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DE L Eglise. ^^
inconsidérés dans tous les états ; en $orte que ces erreurs répandirent leur contagion avec une rapidité prodigieuse par toute TEspagne , où elles infectèrent même beaucoup de personnes de marque, et quelques évêques.
De toute part on formait des conventicules, qui donnèrent lieu aux plus grands désordres. Ces far natiquess^attroupaientde nuit , hommes et femmea, sans distinction et sans réserve , sans nul égard aux bienséances. Prévenus que la prière leur tenait lieiai de tout^ de quelque manière qu'ils la fissent, sou*vent ils priaient nus tous ensemble, sans se mettre en peine de résister à Temportement de leurs passions^ allumées tout à la fois par cette licence et par leur enthousiasme; en un mot, c'était toute la corrup-. tion du manichéisme , réunie avec celle qui avait décrié pendant trois ou quatre siècles les diffé*rentes sectes de gnostiques. Mais tout était couvert d'un secret encore plus impénétrable que les om-. bres des réduits où ils se rassemblaient. La maxime la plus sacrée à la secte et à chacun des sectaires ^ c'était de nier toujours , de ne jamais révéler le secret , quelques mensonges et quelques parjures qu'il en dut coûter , ce qu'ils exprimaient par ce vers latin : Jura y parjura ^ secretum prodere nolL
Toutefois ils ne purent tellement voiler ces horreurs , qu'elles i^ parvinssent à la connaissance d'Hygin , évêque de Cordoue , qui avait beaucoup de ces infâmes hérétiques dans son voisinage^ L'e^ vêquede Mérida seconda celui de Cordoue. Mais ces deux zélateurs, de caractère tout différent, étaient
Eareillement incapablesde remédier à ces désordres, [ygin, assez actif, mais faible et mou , se laissa honteusement corrompre par ceux qu'il avait dénoncés le premier; et Idace de Mérida les attaqua avec tant de chaleur , qu'il les révolta au lieu de les ramener. Après plusieurs disputes inutiles , il se tint un concile a Saragosse , où , avec les prélats d'Espagne , se trouvèrent ceux d'Aquitaine , entr'autres saint Delphin de Bordeaux , et Filade
cjue l'on croit être saint Pliébade d'Asen. L'ardenft Idace ne mancjua point de s'y rendre des [ii'eiuieis^ avec lin autre evêque du même caractère et presque du même nom tiue lui , savoir Ilhace de Sos- Bube , ville d Espagne que l'on ne connaît plus.
Il ne nous reste de ce concile qu'un fragment •qui paraît en eLre la conclusion , et qui contient Jiiiit canons. Ils tendent tous à faire cesser les pratiques diirêrentes de celles de l'église , et les bigarres singularités qui annonçaient l'bérésie- On défend de s'absenter de l'église pendant le carême et durant la semaine qui précède Noël, ainsi que dans les deux suivantes ; ce qui fait juger que dès -lors il y avait au mbins une semaine destinée à se préparer aux fêtes de Noël. On défend aussi de donner le voile aux vierges, avant l'âge de quarante ans ; et c'est le plus ancien monument que l'on connaisse de la vie religieuse en Espagne. .Si ce règlement concerne, outre les vierges qui Testaient dans le sein de leurs familles, celles qui tabitaient les communautés éloignées des périls du siècle, ce ne peut être qu'à raison de la nou- Teauté de ces pieuses institutions , que l'âge de la, profession s'y trouve si différent de celui qu'approuvait saint Basile. Mais cette forme de vie n'élant pas encore fort connue aux extrémités de l'Occident, les prélats, avantd y admettre , croyaient sans doute devoir exiger 'des épreuves longues et extraordinaires.
Les priscillianîstes n'avaient point comparu au concile ; mais ils n'y furent pas moins condamnés. Ils prétendirent que le jugement en était irrégulier, inique, et tout ce que les novateurs obstinés ont opposé à leur condamnation dans tous les siècles. Loin de se sonmettre , ils accordèrent le rang d'évêque à Priscillien , et l'ordonnèrent
Er^ur le siège de Labile , que l'on croit être Avila. 'un autre côté, Idace et Ithace poursuivirent les hérétiques avec une fermeté plus profane qu'épiscopale ; et par une méthode inouïe que blâme ioi>- ,
tement Sulpîce 7 Sévère dans son histoire , ils recoururent a la justice criminelle pour les faire punir. Les novateurs cédèrent pour un temps; mais a force d'intrigues et de sollicitations soutenues de présens , ils trouvèrent des protecteurs à la cour de Gratien, et firent annuller tout ce qu'on avait statué contre eux. Ithace lui-même , d'agresseur devint accusé , fut qualifié de perturbateur des églises , et s'enfuit épouvanté aans les Gaules. Il se tint caché à Trêves , dans l'attente ^e quelque révolution , et tout prêt à saisir la première occasion de venger sa cause , que son étrange Srocédé ne l'empêchait pas de confondre avec celle e Dieu.
Quand Maxime , après avoir usurpé le titre d'empereur , fut entré triomphant dans cette ville capitale des Gaules, Ithace lui présenta aussitôt une requête contre PriscilJien et ses sectateurs. Il y avait de fortes raisons à faire valoir , pour le fond de la cause , et c'était l'argent de la secte qui avait empêché de les écouter à la cour de Gratien , à crai l'on reprochait que l'avarice des favoris rendait tout vénal , sous le règne d'un prince tout occupé de ses amusemens. Cette allégation si puissante sur l'esprit d'un rival , avec un certain: fond de religion et d'équité dans Maxime , lui ouvrit l'oreille aux récpaisitions d'Ithace. Priscillien fut amené à Bordeaux , afin de répondre par-devant les évêques assemblés en concile ; inais il appela lui-même au tribunal de l'empereur , et ils eurent la faiblesse , dit Sulpice-Sévère (i), de déférer à rappel , au lieu de le condamner par contumace , comme ils auraient dû le faire.
On transporta à Trêves , où résidait la cour- de Maxime , l'hérétique Priscillien , avec les principaux docteurs du parti , enveloppés dans l'accusation ; et les évêques Idaceet Ithace les suivirent , i^n leur indigne qualité d'accusateurs. Leur ma-
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(i) Lib. a, subjin*
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nière -d'agir fut encore plus odieuse, que ce per*^ sonnage, et les eût fait prendre autant pour ses bojirreaux que pour ses délateurs. Tous le^ fidèles qui .avaient quelque idée de la douceur cléricale , en murmuraient naulemen t. Ils se scandalisèrent 5ur-tout de la conduite d'Ithace , qui se trahit alors en mille manières; ne montrant, ni la piété, ni la régularité , ni la modestie et la maturité con-» venables à un évêq^ue. Dépensier, homme de bonne chère, grand parieur et d'une Jnsulente liberté dans ses paroles; il n'était pas moins libre dans ses jugemens et ses imputations réfléchies : il tra<r duisait , comme priscillianistes , tous ceux à qui il voyait des mœurs plus austères ou plus sérieuses
3ue les siennes^ et plus encore ceux qui n'applauissaient. point à son acharnement contre la per* sonne des novateurs. La haute vertu de S. Martin ^
3ui se trouviait à là cour pour y solliciter la grâce e quelques malheureux , ne ïut pas épargnée ^ parce qu il conjurait le prince de réprimer l'hér résie , sans répandre le sanc hérétique.
Maxime eut néanmoins les plus grands égards pour les remontrances du saint archevêque de Tours , tandis qu'il demeura à Trêves. Mais la cour n'était pas l'élément d'un si saint prélat. Il partit aussitôt qu'il eut rempli sa charitable commission^ et/Priscillien fut conaamné à la jport avec ses sectateurs , après avoir subi la question. Ithace poussa l'indécence et l'inhumanité jusqu'à se trouver présent quand on la leur donna.
Durant les premiers éclats de Priscillien en Espagne , l'église de C. P. fut de nouveau troublée par le schisme et les divisions. Saint Grégoire de Nazianze continuait à prendre soin de ce troupeau désolé , sans toutefois s'arroger le titre de pasteur , et plutôt comme missionnaire que comme évêque. Il n'avait que des travaux à recueillir , nulle espèce d'émolument temporel : mais les fruits spirituels et divins le soutenaient ; quand ils devinrent , ainsi que ses incomparables talens ; la matière de
}a jaicmsîe d'un prêtre qui n'avait , pOUr lès balancer , que le vil mérite de Tintriguc. Celui-ci s'unit à un autre sujet plus méchant encore , appelé Maxime , philosophe cynique , des plus dignes de cette équivoque profession, quoiqu'il fût chrétien. Biais ce qui étonne ici davantage , c'est que , par l'artifice de ces deux homtmes méprisables , ou par la simplicité qu'ont souvent les saints du génie même le plus transcendant , le charitable docteur interprétant tout en bonne part ^ devint le pan4-
tyriste des. bizarreries de Maxime. Il pratique,, isait-il (i) , noire philosophie , sous i^n habit étranger , ou plutôt figuratif , dont la blancheur pous peint la pureté de son ame. Il - n'a de cyni-
3ue , que la propriété d'aboyer contre le v^ce ^ e caresser la vertu et de veiller à la garde des fidèles. C'est ainsi que les cyniques s'appliquaient les diverses propriétés de l'animal, dont ils empruntaient leur nom.
Cependant le protégé perfide ne tendait qu'à supplanter son protecteur et à se faire patriarche en sa place. Il eut même assez de manège pour euf gager dans son intérêt Pierre d'Alexandrie , suC'cesseur de saint Athanase, désigné par lui-même y dont il semblait d'ailleurs qu'on dût attendre une tout autre conduite , puisqu'il avait d'abord approuvé la mission (Je Grégoire , et lui avait donné ses lettres pour l'établir sur le siège de C. P. Cependant Maxime ne put gagner , entre les citoyens , aue quelque partie du bas peuple^, et sur -tout es mariniers , au milieu desquels il fut tumultueusement ordonné par des évêques envoyés d'Egypte. Alors on lui coupa ses longs cheveux , qu'il avait conservés jusqu'à ce moment , et il passa ainsi sans nul intervalle , au grand scandale du public , de l'état de cynique à celui d'évêque. Le souverain pontife , que les évêqUes voisins infor^ mèrent de ce qui venait de se passer , blâma for»*