‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 25 sur 50 · Tome lï. X · texte numérisé non relu

Tome lï. X

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attention au fond des choses, il y puisa insensîfclemcnt la solution de ses doutes , et le premier remède (les maladies de son arae.

Mais ce fut la lecture des épîlres de sainl Paul ,' si hien assorties au génie d'Augustin , qui porla le dernier coup à sa résistance , joint aux entretiens d'un saint prêtre de Milan , nommé Simplicien , qui avait déjà servi de maître dans la piété au grand Ambroise. Sur des idées de réforme encore mal digérées , Augustin avait formé le projet de Tivre en commun avec un certain nombre d'amis , dontlesdeux principaux étaient Alype et Nébride, Africains comme lui , et si attachés a sa personne , qu'ils avaient quitté leur pays où ils possédaient de belles terres avec un rang distingué , pour le seul plaisir de rester assidûment avec lui. Maia quelques-uns d'entr'eux pensant à se marier , d autres 1 étant déjà , on fit réflexion que les .femmes Eoui-raient ne pas s'accommoder de cette société, es choses en étaient là , quand Augustin fît la connaissance du prêtre Simplicien. En lui donnant toute sa confiance , il lui confessa familièrement , et dans le détail le plus ingénu , ses erreurs et toutes ses faiblesses. Simplicien s'efforça de l'encourager , en lui racontant comment le rhéteur Tictorin , connu par nne tradition très-estimée desocuvresde Platon , n'avait pas seulement triom-phé de toutes les passions de la chair, mais avait renoncé sur le champ aux espérances ainsi c:u'à tous les embarras du siècle.

'"'Un autre jour qu'Augustin s'entretenait des mêmes objets avec son fidèle Alype , Pontinien , pourvu d'une charge considérable à la cour, et grand homme de bien , vint lui rendre visite, en

uali té de compatriote ; car il étaitaussi d'Afrique.

lomme il vit sur xme table les épîtres de saint Paul , la conversation s'engagea naturellement sur des matières de piété , et il rapporta dilférens traits de la vie de saint Antoine, dont Augustin ' ni Alype n'avaient jamais entendu parler. Ile-

DE l' Eglise. SsS,

n'apprirent qu^avec surprise des faits si merveilleux et si récens. Pontinien n'était pas moins étonné d'une pareille ignorance en des hommes si cultivés. Ces beaux esprits ne savaient pas même , qu'à Milan, où ils vivaient , il y eût un monastère qui retraçât les mœurs angéliques dont le père des cénobites avait donné les premières institutions en Egypte» Pontinien leur apprit encore la touchante conversion de deux seigneurs de la cour , arrivée à l'occasion de la vie du même saint Antoine ,'

au'ils avaient trouvé à Trêves chez des moi^s où s étaient entrés par hasard , un jour qu'il s'y Ïromenait avec eux^ et qui leur avait fait emrasser à l'instant la vie monastique»

Durant tout ce récit , Augustin parut absorbe dans les plus profondes réflexions (i). Quand Pontinien se fut retiré ; à quoi pensons-nous , dit-il à json ami d'un ton extraordinaire , et en se levant avec une vive émotion ? les ignorans ravissent le ciel , sous nos yeux ; et nous , insensés y avec toute notre science , nous croupissons dans le bourbier infect du vice. Rougirions -nous de les suivre?, mais n'est-il pas infiniment plus honteux de ji^eït point avoir le courage ? Alype le regardait sans rien dire, fort étonné d'une agitation si extraordinaire ; et il le suivit dans le jardin, où elle Pemporta. Us s'assirent tous deux dans l'endroit le plufi écarté. Augustin rendait le dernier combat contre la grâce , qui triomphait en lui de tous les soulèvemens de la sensualité ; et l'enfer , au moment de perdre un esclave dont l'affranchissement devait avoir de si grandes suites /employait toute sa force et tous ses artifices pour le retenir. Il éprouvait des mouvemens convulsifs , se frappait le front , s'arrachait les cheveux, se contournait les membres et les cotés : ce qui semblait ne dépendre que de sa volonté , il s'indignait contre lui-même , de ne pouvoir se résoudre à le faûre.

(i) Conf. Tiu ; 8.

H' I s T o I n E Enfin il se relève hrusquement, et s'éloignaiitd'Alype, il va se jeter sous un figuier, où ne se contenant plus , il versa des itorrens de larmes , en criant : Jusqu'à quand , Seigneur, serai-je en butte à votre colère? jnsqu'à quand me verrai- je le jouet de ce que j'abhorre ? et pourquoi demain ? pourquoi non anjourd'hui ? pourquoi non à ce moment ? Il souhaitait , à ce qu'il nous apprend lui-même , la gucrison de son ame, et craignait de guérir; il aurait voulu rompre sa chaîne , et ne le voulait pas. D'un côté , selon la ]>einture attendrissante qu'il eontrnne d'en faire, les voluplcs se S résentaient à lui avec tous leurs charmes , et lui isaient au fond du cœur : Augustin , imaginestu pouvoir désormais vivre sans nous ? La pudeur se montrant d'une antre part , avec un visage modeste et serein, et lui faisant remarquer à sa suite unemultitudede jeunes personnes de l'un et l'auli'e sexe ; crois-tu , lui disait-elle en lui reprochant sa làchelé , de ne pouvoir , avec les secours d'enbaut, ce que fait si courageusement celte nombreuse et faible jeunesse? MalsTassaut des passions redoubla avec tant de violence, qu'il allait encore succomber , quand il entenditune voi\ du ciel qui lui dit à plusieui-s reprises : Prends et lis. Il revint promptement à l'endroit où Aiype était demeuré ; il porta la main sur les épîtres de saint Paul , et lut à l'ouverture du livre : Ne croupissez pas dans la de'baicche et. l'impureté'; mais' revêtez^ous de Notre-Seigneur Jesus-Ckrist. \ Ces paroles furent un trait de lumière qui dissipa dans luï clin d'œi! toutes ses ténèbres, et le» impossibilités imaginaires qu'il trouvait à obéir aux inspirations divines. Il prend la résolution ellicace âe suivre Jesus-Cbrist par la voie la plus étroite de la perfection évangélique ; puis il dévoile à son ami tout ce qui se passe dans son ame , avec cette paisible fermeté qui a pris son parti sans retour. Alvpe rouvre le saint volume , et lui fait remarquer cette suite du passage ; Recevez celui qui est

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fçiihle dans la foi. Et se l'appliquant à lui-même , • il le pria de l'admettre en société de la vie nouvelle qu'il voulait embrasser, afin qu'ils fussent encore plus étroitement unis par les liens de la vertu que par l'amitié. À ces mots qui comblèrent la joie du saint pénitent , il embrassa tendrement son ami : et tous deux allèrent de compagnie porter à la pieuse Monique une si heureuse nouvelle. Elle bénit cent fois le Seigneur, de ce qu'il appelait cet enfant de larmes et de 4ouleurs à une. perfection qui la dédommageait si amplement de ses chagrins passés , et qui surpassait ses vœux mêmes et ses espérances. Car Augustin se détermina sur lé champ à renoncer au mariage et à toutes les vaines sollicitudes du siècle.

Dès qu'il se vit libre pai: l'abdication de son. emploi , il se retira à la campagne , dans la maisoa d'un ami. Là commençant à remplir les. vues du ciel sur ses incomparables talens , il écrivit ses premiers ouvrages contre les principes des académiciens et des pyrrhoniens^ et sur le fconheur de connaître Dieu ; parce qu'il voulut s'exercer d'abord sur des sujets propres à l'affermir dans $es pieuses résolutions. Les sentiment y sont touchans; mais le style , d'une élégance recherchée , se sent encore de l'ostentation de l'école. \\ fit dans 1q même temps son traité de l'Ordre , qui n'a guère de trait qu'à l'ordre des études ; puis il écrivit ces pieux et tendres entretiens avec lui-même , qu'il appela Soliloques.

Les préparatifs de son baptême , qu'il ne jugea point a propos de différer plus long-temps , étant faits , il revmt à la ville , où il le reçut la veille de Pâcmes , ^4 Avril 387 , de la propre main de saint Ambroise : après quoi, il demeura peu à Milan. Le désir de servir plus utilement le Seigneur , lui fit reprendre là route d'Afrique.

Déjà il était à Ostie avec ses amis et sa sainte mère , et ils n'attendaient tous ensemble que le moiïieni; de s'embarquer , lorsque Monique fût

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atteinte de la maladie dont elle ne devait pas relever.' Elle n'avait plus rien qui l'attachât à la vie. Je ne sais ce que je fais encore ici-bas , disait-elle peu de jours auparavant à ce fils , qui après tant d'inquiétudes la comblait de consolation (i). La seule chose qui me rendait la vie désirable, c'était de vous voir chrétien-catholique. Le Seignenr daigne n'accorder au delà de mes vœux. Vous voilà consacré tout entier à son service, et plein de mépris pour les choses terrestres. Quand elle se vit en danger de mort ; vous laisserez ici votre mère , lui dit-elle ; qu'importe où ce corps repose? ne TOUS en inquiétez' pas. Je vous prie seulement de de ne pas m'oublier à l'autel du Seigneur , quelque part que vous soyez. Elle mourut dans les pieux sentimens qui l'avaient Iduiours animée, le neuvième jour de sa maladie , la cinquante- sixième année de son âge , et la trente - troisième d'Augustin , l'année même où il avait été baptisé. Après qu'il eut rendu les derniers devoirs à une mère si justement chère , il s'embarqua pour l'Afrique ; et aussitôt qu'il fut arrivé à Tagaste, il se retira avec ses amis dans un lieu champêtre , où ils commencèrent à mener dans une parfaite union la vie des premiers fidèles , n'ayant tous qu'une bourse j comme ils n'avaient qu'un cœur et qu'un ame.

Cependant saint Ambroise , tant persécuté par l'impératrice Justine , lui devint plus nécessaire que jamais. La lettre que l'empereur Ma\ime avait écrite en faveur des catholiques, donnait beaucoup à penser à la cour de Milan. On crut que le saint archevêque, dont la première ambassade avait si bien réussi, n'aurait pas moins de succès dans la seconde. Mais quoiqu'il n'en augurât pas de même, il ne laissa point de se montrer tout prêt, dès qu'il fut question de tenter le bien. Il avait paru la première fois chez l'usurpateur Maxime, avec toute la dignité épiscopale; et il n'avait point voulu avoir

(1) Coi/ II, 10.

de communion ecclésiastique avec un sujet qui ne pensait pas même à faire pé^tence du meurtre de son maître. Continuant a suivre les canons dans toute leur étendue , il s'abstenait encore de la communion des prélats sanguinaires qui poursuivaient la mort des priscillianistes , et qui participaient à la communion aussi-bien qu'à la faveur de Maxime- Ce n'était pas là le moyen d'obtenir des ménageznens d'un prince qui voyait d'ailleurs son avantage à n'en plus garder. Aussi Maxime fut-il si mécontent dé cette seconde ambassade , qu'il enjoignit à l'ambassadeur de s'en retourner sans délai ; de façon

3ue l'archevêque n'eut rien de mieux à faire que e reprendre incontinent sa route , avec mille dan-

empereur tenir sur ses gardes.

La charité conduisît , vers le même temps , à la cour de Trêves le saint métropolitain de la province de Tours , qui , dans les troubles occasionés par la révolte , avait souvent besoin d'un médiateur tel que l'illustre Martin. En qualité de sujet de Maxime , reconnu empereur par Valentinièn et même par Théodose , il eut un peu plus de déférence qu'Ambroise- Toutefois il répugnait infiniment à communiquer avec ce prince ; et comme on l'invitait à sa table , il répondit généreusement , qu'il ne pouvait manger avec celui qui avait enlevé a un empereur une partie de ses états , et la vie à un autre (i). Tel est Tascendant d'une éminente vertu, que l'usurpateur, loin de s'emporter, se réduisit au ton d'apologiste. Il s'excusa sur ce qu'il n'avait pas pris , de son plein gré , le titre d'auguste, et que l'armée l'y avait contraint ; que du reste aucun de ses ennemis n'avait perdu la vie que sur le champ de bataille. Le saint , qui avait une bonté d'ame presque sans exemple , se rendit à ces raisons ,

•^mm

(i) Sey. Sulp. /^iY. n, 25.

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et Teinpereur en marqua une joie încroyaWe. Ce fut une fête extrao^inaire ^ à laquelle on invita tout ce qu il y avait de considérable à la cour. Jj'évêque fut mis dans le festin à la place d'honneur, à côte du souverain. Un prêtr/5 qui l'avait suivi à Trêves, occupa le premier rang après lui. Quand on eut présenté la coupe au prince , suivant la coutume , avant d'en faire usage , il la passa au saint evêque. Il s'attendait à la recevoir de sa main immédiatement après; mais dès que Tévêque eut bu , n'envisageant les objets que des yeux de la foi , il donna la coupe à son prêtre ; ce qui surprit moins l'empereur et les courtisans ^ qu il ne les édifia : tant il est vrdi que les choses les plus éloignées des mœurs communes se font respecter dans les saints. On en parla par tout le palais , et on loua unanimement le généreux prélat, d'avoir fait à la table de l'empereur , ce que bien d'autres évêques n'auraient osé faire chez un de ses ministres (i).

L'impératrice désira de régaler à son tour le saint archevêque. C'était une nouvelle difficulté encore plus grande que la première ; car à l'âge de soixante-dix ans où il était parvenu , jamais il n'avait mangé avec aucune femme. Mais il sollicitait pour des prisonniers , pour des bannis, pour des gens dépouillés de leurs biens : sa charité , 1 arae et le mobile de toutes ses œuvres^ le lit déroger a îa loi qu'il s'était faite; et la princesse en conçut une reconnaissance si vive et si respectueuse, qu'elle ne voulut que le servir , au lieu de se mettre à table avec lui . Elle y plaçait et approchait les mets qu elle avait préparés de sa main, lui servait à boire^ et durant tout Iç repas, elle se tint attentive et debout , dans l'htrmble contenance d'une personne faite pour le service. Quand on leva la taole , elle fit précieusement garder les restes du pain , et jusqu aux moindres choses qu'il avait touchées.

Jusque - là l'empereur et . l'impératrice^ fort

(i) Sey. Sulp. ihid.

DE T.' Eglise. 3ig

contens du saîntlioinme, se trouvaient entièrement disposes à remplir ses demandes pour son peuple. Mais les itliaciens n'étaient rien moins qne satîs^ faits. Honteux de se voir retranchés de la communion de l'église^ pour avoir oublié ces maximes de douceur qui font tant d'honneur à ses ministres, ils auraient cru se laver de cette tache , en communiquant avec le seul archevêque de Tours. Coiùme ils pouvaient tout à la cour de Maxime , d'ailleurs leur complice dans les cruautés exercées conti'^ les priscillianistes , ils l'engagèrent à presser Martin de communiquer avec eux. On le prit en partîculîier, et on lui représenta doucement tous les motiÉ capables de lui en imposer. Comme il n'en paraissait point touché, l'empereur le quitta en colère , Suis ordonna de faire mourir diverses personnes ont le tendre pasteur sollicitait la grâce. Il était nuit quand Martin apprit cette accablante nouvelle. Sa bonté l'emporte , il vole au palais , il ne voit que le personnage de miséricorde qu'il exerce , et il promet d'user de condescendance, si l'on épargne le sang des malheureux. Il se faisait le lendemain ime ordination ; l'évêque de Tours communiqua , dans cette cérémonie, avec les évêques ithaciens. On lui accorda tout ce qu'il sollicitait ; mais ces succès ne portèrent pas dans son cœur la joie pure des bonnes œuvres. Il sortit aussitôt d'une cour ou les meilleures vues rencontraient de pareils écueils,

J)leurant et gémissant par. les chemins, sur sa malleureuse complaisance. A deux lieues de Trêves , il s'arrêta quelques momens dans un bois^ et laissa passer en avant les gens de sa suite. Là , comme il se livrait à toute 1 amertume de ses remords , un jange lui apparut , et lui dit : Tes regrets sans douta sont fondés; mais ne naets pas ton ame en péril en les rendant excessifs. Ta faute , où il est entré moins de volonté que de surprise , est digne d'indulgence. Saint Martin, depuis ce temps-là, sentit quelque diminution dans la ferveur de sa confiance , et moins de facilité qu'auparavant à faire des miracles,

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Avant de qnîtler Maxime, il lui avait donné nu avis bien salutaire , si ce prince ambitieux en avait su profiter. Comme il le voyait disposé à faire la guerre à Valentinien , il lui prédit qu'il serait d'abord vainqueur au passage des Monts , mais qiur peu après ce triompbe séduisant il trouverait sa perte. L'ambition l'emporta sur la propbélie. Ou crut détourner ses eil'els par les précautions d'une perfide iwlitique. Tandis qu'on réitérait les assu~ rances u amitié et de modération à l'imprudent Valentinien, qui n'en avait point voulu croire saint Ambroise , on faisait défiler les troupes de Gaule vers 1 Italie , et l'on rendit celui même qu'on attaquait, l'artisan de son propre mallieur. A force de protestations de vues de paix, et de bienveillance , Maxime l'engagea à recevoir du secours contre les barbares qui ravageaient l'Illyrie , se fraya par cette ruse la route de l'Italie, et ouvrit sans péril le passage si périlleux des montagnes à la moitié de son armée. Bientôt il suivit avec lo reste , et Valentinien , comptant ainsi que Justine ' sur un défenseur , ne s'aperçut de sa méprise qu'au ■ massacre , au pillage , aux embrasemens qui marquèrent dans ses provinces la marche de son oppresseur. La désolation fut affreuse, et telle que le saint évèque de Milan, dont l'église n'avait pas éprouvé la ruine de tant d'autres, mit sans scru-

£ule les vases sacrés en vente , afin de subvenir aux csoins pressans d'une infinité de malheureux , et siu--tout au rachat des esclaves, lié ! peut- on, disait-il , faire un pins digne usage des vaisseaux destine's à contenir le sang du Rédempteur , qu'ea rachetant une seconde fois ceux qui font déjà été au prix de ce sang ?

Justine et Valentinien , bors d'état de résister à une pareille invasion , s'embarquèrent pour s'aller jeter dans les bras de Théodose : ils eurent le bonbeu.r de gagner Thessalonique , où ce généreux protecteur vint au-devant d'eux. Après avoir d'abord ïousoléValentinien; vous ne devez pas vous étonneri

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ajouta-t-îl en prince vraiment chrétien , du mau^ vais état de vos affaires , ni des progrès de Maxime ;

Îmisque vous combattez la vraie religion , et qu'il a soutient. Bientôt il eut effacé , dans Famé ver»tueuse du jeune empereur , les .méchantes impressions qu'il avait reçues de sa mère, et il lui fit reprendre la foi de l'église. Les deux augustes rendirent de concert xune loi qui faisait défense aux hérétiques de Jtenii: des assemblées , d'instituer des évêques , de se pourvoir même au tribunal du souverain , afin d'annuller celle que Valentinien , ou plutôt sa mère Justine ,, avait rendue en faveur des ariens l'année précédente. Après ces préliminaires religieux , on ne pensa plus qu'à venger les attentatSy de Maxime , que Théodose avait ménagé jusqu'alors^ et reconnu pour collègue. La générosité 1 emporta en tout sur l'intérêt ; puisque l'empereur d'Orient eût bien mieux trouvé son compte à précipiter la chute de Valentinien , avec espérance d!^en partager les dépouilles , qu'à se déclarer Î>our lui contre des forces redoutables. Mais il s'en allut peu qu'une entreprise si louable n'occasionât la ruine d'une des meilleures villes de l'empire. 4( Pour fournir Aix frais de la guerre , on imposa sur Antioche , comme sur les autres villes de l'Orient, des tributs qui. firent soulever les ciloyens de cette capitale également fière et puissante. L'audace alla jusqu'à renverser les statues de Théodose , celles de son père et de ses enfans ; et ce qui l'of^ fensa plus sensiblement encore , celles de l'impératrice Flaccille , morte depuis j^eu. Il était dans la plus vive douleur de l'avoir perdue , et conservait une tendre vénération pour ses tendres vertus. C'était princij>alement cette digne épouse qui lui avait inspiré son horreur extrême de rhérésie,étant elle-même de la foi la plus ferme et la plus soumise , d'une humilité profonde , et d'une charité bien exemplaire dans l'élévatipn de son rang. Souvent on la vit sans suite , et comme une personne du commun , visiter les pauvres dans les nôpitaux

ou clans leurs ctaumiL-res , panser les malades dans leurs lits , les consoler , goûter leur bouillon et le leur servir , faire toutes les fonctions de garde et de domestique. Plus souvent encore elle avertissait son auguste e'ponx de se rappeler leur premier état. Car ils avaient été mariés , et s'étaient trouvés dans l'infortune , ou dans le danger prochain <ïy tomber , avant de parvenir à l'empire.

Le peuple d'Antioche ne sr borna point à renverser les stalues : il y attacha des cordes , les traîna dans les houes , les mit en pièces avec des clameurs €t des. injures de la dernière insoJence. Mais cet accès de frénésie fut bientôt passé, et lit place aux plus cruelles appréhensions. On réfléchit sur les l suites d'un pareil emportement. Le bruit se répandit de toute part que l'empereur allait user de la plus grande sévérité; qu'après la confiscation ou Ic^JiUage, on abandonnerait aux flammes toutes les maisons avec leui-s malheureux possesseurs ;

3u'on raserait la ville et les ramparls jusqu'aux fonemens , et qu'on y ferait passer la charrue. Les citoyens désertaient par troupes innombrables , Bcnioncaient dans les forêts, ne se croyaient pas i en sûreté dans les cavernes les plus sauvages. Les ' autres,abandonnés à leur désespoir ,se tenaient renferme's chez eux , en attendant le coup du destin dans Une espèce de stupidité. On ne voyait personne dans les rues , ni sur les places si fréquentées peu auparavant. Celle ville si peuplée et si florissante ne paraissait qu'un désert effrayant. Les philosoplies dont elle était pleine , avaient oublié toutes leurs grandes maximes , et s'étaient enfuis comme le peuple.

Il n'y eut que les philosophes chrétiens , c'està-dire les plus fervens d'entre les fidèles , les ecclésiastiques , et sur-tout les solitaires fort multiplié» autourd'Antioche, dont cette ville consternée reçut

auelqae consolation. Il se tiraient des grottes et PS tombeaux où ils étaient comme ensevelis, descendaient des montagnes avec empressement.

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accouraient aii lieu où jamais ils n'avaient mis le pied , sollicitaient les magistrats de la manière la plus pressante , en faveur de cette multitude d'infortunés coupables. Ils restaient les journées entièr|3S aux portes du palais où se balançait le sort de la patrie , et ils déclaraient qu'ils ne se retireraient point , avant d'avoir obtenu grâce : ils parlaient même de l'aller solliciter jusqu'à C. P. Nous avons , s'écriaient - ils , un enipereur pieux et clément : oui , nous le fléchirons ; et vous roffenseriez en prétendant le servir , par une rigueur précipitée. Afin demies retenir, il fallut prendre leurs remontrances par écrit ,et les envoyer en cour san^ délai (i).

Un de ces solitaires, appelé Macédonius, d'une ^inteté consommée , mais d'une simplicité purement évangélique , sans nul usage du monde nî des affaires , ayant rencontré deux commissaires envoyés de la ville impériale ; mes amis , leur ditil , en prenant le premier par le manteau , voici ce que vous direz a l'empereur : vous êtes homme , vos sujets sont aussi des hommes , faits à l'image de Dieu. Pour venger des figures de pierre ou de métal , convient-il de détruire les images vivantes et raisonnables de la divinité?Il est aise de rétablir vos statues , et déjà elles le sont ; mais il vous sera impossible , tout maître que vous êtes de la terre, de rendre un seul cheveu à ceux que vous aurez fait mourir. A ce discours si fort au dessus de la portée d'un esprit sans science et sans culture, les commissaires restèrent dans l'admiration , et promirent sincèrement d'en faire le rapport au souverain (i).

Les évêques de la province ne témoignèrent pas moins de zèle et de compassion que ces pieux ascètes. Quant à l'évêqueFlavien, il était parti pour C. P. après les premiers signes de repentir de ses ouailles , et il fit tant de diligence , malgré lés

(i) Chrys, ad Pop, Ant. Hom, 17^ (2) Chrys, ibùL

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rigueurs de l'hiver et son âge avancé , qu'il précéda ceux mêmes qui portaient au prince la nouvelle de la sédition.

Pendant son absence , le principal soutien des citoyens désolés fui le prèlreJean, mieux connu sous le nom deChrysostouie ou Bouche-d'or , que lui acquit »ou incomparable éloquence. NéàAntioche même , d'une fiimille noble et chrétienne , il avait étudié sous le fameux rhéteur Libanius , qui dit en mourant , qu'il ne connaissait aucun su|et plus capable que Jean de le remplacer. Mais Jean se livra de bonne heure à une étude plus solide , ayant été instruit dans les saintes lettres par le patriarche Mélèce qui le baptisa et le fit lecteur. Craignant encore pour son salut, dans un séjour brillant et Toluptueux , il se retira dans la solitude , où il mena J une vie aussi pénitente que recueillie. Il lit même fl des excès de raortilication^qui altérèrent sa santé, 1 et l'obligèrent de revenir à la ville. Mais les infirmités qu'il avait contractées, sur-lout par le froid exdessif des nuits qu'il voulut braver , avaient comme éteint en lui la dangereuse passion qu'il craignait le plus. Saint Mélèce le fit diacre à Fâge de trente ans. A trente-cinq , il l'ordonna prêtre ; et lui voyant de grands talens pour la parole, il M lui en confia le ministère honorable. I

Chrvsostome se trouvait au plus beau point de ^ sa carrière , âgé d'environ quarante ans, lorsque le désastre de sa patrie fournit un nouvel aiguillon à son zèle et à son éloquence. A ce sujet , il fit au peuple d'AntiocUe ses beaux sermons que nous avons encore au nombre de vingt , et qui méritent un rang dislingiié , même entre les œuvres de ce père , le plus touchant des orateurs ecclésiastiques de ces beaux siècles, La maison de Dieu ne désemplissait pas, tandis que le reste de la ville était désert. On ne trouvait de satisfacUon qu'à écouter le tendre et subli meChrysostome , encore supérieur àlui-même,endes conjonctures qui lui inspirèrent un saint eiilhouiiiusme et un pathétique tout divlu.

Arec l'admiration , il porta le calme et la confiance dans les amés si abattues peu auparavant ; et souvent il se vit obligé de faire suspendre les applau-* dissemens qu'on lui donnait , ou de s'arrêter lui- ^éme tout court , dans l'impossibilité de se faire entendre au milieu de ces bruyantes acclamations. Ministre fidèle , il ramenait à la gloire dvL divin maître les dispositions d'^un peuple docile; et il tourna tous les coeurs à la crainte de Dieu et a la pénitence. Ainsi en se soumettant avec la plus liumble résignation à ce que la providence voudrait ordonner , la malheureuse Antioche Finclinait-elle à ne rien décerner que de conforme à sa miséricorde. • Cependant la renommée , dont les événemens fuiàestes semblent accroître la célérité , avait déjà fait

I parvenir aux oreilles de l'empereur la nouvelle de a sédition. Quoique les mauvais chemins eussent retardé les courriers , et que Flavien les eût devancés , ce patriarche , à son arrivée , trouva Théodose instruit de tout ce qui s'était passé. Quand donc le vénérable prélat fut entré dans le palais , il se tint à l'écart , les yeux tristement baisses^, et l'air aussi liumilié que sMl eût eu à demander grâce pour sa

Sropre personne. L'empereur s'approcha de lui ; et 'un ton d'amertume et de sensibilité, mais sans colère , quoiqu'il eût les premiers mouvemens extrêmement prompts ^ il commença par faire Fénumération d'une longue suite de faveurs accordée^ Â l'ingrate Antioche depuis le commencement de son règne,a]outant à chaque article : Est-ce donc là ce que j'avais lieu d'attendre pour reconnaissance? quelle plainte peuvent-ils faire de moi ? quelle plainte surtout font-ils de la vertueuse Flaccille ? et pourquoi s'en prendre à cette chère et respectable défunte ? Alors l'évêque poussant un profond soupir : Seigneur , dit-il d'une voix entrecou|!>ce de gémîssemens et de sanglots , comme le rapporte saint Jean-Chrysostome(i),dequi nous tenons!' éloquente

{i) l£om, 20^ ad Pop, Antioche

rfM«-

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rédaction d'une pièce trop intéressante, pour craindre d'en présenter ici quelques traits assez étendus ; seigneur , nous sommes pénétrés de confusion , sur tous les monumens de la bienfaisance dont vous avez comblé notre patrie; et c'est notre. plus grand chagrin, que le sentiment de notre indignité. Ruinez , brûlez , faites couler des fleuves' de sang : vous ne nous punirez pas encore comme nous le méritons. Le mal que nous nous sommes fait est pire que tout ce qu'on peut nous faire. Et qu'v a-t-il de plus accablant , que de passer par tout l'univers pour des monstres d'ingratitude ? Ce serait un moindre malheur , que les barbares se fussent emparés d'Antioche , et qu'après en avoir jeté les habitans jans les fers, ils eussent réduit en cendre tous nos édifices. Avec un maître aussi grand et aussi bon que vous, ces malheurs étaient réparables ; et avec quelavantage votre magnanimité incomparable ne les eût-elle pas effectivement réparés ! Mais à présent que nous nous sommes privés ae la protection qui nous valait mieux que nos remparts et toute notre milice ^ à qui désormais aurons-nous recours ? Qui réclamerons-nous , après avoir dutf âgé lé meilleur des pères? Aussi nos infortunés citoyens , s'ils ont commis le plus grand des crimes , éprouvent-iJs le plus cruel des châtimens. Tourmentés au* dedans ar les reproches de leur conscience , ils portent eur opprobre sur leur front et dans toute leur contenance. Ils n'osent arrêter leur regard sur personne ; ils craignent même de les porter au ciel ; ils voudraient s'ensevelir tout vivans , et se cacher à toute la nature.

Mais c'est un outrage , dira-t-on , tel que le diadème n'en essuya jamais. Mais iJ dépend de vous , ô le plus clément et le plus sage des princes ! que cet attentat vous procure une couronne infiniment plus honorable que tous les diadèmes. Celle que vous portez est due en partie à la libéralité d'un bienfaiteur : celle que vous formeront l'humanité, la douceur, le pardon de$ injures , vous ne la devrez qu'à la boni é

de

le

4e votre cœur , qu'à vos seules vertus. Pour une statue renversée , vous en érigerez d'innombrables et d'immortelles dans le cœur , non^^seul^ment de vos sujets , mais de tout Ce qu'il y aura jamais d'êtres intelligens et sensibles. Le trait admirable de la clë-* mence du grand Constantin , ne s'en souvietit-^on

Sas encore mieux , n'en parle-t-on pas avec plus 'applaudissement qne des batailles qu il a gagnées ^* que des trophées et des monumens qu'il a laissés en si grand nombre? Comme on l'incitait à exterminer des séditieux qui avaient jeté des pierres à ses statues ^' et qu'on lui disait en l'aigrissant , qu'ils lui avaient' défiguré le visage , il répondit tranquillement en y passant la main : Je ne m'aperçois pas qu'on en ait tait couler une goutte de sang. Cette admirable parole excite encore les mêmes sentimens que le premier jour qu'il l'a proférée. Mais qu' est-il besoin de vous citer des exemples étrangers ? Il suffit que vous vous ressembliez à vous-même. Souvenez-vous des lettres de grâce que vous fîtes autrefois expédier pour la délivrance des prisonniers , à la veille des têtes où nous touchons. Le bienfait ne répondant qu'im-

Çarfaitement à votre sensibilité généreuse ; plût à >ieu , ajoutiez-vous dans ce mémorable rescrit^ que je pusse aussi ressusciter les morts ! Or , voici , seigneur , le moment d'opérer ce prodige y de retirer des horreurs du tombeau , sans péril , sans effort ^ non un mort ou deux ^ mais un peuple innombrable. Une seule parole , un mot d'écrit , dicté par la bénignité chrétienne , va rendre la vie à des milliers de morts ou de mourans. La célèbre Antioche vous devra infiniment plus qu'à son fondateur , plus que si vous l'aviez soustraite à un joug barbare. Vous partageriez ce dernier honneur avec la plupart des princes, du moins avec tout ce qu'on nomme héros* Mais rendre la vie et la fortune pour la plus atroce des injures, et cela quand on est tout-puissant; c'est ce qui honore , non précisément l'empereur , mais lempire , mais l'humanité , mois le christianisme. A ce motif de religion , l'orateur attentif à étudier Tome IL Y

le visage (lu prince , crut y apercevoir qlie , loin de se lasser , il redoublait d'attention , et paraissait plus touché de moment en moment. C'est pourcruoï il s'étendit sur l'édiltcaLiDn que la clémence d'un monarque cbrétieiidoniM:rait aux gentils, auit juifs, aux gens de toute reliei on-, qui informés de l'injure, tenaient les yeux tixes sur celai qui l'avait reçue, dans l'attente de ce qu'il ordonnerait. Si vous pardonnez , reprit-il^ ils se diront avec admiratioa les uns aux autres : Qu'il est grand le Dieu des clirctiens, puîsfju'K élève ses adorateurs si fort aa dessus de la nature ! Qu'elle est sainte , qu'elle est digne de l'Être suprême , la religion qui contient de la sorte un liomme plus puissant lui seul que tous les autres ensemble ! Et gardez-vous d'écouter la rampante politique qui vous représenterait l'impunité comme l'aiguillon de l'audace et la ruine du pouvoir. Cette appréhension serait bien fondée , si votre indulgence était l'efFct de votre faiblesse. Mais la crainte et les remords ont déjà fait une

Î'uslîce bien exemplaire des coupables. La sévérité a plus rigoureuse ajouterait peu au sort qu'ils éprouvent. Si vous les aviez tout d'nn coup retranctiésdu nombre des vivans , ils seraient beaucoup moins à plaindre que dans les douleurs et la mortelle incertitude où ils languissent depuis tant de loui-s. Au coucher du soleil , ils ne s'attendent point à revoir l'aurore ; et au retour de l'aurore , ils osenk encore moins se promettre la fin paisible du jour. Plusieurs, en fuyant dans les déserts, y sont devenus la proie des bâtes sauvages, non-seulement ceux qui avaient eu part à l'attentat , mais des enfans innocens et faibles, mais ùe^ femmes timides et du

firemier rang. Les misérables qui survivent au miieu des mêmes dangers , passent les joursetlesnuits dans les réduits les plus écartés, dans les antres obscurs et le creux des rochers. Une voix éloignée, le soulHe des vents, l'agitation d'une feuille les fait pâlir et tomber d'effcoi. La ville eût été prise par le» ennemis du nom routaip , qu'elle ne se irouveraiÇ

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pds dans un ëtat si déplorable. Toutes lés autres ailles la regardent avec constei*nation , et la proscription la plus sanglante serait moins efficace pour les contenir dans une respectueuse dépendance.

A chacune de ces images touchantes , le cœur Mnsible de Théodose s'attendrissait d'une manière plus visible. Flavien continua : Ouï , Seigneur , ina confiance égale votre bonté, et j'ose supplier TOtre cœur paternel d'apporter im remède prompt k la douleur excessive ae vos enfans. Il est facile de punir , il est facile de se faire craindre quand on est revêtu de la souveraine puissance ; mais de captiver l'amour de tout le monde , d'affectionner chaque citoyen à votre empire, comme il l'est à sa famille ; c'est ce que les trésors , les plus grands travaux , les armées innombrables n'opérèrent jamais , et ce qui dépend à ce moment de votre seule volonté. Quel triomphe pour nous et pour le Dieu que nous servons , quand par-tout'onaira: Une grande cité avait provoqué l'indignation de •son souverain; elle méritait lé dernier châtiment; tous ses citoyens étaient abymés dans la douleur et le désespoir : ni officier , ni magistrat ^ personne , n'osait ouvrir la bouche pour sa défense ; mais un faible vieillard , revêtu du ministère pacifique des autels , a touché le prince au premier aspect ? Certes notre ville ne fait pas peu a honneur à votre foi , en me chargeant de cette députation ; puisqu'elle juge que vous préférez aux grands du siècle le caractère sacré des prêtres du Seigneur. Je viens donc moins au nom d" un peuple éploré , qu'à celui du Maître suprême des souverains et des sujets ; et je vous annonce de sa part, que si vous remettez la faute commise contre vous , le juge terrible des vivons et des morts vous, pardonnera toutes les wtres. Votre religion , je le sais , a toujours devant les yeux ce tribunal redoutable , oà nous devons tous rendre un compte exact de nos oeuvres. Eh bien , tout ce que vous îiuriez pour Iqfs à ^xpiw ^ vous le pouvez çffacej dèis et

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moment par une parole d'indulgence. Les Intercesseurs ordinaires préparent parles présens les voies , à leur médialion; pour moi , je ne vous présente que la loi de notre divin Maître , et je tous conjure de ne vous proposerd'aulremodèlej que celui qui perpétuellement outragé par tant d ingrats , ne cessse de leur faire du bien. Tel est le fondement de' mes espérances ; et si elles se trouvaient confondues , socliez , prince , que j'abjure incontinent ma funeste patrie. Jamais Flavien ne reverra une ville que le plus humain de tous les maîtres aurait juaé indjgne de rentrer en yrâce avec lui.

Ce discours fit toutl'eRet (pi'on en pouvait attendre. Théodose ne put retenir ses larmes; et sans opposer aucune diiliculté , sans faire valoir la grâce qu'il accordait : Prêtre du Seigneur , dit-il , cessez de vous alarmer. Non , vous ne parlez point à une ame impitojable. Et qu'y a-t-il de merveilleux , si nous nous laissons fléchir envers nos semblables , tandis que ie vrai Maître du monde , outragé, crucifié par des pécheura tirés du néant el comblé de ses bienfaits , a prié pour eux ! Ce bon prince fit plus : s'intéressant à la cruelle position où se trouvait AnLiochej il pressa le patriarche de partir , afin de t'en tirer sans nul délai ; il envoya même quelques courtisans, quand Flavien eut jï^ssé le détroit, pour savoir s'il faisait diii-

Î;ence , s'il ne s'arrêtait pas en chemin à cause de a Pâquequi approchait , s'il ne pensait point à la célébrer ailleurs que dans sa malheureuse église.

C'est par un tel usage de pouvoir cjue cet empereur en obtenait du ciel la conservation et Taccroîsseinent , et qu'il ménagea la divine prolection " contre les eiforts ambitieux de Maxime. Afin de s'assurer encore mieux du succès , il fit consulter saint Jean d'Egypte , fameux anachorète , qui demeurait loin de là , dans la Haute-Tbébaïde. La gloire de ce grand serviteur de Dieu s'accroissait autaat qu'il preiiait de soiu de secachev. U habitait

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tout seul au. sommet escarpé d'une montagne , dans une roche où il s'était taillé une çspèce de cellule ou plutôt de sépulcre , et où l'on ne parvenait qu'en gravissant avec une extrême difficulté. U ne permettait à personne d'y entrer, et il recevait par une lucarne les choses indispensahlement nécessaires à la vie. Les miracles même qu'il opérait en grand noâabre , c'était par le moyen d'une huile bénite qu'il envoyait aux malades ; pe souffrant point qu'on les lui amenât , de peur de la vaine gloire et des distractions. Son nom était vénéré dans toutes les régions , et les maîtres du monde regardaient ses prières comme la plus sure garantie du succès dans leurs entreprises. Théodose envoya vers lui , du fond de la Grèce en Egypte, et il s'en rapporta à cet humble solitaire , de la con-^ clusion de la guerre ou de la paix'; persuadé par plusieurs expériences précédentes , tant de son crédit auprès du Seigneur , que du point éminent où il avait le don de prophétie. L'homme de Dieu fit assurer l'empereur qu'il triompherait du tyran, et qu'il y aurait même peu de sang répandu danô cette guerre (i).

II y eut néanmoins deux combats en Pannonie/ où Théodose défit les troupes de Maxime^ beaucoup plus nombreuses que les siennes , et qui prirent la fuite aux premières charges. Aussitôt après, le vainqueur traversa sans obstacle la chaîne des Alpes , hérissée en vain de retranchemens où l'on n'osa Tattendre , et il vint surprendre son rival dans Aquilée, qui se fit un devoir de lui ouvrir ses portes. Maxime, abandonné des siens, fut dépouillé 3es ornemens impériaux, et amené pieds nus et mains liées devant Théodose et Valentinien. Théodose commença par lui reprocher ses attentats ; mais attendri insensiblement par l'état d'humiliation où il le voyait , il commençait à balancer en- ' tre la justice et la clémence , quand les soldats

(i) Cass» fiist, IV , ^4^ Fit, Pair, ii , i.

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