Tome IL Q
On en remarque deux , entre les plus favoraMeS à réglise, La première renouvelle les défenses faites aux hérétiques de tenir des assemblées ,avec confiscation des lieux où ils auront dressé des autels. Par la seconde , qui concerne les jugemens ecclésiastiques , et qui constate les usages respectables de l'antiquité où nous nous sommes maintenus , il est statue que les causes les moins importantes, en matière de religion , seront jogées par l'évêque et son clergé , ou par le concours du métropolitain et de ses suU'ragans dans le concile de la province; et que les affaires graves le seront avec plus de so» ïennitépar les juges ordinaires et extraordinaires, c'est-à-dire , par les évêques d'un, grand district comprenant plusieurs provinces sous un primat oa patriarche ; les causes criminelles sont réservée» par la même loi aux juges laïques. Tel fut uniquement dans ces ordonnances le but d'un prince religieux , qui ne s'arrogeait pas le pouvoir direct de statuer , en matière purement ecclésiastique ^ mais celui de procurer rexécution des rèi^Iemen» de ce genre. On fait honneur à la religion de Gralien, d'avoir, le premier des empereurs cli rétiens , refusé l'habitde souverain pontife, quand les païens, selon la coutume , le lui présentèrent.
Yalens , en Orient , usait bien dilTéremment de ^on pouvoir , sur-tout depuis qu'il se trouvait en pleine liberté , par la mort de l'empereur son frère. Comme les solitaires faisaient un des plus fermes appuis de la doctrine catholique , il ordonna par une loi formelle, qu'ils fussent contraints à porter les armes. Plusieurs troupes de gens de guerre se dispersèrent aussitôt dans les solitudes d'Egypte , pour en forcer les saints habitans à une sorte d'apostasie. La vexation s'étendit aux solitaires des autres provinces , particulièrement à ceux de Svrie , que l'etProi dispersa de toute part : après quoi on brûla leurs cellules avec tous leurs petits ouvrages , dont le produit ne teudait qu'au soulagement des pau-
Yres. Cest ainsi que ce persécuteur ôl>stiné comblait la mesure et accélérait le châtiment de ses criikies.
Mais les barbares dioisi^ pont servir d'instni*' ment à la céleste vengeance contre leur sÀlucteur , devaient être séduits avàlit qu'elle éclatât^ Entré les peuples divers venus - des extrémités ôcciden-* taies. du Nord sur les frontières de rem|)ire , et compris indistinctement sous le nom de Goths ^ Ceux qu'on appelait Thervinges étaient déjà chrétiens en assez grand nombre , et ils avaient une extrême vénération pour leur évêque tJlfîla« Pous^ ses à bout par les Huns sortis furieux des palus Méotides / où on les avait quelque temps resser-i rés , ils l'envoyèrent à Valens , ann d'en obtehir la
Seitnission de passer le Danube ^ et de s'établir en *hrace, h condition de servir dans le^ armées romaines. Ulfila ne fut pas long-temps à 0. P. santf voit* que tout le crédit était entre les mains des ariens« Soit intérêt persqpnel, soit amour aveuglé de sa nation ^ soit oubli des principes de la foi et séduction véritable; car il est bien difficile dé trouver un motif plausible à l'affreuse résolution d'un homme consacré à des fonction^ si àpogloii-i ques ; il* promit de faire embrasser les opiilionà^ d'Ariud à son peuple^ qui le ci^oyàit sut* su parole et récoutait comme son oraclô. C^étàit lui qui avait inventé Ids lettt*es gothiques ^ et traduit ei»^ cette langue la Bible entière y dont les évangiles que nous avons encore , fournissent un mçnument Xîurieux de l'état où se trouvait alors l'idiome des nations geritiàniques. Un homme ^ d'une capa-^ cité si extraordinaii*e pour des peuples tout guer'». riers et encore sauvagds ^ leur eut bientôt persuadé tout ce qu'il Voulut^ Par leur commerce avec les autres barbares y les Gotbs les infectèrent presque tous du venin de l'arianisnie^ Ainsi ValeUs j en les pervertissant ^ fut le premier auteur dé la pervers tion de toutes ces-ouitiôns infortunées.
Bienlôt héanmoîns il se brouilla avec 9es prO* sélytes mêmes. A leur arrivée dans la Thrace, oat les avait fort mal accueillis. Les oflicicrs romain» lenr vendaient les vivres à un prix exorbitanti ce qui en rc'duisit un grand nombre à périr de faim ,et les mit tous au désespoir ; en sorte tru'ils conspirèrent tous ensemble , et firent main-bassê sur les troupes romaines qui se trouvaient peu nombreuses. Yalens en apprit la nouvelle en Syrie, où il se disposait à réprimer les Perses. Bien vîte il fallut se transporter en Thrace, et la paix fu( conclue précipitamment avec le roi Sapor. La politique l'emportant mâme sur le zèle hérétique J, et le zélateur ne voùltint point laisser de niecontens sur une frontière d'où il était Contraint dô ^éloigner , il fit cesser la persécution en Orient ^ rappela d'exil les prêtres et les évêques , délivra les soUtaii-es condamnés aux mines , et rendit la paix aux orthodoxes , au inoins dans les villes considérables , particulièrement à Alexandrie. Pierre, disciple et successeur de saint Atlianase , et qui avait cherché un asile à Rome , comme son illus-^ tre prédécesseur, revint avec des lettres du pau^ Damase qui confirmaiehf son élection. Il avait pour lui tous les cœurs : on Ini remit les églises ," et l'on chassa l' usurpateur Lucius , qui alla solliciter la- vengeance delà cour ; mais on y avait de tout autres soucis, : -
Les troupes que l'empereur , arrivé depuis pprt à C. P. avait envoyées en avant contre les (ioths ,' sous la conduite du comte Trajan , vcnnicnt d'êtrri battues , accablées par le nombre prodigieux des ennemis. 11 Ôta le cotnmandemCnt à ce brave elî digne chef, à qui î! n'épargna point'Ips reprochés les plus injurieux, pas même 'telui tle làcliefé.^ Mais Trajan, catholique vertueux et d'une fof aussi vivcque' pure, lui répondit C0ui-a£;eusenient: Ce n'est pas moi, seigneur, qui ai perdu la victoire; elle était humaiuemetit impossible ; c'est vous q.uj[
favez procurée à nos ennemis , en tournant vers eux le secoui's du Tout-puissjint irrité par l'opr pression de ses vrajs adorateurs (i). Les généraux Arinthée et Victor, également religieux et grands 'hommes de guerre , appuyèrent fortement ce dis-/ cours. Le prince , à qui jamais ils ne furent plus nécessaires , prit le parti de dissimuler. Il rassembla toutes ses troupes, et à leur tête il quitta C. P. le II de Juin 378.
La cellule d'un solitaire renommé pour sa sainteté et ses miracles , se rencontrait sur la route de l'empereur. Isaac, c'était le nom du saint homme. Je voyant passer , lui cria : Où allez-vous ^ seigneur , après avoir fait la guerre au fils de Dieu et allumé sa vengeance ? C'est lui qui a suscité contre vous les barbares. Faites réparatipn à sa gloire : autrement vous allez périr a ve©^ votre armée. L'empereur répondit froidehient : Je reviendrai confondre ta prophétie , et te faire subir la mort due à tes impostures. Sur le champ il 3onne ordre qu'on tienne le solitaire emprisonné jusqu'à «on retour. J'y consens , repartit Isaac en élevant la voix encore davantage ; faites-moi mourir , si l'événement me convainc de mensonge (2).
Valens s'avança jusqu'auprès d'Andrinople, non loin de Nicée en Thrace , lieu malheureusement célèbre par le symbole que les ariens y avaient fait signer aux députés du concile de Rimini (3). La bataille s'engagea, le neuvième du mois d'Août. Les Romains y perdirent les deux tiei'S de leurs troupes. L'empereur y périt lui-même. On ne retrouva point son corps ; mais il passa pour constant , qu'ayant été blessé d'une flèche , on le transporta a quelque distance , dans une cabane où les ennemis mirent le feu sans savoir qui s'y trouvait. Dans cet asile funeste , il n'échappa qu un de ses
(î) Tli^od. IV , 33. I (3) Ibid. c. idt.
(2) Soz. VI , 4^. j
uJ(l6 HisTOi&B 08 l^Eglisk*
Sardes, qui sauta par une fenêtre, et rapporta cette éséspërante nouyelle. Ainsi périt , à Tàge d'uH peu moins de cinquante ans , le tyran des ador rateurs du fils^ de Dieu , et le dernier soutien de Timpiétë arienne chez les nations policées. Depuis ce châtiment exemplaire , elle tomba dans un tel discrédit, qu'on la put reearder comme ruinée dans Tempire ; et bientôt elle se fût totalement anéantie , sans les déplorables effets de la séducv tîon parmi les barbares.
DE L'ÈGXISE.