‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 20 sur 50 · II I S T O I R'K · texte numérisé non relu

II I S T O I R'K

Sue qu'en fît peu après saint Grégoire évêque de ysse , son frère , que le jour mêine tle sa mort fut change en un, jour tle fèbe , avec des solennités éditantes. Les plus illustres orateurs s'exercèrent comme à i'envi dans un si beau cbamjï , où l'amitié rendit aux talens supérieurs de Grégoire de Nazianze toute la pompe et la chaleur de ses plus belles années.

L'éloquent diacre d'Edesse , saint Ephrem , n'avait point altendule trépas de Basile pour en coht sacrer la mémoire. A la vue de ses vertus et de tou<tes ses qualités merveilleuses, dans une visite qu'U lui rendit à Césarée , il fut tout à'coup saisi du cet enthousiasme qu'il communique encore à ses leo teurs dans le récit qu'il en a laissé (i). Me trouvant, < dit-il , dans une ville où je complais me désaltéi-et aux sources pures de la charité , j'entendis ces i>aroles qui me saisirent d'étonnement : Leve-toi.j Ephrem, et te repais du divin aliment qui nourrît' les âmes. Où le prendrai-je , Seigneur , répondis-Js, avec inquiétude ? La voix poursuivit ainsi, enfaip saut allusion au nom de Basile , qui signifîe roi ï' Voilà dans ma maison un vase royal , qui te fourt" nitii celte précieuse nourriture. Je me lève, je vaii auilemple du Très-haut, j'entre avec res])ect soU» les augustes portiques, je porte avee empresse*ment mes regards dans l'intérieur de fédifice sacré^ et j'aperçois dans le saint des saints le vase d'électioit' d'où jaillissent les paroles de vie, majestueusement exposé devant les ouailles pures, dont tous les yeux, respirant une sainte avidité, étaient arrêtés sur lui. Je vis de toute partl'inimense troupeau^, repaître dVec attleur de la nourriture céleste ; m vis couler tout à l'enlour des ileuves de larmes.^ tandis qu'il faisait monter des voeux ardens vers 1» ciel ,.t:omme un encens d'agréable odeur, et jen vis. descendre des torrens de bénédiction. Enlînjé' vis Ifes chœurs de ces anges terrestres étiuceler de»

(t) Col. Mon. Cr. t. à, p. ,

splendeurs de la grâce; et ne pouvant plus résister à Tesprît qui s'empare de tous mes organes , je loue à voix haute la sagesse et la bonté de l'Eter-^ nel , qui honore ainsi ceux qui l'honorent.

En efFet, Ephrera donna publiquement des éloges à rarchevêque : ce qui causa dès rumeui*s par toute l'assemblée , et fit dire à quelques personnes : Quel est cet étranger , ^ui loue ainsi noire évêque ? C'est sans doute pour en recevoir quelque libéralité que ce mercenaire le flatte de la sorte. Il s'en fellait bien que le pasteur ne donnât dans la même imagination ; le Seigneur ne dédaigna pas d'inspirer a un saint ce qu'il convenait de penser d'uu autre saint. Après la célébration du saint sacrifice , Basile fit appeler cet homme extraordinaire , et conversa long-temps avec lui (i). Il n'est pas question dans les historiens de l'antiquité , de l'interprète que certains modernes font ici intervenir sans raison^ et en se contredisant équivalemment euxmêmes : puisqu'Ephrem , en louant publiquement Basile dans J église de Césarée , fut très-bien entendu par le peuple , il en parla sans doute la langue, et non le syriaque , où cette multitude devait être beaucoup moins versée que son savant archevê-

2ue. Etes-vous , lui demanda d'abord Basile , cet Iphrem qui honore le joug du Sauveur par la ferveur et la persévérance avec laquelle il le porte? L'humble diacre répondit : Je suis cet Eplirem qui rampe a peine dans la carrière du salut. Le saint évêque l'embrassa , et le fit manger avec lui. Il parut néanmoins étonné de la manière dont Èpnrem l'avait loué publiquement , et il lui en demanda la cause. C est , dit Ephrem , que je voyais sur votre épaule droite une cok)mbe d'une merveilleuse blancneur , qui semblait vous suggérer tout ce que vous disiez a votre peuple. A toutes les autres questions qu'on put lui faire, il répondit avec un esprit , un fonds de jugement et de

(i) TUcod. p* 8i 5 Sozom. p^ 220.

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Bcience^ quî ne causa pas moins d'admîratîon an. prélat que l'éminente vertu de son hôte.

S. E])hrem survécut fort peu à S. Basile : on croit qu'il mourut environ un mois après lui. Il fit alors un discours qu'on nomme son testament , où il défend de la manière la plus expresse , de lui rendre aucun des honneurs qu on faisait aux saints, de garder ses hahits comme des reliques, de l'enterrer sous l'autel, ou même en aucun autre endroit de réglise. Il veut être mis , sans nul appareil , dans un coin de cimetière. Mais il recommanda, instamment qu'on fasse pour lui des aumônes , des prières et des oblations, particulièrement le trentième jour après son décès ; ces pratiques respec-j tahles étant répandues dès -lors dans toutes le» églises (i). ^

IVeuf mois après saint Basile , mourut sainte Ma< crine sa sœur, dans le monastère qu'elle gouver-nait près de la ville d'Ihore de la province du Pont.. Son frère, saint Grégoire de Njsse s'y' rencontra^ comme il revenait d un concile d'Antioche, où ilavait assisté cette année 3^9. Les moines qui vi* ■valent sous la conduite de saint Pierre, un autre de ses frères, à quelque distance de ces religieuses,, vinrent selon leur coutume au-devant de l'cvêque , bien qu'étranger dans ce diocèse , et les vierges l'attendirent dans l'église. Tous prièrent ensemble , puis l'évèque leur donna la hénédiction , après quoi| elles se retirèrent modestement , sans qu'il en restât une seule pour lui parler : ce qui fit conjecturera Grégoire , sans doute parce qu'elles étaient voilées, que la supérieure n'était pas de leur nombre. II se fit introduire chez elles, et trouva sasœurdangereusejnent malade. Ils ne s'étaient point vus depuis huit ans , à cause delà persécution qui avait obligé Grégoire à quitter son pa3'S long-temps avant la mort de'Easile leur frère commun. Le discours ne tarda point à tomber sur pe cher et respectable défunt ,

{1} Mon. Qr. (.$.

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fel Grégoire parut extrêmement attendri. Macrinei' "près de rejoindre son saint frère dans les ciem ^ où son ame paraissait déjà tout entière, consola celui qu'elle laissait en terre, par un excellent entretien sur la dignité de nos âmes et le bonheur' de 4a vie future. Le savant évéque de Nysse en fîit si content , qu'il le rédigea depuis , et en composa un traité de Tame et de la résurrection , que nous* avons encore :.mais il a été corrompu, ainsi que quelques autres ouvrages de ce père , vraisemolà- Bernent par les origénistes.

. Tandis que Grégoire et Macrine s'entretenaient ensemble , ils entendirent entonner les pseàumes pour la prière des lampes , c'est-à-dire , les vêpres. - La sainte envoya son frère à l'église , et se ipit en prières de son coté. Le lendemain sur le soir , sa iMUtant à la dernière heure , elle ne voulut plus s'entretenir qu'avec Dieu. La prière du soir ayant encore commencé, elle se mit en devoir de s'en* acquitter autant qu'elle le pouvait; fit d'abord le signe de la croix sur ses yeux , sur sa bouche et^ sur son cœur ; le fit , à la nn de la prière , sur son* TJSage, et rendit aussitôt l'esprit eh poussant un grand soupir. Grégoire retint, pour préparer les funérailles , deux des principales religieuses , dont Tune veuve de qualité , nommée Yesliane , et l'autra la diaconesse Lampadie , qui sous Macrine conduisait la communauté. Il leur demanda si elles n'avaient point en réserve quelques-uns des habitd de l'abbesse, propres à parer son corps selon la coutume. Lampadie répondit en pleurant : Vous Toyez tout ce qu'elle avait : ce manteau grossier ^ ce voile qui lui couvre encore la tête , ces souliers usés ; voilà toute sa richesse. L'évéque fut réduit à l'orner de l'un de ses propres manteaux , tes habi ts des deux sexes consistant alors en de langues draperies y dont plusieurs convenaient indifféremment à l'un et à l'autre. Yestiane , en accommodant la tête , dit à saint Grégoire : Regardez son collier. Elle la détache par derrière^ tire en même temps ima

croix et uft anneau de fer, que la sainte p'orl toujours sur son cœur, et les pi'ésente à l'évèque. Partageons, dit Grégoire, ces précieux monumen» de Ja pauvreté ^de Jesus-Christ : gardez la croix ^ et je retiendrai l'anneau ; car j'y vois aussi uno croix gravée. Vous n'avez pas mal choisi , reprit VestJane ; l'anneaii est creux à l'endroit de tsKe esapreinte , et renferme du bois de la vraie croix. • On passa la nuit à clianter des pseaumes, comme dans les fêtes des martyrs. Le |our étant venu, comme il était accouru lui peuple inlini , saint Grégoire le rangea en deux chœurs , les femmes avec les vierges , les hommes avec les moines. C'est le saint lui-méine qui dans sa lettre au solitaire Olympius, contenant la viedesainteMacrine, nouA a transmis cet ordre de funérailles, f|ue le respect dq

iitalx cérémonie avec son clergé. Saint Grégoire et lui prirent par-devant le brancard où la défunte était étendue sur un lit ; et deux autres ecclésiastiqueB des principaux du clergé le prirent par-derriere y tous marchant avec une majestueuse lenteur. Un [ double rang de diacres et d'autres ministres précé* daient le corps avec des flambeaux : ce qui marque l'ancienneté cle l'usage de porter des cieri;es allumés en plein jour, comme du reste des cérémonies da l'église aux enlerremens. D'une e'strémilé de la procession juscju'à l'autre, on chantait des pseau-* mes tout d'une voix. Arrivé à l'église qui était celle

la traditionnejugera rien moins que minutieuxf L'évèque diocésain, nommé Araxe, se trouvait

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! et la mère do .'ine avaient déjà été enterrés , on fit les prières accoutumées avant d'ouvrir le tombeau. A l'ouverture , l'évèque Grégoire eut soin de couvrir d'un drap blanc les corps de son père et de sa mère

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■piété filiale , en les exposant , défij^

mort , aux regards du public. Après quoi les deuacJ

) VU. S. Macr. p. 300 et seq.

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A^cqU6S ehsemble prirent le corps de Macrine ,' le mirent, comme elle l'avait toujours souhaité,' à côté de sainte Emmélie sa mère , et firent une prière commune pour Tune et pour l'autre. Enfin. Grégoire se prosterna sur le tombeau , et en baisu la poussière.

Il eut vers le même temps la consolation de voir venger la gloire de son frère Basile, par la condamnation solennelle d'Eustathe dé Sébaste , son calomniateur. Suivant le témoignage eiîprès de Socrate (i) , ignoré ou mal rendu par plusieurs historiens, cet hérétique fut enfin anathématisé au concile de Gangres , métropole de la province de Paphlagonie* On dressa dans le même concile difierens canons de discipline., dont le second nous niontre au'alors subsistait encore la défense 4c se nourrir ae sang et de viandes suffoquées. Le Mste des règlemens ne tend qu'à réprimer les abus introduits par Eustathe et par se^ disciples. Ils con-^ ftistaient principalement à condamner tous ceux qui mangeaient de la viande ; à blâmer le mariage , pour quelque raison qu'on le contractât ; à embrasser la continence par horreur du mariage ; à abandonner ses parens et ses enfans , sous prétexte de vie ascétique ; à faire secouer le joug aux esclaves , sous la même couleur de piété ; à jeûner le dimanche €t à mépriser les jours de jeûne établis par l'église; à se retirer de la maison de Dieu , et à tenir des assemblées à part pour y faire les fonctions ecclésiastiques , sans la pi'ésence d'un prêtre délégué par lévêque; enfin, à mépriser. les plus saints usages autorisés par la tradition , tels que les commémorations des martyrs et les offices célébrés eu leur honneur. Cçs difierens abus proscrits par les pères de Gangres, n'étaient qu'un reste du manichéisme^ qui reprît bientôt vigueur sous le nom et par le crédit de Priscillien , et que nous verrons souvient reparaître dans la suite , sous des formes

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(i) Lib. I , C. 43.

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nouvelles : tant l'esprit humain est porté a substî'» tuer ses nouveautés subtiles et souvent pénibles à la noble simplicité de la foi et delà morale evangélique. L'antipape Ursin, quoique banni depuis longtemps, remuait encore par le moyen des clercs qu'il avait si illégitimement ordonnés; et plusieurs evêques, condamnés par le saint pape Damasé, se maintenaient dans leurs églises. Pour remédier à^ ces désordres , il se tint a Rome un fconcile composé d'évêques de toutes les parties dé l'Italie* Ils adressèrent une épître aux deux empereurs Gratien et Valentinien , où d'abord ils remercièrent ces princes de ce qu'ils avaient ordonné pour ruiner le schisme d'Ursin , savoir que Tévêque de Rome jugerait les autres évêques : ils les priaient ensuite d'appuyer le règlement qu'ils Venaient de dresser, par rapport à ces jùgiemens et a la décision des affaires ecclésiâêti'qfelfes* La cause de Damase avait été comme relâffee *à l'arbitrage impérial : sur quoi les pères déclarent Sue le pape suivait en cela l'exemple de ses pré=écessfîurs , selon lequel le pontife romain peut se défendre au conseil de l'empereur, si l'on né' tommet pas sa cause à un concile. Us ajoutent, ce qu'on ne trouve dans aucun autre monument, que le pape Sylvestre étant accusé par des impies, plaida sa cause devant Constantin.

Pour satisfaire à la demande du concile romain , les deux empereurs ordonnèrent , par vm édit en forme, que quiconque prétendrait se maintenir dans son église , contre un jugement pontifical rendu de concert avec sept , ou du moins cinq évêques, et que celui qui étant cité au jugement des évêq;nes refuserait de s'y présenter , serait conduit a Rome sous bonne garde ; que si le réfractaire se trouvait dans un pays trop éloigné, on renverrait son affaire au métropolitain; et* s'il était métropolitain lui-même , qu'il se rendrait sans délai , soit à Rome, soit devant les juges nommés par l'évêque de Rome , ou bien ati concile

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âé quinM evêques voisins ; et qu'il nV aurait plus moyen après cela de revenir contre le jugement (i)/ L'empereur Gratien ne respirait que le bien de la religion et de l'empire. Tous les historiens exaltent à Tenvi le caractère de ce^ prince , doué aussi avantageusement des qualités extérieures que de celles de l'âme : grand , bien fait , beau de visage ^ mais de cette beauté modeste et ii\^me un

f)eu timide qui annonce également la pudeur et à popularité ; l'esprit vif et solide, propre aux sciences comme aux affaires; le cœur excellent ^ sensible ^ droit , tendant toujours au bien et auvrai. Ces dispositions naturelles avaient été cul-»» tivées par la meilleure éducation ; son père Va-» lentinien l'ayant accoutumé de bonne heure au travail et à la fatigue , à la vigilance , à la tem-* pérance^ à toutes lés vertus de la vie privée et au gouvernement. Le poëte Ausone lui avait appris les belles - lettres , et l'auguste disciple fut si reconnaissant, qu'il promut son précepteur, d'ailleurs très-capable , aux premières chargés dô l'empire. Toutefois on. est fort surpris de trouver dans les poésies de l'instituteur d'un princer renommé particulièrement pour sa chasteté , millô traits licencieux qui annoncent dans Ausoné. des moeurs toutes païennes ; quoiqu'on ne doute pas qu'il n'ait été chrétien.

Mais le plus grand service que Gratien rendit tout à la lois à l'empire et à la reh'fiion, ce fut l'élévation de The'odose à la dignité impériale*;' Ce grand homme était Espagnol de naissance^ issu de la famille Ulpienne , aussi - bien que l'em-

1)ereur Trajan à qui il ressemblait , tant pour à figure que pour les bonnes qualités de l'esprit, sans qu'il en eût les défauts. Son père se nommait Théodose , et fut un des plus grands capitaines de son temps. Mais on le caloninia auprès de Gratien ; et cet excellent empereur ^

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\i)' Tom, 2, Conc, p, ioo3.

sGo Histoire

qui , par le seul défaut qu'on puisse lui reproclierj et dans lequel il ne tomba qu en voulant faire diversion aux penchans plus dfangereux pour son âge, perdit un sujet des plus essentiels à Fétatv Tandis *que le jeune empereur s'abandonnait à son goût pour la chasse et à l'inapplication qu'elle occasione, le comte Théodose , accusé de vouloir usurper l'empire , demeura à la merci de ses jaloux calomniateurs , et fut condamné à la mort , qu'il souffrit eh héros chrétien , après avoir demandé et reçu le baptême. Son fils courut risque d'être enveloppé dans la proscription. Quoique très-jeune encore ^ il était déjà fort avancé dans le service militaire , et avait été pourvu du gouvernement de Mésie , pour ses beaux faits. Il crut devoir céder à l'orage , quitta son gouvernement , et se retira an lieu de sa naissance. Ce fut de là que Gratien, rendu à son bon naturel , et faisant céder toutes le& appréhensions de la politique au bien de l'empire, le tira , d'abord pour lui confier le commandement des armées , et bientôt après il partagea avec loi la souveraine puissance.

Cette association se fit à Simirch , capitale de riUyrie occidentale , le 19 Janvier de Fan Zrg, Theodose était alors â^éd environ trente^rois ans. Outre ce quon appelait ordinairement FOrient, il eut encore dans son partage FIllyrie orientale, qui comprenait laThrace a^ec toute la Grèce , et

imposes

trique et 1 Italie : 1 empire de Lrratien comprit Gaules , FEspagne et la Grande-Bretagne. Si Théodose remplit tous les devoirs ii a sa reconnaissance par le don d'un empire ,*îlne repondit pas moins fidèlement à ce qu'on attendait de sa ivlîi;ion et de la pureté de sa foi. Une maladie dont il fut attaque à Thessalonique lui avant tait dcsiivr le baptême , il déclara hautement au il ne le voulait i-ecevoir que d'im ministre orlnOilo\e. 11 ne pouvait nùeu^L tomber qu entre le$

iD E l' E G L I S E- 2161'

mains de Vévêque du lieu , saint Ascole , non moins distingue par Féminence de sa vertu , que par son attachement extrême à la saine doctrine (i). Le concours des peuples de la Macédoine et des évê- -ques l'avaient contraint de quitter la vie monastique , pour le gouvernement de cette importante ëglise. Ciiéri et révéré de tous les plus dignes évêques de son temps , et sur-tout de saint Basile , il ne mérita pas moins la confiance du pape saint Damase y qui Tétahlit vicaire du siège apostolique dans les dix provinces dé TlUyrie orientale : prérogative qui demeura long-temps à ses successeurs. Nonobstant des préjugés si favorables à Ascole , Théodose ne voulut s'en fier qu'à lui-même , le fit appeler , et en exigea une profession formelle et précise de la foi catholique. Le saint protesta qu'il avait toujours professé fa foi de Nicée ; et j'en ai , dit-il , pour garant toute la partie de l'IUyrie qui m'est soumise , et qui conserve cette foi dans toute 8on intégrité , sans jamais avoir été infectée de l'arianisme. Très - satisfait du prélat, et bénissant le Seigneur , Théodose reçut avec joie le saint baptême , qui en effaçant ce que son ame pouvait avoir de souillures^ sembla aussi lui coniérer la santé du corps , qu'il recouvra peu de jours après.

Mais ce fut pour ce prince religieux un sujet kien amer d'affliction , d apprendre le triste état de l'église , non-seulement dans quelques provinces de son empire , mais dans la ville impériale de C P. où l'hérésie régnait avec plus d'insolence que par-tout ailleurs. Il consacra les prémices de son gouvernement au rétablissement de l'unité , afin d'arrêter à la source les progrès du mal. Tel fut le motif de la loi célèbre qu'il publia peu après son baptême en faveur de 1 église romaine , dont il donne la communion pour le siçne le plus sûr de ia catholicité. Nous voulons , dit-il (2), que tous

(i) Prosp. Chron. an. 38i. 1 (2^ L. 2, c. Theod. deFid.

\Ctnh. lib. 16.

;^6a Histoire

les peuples de notre obéissance suivent la religîo^ que le prince des apôtres enseigna aux Romains , et qu'on yoit suivre à présent au pontife Damase et à Pierre évêque d'Alexandrie ; en sorte que , seloii les enseignemens apostoliques et la doctrine de l'évangile , nous croyons une seule divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit , sous une égale majesté et une Trinité sacrée. Nous ordonnons que ceux qui tiennent cette pure doctrine , portent le jiom de catholiques ; que^s autres , dont nous ré* prouvons l'impiété téméraire et insensée , soient appelés du nom infamant d'hérétiques , et que leurs assemblées ne s'arrogent pas la qualité d'églises. Cette loi est du 28 Février 38o. Le 27 Mars suivant^ il défendit défaire des procédures crimir nelles dans tout le cours du carême.

Bientôt néanmoins , malgré toute l'aversion de Théodose pour les nouveautés impies, il parut une secte nouvelle des plus corrompues , et son berceau fgit la patrie même de l'empereur. Un cer-p tain Marc de Memphis apporta les rêveries des pianichéens , d'Ea;ypte çn Espagne , où il eut pour premiers disciples , une femme nommée Agapç et le rhéteur Ëlpidius. Ces prosélytes en firent un autre beaucoup plus important , dans la per^ 6onne de Priscillien dont la secte prit le nom (i). C'était un homme distingué par la naissance et les richesses , d'un caractère affable et insinuant, parlant avec beaucoup de grâce et de facilité , laborievix et patient, frugal , désintéressé , d'ailleurs génie ardent et naturellement inquiet , léger et peu solide , gâté depuis long-temps par des études suspectes , par les plus dangereuses curiosités , et comme on le disait, par l'exercice même delà magie. Avec ces dispositions soutenues d'un extérieur modeste et composé, il vit bientôt à sa suite une foule de personnes du peuple , du sexe , de tout ce qu'il y avait d'imaginations faibles et de gens

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