‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 24 sur 50 · Tome JI. S · texte numérisé non relu

Tome JI. S

Cependant on élut un sujet estimalile et digne de cette place emînente, s'il y fût entré antreraent^ et s'il n eût pas reconnu lui-même la nécessité de la refuser, comme il s'était engagé peu auparavant à le faireponr le bien de la paix. C'e'taitFlaTieu, prêtre d'AntiocKe , qu'on a vu soutenir avec tant ce courage cette église en péril, durant les exil» de saint Mélèce. Mais Grégoire de JNazianze voyait perpétuer le schisme par cette élection : jamais il ne put se résoudre à l'approuver; bien moins k ordonner Flavien y comme on l'en pressa (i). Dam ces fâcheuses conjonctures , survint un nouvel incident qui acheva de le déterminer à se démettre. On appela les évèqiies d'Egypte et de Macédoine, qui n étaient pas encore réputés de Téglise d'Orient, mais dont on jugea le concours nécessaire dans les. circonstances. A la tête des Egyptiens, paraissais Timothée, patriarche d'Alexandrie, qui avait suo«' cédé à Pierre son frère , mort depuis peu. PieiTe ayant été pour Maxime le ci'nique et contre Gré" goire, Timothée se trouvait dans les mêmes dispos»»' lions. Les évêques d'Egypte, et ceux de Macédoîn*" qui prirent les sentimens des Egyptiens , se plaigni-l rent qu'on n'avait pas observe les canons, en fai*l sant évèque de C. P. un homme qui l'était d'ux^' autre siège. La plainte n'avait qu'une fausse appa-»' rence de régularité, et le docte Grégoire ne raan-' quait pas de réponse. Il n'était pas evêque de Nazianze, où il n'avait que soulagéla vieillesse 4e son. ■père dans ses fonctions; il n'avait jamais été pacifique possesseur de l'évèché de Sazimes , et n'occu- 5 ait plus ce siège lorsqu'il vint à C. P. au secours e cette église abandonnée, et réduite à un point de désolation qui ne pouvait nullement flatter la cupidité. Par-dessus tout cela, ce titre qu'il avail refuse si long-temps et d'une manière si édifiante^ il avait été contraint de l'accepter par le souverain, par le peuple et par un concile de tout l'Orient,

[.) Carm. i , p. a5.

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qui avait droit d'expliquer et d'appliquer les canons , d'en dispenser même en cas de besoin. Mais comme il y avait peu d'intelligence entre les ëvêques nouvellement arrivés au concile et les Orientaux proprement dits^ la pre'vention transforma des diiiicultés minutieuses en objections insolubles. Grégoire avait même l'estime et l'affection générale des deux partis; en sorte que les évêques arrivés les derniers lui protestaient en secret que c'était plutôt pour se maintenir contre des émules entreprenans qu'ils se plaignaient , que pour lui subroger en effet un nouveau pasteur. Mais il soupirait trop après sa liberté , pour manquer une si belle occasion de la recouvrer : il reparut aôrès bien des absences , au milieu des pères assemblés , et leur pi*otesta qu'il ne souhaitait rien tant que de contribuer à la réunion des esprits ; puis faisant allusion à l'histoire du prophète Jonas , si je vous suis une occasion de trouble, ajouta -t- il ^ jetez -moi

j empereur, et lui au: oeigneur , je viens vous demander une grâce bien plus estimable , à mou sens, que tout ce que sollicite l'ambition. Vous m'êtes témoin qu'on m'a fait malgré moi votre évê-

3ue; accordez à Grégoire de céder à l'envie, et aignez lui rendre un repos aussi convenable à sou insuffisance qu'à son âge et à ses infirmités. Tout ce qui m'intéresse, c'est de me voir donner uu successeur capable de défendre et d'honorer la religion.

Si Théodose eut beaucoup de peine à se rendre ,' le peuple et tous les gens de bien furent inoonsolables quand ils virent qu'on déférait à la demande du saint patriarche , et ils se retirèrent dans un morne silence , pour s'épargner la douleur de voir consommer leur infortune. Ce fut le saint qui se trouva réduit au personnage de consolateur. A cet effet , il fit en présence des pères du concile cet £^dieu célèbre qu'on a précieusement conservé ^

comme un des plus beaux moiiumens d'éloquence en ce genre (i). En y traçant une exposition abrégée de la foi , dont il avait la pureté si fort à cœur y ce génie heureux et juste, pour exprimer l'idée de personne, employa le mot prosopon, que les âges suivans ont reçu de lui comme synonyme d^iypostase , mais beaucoup moins sujet à l'équi • voque et à la chicane.

Après la démission du saint patriarche , il fui question de lui donner un successeur. On élut pour cela le préteur Nectaire , vieillard vénérable par sa bonne mine et son illustre naissance , chéri de tout le monde pour son bon naturel , sa popularité ot sa grande douceur. Mais loin de se trouver disposé à l'épiscopat , il n'avait pas encore reçu le baptême. Voici comment s'exécuta cette promotion sin-' gulière. Comme Nectaire était natif de Cilicje, il voyait souvent Diodore , mf^tropolitain de cette

Î)rovince. Ce prélat roulant dans son esprit les diférens sujets qui pouvaient convenir au siège' tout nouvellement vacant de la ville impériale , se mit •fortement dans l'imagination , que Nectaire le rem.plirait dignement. Il communiqua son idée à Flavien , déjà fait évêque d'Antioche , et qui ne fit qu'en rire. Mais quand Flavien se trouva seul, la singularité même de cette conce])tîon la lui rappela à diverses reprises , et fit enfin son impression (2).

Dans ces entrefaites, l'empereur fit dire aux prélats de proposer par écrit les sujets qu'ils trouveraient dignes du siège de C. P.- se réservant d'en nommer un entre ceux qui seraient proposés. Chacun fit sa liste; et comme le patriarche d'Antioche faisait la sienne , l'étrange idée de Diodore de Tarse lui revint encore , et il mit le nom de Nectaire au bas de la liste. L'empereur , au premier coup-d'œil, fut frappé de ce nom : il parcourt diverses fois tous les autres , tenant le doigt arrêté sur celui-ci ,

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(i) Or. 3a. (a) TUeod. v , 8.

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revient à Nectaire, et se détermine enfin pour lui* Tout le monde fut extrêmement surpris , et plusieurs évêques représentèrent qu'il n'était pas baptisé. L'empereu^ persista dans son choix. Le peuie demandait aussi Nectaire avec empressement, •e concours de toutes ces particularités fut pria pour un signe de la volonté divine. Ainsi Nectaire fut aussitôt baptisé; et portant encore l'habit blanc des néophytes, déclaré évêque deC. P. du commun, consentement de tous les pères du concile , sans en excepter saint Grégoire de Nazîanze qui concou rut à l'élection. Après quoi , Théodose envoya verle souverain pontife , pour demander ses lettres formées et confîrmatives.

I^ concile , présidé en premier lieu par saint Mélèce , ensuite par saint Grégoire de Nazianze , et depuis sa démission , par Timothée d'Alexandrie, le fut enfin par Nectaire : ce qui fait présumer qu'il y eut un assez bon nombre de sessions , quoiqu'on en ignore l'état et la suite, ainsi que le temps précis où l'on dressa les décrets dogmatiques et les Ctinons de discipline.

Quant à La foi , on déclara que le symbole de Nicée eu sei'ait toujours la règle. Mais comme depuis ce concile œcuménique , compté pour le pre-^ raier , en tirant de l'ordre commun celui des apôtres à Jérusalem , il s'était élevé de nouvelles hérésies touchant la troisième personne de la Trinité et l'incarnation de la seconde ; on dressa un nou-^ veau symbole, en explication du premier; et c'est celui qu'on chante encore aujourd'hui dans la liturgie de la Messe. Les apoUinaristes, devenus trèsfameux comme on l'a remarqué, soutenaient opiniâtrement que la nature humaine n'était pas en Jesus-Christ, au moins qu'elle n'y était pas entière;

fiur la chair du Sauveur , en disant que son corps

•i-jS Histoire

était descendu du ciel , par conséquent d'une autre nature que les nôtres, et qu'il s'était anéanti ou dissous après sa résurrection ; en sorte que Jésus avait été homme , plutôt en apparence qu'en réalité. Ceségaremens d'Apollinaire lurentd'abord condamnés avec réserve : c'èst-à-dire , qu'en censurant ses erreurs , on ne faisait pas mention de sa personne , parce que les plus illustres docteurs de l'Orient étaient prévenus d'une grande estime pour lui. Ayant enfin causé tant de scandale, qu'il n'y eut plus moyen de mettre son honneur à couvert , il lut condamné nommément , dans un concile tenu à Rome quatre ans avant celui de C. P. Mais les Orientaux crurent devoirimprimer une flétrissure particulière à la nouvelle hérésie , dans les contrées où elle se répandait davantage. Tel fut le motif des pères de C. P. pour faire une addition au sym-» bolè de Nicée.

Ge symbole , en parlant de l'incarnation du filsi de Dieu, se contentait de dire : Il est descendu des cieux, s'est incamé et fait homme , a souffert , est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux , et viendra juger les vivans et les morts. Celui de C. P. dit, qu'il est descendu des cieux, s'est incarné par Saint-Esprit , de la vierge Marie , et s'est fait homme ; qu'il a été crucifié pour nous sous Ponce-Pi la te , a souffert et a été enseveli, est ressuscité le troisième jour, suivant les écritures , est monté aux cieux , est assis à la droite du Père^ et viendra de nouveau juger dans sa gloire les vivans et les morts , et que son royaume n'aura point de fin. Touchant la troisième personne de la Trinité , le symbole de Nicée n'exprimait sa foi que par ces deux mois : Nous croyons au Saint-Esprit. Le symbole de C. P, ajoute , à cause des macédoniens : Nous croyons au Saint-Esprit , qui est aussi Seigneur et confère la vie , qui procède du Père , et qui avec le Père et le Fils reçoit les mêmes adorations et une même gloire, et qui a parlé par les prophètes. Pour tous les hérétiques en général , il

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apute : Nous croyons en une seule Eglise^ sainte ,, catholique et apostolique ; nous confessons un seul baptême pour la rémission des péchés; nous atten-. dons la résurrection des morts , et la vie du siècle à venir. Le <;ommencement des deux symboles est absolument le même- Après les articles de foi ^ on dressa les canons de discipline. On marqua d'abord la distinction des provinces ecclés^iastiqvies^ et les privilèges des

Srincipales églises. Ici Ion ^atue que les affaire» e chaque -province se régleront au concile de. cette même province , et que si l'assemblée pro-. vinciale ne suffit pas , relativement à Fimpor tance, eu aux difficultés de l'objet, les parties intéressées s'adresseront à"un plus grand concile , formé de toute la diocèse y <; cst-à-dire , dans le style usité, de nos jours^ du patriaiicat ou de la primatie. Ce canon ne fait plus mention d'appel au pape; la chose ayant été suffisamment réglée dans les statuts géneraiix de Sardique , auxquels ce concile de C. P. qui n'était d'abord que particulier^ ne peut être censé déroger par son silence , quoi, qu'en puissent dire ceux qui hasardent , sur cette preuve purement négative , une conjecture de cette conséquence. Mais elle est jévidemment démentie par des faits postérieurs^ notamment par celui de saint Jean-Chrysostome , évêque de, C. P. même, de qu'on prétendait empêcher par. le sixième canon , c'était de recourii' en matière incompétente à l'empereur ou à ses offiiciei's, au mépris de tous les é\>êques de la diocèse^ suivant les expressions du concile.

A l'occasion de ces principes du régime ecclésiastique, on voit jtou^ela constitution de l'église orientale ; premièrement , les deux patriarcats

Srimitifs d'Alexandrie et d'Antioche, avec des roits bien différens. L'évêque d'Alexandrie avait le gouvernement de toutes les églises de l'Egypte , de la Lybie et de la Pentapole. Celui d'Antioche jie jouissait que de quelques privilèges , de juiû*

diction néanmoins ainsi que d'honneur , ctlesmêmcft précisément qu'on avait reconnus à Nicée : car le concile de C. P. ne prétendait rien établir de nouveau , mais simplement confirmer les anciennes coutumes. Le gouvernement ecclésiastique de l'O* rient proprement dit, ou de la Syrie dont Antioclie était la capitale , est attribué aux évêques orientaux en général , entre lesquels on compte plusieurs métropolitains. Les premiers prélats des trois autres régions de l'égli&e orientale , nommées diocèses dans le sens que nous avons déjà dit , et beaucoup plus étendues, que ce qu'on nomme aujourd'hui de la sorte , savoir l'Asie , le Pont et la Thrace , prirent dans la suite le titre, d'exarques. Celui de l'Asie était l'évêque d'Ephèse ; celui du Pont , l'évêque de Césarée en Cappadoce , et celui de la Thrace . l'évêque d'Héraclée , dès-lors effacé par révê<|ue de C. P. he concile accorde même le pas à l'évêque delà ville impériale qu'il appelle la nouvelle Rome , immédiatement après l'évêque de l'ancienne : et tel est le troisième canon , le plus fameux.de tout le concile.

Il ne parait toutefois conférer à ce siège aucune juridiction ^louvelle , si ce n'est peut-être sur la Thrace : mais les suites de cette attribution d'honneur furent de la conséquence la plus effective et la plus rapide. Ainsi , au lieu d'une simple distinction , l'évêque de C. P. s'arrogea en assez peu de temps une juridiction des plus absolues, tant sur l'Asie-Mineure, que sur toutes les provinces de l'Europe soumises à l'empire d'Orient. Avant cela , tout ce que l'on comprenait sous le nom d'IUyrie orientale ou occidentale , avec le reste de l'Europe et l'Afrique , était du patriarcat de Rome.

On ne voit personne qui ait assisté au concile de C. P, de la part du pape ni des Occidentaux. Baronius prétend que le siège apostolique y avait envoyé une profession de foi avec les anathèmesi contre les hérésies de l'Orient , et qu'on en tira la

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plupart des décisions. Mais ses preuves souffrent de grande* difficulte's ; et ce qu'il en veut conclure , se trouve assez bien établi sans ce faible avantage. Le consentement subséquentdu souverain pontiieet du reste de Féglise, qui n'est pas douteux par rapport aux décrets dogmatiques de ce concile , leur donnait tout le poids qui pouvait résulter d'une convocation ordinaire et d'une autorisation formelle. Voilà pourquoi il est reconnu pour concile universel , et compté pour le second œcuménique.

Tout étant statué , les étêques prièrent remperenr de donner un édit pour appuyer leurs ordon^^ nances^ et afin^ lui disaient-ils, de mettre la conclusion et le sceau à nos résolutions, ainsi que vous avez honoré l'église par les lettres de convoi cation. On a toujours entendu qujil ne s'agissait ici que de procurer l'exécution des canons dressa parla puissance ecclésiastique, et quesi l'empereur, en qualité de protecteur de l'église et de concer^ avec elle , pouvait faire célébrer des conciles, ce n'était point à lui d'apposer , dans la rigueur des termes , le sceau à leurs décisions.

Théodose ordonna de livrer sans dél«ii tontes leé églises aux évêques , qui confessant la sainte Trinité, reconnaîtraient uneseuledivini té en trois personnes,* et seraient unis de communion avecNectairedeC. P. nommé ici comme dernier président du concile^ Timothée d'Alexandie, Amphiloque dicône, prélat d'une grande sainteté et d'un grand poids , et avec les autres évêques non moins distingués par la pu-» reté de leur foi que par la dignité de leui^ siéges« Quant à ceux qui ne tiennent pas la tnême doctrine que ceux-ci , porte le rescrit en termes exprès , chassez-les de leurs églises , sans qu'elles puissent leur être rendues à l'avenir , afin que la foi de Nicée demeure inviolable. L'exécution de ces ordres est commise au proconsul d'Asie , selon la forme ordinaire des rescrits impériaux, qui se désignaient toujours un ministre particulier. Qn clioisit ce

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gouverneur, parce (fue sa province était la plus infectée des erreurs mace'doniennes , qui faisaient l'objet capital de l'animad version du concile.

Il y eut en même temps plusieurs autres lois en faveur de la religion. On déelara les manichéens incapables de rien donner ou recevoir entr'eux, par testament ou aulrement, et on leur défendit de tenir des assemblées , sous ([uel<]iie nora c|u'!ls se pussent déguiser. La peine de mort fut même prc noncée contre ceux «jui prendraient le nom de saccophores , d'encratites , ou d'tivdroparastes. Ea '' changeant ainsi de nom , ces vicieux sectaires tentaient de se dérober au mépris et à l'horreur qu'excitait la corruption de leurs maximes et de leurs observances. Ils se nommaient saccophores ou porte- ,sacs , à cause de leur extérieur pauvre , négligé , ctd'autantplusJmposant qu'ils avaient plus de vice» à masquer ; encratites ou continens, parce que dans leur libertinage monstrueux , ils condamnaient le mariage ;bjdroparastes en fi^i, ou aquariens, parce qu'ils blâmaient tout usage de vin, jusque dans l'eucharistie où ils n'employaient que de Peau. Ces fanatiques parurent si dangereux et si ennemis du bien publie , que le prince chargea Florns , préfet d'Orient , d'instituer des inquisiteurs pour leur , recherche. C'est le premier monument où l'on troi*ve dans les lois le nom d'inquisiteurs contre les hérétiques.

Depuis le règne de l'empereur Constance, on avait laissé le paganisme fort tranquille par tout rOrieuL Les superstitions les plus impies se perpétuaient , s'augmentaient même en bien des endroits , au grand déplaisir des fidèles , et avec scandale pour les faibles. Suc la fin de l'année 38i , Théodose , en attendant que la prudence permit, de fermer tous les temples des idoles , détendit , 60US peine de proscription , les sacrifices de jour et de nuit. Par un édit de la même année, il ota à tous les chrétiens qui se feraient païens , la faculté lie tester , et il ca&sa leurs testamcns picccdeus.

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Dans la partie de l'empire soumise à Gratien , ce jeune et vertueux empereur se faisait un devoir de marcher sur les traces de son auguste collègue. U restait à Rome , dans le lieu où s'assemblait le sénat , un autel de la victoire; non pas précisément pour la décoration , ou comme un monument anticfue et curieux ; mais on y offrait des sacrifices idolâtres, et le sénateurs chrétiens avaient la douleur et la confusion de voir l'impiété triompher avec insolence dans le sanctuaire des lois. L'empereur Constance l'avait fah abattre anciennement ; Julieii Tapostat l'avait rétabli ; Valentinien , suivant le

{>lan d'indifférence qu'il s'était tracé par rapport à a reh'gion ^ avait laissé les choses dans l'état où il les avait trouvées. Gratien , plus zélé que son père, fit abattre sans ménagement ce trophée de l'idolâtrie 5 et confisqua les terres ainsi que les autres biens attribués jusque -là aux temples des faux dieux ou à leurs pontifes. U abolit de même les privilèges des vestales ,ne témoigna que du mépris pour ces vierges abusées par la superstition , ou par l'amour des distinctions puériles qui leur coûtaient de si pénibles elforts. Les sénateurs idolâtres députèrent vers le jeune empereur,pour se plaindre de l'aifront qu'ils prétendaient avoir reçu; mais les sénateurs chrétiens , qui commençaient à faire nombre dans une compagnie où l'idolâtrie comptait avoir établi un asile éternel , envoyèrent de leur côté. G ratien répondit d'un air froid et absolu ,

au'à des ordres donnés en connaissance de cause , n'y avait rien à changer.

U fallut tenir auàsi des conciles en Occident, pour maintenir l'intégrité de la foi contre les tentatives de quelques novateurs. Les actes de celui d'Aquilee , tenu cette même année 38 1 , sont des plus dignes d'attention , pour l'exactitude avec laquelle ils instruisent de la manière dont on procéda contre Pallade et Secondien , deux évêques ariens ciu'oa y déposa. Le premier sur-tout employa tout 1 artifice imaginable pour cacher ses sentimcns ù

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force d'écmîvoques, et quand il se vit convaincu ^ pour éluder Fautorite de ses juges qu'il disait in« compétens. Mais Thabile imposteur avait affaire à un antagoniste encore plus nabile. Ambroise , ar-^ chevêque de Milan , le suivit dans tous ses subterfuges , et le réduisit à demander vaguement' et insensément un concile plus équitable et plus nom-p breux : appel misérable , dont on fît le cas qu'il méritait , en déposant son auteur. On ne trouve à la vcrî té dans ce concile que trente-deux ou trentetrois évéques : mais on ne vit jamais un concile plus saint , où du moins il se soit trouvé plus de saints , reconnus comme tels par Téglise. Us étaient laplupart d'Italie : mais les autres régions, excepté l'Eispagne trop agitée parles troubles du priscillia-» nisme , y avaient chacune leurs députés, et tout rOccident y prit part. On avait même disposé les choses de telle manière que les évéques aOrient pussent y venir; bien qu'on ne crût pas nécessaire de se réunir en un même lieu , comme on le Êiit entendre , pourvu qu'on fût assuré de l'union des sentimens. On n'y vit même pei^onne de la part du pape , ni de toute la partie de Tlialie qui lui était immédiatement soumise, c'est-à-dire,dela ]>réfeclure du prétoire de Rome. La raison en peut être la même que cellequ'aliéguèrent les Orientaux pour ft'en dispenser ; savoir, la coutume de ne se rassembler ainsi de toute part que pour les conciles généraux, ou l'inconvénient d'abandonner leurs églises sans une nécessité pressante et relative au bien général. Saint Valérien tenait la première place , en sa qualité d'évêque diocésain ; comme saint Grégoire de Nazîanze, et depuis lui , son successeur Nectaire , venaient de le faire au concile deC. P. Mais «aint Ambroise , métropolitain du vicariat d'Italie , dont Milan était la capitale, conduisit toute Faction ; car il n'y en eut qu'une contre les deux évéques hérétiques. Avant de se séparer, les pères écrivirent aux empereurs, selon Fusace, pour implorer leur autorité en faveur de Féglisc. A cette

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lettre du concile d'Aquilée , nous en joindrons une seconde touchant le même objet ; quoiqu'elle soit d'un autre concile , qui fut tenu peu après dans les mêmes conjonctures et le même pays. Dans ces lettres ^ adressées l'une et l'autre à l'empereur Théodose, on voit que les pères ne se contentaient pas qu'entre. tous leurs collègues les évêques d'Occident , il ne restât que les deux ariens qu'ils venaient de flétrir,et que dans le reste des églises jusqu'à l'Océan , comme ils s'exprimaient , tous les fidèles fussent dans la même communion (i). La sollicitude de tout le monde chrétien affectait vivement leur charité apostolique , et ils n'apprenaient qu'avec douleur que les divisions persévéraient entre les catholiques du Levant^ quoique les sectaires y fussent aussi réprimés. L'élection de Flavien à la place de saint Meièce les affligeait sensiblement, en ce qu'elle perpétuait un schisme ou une désunion qu'on aurait pu éteindre si facilement. Ils blâmaient encore l'élection de Nectaire pour le siège de C. P. Mais il parait qu'en ce dernier chef, la distance des lieux les avaient empêcliés de prendre une connaissance exacte des faits, au moins des personnes; puisqjue nous leur voyons donner la préférence au droit du cynique Maxime ^ sur celui de saint Grégoire de Nazianze.

Ils se plaignaient queMaximeétant venu en Occident pour se défendre dans un concile , les Orientaux eussent décliné le jugement ,sans daigner comparaître en aucune manière. Quand il n'y aurait cependant point eu de concile indiqué, ajoutaientils, on aurait agi selon le droit et l'ancienne coutume , en recourant au jugement de l'église romaine , et en même temps de l'Italie et de tout l'Occident ; comme ont fait Athanase et Pierre y tous deux évêques d'Alexandrie , et tant d'autres orientaux. Nous ne nous arrogeons pas l'examen ou l'instruction de la cause ; mais nous devions avoir

(i) Apud Amhros, Epist, la.

aSfî Histoire

part à sa décision. Ils proposaient ensuite un concile des deux églises d'Orient et d'Occident , (pii se rassemlileraient àRorae. L'empereur Tliéodose, en répondant aux Occidentaux, prit soin de leur démasquer Maxime, et de leur démontrer l'extrême différence de son ordination et de celle de Nectaire. Il leur fit entendre <jue cette afTaire , comme celle de Flavien j avait dii se traiter en Orient, où toutes les parties se trouvaient présentes, et qu'elles avaient été en effet traitées de telle façon qu'il ne restait plus aucun sujet d'agiicr ainsi toiUes le» églises orientales , et de citer leurs évêques ea Occident.

Quant à ces évêques , après avoir reçu les lettre» de convocation du concile de Rome , ils s'excusèrent eux - mêmes respectueusement , sur le péril qu'ils trouvaient dans les circonstances présentes, à s'éloigner si long-temps de leurs troupeaux. Qoetque désir que nous ayons , disent-ils , de corres-

Eondre à des invitations si pleines de zèle et de ienveillance , nous n'osons laisser sans pasteurs des églises qui ne commencent qu'à se rétablir. Les faux docteurs en sont chassés ; mais ils continuent à faire des assemblées clandestines, et conjurent , avec autant de malignité que de secret ^ contre la maison de Dieu. Ce voyage d'ailleurs nous serait absolument impossible. Le teime assigné , est trop court pour que nous puissions faire nof préparatifs , ou seulement que tous les évêques de notre communion puissent être avertis , et cnarger les voyageurs de leur consentement. Tout ce que nous pouvons, c'est de vous envover nos vénérables frères , les évêques Cyriaque , Eusèbe et Prîsrien , qui ne vous laisseront pas en doute sur notre façon générale de penser relativement à l'union et il la foi.

Le patriarche d'Antioche , Paulin , ne laissa pal de se rendre à ce concile de Rome ; et sa présence vraisemblablement ne contribua pas peu à lui ménager la protection et la communion de l'Occident,

àVexclasion de son concurrent Flavîen,ain9Î quedes. deuxévêques qui avaient ordonné ce second patriarche ) savoir , Diodore de Tarse et Acace de BéréeJ U vint aussi d'Orient deux illustres docteurs, Epiphane, évêque de Salamine dans l'île de Chypre ,' et le savant prêtre Jérôme , fort attachés Fun eb l'autre à Paulin. Epiphane était né en Palestine , et il professa long - temps la vie monastique , à laquelle le forma saint Hilarion. Pour s'y perfectionnerai! passa un temps considérable en Egypte, où il y eut de grands périls à courir de la part des gnostiques qui lièrent assez particulièrement avec lui , pour lui dévoiler leui's sales mystères* Leurs dévotes usèrent jnême de tous leurs artifices pour le corrompre. Mais la grâce qui le préserva , lui fit employer ces découvertes au décri de l'impudente secte et à la gloire du Seigneur.

Tel est le but du grand ouvrace qu'il composa , «eus le titre de Panarion , cest-à-dirè, amas de contre-poisons , ou Antidote universel. Il y observe jiisques à quatre-vingts hérésies dont A fait l'histoire , et qu'il réfute chacune en particulier. A la fin , il expose les dogmes de l'église catholique , et les principaux articles de sa discipline. C'est là qu'on trouve le fameux témoi-* S nage rendu par ce saint docteur à la pureté es ministres ecclésiastiques en général , et à l'église même d'Orient , au moins quant à sa très-grande partie. En réfutant certains hérétiques qui condamnaient absolument les secondes noces , il dit Î[ue cette erreur provient de ce qu'ils confondent es laïques avec les prêtres ; le sacerdoce , à cause de son admirable dignité , ne se conférant point à ceux qui , après leur première femme y en auraient épousé une seconde. Puis il ajoute , que celui qui est marié y quoique pour la première fois , et qui engendre des enfans , quoique d'une seule femme., n'est toutefois admis à Tordre , ni d'évêque,nideprêtre,ni dediacre,ni desous-diacrej mais qu'on n'y reçoit que ceux qui gardent lacouli-;

â88 Hisfo'iKÉ

nence vîrcînale ; soit qu^ils ayent toujours vécu dans le célibat , soit cru ils soient veufs après un seul mariage , ou qu'ils vivent avec leurs femmes comme avec leurs soeurs. Ce qui s'observe religieusement y poursuit-il , dans les lieux où les canons sont exactement gardes ; car on ne saurait ilissimuler qu'en plusieurs endroits les prêtres , les diacres et les sous-diacres sont pères. A cette espèce d'objection , le saint docteur répond que cela ne se faisait par l'autorité d'aucune* loi ecd&iastique ; mais par la faiblesse et la lâcheté des Sommes , qu'on tolérait en certaines conjonctu-' res j à cause de la multitude du peuple fidèle et du petit nombre de ministres parfaitement pro-

5 res à le eouverner. On entrevoit ici la nianière ont le célibat a commencé à se relâcher dans réglise grecque. On y peut encore voir que les ordres sacrés étaient les mêmes pour les orientaux que pour les latins, sans en excepter le sous-diaconat. Saint Epiphane traite la virginité avec honneur , non-seulement dans les prêtres , mais dans tous les états ; et il lui donne la préférence sur le mariage,

u'il juge néanmoins digne d'estime et de respect.

•e jeûne et les macérations , Fabstinence ae la viande , ou de certains alimens en certains jours, et beaucoup d'autres pratiques pieuses que de scandaleux rétbrmateurs ont osé attaquer dans les derniers siècles ; on les trouve en usage , et bien plus accréditées encore au temps où le saint évêque de Salamine écrivait , qu'elles ne le sont aujourd'hui.

Outre son Antidote , il fit , à la prière de quelques personnes vertueuses de Pamj)hilie , ce qu^il intitule Ancorat , dans son goût allégorique , et en représentant , sous le symbole d'une ancre , l'affermissement de Tesprit dans la foi : ouvrage qui ne tend en effet qu'à dissiper les doutes qu'on semait alors contre la foi de la Trinité , spécialement contre la personne adorable du Saint-Esprit.

Saint Jérôme était né en Dalraatie , d'une

famille

Êimille opulente qui luî procura une éducation distinguée. Il vint a Rome dès sa première jeunesse^ et il y étudia sous les meilleurs maîtres. La corruption de la capitale Tayaut entraîné dacts quelqueé dérangemens , il s'en corrigea dans un âge mur ^ eii recevant le baptême. Depuis ce premier chan-» gememt , cette ame forte ne se démentit plus ; et si elle ne prit pas encore le goût parfait des choses saintes et purement évahgéliques , au nâjôins elle ne marqua plus d'inclination que pour les choses raisonnables^et s'éleva toujours depuis de Vertus en vertus. L'envie de se former et d'enrichir son esprit des productions ingénieuses de tous Ie$ climats ^ Teilgagea dans la carrière des voyages. En Gaule ^ cet estimateur si\r et laborieux copia da sa laain^ le traité de saint Hilaire sur lés synodes. I(ien ne coûtait à son courage, quand il s agissait d'appre* JTondir un auteur et d'acquérir de solides connais^

ipres avoir parcouru plusieurs pro' vinces , en observant tous les monùmëns précieux , et en recueillant, selon sa comj>àraison^ comme une abeille infatigable , le suc de toutes les plantes qui se rencontraient sur sa route y il s'arrêta daiM la célèbre Ântioche , l'asile de tous les talens de rOrient. Il y fit connaissance avec Apollinaire ^ çç génie rare du centre même du génie ^ et qui n'était pas encore décrié coffîine hérétique. Las enÔn du grand monde et des distractions , il se retira -dàiis un lieu tl-anquille et solitaire de la petite provinç|9 de Calcide , sur les confins de là Syrie et dé l'Ar^l^ie; Mais les anciennes images dé la vôliipté l'y suivirent , et il s'y trouva extrêmement importuné par leurs impressions opiniâtres. L'assiduité à la. prièrffi et les plus dures austérités ne suffisaient pj^^f^iir les dissiper; la providence le permettant tjnjsippixip l'aTantage de Tdglise , et voulant par ce moyea former celui de tous les saints dôc.teurs ,^Ie plus érudit peut-être, et incontestablement le plus veirsé Tome JL T

fQ% Histoire

contre son gré; et l'ordinand ne donna le consentement requis , qu'à condition qu'il ne quitterait point la ^ie solitaire. On a dit que par une humilité hors des règles communes, il n avait jamais ofFerl le saint sacrifice. Mais le sage et savanl pontife Ëcnoit XIV a montré que celte conduite n'avait eu lieu que pendant le séjour du saint à Bethléem ; c'est-a-dire , dans des circonstances qui écartaient toutes les prétentions que l'on voudrait fonder sur une pratique suivie pour des raisons si diirérentes(i). Le vrai motif de cette conduite, c'est que Jérôme oi-douné par Paulin , et odieux à la plupart des Orientaux. , craignait en exerçant les fonctions de son ordre , de renouveler ou d'augmenter les troutles et la division. Parle même motif, il ne voulut ■as demeurer a Antioche ; et par le désir insatiable e toujours apprendre, il alla de Svrie , ou de jPalestine à C, P. , tandis que saint Grégoire de PJazianze y était encore. Il prit sous un si grand maître les solides principes des saintes études. On raconte qu'un jour il lui demanda ce que veut dire, flans l'évangile de saint Luc , le sabbat secondpremier. Saint Grégoire lui répondit par une plaisanterie, qui montre la valeur que ce judicieux orateur attachait aux applaudi ssemens du peuple , souvent prodigués le plus à ce qu'il entend le moins. Je vous satisferai , dit-il , dans l'église, où tout le monde m'applaudit. Là il faudra bien que vous sachiez ce que vous ignorez ici. Car si vous étiez le seul à ne rien dire , tout l'auditoire vous prendrait

Kour un stupide (2). Saint Jérôme se rendit enfin à ome pour la seconde fois , dans la compagnie de saint Epiphaneelde Paulin d'AutiocUe, lorsqu'ils vinrent au second concile qu'y célébra le pape Damase.

Alors le souverain pontife s'attacha personnellement ce génie supérieur , en qualité de secrétaire , ail moins pour ces lettres Importantes qui servaient-

(rj Insiit. 94 , n. i3. (a) Hier. Epiit.adîiepot. c. 2».

Il È l' E T& L I » E. 20

de réponses aux consultations adressées sans cesse

{>ar les différentes églises à lélir mère commune (i). l ne laissa pas de continuer ses travaux inestimables sur les livres saints , dont le pape même Fengacea à «coiTiger la vei^ion latine ; et c'est là qu'il mit au

i'oursa correction du pséautier , selon les septante. 1 y vengea aussi la mère de Dieu y de la témérité scandaleuse d'un certain Helvidius y disciple de l'arien Auxence. Cet impie prétendait que depui$ la naissance du Sauveur , Marie avait eu des enfans de Joseph : il attaquait la virginité même , et il soutenait que celte vertu angéliquen'avait aucune prééminence sur le mariage : erreurs accréditées en Orient par les hérétiques antidicomarianites, et qui commençaient à se répandre ep Occident. Jérôme n'eut point de peine à faire sentir la solidité de la croyance contraire qui se trouvait établie dans toute l'église : mais peu content de démontrer la perpétuelle virginité de Marfe , il établit encore <iue son chaste gardien saint Joseph avait pareil^ lement gardé jusqu'à la mort sa pureté virginale.' Enfin ^ sans rien ôter à la dignité du mariage , il exalte infiniment davantage les privilèges de la virginité : ce qu'il fit avec plus d'éclat encore, contre Jovinien qui la déprimait avec plus d'audace. Comme les lucifériens, aussi grands ennemis de saint Damase que chauds partisans de l'antipape Ursin , ne cessaient de cabaler à Rome, Jérôme écrivit contre eux en forme de dialogue*. Cet ouvrage abondant en traits d'érudition , et qui rem-*

plit parfaitement son objet , est encore plus utile y par l'assurance où il met les vrais principes de la foi , en montrant avec évidence , par les actes mêmes du concile de Rimini , la manière dont on y avait surpris les évêques.

L'étude de l'écriture était alors fort en vogue, el; d'un çout universel entre les personnes de piété. Tout le monde recourait sur cette matière à 1 nabi-

■ 'Sgi H I s T 0 ! R B

leté recoBnue du docte Jérôme : mais le sexe dévot J jusque dans les premières conditions , signalait principalement son ardeur à s'instruire. La modestie du maître,eL plus encore sa chasteté circonspecte, jui inspiraienldereloignementpourcegenrede disT <;iples. Mais comme on n'avait jamais tant afl'ectéde mépris pour l'état des vierges , qu'on s'étudiait à leç débaucher par principes , en leur dentandant si elles jn-étendaienl être meilleures que Sai'a,queSusanne,

aue tant d'autres femmes mariées dont 1 écriture fait 'éclatans éloges \ le saint docteur crut qu'il ne fallait poinl abandonner un sexe fragile àsa faiblesse, ; par l'appréhension scrupuleuse d'être entraîné dans I sa chute en lui tendant ta main , et que le péril n'é-< I tait à craindre que pour ceux qui s'y engageaient contre l'ordre de la providence. Il s'occupa dono «érleusement à confirmer dans leavs saintes réso-. Jutions les vierges et les veuves , soit contre les ina^iiTies spécieuses i^es sédifcteurs accrédités , soit cbntre les amorces de la volupté et de la mollesse qui en devenaient pins dangereuses, Alors on vit une Multitude de jeunes personnes, du rang le plus élevé «t de la plus riante fortune, s'arracher aux délices de Home , à l'espoir des plus hautes alliances, poup suivre les traces ausières du fils d'un Dieu pur ■ esprit, et d'une mère vierge.

,, Sainte Morcelle fut , avec sainte Aselle sa sœur , un des plus tonclians exemples en ce genre, Mar-: celle étant restée veu^e après sept mois de mariage , , sa jeunesse , sa rare beauté, son nom et ses grands . Iiiens la faisaient rechercher par un seigneur de ' I9 première qualité , nommé Ceréalis , qui avait été I jsréfet de Kome et consul. Elle tint ferme contre ' toutes les poursuites , contre les sollicitations de ses proches et de ses amis, qui lui suggéraient des ■ prétextes d'autant plus sédujsans , qu'ils étaient j tirés des propres périls de sa vertu , et avaient im I air plus plausible et plus légitime. Mais se confinant f ^ans une maison de campagne , à quelque dietancç f àç lu vUle , elle y vécut dç înanière à écartei- tous

DÉ I.' E G L I 8 E. agS

les dangers et tous les soupçons* Elle ennoblit les observances .de la perfection evangéli.que dans le monde le pins fastueux , s^assujettit au joug de là vie religieuse, avec sa fille Princîpie qui prit le même goût dès sa tendre enfance /et, qui dejmeurDL toujours vierge. Leur exemipje fît établir à JlojnQ lin grand nombre de mo.nast.ères d'bommes.,et dfi femmes illustres , et donna le relief le plus avan-: tageux à cette saiate profession , assez peu honorée auparavant dans ce centre du faste et deî la volupté- Jérôme eut une foule d'o^itres illustra jécolieres dans la vertu et les saixites lettres, . .•

Mais en vertu comme en noblesse , pxi ne vit ^le de préférable aux deux illustres .romai.i)es Pau|e et Mélanie , liées ensemble d'une étroite jamitié^ Rogatus , père de Paiile ^ desicendait diCS pren^ie^ rois de la Grèce ; sa mère Blésille , des Scipion^ et des Gracc{ues. Elle épousa Toxotiqs ^ de la ^ljaiso^ des Jules ^ c'est-â-dîre^ de la race ajuguat!e des Césars ; et de ce mariage , elle eut quatre filles ejt ua fils, tous aussi distingués par leurs vertus que par leur extraction et leurs alliances. Mais Eustocbie^ la compagne inséparable et les délices de ,sa mère ^^ ne voukit jamais avoir d'autre époux- qv.é J^us?»' Christ. Conime elle deTbéiira toujours avfi.c Pai^e^ elle se lia plus particulièrement encore q.ue sës'aur très enfans , :avee le prêtre Jérôme qui en. fit .là plus grande estime^ Bfous connaissons Aussi par lé même docteur , deux illustres veuves , Uia et Fabiole , dont celle-ci fut lia^premîèr^'quî fonda UIX hôpital à Rome ^ pour les malad.es quelle^y ^eryijt de ses propres mains. •'^i ., . ,,

Mélame se rendit également recbmniî^nd,alîl,epar •n détachement et sa piété. Elle étaît de l'illustre

son

de son âge et de son naturel extrêmement tendrej elle soutint des pertes si sensibles -sans verser udpe

n I s T O I n E seule larme. Quand elle se vit libre, e!!e eiit la dévotion de visiter au loin les solitaires les plus Tcnérables, afin de s'encourager de plus en plus à !a vertu, par leurs rares exemples (i). Saint Isidore, fort connu à Rome depuis le vojai^e qu'il y avait fait avec saint Atlianase, gouvernailalorsl bôpîtal d'Alexandrie. Elle le vit, aussitôt qu'elle JTit arrivée en Egypte ; et par son moyen , elle prit une connaissance exacte des saints répandus dans les solitudes de Nitrie d'où il avait été tiré. Il l'accompagna même vers saint PambOj dont la réputation se trouvait au plus haut point. Mais Tadmiration de Mélanie fut encore puis grande, quand elle le rencontra occupé d'un travail abject, c est-â-dire , d'un grossier tissu de feuilles de palmier , pour faire des corbeilles , comme le dernier des frères? Elle lui voulut faire un présent digne d'elle , en différentes pièces d'argenterie qui montaient à quatre cents cinquante marcs. Lesolitaii-e dit simplement, et sans quitter son ouvrage : Que Dieu vous récompense , ma fille. Puis s' adressant â son économe : Distribuez , ajouta-t-il , ces aumônes aux solitaii'es qui vivent en Lvbie et dans Jes îles ^ car ces monastères sont plus indigens que les nôtres. Après ce peu de paroles , il continua iion travail en silence. Mélanie , encore plus étonuce de cette indifférence, lui dit : Mon père, il est boa que vous sachiez qu'il y a quatre cents cinquante marcs. Le saint , sans tourner les \cux sur ces ricbesses , ni sur la donatrice ; ma fîlle , i-eprit - il , celui à qui vous offrez votre argent , n'a pas besoin que vous lui en accusiez le compte , puisqu'il pèse dans sa balance les montagnes et tout le globe de l'nnivers. Vous auriez raison de m'en dire la valeur , si j'étais le ternie de votre cbarité ; mais si elle se rapporte au Seigneur, tlevanl qui deux oboles peuvent l'emporter sur la plus riche offrande , le meilleur est que votie main gaucho ignore ce qu'oflre la droite.

■(>; Papad. c. ii;.

Sur le ihéme mont de Ni trie , Mélanîe vit saint Or, Cfui bien qu'âgé de quatre-vingt-dix ans, gouvernait encore une troupede mille solitaires. Quand il en recevait un itou veau , il rassemblait tous les autres ; et cbacun mettant la main à Toeuvre , ea* un seul jour on construisait une cellule au nouveaa disciple. L'ameublement qui n'était pas plus re*^ cherché que l'architecture, se préparait en aussi peu de temps. Le spectacle de ces vertus , d'au ordre si nouveau pour des yeux même vertueux^ retint jusqu'à six mois la pieuse Mélanie dans cette terre de bénédiction*

Dans la ville même d'Alexandrie , elle ne manqua point de voir le prodige de son siècle, DidymeFaveugle , aussi justement vanté pour ses vertus que Bour son savoir. Il était fort avancé en âge ; mai» il faisait toujours l'admiration et les délices dc& plus grands hommes , avec qui il entretenait encore une société aussi intéressante que dans ses plus belles années.

Sainte Mélanié se trouvait en Egypte après la mort de saint Athanase , comme la persécution s'y exerçai t. encore contre les catholiques , et sur-tout contre les solitaires. Elle crut ne pouvoir mieux employer ses richesses , qui étaient immenses, qu'à soulager les confesseurs. Pendant quelques^ jours, elle en nourrit jusqu'à cinq mille. Elle fournit la subsistance ordinaire à ceux qui furent re-^ légués en Palestine, au nombre de cent douze, voulut en prendre soin par elle-même, et les suivît pour le§ encourager. Comme on les gardait éti*oîtement , sans permettre aux personnes d'un cer-» tain ordre de les visiter, elle prenait l'habit d'une esclave , et venait sur le soir leur apporter les choses nécessaires. Le gouverneur qui en eut avis , Ja fit emprison^ner sans la connaître. Mais la cha-« rite l'emportant sur une humilité stérile , elle lui fit savoir qui elle était ; et je vous avertis , dit-on de sii

Sart ^moins pour Mélaniequi ne prétend qu'au litre e servante du Sauveur soulîi ant dans sçs membres ,

-qu'afîn que vous ne vous engagiez point dans quelque embarras qui puisse vous nuire. Legouverneur^aussî effrayé que surpris , s'cxeilsa dans les tenues les plus soumis, lui donna unepleine libertéde continuer ses offices de charité , et lui fit tous les honneurs dûs à sa naissance. Elle se rendit enfin à Jérusalem , ou sa piété la fixa pendant yingt-cinq ans , et l'occupa infatigablement à exercer rhospitalité envers les pèlerins ^ spécialement à T^ajrd des ecclésiastiques et des vierges,

• Cependant saint Jérômje résidait près du souverain pontife. Nous avons de lui une lettre écrite , dains cet intervalle , à Ruffin qui accompagnait ^illustre voyageuse , et q^^ui était encore dans une intelligence parfaite avec le saint docteur , et au plus baut point d'estime dans son esprit. Voici copa^ ment il s'exp^rimait sur son compte , dans une autre lettre qu'il écrivit vers le même temps au so^ Il taire Florence , habitué aussi en Palestine (i) : Ne jugez pas de moi par les vertus de mon ami ; vous verre:& dans Ruffin des marques non équivoques de sainteté ; Jérôme n'est que cendre et poussière^ Pour saint Epiphane et Paulin d'Antioche, ils re^ partirent pour l'Orient , après avoir passé l'hiver a Rome. Ils prirent leur route par la Macédoine et par Thessalonîque qui avaiit nesoia de pareils consolateurs , dans le chagrin où venait de plonger rette église la mort de son saint évêque Ascole , aiTivée cette année 383. Anysius , disciple d' Ascole , fut aussi son successeur , et le souverain pontife lui commit , comme à ce saint , son pouvoir sur Flllyrie orientale , encore dépendante du patriar^cat d'Occident. La mort d'un si digne évêque

pour le bien de l'égli Amphiloque était consumé de vieillesse : mais kîen loin que son zèle se ressentît de la faiblesse de

(i) Epist, 5.

DE l'E G L I S E, 599

son âge j ce vénérable vieillard trouvaît qiie rempereur Théodose , tout bien intentionné qu'il était ,1 ne réprimait pas assez efficacement ce qui restait des ennemis hérétiques du fils de Dieu. lis avaient été confondus depuis peu , dans un concile qui les convainquit sans réplique de contredire les plus anciens docteurs et toute la chaîne de la tradition : c'était le troisième qu'on tenait contre eux à C. P. Il ne s'agissait pins de prononcer sur un dogme tant de fois décide , ni de revenir à des disputes pluî^ propres à augmenter les divisions qu'à y mettre fin. Telle était la pensée de saint Grégoire de Nazianze , dès le second de .ces conciles, auquel il assista. Il s'en exprima sans doute d'une manière bien forte ou bien générale , ayante dit-il (i), formé la résolution d'éviter toute assemblée d'évêcnies , parce qu'il n'en avait point vu qui eût une bonne lin et qui n'augmentât les maux au lieu de les guérir : expressions dont les ennemis des saints conciles ont Toulu se prévaloir , et où quelques orthodoxes n'ont vu que le mouvement passager d'un zèle trop amer , ou d'une humeur aigrie par des chagrins et des infirmités perpétuelles. Mais elles nous fournissent au fond un avis très-sage contre la déférence aux dangereuses importvmités des hérétiques , que )a naultiplioité des révisions , . des conférences et des conciles ne rend d'ordinaire que plus indociles et plus audacieux.

Saint Amphiloque , d'un génie moins ardent en apparence que l'éloquent et zélé Grégoire , n'en souhaitait pas moins , qu'au lieu de rassembler si souvent les évêques, on procurât une exécution pins prompte de leurs décrets , et qu'on arrêtât les conventicules et toutes les cabales des sectaires. ^s cho$esi n'avai^çant pas autant qu'il le désirait , il vint à la cour , peu après que Théodose eut dé-r elaré auguste , son fils Arcade , âgé seulement de six ans , c'est-àrdire , dansi le cours de cette année

O) Epijt, 55,

3oo

le pro-- J t le Ht I air fa- ■

383. n rendit ses profonds hommages à l'empercar; «mais il ne fit nul honneur au jeune auguste qui était assis à côté de son père. Tliéodose prit le pro-- J cédé de l'évêque pour une distraction , avertir. Le prélat s'approchant alors du niilier ; bon |Our , mon lîls, dil-il au jeune prince , en lut pasiîant la main sous le menton, et en lui faisant d'autres c^iresses semblables. L'empereur ordonna avec émotion qu'on fit retirer ce vieillard. Ampli iloque se retournant vers le sDuverain , et pro*] liant une voix haute avec un air de grandeur et d#ï dignité : Seigneur , dil-il , si vous ne pouvez sou^ frir qu'on manque à un enfant de votre sang, penpez-vous que le père du Verbe fait chair voie avec moins d'indignation refuser à la personne adorable de son Fils les mêmes honneurs qu'à la sienne? Théodose admira la sainle sagesse de l'évêque, le fit 1-3 1) piocher sur le cliamp , lui demanda pardon , et lui accorda au delà de ses voeu\ (i).

Une loi terrible fut aussitôt publiée et ponc- Inellcinent exécutée contre les hérétiques. Elle faisait défense à eux tous, nommément aux apoUinarisles , ainsi qu'aux ariens et aux semi-ariens ou macédoniens, de tenir des assemblées , même dans les maisons particulières, avec pouvoir à tout orihodox*? de les en empêcher : défense encore de s'assembler à la campagne; ce nui enchérissait sur toutes les lois précédentes; et d'ordonner des évèques. On confisqua les maisons où les novateurs se seraient réunis , et l'on statua que leurs docteurs ou ministres seraient chassés et relégués au lieu de leur naissance. Enfin l'on rendit les officiers civils responsables de l'exécution de ces ordres. Les Dovatieiis n'y étaient pas compris , parce qu'ils tenaient la même doctrine que les catholiques touchant la Trinité.

Quelque temps après , Tbéodosc entreprit de détruire absolument l'idolâtrie. Le grand Conslantin avait défendu les sacrifices idolâtres , et

(ij Soi. tu ,

DE l' Eglise. 3oi

même l'entrée des temples ; mais content de les fermer , il craignit d'aller trop loin , et ne jugea point à propos de les abattre. Le$ empereurs ses fils soutinrent son ouvrage. Julien n'épargna rien pour remettre le paganisme dans toutes ses anciennes possessions. Païens ne fit la guerre qu'aux orthoooxes ; et suivant le génie d'un zèle sans droiture comme sans mission , il laissa pratiquer à tous les autres telle religion qu'ils voulurent; en sorte que sous son règne on célébrait les cérémonies les plus impures du culte idolâtrique , et jusqu'aux orgies de Bacchus. L'empereur Théodose défendit à tout le monde d'adorer les idoles ; et sous peine d'un supplice rigoureux , de faire des sacrifices , au moins dans l'Egypte, regardée comme la source de la superstition, et sa plus féconde pépinière.

En Phénîcie, le superbe temple d'Héliopolis , dédié au soleil , fut converti en église. On en fit de même des temples de Damas. A Âpamée , saint Marcel fut le premier évêque qui osa procéder à l'observation des lois religieuses de Theodose. Le préfet d'Orient ayant amené des troupes pour contenrr les idolâtres, on entreprit d'à bord d'abattre le temple de Jupiter , qui était d'une grandeur et d^une richesse prodigieuses. Mais il était encore plus solide ; bâti de pierres énormes , d'une dureté extraordinaire , presque inébranlables par leur propre masse , et liées encore l'une à l'autre par le moyen du fer et du plomb incorporés ensemble ; en -sorte que la démolition parut impossible au préfet , du moins pour le terme assignée Saint Marcel voyant cet officier découragé , lui conseilla d'aller exécuter les ordres de l'empereur dans les autres villes , et se mit en J)rières. Le lendemain matin , un homme «e présenta de lui-même , et promit avec tant d'assurance de renverser, même à peu de frais, ce superbe boulevart de l'idolâtrie , qu'on le laissa faire. Le temple , construit^ur une haurteur ^ était environné de quatre galeries qui en paraissaient autant de remparts incbi^aolables ^ et dqnt le«

Soi H I s T 6 I

colonnes ou les superbes contre-forts avaient cbacnn seize couiJées de circonférence. L'entrepreneur déterra ces colonnes qui étaient aussi liantes que le temple , et les étaja de grosses pièces de bois , auxquelles il prétendait mettre le feu. Mais il parut un fantôme eftrajant, qu'il prit pour un démon y et qui les empèclia de brûler. Après plusieurs ten-' tatives inutiles , assez bien suivies malgré son effroi j jl fit avertir l'évêque; Saint Marcel courut à ré-* glise, fit apporter de l'eau dans un vase , et pria le .Seigneur d'empècber que les puissances des ténè-» bres ne retinssent davantage les infidèles dan» l'aveuglement. Il fit ensuite le signe de la croix su» l'eau , et ordonna à un diacre d'en arroser les étaies^^] et d'y mettre aussitôt le feu. Le démon s'enfuîtf'j dit Théodoret qui nous a transmis le détail de ctk événement , et il ne put résister à la vertu de l'eaa^ iténite, dont nous voyons ici lanLiquité (i). Ëllèn d'huile pour allu

servit, ajoute-t-il , comme d'b

pou

ïîlumer' '

le feu , qui consuma les pièces de bois en un in** tant. Les colonnes entraînèrent le temple dans leui* ruine , avec un bruit qui retentit par toute Ja ville , et qui en même temps la fit retentir des louanges du vrai Dieu. Le courageux pasteur ruina successivement tous les autres temples , à la campagne aussi-bien qu'à la ville. Mais il fut enfin mis a mort par une troupe révoltée d'idolâtres, et il , est honoré par l'église. Comme ses enfans deman* daient vengeance , le concile de la province s'y opposa , ne trouvant pas convenable de sévir , mais bien plutôt de rendre grâce à Dieu pour un événement qui procurait un illustre martyr à l'église.

Tandis qu'on ruinai? ainsi l'empire du démon jusqu'aux extrémités de l'Orient , Gratien en Occident ne remplissait pas avec moins de zèle les devoirs d'un prince chrétien. Mais ces grandes œuvres de piété et d'édification furent bientôt interrompues par les troubles et les plus funeste»^

tO Lib. y

DE l' E G L ï $ e; 5t)3

topi'eurs de ïa guerre civile. Maxime , Espagnol de naissance , et aune famille fort médiocre , quoiqu'il se du parent de Théodose , avait osé prendre la pourpre dans les iles Britanniques où il commandait. Les soldats* rolkiains se plaignant que Gratien donnait tovile sa sonfîance aux Sarbares em^

S lovés dans ses armées^ l'Hitrigant Maxime profita e leur -mécontentement. Apres qu'il eut été proclamé empereur, il se jeta dans les Gaules, souleva les peuples contre l'empereur légitime, lui débaucha ses propres troupes , purs le défit ^ani peine auprès de Paris^ La déroute ou la défectioa lut telle, qu'il ne resta que trois cents hommes à l'infortuné Graûen , qui prît avec eux le chemiit des Alpes* ^ dans le dessein d'aller se rétablir en Italie. Il se recommandait dans sa fuite aux prières de saint Anabroise , dont il savait priser les vertus; et il donnait toute» les marqties les plus touchantes d'une foi et d'une vertu héroïques (i). Notre sort n'est-il pas. uniquement entre les mains de l'Ëteiv nel , disait - il en inspirant sa pieuse confiance aa petit nombre qui lui était demeuré fidèle ? Les hommes peuvent 6ier la vie du corps ; mai» ils ne sau^ raient nuire à l'ame ni au salut.

C'est ainsi que la grâce acheva de purifier les ver4us de ce prince dans le creuset des tribulatiensu Il fut joint a Lyon par Andragatbe , l'un des effi-* eiers de Maxime , qui lui jura sur les évangiles f^'on ne lui ferait aueun maL On lui fit menus reprendre l'habit impérial y qu'il avait quitté sur la route de peur d'être reconnu , et on lui préparai lui splendide festin , ow il fut assassiné , ai;i mois d'Août ou de Juillet de l'an 383 ^ par ceux mêmes qui venaient de manger avec lui.^ On ne lui repro^ che que sa passion pour la chasse avee la dissipa* tion qu'elle entraîne, et une déférence pour ses ministres qui allait jusqu'à la «rainte ,. et qui les rendit vicieux en les rendaM tout-puiaians. Maii

(i) Auibr. de ok. fiaient, n\ 79* • .

So4 Histoire

saint Âtohroise présuma ([ue la divine justice acceptait , pour Texpiation de ces fautes de négligence OH d'inadverlance , la mort prématurée (^ue souffrit , en héi-os chrétien , ce prince d'ailleurs si religieux. Le saint docteur le canonise en quelque Korlc, et n liés! te nullement à lui appliquer l'oracle du livre d» la Sagesse : Le juste a été enlevé , de peur que la perversité ne corrompit son ame.

Maxime , après l'assassinat de Graticn , se ren-'dît maître de tout l'apanage de cet empereur ,-c'est-à-dire , des Gaules , de l'Espagne et des îles Biitanniques, et il établit son séjour a Trêves, ca-' pîtale des Gaules romaines. Il fit mourir quelque^; personnes fort considérées sous le règne précédent; entre lesquelles on remarque Macédonius , mattrâ «les ofiices, qui s'était laissé corrompre par argcntr^ en laveur des priscillianistes , et qui , par sa ùU jnalheureuse, vérifia d'une manière bien frappante' une prédiction du saint archevêque de Milan. Le' rbarîlable pasteur étant venu un jour pour sollici'"'ter quelque grâce qtii dépendait du ministère dé' Macédonius , il trouva toutes les portes fermées^*^ sans jamais pouvoir se les faire ouvrir. Une sainte indignation le saisit, et transporté toutà coup d'urf^ mouvement inspiré d*en-haut ; vous viendrez i votre tour , s'écria-t-il , aux portes de la maison dé grâce et de paix, et vous n'y pourrez entrer. Eii^ eifet , après le meurtre de Gratien, comme ce ministre vovdut se réfugier dans une église donV les portes étaient ouvertes, il ue put néanmoins' yparvenir à temps(i). *"

Le pape saint Damase mourut sur la fin de 1 an^ née qui suivit celte révolution, le lo ou le i(U Décembre 384 , "pfès un pontificat déplus dediio*' huit ans, et quatre-vingts années de vie. Ce fûf des plus beaux génies et des mieux cultivés de soïi temps. Il a laissé quelques écrits , même en vera'C enlr'autres, son epitaphe , et celle de sa sœtii^i'

Cl) Paul. fil. Ambr. c. 37.

la vierge Irèiïe , auprès de laquelle il désira d^êtrÔ enterré» Huit à dix jours après sa inort , on lui donna pour successeur , Sirice , romain de nais-» sance , et prêtre du titre du pasteur. Le jeune em-*. pereur Yaientinien <jui résidait à Milan , applaudit a cette élection , et fit expédier un rescrit , où il est dit qu'Ursin , qui n'avait pas encore renoncé à €(es prétentions , elait rejeté par le peuplé ^ et Sirice choisi d'uiie voix unanime*

Avant l'élévation de Sirice , Hymerîus , évé^ué de Tarrasone , métropole d'une partie considéra-^ ble de l'Espagne , avait consulté l'église romaine sur différens points de discipline. Ce fut un dei premiers soins du nouveau pontife , de répondre a cette consuiltation ; et c'est ici la première des lettres bien authentiques en ce genre , nommées communément décrétales , parce qu'elles ont forcél de décret légitime , ou de loi canonique (i). Celles ci n^a point d'autre avantage particulier , que sort ancienneté ; et l'on n'y trouve que des règlemens consignés dans les conciles et les autres monument de même date ; si ce n'est peut-être l'âge dés sujets admis à la réception des ordres sacrés , et lés interstices de ces ordres , qui s'y trouvent mar-»

aués plus distinctement que dans nulle autre or-^ onnance ecclésiastique de cette antiquité. Sirice veut qu'on ait trente ans pour recevoir le sous-» diaconat, qu'ensuite on passe cinq ans dans lé diaconat avant de recevoir la prêtrise , et deux ani dans la prêtrise avant l'épiscopat. Quant à l'in-^ tervalle du sous-diaconat au diaconat , il est simple^ ment statué, sans spécifier de temps fixe, que lé' sous-diacre peut monter à l'ordre ae diacre, s'il eu. est jugé digne , après avoir promis la continence*

Par les rapports de l'arcnevêque de Tarragpné avec le souverain pontife , on voit qu'un relâchement honteux s'était glissé dans les mœurs dit clergé d'Espagne , et que des ecclésiastiques conti-

(i) Tom. 7,, Conc, pag, 1017.

To?ne IJ. y

3o6 Histoire

niiaient d'y vivre avec leurs femmes, après leur ordination , conime auparavant ; de sorte queSirice se vit obligé de prononcer l'interdiction contre ceux qui s'obstineraient dans eet abus flétrissant. Les moines et les religieuses qui auraient contracté de sacrilèges mariages , sont condamnes à être exclus Je la communauté , renfermés en des prisons pour y pleurer leur péclié, et à ne recevoir la communion qu'à la mort. On apprend ici qu'il y avait dès-lors différentes communautés religieuses en Espagne , et que le mariage était interdit aux religieux , du concert des deux puissances , la civile et l'ecclésiastique.

On observe aussi quelques autres articles, oà la discipline commençait à se rapprocher des usages modernes. S'il est défendu, parexcmple, d'administrer solennellement le baptême hors le temps de Pâques, on n'enjoint pas seulement de continuer à le donner aux adultes qui se trouvent en quelque péril de mort ; mais de 1 accorder sans délai aux enlans pour qui on le demande. On défend aussi de rebaptiser les ariens qui se convertissent. C'est encore dans ce décret qu'on trouve le témoignage important de Sirice touchant la cassation , tels sont les tei'mes originaux, du concile deRImini par le pape Libère. Quant au choix des clercs , ce pape n'Improuve pas que les laïques s'offrent d'euxmêmes pour entj'er dans le clergé, pourvu qu'ils se soumettent aux épreuves convenables , et qu'ik acquièi-ent les dispositions requises. Mais comme il n'est pas permis d'imposer la pénitence publique aux clercs , il ne Test pas non plus d'admettre au rang clérical les gens du monde qui auraient fait cette pénitence, quoiqu'ils avent été absous i .: :iV:„ T„ ...,„;„ .:^ i r... j.

m pontiJ sa lettre , dit à Hymerius ; Voilà pour répond toutes les questions que vous proposez au slégo apostolique , comme au chef du corps dont voim êtes membres; puis il charge ce métropolitain de comiuuQiquer ces décisions, uon-seulement à sa

DE 1.*EÔÎ-1SB. S07

j>rovmce de Tarragone , mais à celle de* Cartha* gène , de la Bëlique , de la Lusitanîe et de la Galice , c'est-à-dire , de toute TEspagne , et aux régions voisines ; ce qui s'entend de la Gaule narbonnaise.

Sous ce nouveau pontificat, saint Jérôme ne demeura pas long-temps à Rome. Son protecteur était mort , son crédit avait excité l'envie , quoî-

3u'il n'en eût jamais usé que pour l'avancement e la vertu. Mais c'était l'ardeur même de son zèle qu'on lui pardonnait le moins. Ce docteur y ennemi de tout désordre , incapable de tout res-

Î>ect humain, et d'un caractère naturellement erme , censurait les vices avec une véhémence ei une âpreté , qui lui firent beaucoup d'ennemis* Dans son dernier séjour à Rome , il avait cooi'jposé un petit traité touchant la manière de garder la virginité , et l'avait adressé à la vierge Ëusto-> chie , fille de sainte Paule , afin de la mettre en garde contre les périls qu'elle pouvait rencontrer jusque dans le commerce des ecclésiastiques. Il en est 9 lui disait ce père aussi versé dans la connais» eance du monde que dans les sciences , il en est qui briguent les saints ordres , pour avoir un accès plus libre auprès des personnes du sexe. Aussi tous leurs soins se bornent-ils à leur extérieur : il leur faut une chaussure d'une propreté et d'une justesse élégante; leur appix)che s'annonce par l'odeur des parfums : vous verrez leur chevelure arrangée avec afféterie ; les pierreries les plus pr(>cieuses étineellent à letirs doigts ; ils marchent du bout du pied , et craignent d'imprimer leur trace dans la poudre dont ils sont pétris : vous les prendriez , en un mot , pour de jeunes fiancés , plutôt que pour des clercs (i). En parlant d'une autre

Eassion qui n'est guère moins scandaleuse en des ommes qui ont pris le Seigneur pour leur héritage ; il en est , ajoute-t-il , dont toute l'élude se

■to«««w«

(i) EpisU 32.

Ta,

3o8 Histoire

borne à Savoir le nom et la tlemeure des femmes de qualité, à connaitie et à ilatter leurs Inclinations. Ceux-ci saltacbent sur-toutaiix dames âgées et sans enfaiis ; ils les obsèilent et les suivent par- ' tout; ils les laissent à pi;iiie seulci dans les heures du sommeil ; ils leur rendent les oDîces les plus bas, et se raettentdans la plus servile dépendance de celles qu'ils doivent gouverner.

Une foule de clercs fut choquée de celte liberté du saint docteur , et cbacnn prit pour sa personne ce qu'il reprenait en généra!. On l'attaqua de toute manière , d'abord en lui donnant du ridicule , en reprenant jusqu'à son air et ses façons , ,»on regard , son rire , sa dcraarcbe. On vouU>t ensuite rendre sa vei-tu et sa foi suspectes, précisément par son extérieur simple, négligé et si dilVérent de la vanité qu'il censurait. On l'accusa même , tantôt d'avoir trop de liaisons avec les dames romaines, tantôt de prendre trop d'empire ^url'eprit des jeunes personnes, qu'il rendait, di- «oit-on , les tristes victimes de son humeur sombre, en les formant à une dévotion et à une érujdition également pleines de travers. Le saint prît le parti de céder à l'orage, quitta Rome, etre- ■tourna dans la Palestine.

Sainte Paule le suivit de près, et emmena avec ■elle sa fille Eiistochie. C'était la dévotion du temps, de visiter les saintes retraites des solitaires, aussi- ■bien que les terres consacrées par le sang adorable -du Rédempteur, ou par celui des marljrs, Paule commença , snr les côtes mêmes de l'Italie , à visiter la cellide de sainte Domi tille , dans file de -ponce , où , sous le règne de Doraitien , cette prin- :H>esse (in sang impérial avait été reléguée pour la ■foi. De là elle passa jusqu'en Chypre, dansledio- :cèse de saint Epiphane qu'elle avait accueilli tout

Îiarticuliévement a Rome , et qui s'effoi-ça de la dénsser à Salamine des fatigues de la navigation. Mais-sa. ferveur infatisable lui Ot employer tout le temps qu'eue passa doits l'île, à p^rcowir une

DE -l'EgI-ISÎ. %0^

quantité de pieuses solitudes, qui s'y trouvaient établies depuis saint Hilarion. A Antioche , le patriarche Paulin lui rendit tous les honneurs dus à l'une des premières maisons de Rome^ dont il avait vit tout récemment la splendeur de ses propres yeux. Mais la sainte s'y arrêta peu ; elle en partit même au milieu de l'hiver; et par «sprit de mortification aussi-bien que d'humilité , elle ne voulut qu'un âne pour monture. Cest saint Jérôme qui nous a laisse le journal de ce voyage , très-întéressant par les vestiges de l'antiquité sacrée, qu^ l'on montrait alors en Palestine (i).

Paule traversa la Syrie , et voulut entrer , à Sarepte près de Sidon , dans la petite tour ôû avait logé le prophète Elie. A Césarée , elle visita la maison du centenier Corneille, changée en église j celle du diacre saint Philippe, et les chambres des vierges ses filles qui toutes quatre avaient eu le don de prophétie. Quand Paule approcha de Jérusalem , le gouverneur de la Palestine , pour honorer dans la sainte là noblesse romaine , envoya des

• officiers lui préparer un palais; mais elle ne voulut habiter qu'une humble cellule. Elle fit les saintes stations avec une vivacité de foi à qui le fils de Dieu semblait encore présent dans les monumens antiques de sa charité envers les hommes. Ap^É| avoir distribué des aumônes immenses dans la capir taie de la Judée , elle prit la rpute de Bethléem , et vit en passant le tombeau de Rachel que l'on: montrait encore. A Bethphagé , elle examina , non sans attendrissement , le sépulcre de Lazare et la maison de ses sœurs. Elle fit sa prière à Sichar , dans l'église bâtie sur le puits de Jacob , le même où le Sauveur avait converti la Samaritaine ; puis elle considéra, l'un après l'autre , les tombeaux des douze patriarches ;ceux de Josué et du grand-prê-

. tre Eleazar , sur le mont d'Ephraïm ; et à Sébaste ou Samarie ^ celui du prophète Elisée , celui d'Ab-

il) Epift. %n-.

$iO Histoire

dias , mais sur-tout celui de saint Jean-Baptiste J

fameux par une infinité de miracles qu'annonçait

particulièrement Tainiience des possédés qu'on y

conduisait sans cesse, et qui tous obtenaient leur

délivrance.

Paule , à l'exemple de Mélanie, passa aussi en Egypte , où elle trouva , sur-tout à Nilrie , tant de 8U|ets d'édification , quelle y serait restée avec sa fidèle EusLochie et puisieurs autres vierges tjiii ne ]a quittaient point , si la dévotion des saints lieux ne Teût encore emportée. De retour en Palestine , elle se fisa tout près de Bethléem, y établit des monastères avec des maisons d'hospitalité. Ce fut là qu'elle passa le reste de ses jours, sous la conduite de saint Jérôme , qui y termina de même sa glorieuse carrière, sans dédaigner d'emplover au soulagement des malades et des pauvres, ses lieures. de relâclie , et tous les momens qu'il pouvait prendre sur ces grands ouvrages d'esprit qui l'ont fait mettre au rang des pères les plus illustres de l'église. Il retrouva dans la solitude, malgré ses travaux et ses increvables ausléri lés, ïa tranquillité et le bonheur qui 1 avaient fui , comme tant d'autres, dans le grand monde.

S. Âmbroise , attaché par état à l'endroit qu'ha- Lltait la cour, eut de sou côté beaucoup à soulfrir ou jeune Valenlinien ,ou plutôt de sa mère Justine, arienne osbtinée , princesse impérieuse, femme inquiète et entreprenante. Elle avait les dernières obligations à son digne pasteur qui , à sa demande, avait eu la {générosité de se charger de la plus périlleuse ambassade vers MaximCj aussitôt après sa révolte et ses premiers succès. Il en avait obtenu la paix tant désirée ; il avait empêché le Ijran de fondre sur l'Italie; il avait procuré au jeune Valentinien , comme à Justine, le temps de pourvoira leur sûreté commune. Mais le souvenir du service disparut avec le péril. L'impératrice se rappela au contraire l'injure qu'elle prétendait avoir reçue dans la personne de ses évêques hé^étiques^ Secou-

DE l'Egli^b^ Slf

<l\en el Pallade, condamnes au concile d'Aqiiîlée, a quoi le saint archevêque de Milan avait eu la tneilleure part.

Elle commença la querelle par lui demander une église où les ariens, qu'elle attirait de toute part 4)uprès d'elle , pussent tenir leursassemblées. Comme ils étaient fort mal accueillis chez Théodose , ils refluaient de toutes les contrées à la cour d'Italie^ oii le parti avait méiAe un.évêquescythe, appelé Mercurien. Mais trop décrié ^ous ce nom à cause de ses crimes , ce faux pasteur se faisait nommer Aui^ence ; nom fort agréable aux ariens y depuis qu'il avait été porté par le prédécesseur d'Ambroise« 11 fallait une iCgtise pour lui faire prendre l'exercice de ses fonctions. On députa d'abord "vers le saint , qu'on somma dans les formes d'en céder une , et en même temps d*empêcher les émeutes parmi le peuple. Il repondit qu'il, était indigne d un évcque de livrer la maison de Dieu y •et que pour la multitude irritée des citoyens orthodoxes^ il dépendait de lui de ne point l'échauffer , de l'exhorter même a la paix et à la patience; mais que le succès était au pouvoir de Dieu , qui tient seul les cœurs dans sa main. Sur cette réponse , l'impératrice envoj^a des gens de guerre , afin de s'emparer du lieu saint. Mais le peuple résista^ et sans la prudence du saint archevêque , il y aurait eu bien du sang répandu* La cour imposa de grosses amendes au corps des marchands, comme chefs du reste de la bourgeoisie. On en mit plusieurs aux fers , malgré la circonstanoe du temps , c'est-à-dîre 9 la semaine sainte où l'on avait coutume de délivrer au contraire les prisonniers. £n trois jours , on exigea d'eux trois cents j^arcs d'or. Mais ils protestèrent ^qu'ils en donneraient volontiers le double , pour conserver dans son intégrité le dépôt infiniment plus précieux de la foi.

Cependant le gros du peuple se maintenait dans la possession de l'église , qui demeurait investie par les troupes . comme une place assiégée. Mais bient<)t

3r3 Histoire

ces guerriers religieux déclarèrent à l'empereur;

avec la franchise propre île leur état , qu'ils étaient

firêtsàlui obéir en tout ce qui ne transgresserait pas a loi de Dieu; (jue s'il voulait an contraire armer l'hérésie contre leur saint pasteur Amhroise , ils , passeraient eux-mêmes de son côté , afin de partager avec lui la gloire de souffrir pour une si belle cause. Ils étaient tous catholiques , aussi-bien que les citoyens de Milan. 11 n'v avait d'ariens que les oliiciers les phis vicieux du palais, gens sans caractère , vendus à la faveur ou a la fortune , avec quelques gens de main que l'impératrice traînait par-tout à sa suite , et qui n'osèrent alors se faire connaître.

Quant aux officiers militaires et à leurs troupes , ils n'avaient pas conçu d'abord jusqu'où l'on se proposait de les mener. Dès qu'ils se virent regardés comme les persécuteurs de la foi , ils entrèrent dans l'église , professèrent leur croyance par leurs œuvres, et se mêlèrent parmi les fidèles callioliques. Comme il voyaient des femmes encore fort épouvantées ; ne craignez rien , leur disaient-ils , ce sont des frères qui viennent prier avec vous , et non vous troubler dans la profession de la saintefoi qui nous est commune. A ce coup de la grâce , Je cnaritable pasteur qui soutenait la religion de son peuple par la vertu de la sainte parole , tourna éloquemmenl son discours sur une révolution si imprévue. Que les divins oracles iont profonds , s'écr!a-[-ii ! Vous vous souvenez, mes frères, avec quelle douleur nous lisions ce matin ces paroles du, pseaume : Seigneur , les nations sont ivnues dans •votiv he'ritage. Il est venu des Goths et d autres étraKers en armes; ils ont investi le lieu saint : mais ds sont venus en infidèles, et ils se sont comportés en chrétiens. Ils sonl venus pour envahir le saint héritage , et ils s'en montrent les dignes cohéritiers. La foi a pour confesseurs ceux que noua prenions pour ses ennemis (i).

(i) A>ulR'. Episi. 30 , n. i^.

DE l' Eglise. 3i3

Il continuait de rendre grâce à Dieu , et croyait que l'empereur avait lui-même changé de disposition , quand on l'avertit que ce prince envoyait un secrétaire chargé de ses ordres. 11 se retira un peu à l'écart pour l'entendre; mais le secrétaire l'étonna fort , en lui disant : Je viens apprendre de vousmême si vous êtes un rebelle et un tyran , afin que , l'on procède en conséquence. Je n'ai rien fait, répondit le saint, qui donne lieu à cette question injurieuse. Et qui peut m' accuser d'avoir oublié la soumission due a César, même en défendant l'église de Dieu ? Je me suis contenté de.gémir , en apprenant que la basilique était assaillie parles troupes; et comme plusieurs personnes me pressaient d'y courir , je leur ai répondu : Si c'est un crime de livrer le lieu saint , c'en serait un autre de le défendre à main armée. Qand j'ai su qu'un zèle inconsidéré se portait à des violences , ] ai envoyé les prêtres les plus capables de contenir le peuple dans le respect du à l'empereur , afin de l'obliger lui-même de rendre justice à notre modération. Si c'est là une rébellion, et qu'on me vehi lie absolument trouver des crimes ; me voici à votre disposition : Ambroise sait mourir pour la justice, et non se révolter. Que tardez-vous à m'immoler? Dans l'ancienne loi , les prêtres donnaient les royaumes, et ne les prenaient pasj et dans tous les temps , on n'a eu que trop lieu de dire , que le»

{)rinces affectent le sacerdoce, beaucoup plus que es prêtres ne font l'empire. Maxime ne dit pas que je sois le rival ou le tyran de Valentinien , Maxime qui se plaint avec tant d'amertume que mes sol-^ licitations lui ont ravi l'Italie.

Les fidèles passèrent le reste du jour dans les alarmes et la tristesse. L'archevêque même ne put retourner chez lui , parce que 1 église demeurait environnée de gens armés , et l'on y resta toute ia nuit : ce qui ne doit pas étonner , si l'on se repré- ' sente la construction de ces églises antiques. Elles Citaient ^ccompazjnées de plusieurs corps d'édifices,

si

3t| Histoire

contenant des galeries,(les salles, des cliambres, avec des cours et des jardins, et jusqu'à des bains , dont la nécessité paraissait anciennement indispensable. Il y avait des lieux où l'on pouvait manger et prendre quelque sommeil avec DÏenséance,

Le lendemain , jour- du jeudi-saint, on lut, selon la coutume , un trait de Téeriture , sur le retour des pecbeurs àla pénitence. Le peuple en tiral'augurt; d'un beureiix changement. En effet, l'évêque parlant encore, on vint annoncer que l'empereur avait commande aux tronpes de laisser l'église libre, et de se relirer. Les soldats eux-mêmes s'empres^ saientà publier ces ordres, et baisaient l'autel ,eii signe d'une joie religieuse-

L'impératrice-mère n'en futpersonncUement que ilus animes , et elle se retourna si bien , que ]>eu e jours api-és il parut une déclaration im|iériale jîour autoriser les assemblées des ariens. Bénévole , préfet des mémoires , ou l'un des secrétaires d'état , jl refusa de ia dresser : ïl aima mieux perdre sa fa-fl vEoi' et sa charge , que de prêter sa main à l'ini- T <|uité (i). Par cette déclaration, Valentinien embrassait la confession de Himi ni, en permettant aux catholiques de s'en tenir à la leur , pourvu qu'ils ne rajssentpoint d'opposition àla tranquillité commune. On les menaçait de mort, comme auteurs de sédition, et criminels de lèse-majesté, en cas qu'ils tentassent , même secrètement et par obreption , de se pourvoir contre cette ordonnance. Ainsi abusaiton des termes; et l'on entassa les qualifications les plus infamantes et les plus outrées , afin de faire perdre de vue la fausse application qu'on en faisait.

Dès que la loi fut publiée , Valentinien , oa plutôt Justine fit intimer à saint Ambroise de com- ^ paraître devant l'empereur ,qui voulait juger entre i lui et Auxence. Le saint évêque répondit avec rc8-J pect ; mais avec une noble fermeté il ^•'- *■" "" prince combien il s'écartait de la max

(0 SOZ. Vil ; li.

DE l' E G li I S K» 3l5

ère Valentinien , qui avait si souvent déclaré que, tes juges ne devant pas être de moindre condition cjue les parties , ce n'était point aux puissances séculières à juger dans les causes ecclésiastiques, ou dansl'ordre spirituel fort élevé au dessusde la sphère du siècle. Qui peut nier , dit-il , que dans les causes de la foi et de l'église, les évêques n'ayenl droit de juger les empereurs , loin d'être soumis à leur ju-

Sement? Me sied-il de déi'oger à cette économie ivrne, dansla craintédu trouble et de l'infortune? JVIa tête même ne doit pas être rachetée au prix de cette lâcheté sacrilège : Ambroise ne vaut pas qu'on déshonore ainsi le sacerdoce. Qu'est-ce donc que la vie d'un cvêque , par rappo«^ ht la- diguité; de l'é-^ piscopat (i).

Âpres cette réponse, il se retira dans la grande église , où le peuple alarmé du péril que son pasteur venait de courir, le garda long-temps la nuit et le jour , dans la crainte qu on n'attentât a sa vie ou à sa liberté.

La cour envoya de nouveaux satellites , sur qui elle croyait pouvoir compter , et qui environnant l'église , y laissaient entrer tout le monde , et ne permettaient à personne d'en sortir. Mais soit encore par respect , soit par l'appréhension d'un peur pie qui adorait son pasteur y on n'osa tenter un enlèvement forcé.

Un courtisan plus dévoué que les autres , nommé Euthymius , promit à l'impératrice de remplir ses^ coupables vœux. Il loua une maison presque attenante à l'église y et là il tint un char tout prêt pour y jeter l'éveque au premier instant qu'il le pourrait surprendre^ et avant que le peuple s'en aperçut. Son projet fut éventé , et manqua. Un an après , jour pour jour , Euthymius fut tiré du même logis, mis dans le char pour être conduit en exil , et le généreux prélat , après l'avoir pourvu d'argent pour son voyage , entra avec des attentions pater-

(i) Aiabr. Ejyist. ii , n. 4*

3i6 HiSTOinÊ

Belles dans le détail de toutes les proTÎsîons cotit venables à l'exilé. L'eunuque Csilîgone , grand chambellan , fut puni à peu près de la même façon^ pour avoir menacé le saint de lui couper la tête , s'il ne déférait aveuglément aux désirs de Tempereui'.' Ambroise s'était contenté de lui répondre: Piut à Dieu que j'eusse une pareille fin ! nous ferions tous deux noire personnage ; vous celui d'eunuque y. et moi celui d'évêque. Cependant le danfer n'était que trop réel pour le saint pasteur , et on surprit en effet des assassins qui vinrent paur le massacrer. Caligone eut bientôt après la tête tranchée , pour un crime infâme dont il fut convaincu. Ambroise échappa à une infinité d'autres pièges, et souvent d'une manière qui parut tenir du prodige. Enfin les coups éclatans de l'autorité souveraine venant à l'appui des attentats privés , il fat enjoint aux magistrats de chasser des églises les prêtres catholiques , et de mettre à mort ceux qui feraientdifficulté d'acquiescer à cet ordre impie. L'attachement du peuple pour soii évêque redoubla avec le péril : durant un long espace dé temps , ils se tinrent jour et nuit enfermés dans Téglise cathédrale , bien résolus à périr avec lui, s'ils ne pouvaient le garantir de la mort. Ce fut alore que, pour les consoler et convertir leur ennui en une joie chrétienne , il introduisit parmi eux l'usage de la psalmodie alternative , telle qu'elle s^

{)ratiqaait en Orient , et qu'elle s'est étendue do 'église de Milan dans toutes celles de l'Occident: Outre les pseaumes , il fit chanter de la même manière les hymnes pleins d'onction qu'il avait composés , et ce que le diacre Paulin appelieantiphones : espèces de refrains , qui ont apparemment donné l'origine à l'usage des antiennes. Les hymnes de saint Ambroise devinrent si célèbres, que dans les siècles suivans , aulieudedire un hymne , oudisait une ambroisienne. Nous en chaulons encore plusieurs, d'une simplicité si noble et si touchante, que toute l'élégance moderne n'a point paru digne

DE l'EgLISB. 817

de leur être préférée. Par toutes ces pieuses inventions , le saint docteur réussit à contenir son peuple dans les sentimens de la religion et de la soumission aux puissances ; mais toute la terreur de la persécution ne put le faire consentir à ce que le saint des saints fût livré aux impies. Il protestait

S rue s'il ne s'agissait que des revenus ou même des onds de l'éfilise , sans les livrer lui-même , il les abandonnerait volontiers ; mais que pour le sacré tabernacle , l'abandonnerau moment quesa présence en empêchait la profanation , c'était conniver au sacrilège. Enfin le ciel bénit cette persévérance , et fit triompher la bonne cause d'une manière inespérée et vraiment miraculeuse (i). ,

Les corps des deux illustres martyrs saint Gervais et saint Protais furent découverts par le saint archevêque , qui eut révélation de l'endroit où ils reposaient. Il y avait aussitôt fait fouiller , et l'on avait trouvé deux corps d'une grandeur extraor-» dinaire , décapités l'un et l'autre^ et encore baigna de sang, quoiqu'ils eussent consommé leur sacrifice, au plus tard sous l'empire deMarc-Aurèle. On transporta ces reliques révérées à la basilique qu'on nomme encore aujourd'hui Ambroisîenne, au milieu d'une multitude prodigieuse de fidèles. La translation fut encore plus éclatante , par le grand nombre de miracles qui s'y opérèrent , soit énergumènes délivrés, soit malades de. toutes les sortes guéris par le seutattouchementdudrap qui couvrait les saints, ou même par leur ombre. On jetait au passage des mouchoirs ou des vêtemens sur le brancard , et c'était autant de remèdes souverains pour les 'plaies et les maladies les plus incurables. Mais nulle jguérison ne parut plus merveilleuse que celle d'un aveugle nommé Sévère , et connu de toute la ville. Entendant le bruit et apprenant la cause de la joie

Sublique, il s'approche avec empressement, et emande qu on lui laisse appliquer un mouchoir

i*»».-""«HI»«"""^i^i*»»»^"*«.»»*»«

(1) Scnn. de Basilic,

3i8 Histoire

au saint dépôt. Il porte ijnmédialement ce mou-ï clioir à ses yrux , et recouvre la vue , aux acclamations (le tout le monde , et du rhéteur Àugustîd' «■n particulier , Augustin destiné à devenir une deA plus brillantes liimicres de l'cglise, mais enconj' asservi à la plus aveugle des passions, dont cedivilà spectacle le disposa à s'affranchir (i).

La cour de Justine en voulut plaisanter; elle accusa tout à la fois les fidèles de simplicité et l'ar^ chevèque d'imposture ; mais c'était plutôt pou^ rouvrir la honte des sectaires , que dans l'espéranc<f de se faire croire. La persécution fut même arrêtée^ Ambroise répondit aux me'créans par l'évidence ddk fait, dont toute une grande \illc avait été témoin-. Est-ce le pouvoir des martyrs, dit-il , que l'on prétend contester ? Ce serait attaquer la puissance de Jesus-Christ même. Quel est donc l'objet de l'envie? T.a veut-elle au chélif Amhroise?Mais Ce n'est pp.s lui qui fait les miracles; ce sont les saints martvrs; et en se montrant jaloux de leur gloire , comme fnrit nos ennemis , ils annoncent que la croyance des amis de Dieu différait de la leur. Puis rendant lin témoignage des plus éclatans à la présence du Sauveur dans l'eucharistie; méprisons, conlinuet-il, le déraisonnement pitoyable des incrédules; jniettons , mettons ces honorables victimes à l'endroit où repose notre hostie adorable, Jésus, fils de Dieu ainsi que de Marie ; mais qu'il soit sur l'autel , lui qui a satisfait pour tous sur laulel de la croix , et que les saints rachetés par son sang continuent de lui faire hommage en se plaçant au dessous (-j.).

Pour la pleine confusion des hérétiques , 11 arriva que le malin esprit , par la bouche d'un énergumène qu'il saisit tout à coup, se mit à crier d'une vois terrible , que ceux qui refusaient le Iribul d'honneur aux martyrs , seraient tourmentés comme lui , avec ceux qui ne tenaient pas la même foi qu' Ambroise. Les ariens prirent avec une aveugle fureur

(i) Aug Conf. \x , 7. (a) Aiiibr. Ep. aa ,

D E ï.' E G ï. I S E. 3ig

le mallieuretix possédé , et le jetèrent clans un canal ^ où il se noya. Mais l'un des plus endurcis d'entr'eux se convertit tout à coup , en protestant qu'il avait vu un ange , comme Ambroîse prêchait , lui parler k Foreille , et que l'évêqué ne £aisait que répeter au peuple ce que lui dictait l'envoyé céleste (i). La conversion tut solide , et le pénitent devînt un des plus fervens défenseurs de la doctrine qu'il avait si opiniâtrement combattue. A force de prodiges de tout genre , les ariens furent enfin réduits à plier, et l'impératrice à laisser en paix le docteur pour qui le ciel se déclarait si visiolement.

Mais sur un esprit tel que celui de Justine , la crainte de l'empereur Maxime servit apparemment Beaucoup à fortifier ces premières impressions. Il écrivit à Valentinien , pour faire cesser le scandale. de cette persécution., en lui représentant le crime et le danger de combattre la foi établie depuis tant de siècles , et que professaient avec tant de concert ritalie , l'Afrique , tofu tes les Gaules et les Espagnes ; Kome enfin , ajoute-t-il , qui tient le premier rang dans la religion , comme dans l'empire (2).

n y avait environ deux ans qu'Augustin , près de remplir enfin ses grandes destinées, se trouvait à Milan j quand il y fut témoin de la persécution et des miracles qui la firent cesser. Il était Africain, né à Tagaste en Numidie , d'une famille honnête ^ mais peu accommodée des biens de la fortune. Son père , nommé Patrice , exerçait quelque charge de magistrature , et il reçut le Baptême avant que de mourir. Monique, sa mère, ajoutait une tendre

Înété au bonheur d'avoir toujours professé la vraie bi. Ellle s'était efforcée d'en inspirer à son fils dès l'âge le plus tendre , et jamais elle n'eut rien plus à cœur que cette partie du devoir maternel ; ne se Croyant mère qu à demi , comme elle s'en exprimait , tandis qu'elle n'aurait pas communiqué la vie de la grâce à celui qui lui devait la vie naturelle. Mais

(i) Paulin, p^it. n. 17. (2) Theod. v , 14.

3ao H I s T O I R F,

la dissipation du jeu el des éludes mêmes , les compagnies , les occasions qui naissent sous les pas des taleDS et des antes liantes, pre'cipîtèrent Augustin en de grands derangemens , et l'engagèrent enfia dans le plus trisle esclavage de la volupté. On ne laissa pas de prendre un soin extraordinaire de ses rares dispositions pour les sciences , qui faisaient' concevoir les plus hautes espérances à son père. Il parut et brilla successivement , dans le lieu de sa, naissance et dans la capitale de l'Afrique, Ce n'était, pas encore là un théâtre digne de son génie sup(^rieur : il crut pouvoir se produire dans la première ■ville du monae, et vint a Rome , à l'âge de vingtneuf ans , pour y enseigner l'éloquence , toujoui-s

fort honorée dans l'empire.

Par-tout il trainait après lu

les mêmes faiblesses j.

et par-tout d les augmentait, loin de les guenr* L'oisiveté des petits endroits , la licence des grandes Tilles, les spectacles du théâtre pour lesquels il étaït^ passionné, tout nourrissait en lui ce fonddesen-^ sualité qui énervait son courage , et qui le rendaib. de jour en Jour plusincapahledesecouer les chaîneg| cous lesquelles il ne laissait pas de gémir. Car avec une ame naturellement droite, et pourvue à uu

S oint unique de ce goût de raison qui ne peut se éfendre d'i^n certain amour du vrai bien, poursuivi d'ailleurs sans relâche parla gràcedont il devait être le triomphe aussi-bien que le défenseur , il demandait à Dieu la chasteté ; mais par des vœus ; îneflicaces, qu'il craignait même de voir exaucés. Pour comble de malheur , la curiosité et l'inquiète j activité de son esprit l'avaient engagé dans le com-J merce des manicnéens. Leurs discours , d'aulani^

Elus pompeux (pi'ils avaient plusd'horreursà voiler 4 s : dégoûtèrent d'abord de la simplicité des divines! écritures, et peu après ils le précipitèrent dans] l'hérésie.

Plus aifligée cependant que si elle l'eût vu mort , sa sainte mère séchait de douleur , et pleurait continuellemeat siu' lui. Elle alla trouver uu évêque,

qui j

qui était en grande réputation de sagesse et de vertu ; elle le conjura de, faire usage de Tune et de l'aiitre en faveur de son fils , dans le temps même que celui-ci était le plus infatué des pernicieuses rjêveries de Manès , qu'il n'avait point encore approfondies, et qui avaient, pour ce génie ardent/ tout le prestige du merveilleux , aussi-bien que de la nouveauté. L'évêque répondît assez sèchement à Monique , de se borner a prier ; et comme elle insistait en versant des ruisseaux de larmes : Allez, lui dit-il , il est impossible qu'un enfant qui coûte tant de pleurs à sa mère , périsse jamais (i). Monique reçut cette réponse comme un oracle , et ne cessa point cependant d'en presser l'accomplissement , par ses soins comme par ses prières/

Elle suivit Augustin au delà des mers , et par ïexemple de ses vertus qu'il révéra toujours , elle le toucha plus encore que par toute l'ardeur et la tendresse de ses entretiens. Datisces conjonctures, la ville de Milan envoya demander au préfet de Rome , un maître d'éloquence qui fût digne de la ville régnante , et Augustin obtint cette place honorable , après avoir fait preuve de sa capacité* Cet événement, fortuit en apparence , n'était rien moins qu'indifférent aux desseins du Seigneur. Le saint évêque de Milan, fort éloquent lui-même^ accueillit le nouvel orateur avec utie bonté qui commença à lever bien ide préventions. .Augustin se trouvait assidûment aux sermons 'du pi^élat. tt est vrai que la renommée d'Ambroiseetula curirt*. site d'Augustin avaient la plus grande part à Yjsm siduité du nouvel auditeur , qui dans le méiXH» temps suivait les discours fleuris du manichéeo» Fauste , et qui voulait faire comparaison entré ce coryphée des sectaires et l'oracle des orthodoxes» Mais les discours d'Ambroise lui parurent infini- Ôaentt plus estimables que le brillant verbiage du manichéçn ; et qupiqu il ne fît pas d'abord grande

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(i) Aug. Cônf. III , irJ.

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