la cause de la relieion , qu'à la reuommée de son défenseur. Mais il leur dit : Ne vous inquiétez pas ; Dieu saura bien me rendre la santé ^ si elle est utile à sa gloire. Il se mit en prières, et il eut une grande sueur qui emporta subitement la fièvre: âpres quoi il affecta de se montrer par tout , et toujours entouré de catholiques , confessant la foi par ses œuvres par ses paroles , et la confirmant par un grand nombre de prodiges. A la porte même du palais , un mendiant^ qui ne pou^» vait faire aucun usage de ses jambes , étendit la main , comme le saint parlait y et toucha son man-« ieau. A l'instant même , il se sentit guéri , se mit à courir et à sauter avec des transports inexprima-» blés de joie : ce qui attroupa une multitude in-» noinbrable , et couvrit les nérétiques de la der* nière confusion. Saint Julien guérit beaucoup d'autres maladies ; et de la manière la plus étonnante, un seigneur nommé comme lui Julien, dont la santé était désespérée» C'est sur le témoignage^ immédiat des témoins oculaires que Théodoret lions a transmis le détail de ces merveilles»

Le ressentiment des ariens s'étendit .à l'évêquè d'Edesse , nommé Barse , qui fut relègue d'abord en Phénicie , ensuite à Oxirinque , en Egypte ^ enfin aux extrémités sauvages de laThébaïde. Oit voulut mettre un autre évêque à sa place ; maid le peuple d'Edesse ne voulut jamais le reconnaître^ On donna toutes les églises aux ariens , comme on avait fait à Antioche , et les orthodoxes s'assemblèrent de même en pleine campagne. L'empereur^ furieux de leur constance , commanda au préfet Modeste de les faire charger par les troupes , la première fois qu'ils s'assembleraient, sans épargner ni âge , ni sexe. Assezs favorablement disposé depuis'ses liaisons avec saint Basile, le préfet fit avertir sous main ces fervens catholiques, de l'ordre qu'il

avait reçu. Mais il fat bien étonné, lorsqu'il -vît courir toutle monde au lieu de rassemblée, dan» la crainte d'écliappei- au martyre. 11 admira surtout une pauvre femme , qui témoignant le mémo empressement que si elle eût vu le ciel ouvert , tirait d'une main un jeune enfant , et de l'auti-afendait la foule afin d'arriver à temps pour rece^ voir avec l'enfant la couronne du martyre (i).

Modeste retourna dire à Valons, qu'il fallait laisser les catholiques en repos , ou se résoudre à les égorger tous. Quelques jours après , le préfet les rassembla , et leur représenta avec douceur le danger de leur résistance. Et quelle peine, ajoutat-il , trouvez-vous à obéir ? Il ne s'agit que de communiquer avec l'empereur. Est-ce que l'empereui* est devenu évêque, reprit un prétrenoramé Euloge? Non, répondit tranquillement le préfet; mais je TOUS exhorte, pour votre bien, a communiquer avec les évèques de sa communion. On ne lui ré-

Ïiondit <rue par des cris et mille signes d'horreur.' I y eut beaucoup de ces généreux orthodoxes relégués jusqu'à Antinous dans la Thébaide , entrautres ce même Eitloge et Protogène , qui dam leur exil convertirent une multitude d'idolâtres. ■

La persécution s'étendit de Syrie en Egypte yj mais ce ne fut qu'après la mort de saint Alhanase ,

S ni arriva dans le coure de cette même année 3^3., mourut enfin très-paisiblement dans les bras deson peuple , après quarante-six ans au moins d'épiscopat, passés dansune agitation perpétuelle. L'histoire ecclésiastique de son temps , qui n'est , poui* ainsi dire, que son histoire personnelle , fait am-

Jïlement connaître le caractère et le mérite de cet, lorame de la droite du Très-haut. Quant à se» écrits , Photius , le meilleur critique des écrivains de sa langue, y trouve, avec une diction nette, iacile , abondante , une force et «ne hncssc inimitables. Tout ce qu'il avance et qu'il présente soui

le Jeur. le plus avantageux , porte sur une logique solide , et en même temps susceptible des tours noblies et desomemens de la haute éloquence. Mais son plus grand art consiste à cacher Fart même; et rien ne paraît si simple et si naturel , que les traits les plus victorieux. Il s'insinue dans les esprits^ couvert de ses moyens qui font disparaître sa personne : ce n'est pas l'auteur , c'est la raison même qui domine le lecteur ; et celui-ci se trouve persuade , sansy s'être aperçu qu'on le voulût faire. Docteur et orateiir d'une' sagesse extrême , d'un goût exquis , d'une justesse unique dans l'expression , par-tout il proportionne exactement le tour du discours au sujet qu'il traite et aux personnes qui l'écoutent.

Avant qu'il rendît les derniers soupii's, on lé pria de designer son successeur. Il crut devoir le taire, en des temps si difliciles , sans craindre d'aggraver le compte qu'il allait rendre au souverain Juge« Ainsi nomma-t-il Pierre , le fidèle com-^ pagnon de ses courses et de ses travaux , que son âge et son expérience , sa capacité , ses vertus émînentes rendaient propre à cette haute et périlleuse dignité. Le cierge et tous les ordres des citoyens ^ peuple , magistrature, noblesse , témoignèrent leur joie unanime par de vives acclamations. Les solitaires vinrent de leurs retraites écartées prendre part à la commune alégresse ; et les évêques voisins s'étant rendus en bon nombre à l'église patrîar-* cale , ils ordonnèrent le nouveau patriarche , qui écrivit aussitôt au souverain pontife et aux prélats principaux des régions diverses.

Mais la mort d'Athanase ayant relevé les espérances des ariens d'Egypte , ils écrivirent promptement à la cour qui se trouvait encore à Antioche. Long-temps auparavant, ils avaient ordonné Lucius pour le siège d'Alexandrie. L'évêque arien d'Antioche , Euzoïus , digne d'une pareille commission, crut qu'il importait à la secte d'aller installer lui-même ce collègue hérétique, Yalens

approuva l'entreprise , et commanda des troupes pour l'exécution. On commença parcliasser Pierre; et alors se renouvelèrent , avec un genre particulier de scandale et d'impiéléj les horribles scènes qui avaient si souvent désolé celte illustre et jmalbeureuse église. D'infâmes bouQbns montaient nus dans la chaire sanctifiée par les divins enseîgneinens d'Athanase ; ils se montraient dans le jnème état sur Tautel sacré, et làfaisaientetdisaient ce dont la pudeur se permet à peine le vague souvenir. Les ariens el les idolâtres ne semblaient avoir qu'un même culte , comme ils n'avaient qu'un seul intérêt. QuandLucius arriva ensuite , et qu'il entra dans l'église , les païens lui applaudirent eii troupe, et crièrent publiquement ; Soyez hienr. venu , e'vêque , qui ne reconnaissez pas le Fils I ^ Que le grand Sérapis qui vous amène , vous coiii.- Jile de ses faveurs.

Les catholiques ne relâchant rien le leur att^ ' cliement pourTévê([ue Pierre, et se rendant sourdi aux menaces comme aux promesses , il en fallut venir aux coups. Les fouets et les lanières plombée» furent mis en œuvre. On en jeta plusieurs dans le) cachots; on en fit embarquer encore davantage pour l'exil. Un grand nombre endura la mort ; et p la vue (le tant de cruautés , c'était un crime digne de ces mêmes trailemens , de répandre seulement quelqueslarmesdecompassion. La violence s'étendit pux églises voisines. Des prélats qui avaient confesse Jesus-Christ sous Constance et sotis Julien , éprou-r vèrent des traitemens plus rigoureux encore. Mais toujours on exerçait la principale sévérité contre ceux qui travaillaient le plus eÛicacement à maintenir la vraie foi dans les peuples.

. Isidore, qui avait accompagné saint Athanase "dans son glorieux voyage de Kome , les deux Macaires , dits d'Alexandrie et d'Egypte , furent transportés et abandonnés dans «ne lie idolâtre où l'évangile n'avait pas enroie élé prêché. A leur la fille cTtin sactificaleur , possédée du

DE l' E G L I S E. 23i:

démon 7 se mît à crier : Que tous êtes puissans , serviteurs de Jesus-Christ ! Qui résisterait à vôtre Tertu ! Nous vous cédons la place. Elle tomba par terre , après ces paroles. Les trois confesseurs s'élant approchés , la relevèreiit , et lui rendirent une santé parfaite. Avec le père et la fille , tous les habitans de l'île se convertirent et reçurent le baptême. La nouvelle en étant parvenue à Alexandrie, le peuple vint en foulé faire des reproches terribles a Lucius. On lui témoigna, d'une manière si animée , la peur qu'on avait que le bras divin ne s'appesantît sur la ville, si Fon ne cessait de persécuter ces trois amis de Dieu , que le faux

Satriarche appréhendant une sédition , fit donner es ordres secrets pour les laisser retourner à leurs cellules (i).

Rien n'était mieux fondé que le respect des peuples pour ces illustres solitaires. Isidore, avait été élevé au Mont-de-Nitrie , solitude révérée entre toutes celles de l'Egypte , à douze ou treize lieues d'Alexandrie. Cinq mille ascètes y vivaient , chacun ^suivant les impulsions diverses de l'esprit de Dieu. Ik étaient répartis en cinquante maisons différentes ^ les uns demeurant seuls , les autres deux à deux ^ ou plusieurs ensemble. Saint Isidore , distingué dans cette multitude de saints , fut élevé au sacerdoce et préposé au gouvernementd' un hospice ou hôpitat très - célèbre a Alexandrie.

Des deux Macaires , l'Egyptien , dit aussi l'ancien , habita le premier le désert de Scété. Il montra tant' de prudence dès Tâge le plus tendre , qu'on le nommait le jeune vieillard : à quarante ans , il fut doué avec éclat du don des miracles. On relève , dans une multitude de merveilles qu'il a opérées , la résurrection de trois morts. Il fut prêtre , aussibien que Macaire l'Alexandrin , qui habitait tantôt à Nitrie, tantôt à Scété , à une journée de chemin par-delà Ni trie. On l'ordonna pour le monastère des

(i) Theod. lY , 21.

aSa Histoire

Celles^ éloigné cle trois lieues seulement c!u Montde-Nilrie. La solitude des Celles prenait son nom <în grand nombre de cellules t|ui étaient répandues dans la contrée. Elles occupaient un très - vaste espace , étant assez distantes les unes des autres pour qu'on ne pût respectivement ni se' voir , ni s'enteudre. Au milieu était une église commune , lù l'on se rassemblait le samedi et le dinianclie.

Saint Macaire le jeune est spécialement renommé pour l'austérité de sa vie. Pendant sept ans, il ne mangea pas la moindre chose qui eût passe par le feu. Il ne prit par jour, pendant trois autres années , que quatre a cinq onces de pain trempé dans Teau. Ajant un jour parlé de raisins , on lai en envoya de très-beaux. Le saint les fit porter à l'un des frères qui était malade. Celui-ci , par le même esprit de mortification , les envoya à un autre ; ce troisième à un quatrième, ainsi de suite . jusqu'au dernier, qui les rapporta à Macaire, sans savoir qu'ils vinsseiit de lui (i). Afin de s'accoutumer à bi'aver le sommeil , il passa vingt jours et 1 vingt n'iits en plein air, expose aux traits brûlans du soleil et au froid de la nuit, peut-être encore plus insupportable , parle contraste , que les ardeur* du jour. Il passa des carêmes entiers sans prendre d'autre nourriture que quelques feuilles de choux , et le dimanche seulement. Durant les quarante jours , il demeurait debout , sans se coucher un seul îuoment , sans changer de place, priant ou travaillant sans la moindre interruption , d^us la même posture.

Sur les confins .de l'Egypte et de la Palestine, il '• y avait un autre solitaire appelé Moyse, dont la haute réjJUlatiou parvint aux oreillcsdela princesse Mauvie , reine arabe j assez ])uissante pour inquiéter Valens, dans les embarras qu'il avait sur toutesses frontières. Elle fit la paix avec les Romains , et stipula, comme une des principales conditions

3n traité , qu'on donnerait pour évêque à ses sujets , le solitaire Moyse, Sarrasin de naissance. Elle éfeait déjà chrétienne , et sa nation avait quelque teinture de la même religion; mais on voulait mieux s'instruire. Ravi de se tirer d'embarras par une voie si facile , l'empereur fit aussitôt conduire Moyse à Alei^andrie^ pour y être sacré. On le présenta à l'évêque arien Lucius. Arrêtez , lui dit-il en présence des magistrats et du peuple assemblé : je ne suis pas digne du ministère où Von m'élève ; mais «î l'on veut que je l'accepte, quoique indigne, je prends le fciel et la terre à témoin , que je ne recevrai pas l'imposition de mains souillées par les profanations de l'hérésie et par le sang de tant de saints. Vous me jugez témérairement , repartit Lucius , et vous ignorez quelle est ma foi. Les ^ëvêques , reprit Moyse , les prêtres et les diacres tourmentés en mille manières déposent assez contre TOUS : les faits sont de meilleures preuves que les discours (i).

Lucius ne respirait que la vengeance; mais il n'y avait pas moyen de l'exercer : il fallut mener le saint liomme aux évêques orthodoxes , réfugiés dans les montagnes. Là il fût ordonné ; puis il alla joindre les Sarrasins. lien trouva peu qui fussent véritablement et solidement chrétiens; mais par son assiduité à les instruire , et par un grand nombre de miracles-, il en fit des fidèles dignes de l'émulation des chrétientés les mieux policées. Il eut des successeurs qui portèrent comme lui le titre , tantôt d'évêque des oarrasins , tantôt d'évêque des camps ou des tentes; parce que ces peuples , errant de contrée en contréç , n'habitaient le plus souvent que sous des tentes.

Les Gaules possédaient dans le même temps un

Sasteur encore plus merveilleux , dans la personne u grand saint Martin, qu'une vénération unanime avait élevé sur le siège de Tours. De son monastère de Ligugei , le plus ancien qu'on sache avoir été

(i) Ruf* Il , 6*

^V a34 Histoire

^H hâti dilns les Gaules, faisant céder l'amour de li ^H solitude à la charité sa vertu dominante , souvent ^^K ■ il avait fait des excursions anosloliques, pour tirer ^^V de leur aveuglement Jes liabilans des campagnes , ^^K encore idolâtres en très - grand nombre. Ainsi ^^M s'étaient fait connaître son zèle et ses divins talens ; ^^1 et parmi ses miracles , déjà l'on citait deux morts ^H qu'il avait ressuscites. L'épiscopat ne changea rieil ^^E a sa manière de vivre , ni même à la pauvreté de ^^1 ses vêlemecs. Mais loin d'avilir par-là sa dignité, ^^Ê il la rendit plus vénérable, en augmentant ses tra- ^H' Taux, sans rien diminuer de ses austérités nî de ^H ' son abnégation. Son extérieur peu avantageux, la ^H simplicité de son air et de ses manières, sa cheve- ^B Inre extrêmement négligée, considérations impoi^ tantes au jugement du siècle, et (jue quelques

Srélats d'une piété médiocre n'avaient pas rougi 'opposera son élection , ne servirent qu'a montrer avec plus d'éclat , que la sainteté et la vraie capacité, quand elles sont au degré suprême, suffisent toujours à la décoration du pasteur.

Pour avoir à sa portée un lieu fixe de recueillement qui lui tînt lieu en quelque sorte de sa chère solitude de Ligugei , il établit un nouveau monastère entre la Loire et une montagne escarpée, . en un lieu si sauvage alors , qu'on le regaidait comme un désert , quoique à une demi-lieue seulement de la ville. On y vit jusqu'à quatre-vingts moines , qui avaient tous des cellules séparées , creusées la plupart dans la montagne. Tels furent les comniencemens du célèbre monastère de saint Martin , nommé depuis Marmontier, ou monastère majeur , d'où les plus illustres églises s'estimèrent heureuses de tirer leurs évêtpies. Ce qu'il y avait de particulier dans !a règle de ces cénonites , outre l'abstinence et les austérités des religieux les plus fervens, c'est que par un détachement propre à ceux-ci , il ne leur était pas permis de vendre , ni d'acheter , comme les autres avaient coutume de faire. Ils n'exerçaient même aucuu métier , sinon

DE l' Eglise. ^35

de transcrire des livres : encore n'y employait-oit que les jeunes gens ; parce qu'on jugeait cette occupation nécessaire à la vivacité plus grande de leur imagination. Les plus âgésT vaquaient uniquement à la contemplation des choses célestes : particularité remarquable , et qui devait inspirer qiielque réserve aux censeurs déterminés à blâmer tous les usages qui ne cadrent pas avec leur régularité de système , quelque analogues qu^ils puissent être aux mœurs , selon les temps et les lieux.

Nonobstant son goût pour la retraite , Martin ,

S eu après son élévation à l'épiscopat, se crut obligé 'aller à la cour de Valentinien pour certaines affaires , importantes sans doute à la religion y mais qu'on ne spécifie pas. L'impératrice Justine , favo* rable aux ariens, prévint l'empereur contre le saint évêque , dont elle connaissait l'extrême aversion pour ces hérétiques. Valentinien défendit de l'ad* mettre à son audience , qui lui fut en effet refusée^ Mais le saint évêque s'étant mis en prières , un ange lui apparut, et lui dit de retourner vers l'empereur avec assurance. Il retourne au palais y trouve toutes les entrées libres, pénètre jusqu'au prince , qui toutefois ne lui marque au premier abord qu'une indifférence affectée et méprisante. Yalentinien semblait s'étudier à ne pas faire un mouvement dont le saint pût se tenir honoré. Mais le siège où il était assis ayant parti tout à coup enflammé, il se leva avec effroi; et changé par ce prodige , il court embrasser l'évêque , condescend généralement à tous ses désirs, sans lui donner le temps de les expliquer ; et durant son séjour , il le fit souvent manger a sa table : merveille peu surprenante dans la vie d'un saint qui- fut le thaumaturge de son siècle, aussi-bien que la gloire de l'église gallicane.

Nous n'entrerons pas dans le détail infini des prodiges que le Tout-puissant opérait journellemçnt par son moyen. Il chassait les démons, il guérissait les maladies les plus incurables , il ve^

^3S Histoire

Buscitait les morts, il faisait des miracles en si grand nombre, que les ecrils des auteurs contemporain» sont tous remplis de ces faits , que plusieurs avaient \us de leurs propres yeux; en particulier Sulpice- Siivèi-e, qui avait été disciple du saint, et qui en écrivit une partie de son vivant. Cet homme pleiu de talens , u ambition même avant sa conversion , ne crut pouvoir mieux étudier les règles de la perfection évangélique , que dans les leçons et les exemples de l'admirable évêque de Tours , qu'il observa avec la plus grande attention (i). Contre ïe préjugé établi de son temps sur l'bumble simplicité du saint, il nous apprend qu'il n avait remarqué dans aucune autre pei-sonne , non-seulement tant de mérite surnaturel , mais tant d'esprit, tant d'érudition, et ùième tant de pureté dans la diction. Ce Sulpice- Sévère est diflerent de saint Sulpice , dit le Sévère et évêque de Bordeaux , avec qui on le confondait autrefois : il n'était que

frètre ; il gouverna deux églises assez éloignées une de l'autre , où chaque dimanche il allait célébrer successivement les saints mystères. C'est le premier exemple qu'on trouve, au moins dans les Gaules, de l'usage de biner, ou de dire habitueileloent deux messes en un jour. Cet écrivain plein d'art, d'élégance et d'agrément, composa encore, sous le titre d'Histoire Sacrée, un abrégé très-bien écrit de l'histoire du Vieux Testament et de celle de l'église , avec trois dialogues , le premier sur les solitaires d'Orient, les deux autres encore sur les vertus et les miracles de son saint maître : matière qu'il ne crut jamais pouvoir épuiser.

Le don des miracles , à ce haut degré qu'on avait admiré dans les premiers prédicateurs de l'évangile, le ciel l'accorda à l'homme apostolique dont la destination e'tait de consommer fa ruine de l'îdtS- Jàtrie parmi les habitans de la campagne les plus attaches au paganisme qui pour cela porte leur

(i) ru, S. Jlari. f. 10 etseq.

DE l' E G T. I S E. 23-7

nom ^ et bien plus capables d'entendre la voîx des prodiges, que les raîsonnemens des docteurs et les oracles des prophètes. Aussi Martin réussit-il à forcer la superstition dans ses abris les plus obscurs , et jusque dans les contrées qui en faisaient le retranchement le plus inaccessible. Où Ton ne trou- Tait que très-peu de fidèles , il ne laissa presque plus d'idolâtres , et il y érigea quantité d'église» ou d'oratoires à la gloire de Jesus-Christ.

Mais si les restes du paganisme rendaient cet komme de prodiges nécessaire à la Gaule , les ravab»

Ses de Fariaiiisme en Italie , et sur-tout dans l'église e Milan, demandaient un pasteur puissent en paroles aussi-bien qu'en oeuvres. Depuis long-temps elle était gouvernée par un hérétique d'autant plus dangereux , qu'il anectait de paraître orthodoxe. Auxence avait trompé l'empereur Valentinien , en jurant avec une sacrilège impudence , que sa doctrine était la même que celte de Nicée ; et là paresse de ce prince , au regard de la religion , lut avait fait croire l'imposteur suj* sa parole , malgré la contradiction de ses procèdes et les réclamations des conciles. Ainsi l'habile fourbe s'était-il maintenu pendant vingt ans dans la possession de l'un des sièges les plus importans de 1 église. Il y mourut enfin , et laissa tout dans le plus effrayant désastre. Les orthodoxes si long-temps vexés ne pouvaient plus supporter l'oppression , les sectaires ne voulaient rien abandonner de leur pouvoir tyrannique , tous les esprits éprouvaient la fermentation la plus violente , et il y avait un danger prochain de sédition et des; plus funestes excès. La province avait cependant un excellent gouverneur , à qui Ton observe que le préfet d'Italie , en lui conférant ce gouvernement , avait parlé en ces termes : Allez , Ambroise , et agissez en évêque plutôt qu'en juge. La sédition étant près d'éclater, Ambroise courut à l'église pour calmer le peuple , qu'il exhorta avec une éloquence tendre et insmuante à la concorde et à la sage modération ^ si néc9ssaire$ poux: faire 1^

cboix important d'un bon pastenr. A l'instant ^ toute la multitude, ariens et catliolicjues, d'une Toix unanime , le demande lui-même pour évêque. Un enfant, dit-on , cria le premier par trois fois : Ambi-oise t'véqiie ! et tous les assistans prenant la Toix de l'innocence pour l'organe du ciel , repétèrent long -temps : ^mbroise évêqiie , Ambj-oise évêque ! et ils ne voulurent plus entendre parler pour évêque d'un autre que d'Ambroise,

Comme il n'était que catécbumène, on ne pouvait le clioisir , suivant les dispositions ordinaires des canons. Mais la voix publique, avec des circonstances si extraordinaires , parut un signe non équivoque du choix d'en-haut. On écrivit aussitôt à l'empereur qui se trouvait à Trêves, afin d'obtenir son consentement , nécessaii-e au moins , à raison du gouvernement dont Ambroise clait re- Têtu. Mais le gouverneur , fort afîli^é de ce qui se passait , employa tous les moyens imaginables pour éviter la dignité sainte qui le faisait trembler. Dans les fondions sépiilières qu'il continua d'exercer , il affecta , pour se rendre odieux , une sévérité excessive ; et il appliqua publiquement quelques accusés à,la question. Son humilité encore peu éclairée alla jusqu'à introduire chez lui des femmes décriées , afin de donner mauvaise idée de ses mœurs.

Telle était la crainte qu'on avait alors dans l'église du fardeau de l'épiscopat. Elle y était si commune , qu'en cette même année 3^4 y "" concile tenu à Tienne dans les Gaules , se crut obligé de réprimer cette humilité excessive des clercs qui se décriaient eux-mêmes, pour se soustraire aux di-

Snités ecclésiastiques. Au moins fut-il ordonné 'admettre les témoignages qu'ils rendraient contre leur propre personne. Mais pour Ambroise, on pénétra facilement ses vues. A toutes ses allégations , le peuple ne répondit qu'en criant: Nou» persistons dans le choix d'Ambroise , et nous pre^ noDS sur nouï son péché. '

DE l' E G L I S E. 239

Il voulut s'enfuir , et il sortit en effet de la ville pendant la nuit , pensant aller a Pavie. Le lendemain croyant être fort éloigné de Milan , il se retrouva à la porte de cette ville , où le peuple l'ayant reconnue 'lui donna des gardes pour la suite. U s'échappax néanmoins encore ^et il se tint caché dans la maison de campagne de son ami Léonce y jusqu'au moment où Ton reçut la réponse de Tempereur. Flatté de voir choisir les pasteurs de Fé-^ glîse entre les officiers qu'il établissait sur Içs peuples , Valentinien voulut qu'Ambroise fut incessamment ordonné , et il chargea le vicaire d'Italie àe tenir la main à Texécution. On afficha un ordre précis y et sous de srosses peines , de déceler Ambroise , en quelque lieu qu'il put être ; de ma-, nière que Léonce jugea ne pouvoir plus se dis-

E'enser d'obéir. On amena son ami qui fondait en irmes , et qui se soumit néanmoins, dans la crainte qu'une plus longue résistance ne fût une révolte contre la volonté du Seigneur.

sible ,. aux règles ecclésiastiques , il exerça aans ce court intervalle les différentes fonctions des ordres inférieurs. Le jour de son ordination, septième de Décembre , a ce que l'on croit , fut célébré comme un jour de réjoui'ssance publique ; et tant les prélats d'Orient que ceux d'Occident , lorsqu'ils apprirent ces soins marqués de la providence sur un siège si considérable , en rendirent au Seigneur les actions de grâces les plus expressives. Ambroise pouvait avoir trente -quatre ans* D ne tarda point à annoncer tout ce cju'çn devait attendre de lui : ce qu'il avait d'argent, il le distribua sans réserve aux pauvres , fit à son église la donation de toutes ses terres, dont il ne réserva l'usufruit qu'à sa sœur Marcelline , vierge consacrée par la main du pape Libelle ; et qui faisait l'édification

â4*> Histoire

(le tonte la TÎlle de Rouie où elle vÎTait. Pour son frère Sat}re qui l'était venu joindre à Milan, le nouvel évêtjue se déchargea sur lui du gouvernement de sa maison , afin de se livrer tout entier, aux fonctions spirituelles.

11 eut très-peu de clioses à changer dans sa conduite, pour la rendre épiscopale. Mais comme il ne s'était guère occupé jnsque-làque des ctinnaissances convenables à son premier genre de vie , il prit la coutume de donner à l'étnde des sciences ecclésiastiques , tontes les heures qu'il dérobait aux affaires moins imporlanles , et beaucoup plus encore au repos delà nuit. Convaincu que la piété ni la dignité ne dispensent jamais d'être savant , et que les lèvres du prélat , encore plus que celles du prêtre, sont les dépositaires de la doctrine, il méditait continuellement les divines écritures, et il en cherchait infatigabiementlintelligence dans la tradition et la multitude des interprètes. H voulait connaître tous les auteurs ecclésiastiques de quelque renommée, lés modernes ainsi que le* anciens ; et s'il goûtait les interprétations d'Origène , où il puisait principalement; avec plus de générosité sans doute, et contre l'ordinaire des savans peu enclins à priser leure contemporains , il témoignait une estime tonte particulière pour la perfection des écrits de saint Basile. Tant par son. assiduité à étudier ces grands modèles , que la justesse et l'aménité de son propre génie, il acquit" en peu de temps une éloquence noble , sage , insinuante, quelquefois véhémente , toujours revêtue i d'une diction aussi douce et aussi élégante que propre et naturelle. C'est ainsi que se formait , entre les quatre plus brillans flambeaux de l'église d'Occident , celui que le Seigneur destinait à laire évanouir de l'Italie les ténèbres de l'arlanismé.'

La part qu'eut Valentinien à IVIection d'Ambroise , fut la plus belle et !a dernière œuvre de cet enipereur en faveur de la religion. Il mourut "^ su«

Dfi l'Eglise. 24f

sur la fin de Tannée suivante ^ après avoir régné près de douze ans , et vécu cinquante- cinq. Toujours il avait été fort sujet à la colère ; et Ton prétencl qu'un violent accès de cette passion , à laquelle il se livra en donnant audience aux ambassadeurs desQuades qui venaient de ravager la frontière de l'empire^ lui rompit une veine, et le fit expirer le jour xnêmé , 17 Novembre 3*75. La valeur, la prudence , une activité intatigable contre les narbares prêts à fondre sur toutes les pirovinces , Tamour du bien public , et le choix des ministres capables de le procurer; toutes ces qualités , vraiment îtnpériales , assurent à Yalentinien uii rang non commun entre les empereurs. Mais Son peu. de zèle pour la religion , et son inflexible sévérité y aussi ressemblante à la cruauté qu'éloignée de Tesprit du christianisme , lui attirèrent le blâme des politiques ainsi que des chrétiens.

Aussitôt après la mort de cet empereur , les principaux officiers , pour prévenir les mouvemens , reconnurent le jeune Valentinien son fils , qui n'était au'un enfiint de quatre ans. On n'attendit pas l'aveu e Gratien son aine , qui était resté à Trêves , et qui avait été déclaré auguste dès l'année 867 : mais ce prince , âgé de seize ans à la mort de son père , et d'une bonté de caractère presque sans exemple , loin d'improuver un arrangement dont tant d'autres se seraient tenus outragés , traita toujours son jeune frère, quoique d un autre lit,' comme son propre fils. Ainsi l'empire se trouva partagé , comme à la mort du grand Constantin ; Gratien .ne s'attribuant en propre que l'Espagne, les îles Britanniques et les Gaules , régions frontières et les plus exposées aux barbares. Mais tant 3u'ilvécut, il gouverna l'Occident en général; e manière que les loix données dans toute son étendue jusqu'à la mort de Valens', se trouvent sans nulle exception datées de Trêves ou de Mayence, lieux ordinaires de son séjour.

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