‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 26 sur 50 · II I s T 0 I R B · texte numérisé non relu

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éloignèrent le tyran de ses yeux , et lui tranché* rent la lète , Van 388. Son fils Victor fut pris en Gaule par le comte Arbof^aste , et subit le même sort que son père. Il restait encore Andragatlie , ïe principal soatien de ce parti , et le meurtrier de l'empereur Gratien : il commandait même , entre la Grèce et l'Italie , une flotte puissante qu'on n'était point en état d'attaquer. Mais sa con*» cieuce fut son bourreau : il se jeta de désespoir dans la mer, où il fut noyé. Ainsi finit cette guerre importante , presque sans eJfusion de sang , selon la prédiction de saint Jean d'Egypte. Théodose craignant aussi d'en ensanglanter les suites, fit publier une amnistie générale. Le» ariens s'étant soulevés à C, P. sur le faux bruit qui avait couru de la victoire de Maxime, et ayant poussé remporlement jusqu'à brûler la maison du patriarche Nectaire , l'empereur leur pardonna de même, à la prière de son fds Arcade. Mais ce qui le combla de la plus juste gloire, ce fut la générosité dont il usaenvers l'empereur Valentinien , en lui remettant non-seulement ce que Maxime lui avait enlevé , mais encore l'ancien et ilorissant apanage de Gratien , les Gaules , la Bretagne et l'Espagne , c'esl-à-dire , toute l'étendue dé l'empire d'Occident.

Après cette victoire , Théodose se rendît à Milan , où il fit quelque séjour. Etant entré dans l'église, un jour de fête , il apporta son offrande à Fautel , et contre l'usage des Occidentaux, il resta pendant l'offerte dans l'enceinte du sanctuaire. Saint Ambroise qui ne vovait à travers toute la grandem" impériale que te simple fidèle , osa lui demander ce qu'il attendait. L'empereur répondit modestement qu'il se tenait là pour la. communion. Seigneur, reprit l'évêque , il n'est permis qu'aux ministres des autels d'occuper la place où vous êtes. Abandonnez-la toute entière aa clergé; et puisque la pourpre marque les princes et non pas les prêtres , occupez debout , à la têt«

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û\x peuple , le rang qui sied à son chef. L'empereur fit entendre qu'il n'était resté que parce <jue tel jetait l'usage a C. P. , -et il remercia le saint de «on instruction. On lui marqua tme place distin-

Ïjuée, hors du sanctuaire, mais devant tous les aïques : ordre sage el fixe dèsJors pour les empcr jreurs d'Occident , qui «e firent un devoir de s'y •conformer. Théodose le voulut mém€ observer «0. Orient. Etant retourné à C P. à la pî^emiière solennité où il assista , de son propre mouvement il :&' éloigna de l'autel, aussitôt après avoir présenté «on offrande. L'évêque Nectaire en témoigna sa «urprise, et Théodose dit en soupirant: Hélas 1 que la vérité parvient difficilement à l'oreille des "princes ! A peine ai-)e pu trouver un docteur qui qn'apprit la distance qui se rencontre entre l'empire et le sacerdoce. Je ne >connais ga'Ambroisc «pii porte bien justement le nom d'éveque (i).

Ce pieux empereur s'oublia néanmoins , peu 3h temps après. Botheric, qui commandait les troupes de llllyrie, et résidait à Thessalonique, /donna lieu à une émeute*, par ufle aventure en apparence bien indifférente. Il fit emprisonner un cocher-dil •cirque, qui avait tenté de corrompre un de ses gens. Dan« une fête publique, où il devait y avoir des courses de chariots , le peuple cput ce cocher nécessaire , et demanda son élargissement avec de grandes instances. N'ayant pu Tobtenir , il s'emporta sans retenue; il en vînt à une sédition si violente , que difïerens officiers furent assommés , traînés par les rues , et Botl>etîic mis lui-même â mort. A îa première nouv^He, la promptitude

naturelle de ThéodoseTenflamma d'une vij^e-colère-

Il était au comble de 4a prospérité , et à ce point de grandeur dont les meilleui»s naturels soutiennent si difficilement les dangers. Ce ne fut plus ce prince indulgent et tendi«e , empressé à mettre fin aux alarmes d'une ville remplie de coupables.'

<i) Theod. T. ,• 18.,

Thessalonique fut dévouée au sort le plus afTreiTx.' Comme le peuple était assemblé dans le cirque, on le fit secrètement investir par les troupes , avec ordre de faire main-basse sur tout ce qu'ils rencontreraient , sans discci-nement des citoyens irréprochables et des complices de la sédition , toutefois jusqu'à la concurrence d'un certain nombre seulement. Il y eut sept mille personnes immolées de la sorte , parmi lesquelles des passans même et des étrangers furent compris, I^es ordres étaient si rigoureux , que les exécuteurs couraient risque de leur propre vie, en se laissant toucher de compassion. Un père leur offrit toute sa fortune pour la vie de deux enfans : ils lui dirent d'en choisir un des deux , parce qu'ils ne pouvaient épargner l'un et l'autre , à cause du nombre des morts qu'ils avaient à fournir. Le malheureux père, fondant en larmes, regardait ses deux enfans sans pouvoir se déterminer à ce choix fatal ; et taudis qu'il déli- . bérait, ils furent égorgés l'un et l'autre sous ses yeux (i).

La nouvelle du massacre étant parvenue à Milan où se trouvait Théodose , saint Ambroise en fut accablé. Il eût été sur le champ trouver l'empereur, s'il n'eût écouté que son zèle; mais sa prudence l'engagea à ne point se présenter dans le premier mouvement de sa propre sensibilité , et de donner au prince même le temps de la réflexion ; après quoi, il prit encore la précaution de lui écrire (2). D'abord il s'autorisa des paroles du prophète Ev.échiel , qui rendent le prêtre complice du pécheur , s'il ne ravertit de son péclic. Le prenant ensuite par son excellent coeur et par ses vertus : Seigneur, poursuivit-il, vous avez du zèle pour la religion j qui pourait le contester? et la crainte du Juge siqirême est fortement imprimée au fond de votre ame. Mais vous avez aussi une sensibilité naturelle, qui à la vérité se tourne aisément à la

(0 Paul. ru. Ambr. (2) AmJ/r. E/ii^-t. 3t.

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compassîon quand on Tadovicit; au lieu que si oh l'anime , vous ne pouvez presque plus revenir à temps au parti de la modération et de là doi:ceur. Car plût a Dieu que personne n'échauflTât jamais cette humeur , .si personne ne l'appaise ! Je ne voudrais que vous voir laissé à vous-même : quelque valeur qui vous distingue dans les combats , quelque louange que vous méritiez en tout le reste , la Bonté s'est toujours signalée entre vos autres qualités admirables. Mais l'ennemi de tout bien vou* a envié ce divin avantage : vainquez-le à votre tour, tandis que vous le pouvez encore. N'ajoutez pas à votre cRute l'impénitence et l'endurcissement. Ces sortes de taclies ne se lavent que dans les larmes. Ni votre grandeur , ni votre puissance ne peuvent effacer autrement le péché , dont la droiture de votre ame vous accuse sans doute au fond de votre conscience. A la fin de la lettre , le courageux évêque déclare à l'empereur qu'on n'offrira point le sacrifice, s'il se présente pour y assister; puis il ajoute : Entrez dans mes vues, si vous en sentez la justice : que si la majesté de César s'en tient humiliée , ne trouvez pas mauvais que je donne la préférence à la Majesté divine.

Ambroise refusa effectivement l'entrée de l'église àl'empereur(i). On l'avait averti que le prince partait pour s'y rendre; et il y a toute apparence, que Théodose déjà touché de repentir venait pour demander le pardon de sa faute. L'évêque l'attendit dans le vestibule. Dès qu'il l'aperçut; Seigneur, lui dit-il , vous ne comprenez pas toute l'énormité de votre péché , puisque vous ne craignez pas de vous présenter ici. Auriez-vous l'assurance d'étendre une main encore fumante du sang innocent, pour recevoir le corps de Jesus-Christ ? Oseriez-vous teindre de ce sang adorable une bouche qui n'a pas été purifiée^ après avoir commandé tant d'homicides ? Et comme Théodose représenta que le saint

(i) Paul, ^'iY. n, 34»

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roi David n'avait pas laissé de onmmettre le meurtre et l'adultère , le saint repartît : Puisque vous l'avez imité dans son égarement , Imitei^-le dans sa pe'nilence. L'humble empereur n'insista pas davantage ; mais il se relira pénétré d'une anière componction ^ et il s'exclut liuit mois de la fréquentation du lieu saint.

Les fêles de Noé! arrivant, l'empereur s'aflligeait jusqu'à répandre des larmes. La maison de Dieu , disait-il , est ouverte atix mendians et aux esclaves , tandis que l'enli-ée m'en est interdite (i). Rutlin , celui des seigneurs de sa cour qui ai ait le plus de parla son intimité, s'olFrit pour solliciter son absolution. Je connais Ambroise , répondit le prince; et je sens moi-même la justice de sa censure. Kullin se fît fort de persuader l'évèque. Allez donc , lui dit Tbéodose, qui reprit conliance sur la parole de Ruflin , et le suivit de près. Le médiateur n'ayant •rien gagné par toutes ses instances , finit par dire que l'empereur venait lui-même. Le prélat lui repartit , d'un Ion imposant : Je vous annonce , Kuffin , que je l'empêcherai d'entrer; et s'il veut user tyranniquement de son pouvoir , vous pourrez me voir égorger , mais vous ne me verrez pas fléchir. RuHin dépêcha bien vite vers Tbéodose , pour lui conseiller de rester dans le palais. Mais déjà l'empereur se trouvait au milieu delà place , et il répondit : J-'irai , et je recevrai , s'il le faut , l'affront que je mérite.

Il n'eut garde de descendre à l'église; mais il demanda i'évéque dans la salle daudicnce , et le supplia , avec 1 humilité du plus sijnple des fidèles, de le dégager des liens du péclié , et de ne pas lui fermer une porte que le Seigneur daigne ouvrir a tout pénitent sincère. Mais quelle pénitence, reprit l'évèque, avez-vous faite après un si grand, crime? C'est à vous , dit l'empereur , de m'enjoindre ce qye jai à faire. L'évèijue lui imposa la

L^j) Tlitodor.

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pénîterice 'publique; car quoique Théodose se fût abstenu de Fentrée de Téglise , il n'avait pas encore pratiqué les autres observances des canons. Afin oe compenser la durée de la satisfaction par son importance , le zélé prélat lui prescrivit encore plusieurs de ces grandes oeuvres dont la souveraine puissance founit tant d'occasions à ceux qui en sont revêtus. Le prince accepta toutes les conditions; et le pasteur levant alors l'excommunication ,. lui

Ïiermit l'enirée ^e l'église. Toutefois Théodose ne ut pais encore admis dans le lieu saint , à la manière accoutumée ), avec les autres fidèles; mais seulement dans l'état de prosteme\ Aussitôt et de sou propre mouvement , dépouillant les ornemens im-

Sériaux, se pix)sternant sur la terre qu'il arrosait e ses larmes , et se frappant la poitrine , il commença de prier, et répéta long-temps dans l'amertume de son cœur , ces paroles de David : Je sms demeuré étendu sur le pa^^i 6 mon Dieu ! rendezr^ moi la vie selon vos promesses. Cependant le peuple fondait en lai^mies , et priait avec son pieux empereur. Plus attendri qtie personne , l'évêquc crut, pouvoir dans cette tx)n jonc tu re se relâcher des règles ordinaires, <|ui n'accordaient qu'à la mort la grâce de la réconciliation pourlecrime d'homicide. L'illustre pénitent n'en e«t -qu'une douleur plus vive de sa faute tout le reste de sa vie.

Après un pareil trait d'édification , saint Am- J)roise 5 appuyé de l'autorité ainsi que de l'exemple du souverain , fit refleuHr aA^ec un nouvel éclat la <liscipline et Tinnocence dans son église. Il s'appli-

3uait lui-même avec assiduité à l'administration e la pénitence, non-seulement pour les péchés «candafeux, en sa qualité de ministre de la pénitence publique, dont il n'y avait point encore en Occident d'autre administrateur d office que Févêque : mais quoiqu'il eût , dans ses prêtres , de dignes coadjuleurs pour l'administration de la pénitence secrète , ou de la confession , il ne laissait pas de s'en occuper avec une constance infatigame ^ à

Tegard rie toutes sortes de pénitens. Toutes les fois; dit le diarre Paulin (i) , que quelqne pécheur lui avait confessé ses fautes pour en recevoir la pénitence, il répandait une telle abondance de larmes, que le pénitent ne pouvait s'empêcher d'y mêler les siennes, et d'entrer dans les sent imens d'un père qui

compatit au malheur de ses enfans. Il est évident ,

Î)ar les réflexions de cet historien , qu'il s'agit de a confession auriculaire des fautes secrètes, ou

des crimes dont le ministre sacré ne pouvait . comme s'exprime Paulin, parler qu'à Dieu seul. Les évèi|ues, au moins ceux de la vertu de saint Ambroise , étaient encore en Occident les administrateurs les plus ordinaires de ce sacrement.

En Orient ,1a discipline présente ici quelque différence. Les évêqiies avaient établi dans chaque église nn prêtre pénitencier sur lequel ils se déchargeaient au moins deTeTtamen des pénitens. Sa fonction était d'entendre les confessions de ceux qui pouvaient avoir besoin de son ministère particulier. A cet effet , on le choisissait d'une discrétion et d'une prudence distinguée entre tons les antres ministres de la réconciliation. Il écoutait tous ceux qui venaient s'accuser; et selon la griéveté et la nature de leur fante , ou il les soumettait à ia pénitence publique, ou il leur prescrivait ce qu'ils devaient pratiquer en particulier avant de participera l'eucharistie. Quelquefois ces pénitens s'accusaient en public d'une faute secrète, afin de s'exciter davantage à l'humilité et à la conponction (a).

Il arriva dans l'église de G. P. qu'une femme de qualité , qui s'était oubliée jusqu à commettre nn

Ï léché honteux avec un diacre, vint faire une conéssion générale de tous ses désoi-dres : par une ferveur indiscrète, que le pénitencier n'eut pas la sagesse d'arrêter , ou elle déclara publiquement et formellement celle faute scandaleuse, ou elle la donna pour le moins à connaître , par la nature

(i) Jmbr. Fit. n. Sg. {i) Sçi. vu , i6.

même des pénitences et des satisfactions qu'elle accomplissait en public. Le scandale fut énorme, et l'opprobre en réjaillit sur tout le clergé. Peu Tersé dans les matières canoniques , et plus embarrassé qu'un autre dans ce cas vraiment épineux, révêqtte Nectaire prit conseil d'un certain Eudémon, qu'on soupçonne d'avoir été dans les sentîmens dfes novatiens , ennemis des pratiques de la pénitence.

Pour l'historien Socrate, qui ne laisse pas d'applaudir à cette condui te , il parait injuste , au moins sur ce fondement , de l'accuser de novatianisme (2), Il ne prétend blâmer que ces confessions imprudentes et publiques des fautes secrètes ; de même à peu près que Sozomène . qui s'en explique plus clairement. Il est croyable , dit celui-ci , que les prélats ont jugé dès le commencement , que c'était une chose odieuse de publier ses crimes en présence de toute l'église , et comme sur un théâtre. Il pose pour principe que Dieu a ordonné d'accorder le pardon à ceux qui se repentiraient, quelques fréquentes qu'eussent été leurs chutes- Et confondant si long -temps d'avance les prétentions des sacramentaires , au sujet de cet événement , il ajoute que la confession est nécessaire^ afin d'obtenir le pardon de ses fautes (2).

Pour en revenir à Nectaire , il supprima , sur l'avis d'Eudémon ; l'office du prêtre pénitencier ; et il laissa , dit Socrate , a la liberté d'un chacun de participer aux mystères divins , selon le mouvement de sa conscience : ce qui s'entend naturellement de la confession publique de quelques péchés secrets , et que ce pénitencier était en droit de prescrire. La plupart des églises d'Orient suivirent l'exemple de la ville impériale; c'est-à-dire qu^ellesen revinrent à l'ancien usage conservé par les Occidentaux, et que l'évêque prit par lui-même l'inspection du grand objet de la pénitence en elle-

(i) Soci:. V ; 19. (2) Lib. YU y c, 16,

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Diême , il est constant par toute la suite de Thlstuire, aussi-bien t[ue par le témoignage de Sozomène , tjiie la suppression do prêtre pénitencier n'adonné atteinte, ni à la confession secrète, usitée dès la naissance de l'église , ni même à la pénitence publique , pratiquée si long-temps encore dejmi» cet événement dans l'église même de Constantînople. Rien ne fait mieux sentir que ces clii- . canes ,1a témérité des réformateurs béréliqnes qui n'épargnent point, entre les institutions divines, la

S lus capable de servir de digue au débordement es passions.

Saint Grégoire de Nazianze prenait toujours ua intérêt particulier à l'église ou Nectaire uii avait snccédé. Oubliant sans peine les désagremens qui lui avaient rendu la liberté^il ne pensait à son successeur , que pour l'aider encore de ses conseils et de ses lumières. Du fond de sa retraite ,il lui écrivit j)onr ranimer sa vigilance et son zèle contre les sectaires , spécialement contre les apollinaristes qui tenaient fort librement leurs assemblées. Il le pressa de faire sentir à la cour, que toute la bienveillance impériale envers l'église ,et que le disciédit des autres erreurs deviendraient inutiles, si celie-ci pouvait se flatter de prévaloir. On croit avec raison que ces démarclies influèrent dans l'ordonnança que fit Théodose , de chasser des villes les hérétiques en général , et nommément les seclaieurs d'Apollinaire ; comme aussi de prendre les autres mesures les plus efïicaces pour les empêcher de se midti plier. J

Ce lut là un des derniers fruits du zèle épiscopal ■ de Grégoire , alors concentré , sans chagrin comme 1 sans ambition , dans sa solitude d'Arianze, en son pays natal. Un jardin, ime fontaine, des arbrec plantés par ses pères , lui causaient des plaisirs plus doux et plus purs , que tons ceux qu'il aurait pu goûter dans les palais de la capitale. Il n'avait ds

t peines que celles qu'il éprouvait , malgré son grand âge , ea des comjjals encore irès-rudes et irèsdVé-» j < I k à

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^aif^ de la cliair contre l'esprit. 11 en gémît quelquefois dans les poésies pieuses qui diversifiaient ses loisirs , et son humilité lui fait souvent répéter , tju encore qu'il soit vierge (Te corps , il tremble de ne l'être pas quant à l'asprit. Ses maladies continuelles , son extrême vieillesse ne lui paraissaient pas un préservatif suffisant. La prière assidue , la confiance en Dieu et Ja défiance de soi-même, tous les exercices de la plus austère mortification , il les employait avec la même ferveur que dans le feu de Page , et en répandant des larmes en abondance. Son lit n'était qu'une natte , sa couverture un gros sac , son vêtement une simple tunique dans toutes les saisons. Il ne faisait jamais de feu y allait toujours nus pieds, n'avait de conversation qu'avec lesnabitans des cieux.^ Sur-tout, il évitait, avec une extrême circonspection , la société et la vue même

- des personnes du sexe. Un de ses parens., nomme Valentinien, étant venu s'habituer avec des dames vis-à-vis de lui ; ce voisinage lui fit abandonner une terre , où l'attachait depuis lang-temps l'in-

-jQOcen't plaisir de la cultiver cle ses mains. La poésie sacrée fit son occupation la plus ordinaire, durant éa dernière retraite. Outre l'exercice de pénit^l^je qu'il trouvait dans la composition pénible des vers , il se proposait de substituer ses pieuses productions , tant aux vers de l'hérétique Apollinaire , qu'à ceux des poètes licencieux du paganisme , et de ne pas laisser imaginer que le vice offrait aux muses un champ plus favorable que la vertu (i). C'est ainsi que cet illustre docteur termina doucement sa carrière, à l'âge de plus de quatre-vingt-dix ans , en 891 . Son créait auprès du Seigneur fut si bien connu , même avant sa mort , que dès - loi'S on réclamait son secours avec succès dans les maladies , et qu'il chassa souvent les démons , à la première invocation du nom de Jésus. Pour ses talens , ils vivent encore dans ses oeuvres , si cons-.

(i) Greg. Na^. Carm. 5q , etc.

tamment et sî universellement vantées , pour la sublimité des pensées , la noblesse du style, la force du raisonnement , la profondeur et Texactitude incomparable de la doctrine.

Dans la même année , l'çmpereur Tbéodose revint a C. P. après avoir passé trois ans en Italie , où il laissa Valentinien , qu'il venait de rétablir ctd'anejmir sur son trône, fliéodose avait ordonné aux moines , par une loi formelle, de se retirer dans les lieux champêtres, et de ne point s'habituer, ni même séjourner dans les villes. Ils y venaient importuner les juges , pour empêcher qu'on ne fit justice des malfaiteurs ; souvent pour abattre tumultuairemeht les idoles, et faire une guerre indiscrète aux païens. Ces * imprudences arrivaient sur-tout en Orient , les solitaires et les cénobites se trouvant prodigieusement multipliés en Egypte et en Syrie. Quand l'empereur fut à portée de voir les choses par lui-même, et de veiller plus immédiatement à la manutention du bon ordre, il modifia une défense qui semblait imprimer quelque sorte de flétrissure à l'état religieux, et il rendit à ceux qui le professaient , l'entrée libre des villes. Mifs on n'en fut que plus attentif au discernement des sujets dignes ou indignes parmi eux; sur-tout à contenir ces vagabonds intrigans^ qui abusaient de la plus sainte des professions pour leurs vues particulières et souvent criminelles.

Sous le nom de moines , alors si révéré , se cachaient les hérétiques , appelés massaliens en syriaque, en grec eucnites , c est-à-dire prians , parce qu'ils faisaient consister toute la religion dans la seule prière. Il y en avait de deux sortes : les uns étaient de vrais païens, et n'avaient rien de commun avec les fidèles , que peu d'usages extérieurs de Féglise qu'ils s'appropriaient. Ils reconnaissaient mêiïie plusieurs dieux , quoiqu'ils n'en adorassent ' proprement qu'un seul , qu'ils nommaient le Dieu suprême ou Très-haut : on croit que ce sont les îgêmes sectaires que le* upsislaires ou adorateurs

du

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AvL Très-haut» On les appela aussi eupliémites ^ d'un mot qui signifie louange , à cause de certains cantiques en Thonneur de Dieu , qu'ils chantaient perpétuellement dans leurs assemblées. Quelquesuns d'eux furent nommés sataniens y du culte af* freux que la peur des dénions leur fit rendre à ces puissances malfaisantes.

L'origine des massaliens , qui se disaient chré-*^ tiens, est fort incertaine. Saint Epiphane (i) attribue leur erreur à la grossière simplicité de quelques gens du commun , mii prenaient trop à la lettre le précepte de tout abandonner pour suivre Jesus-Christ. Ils quittaient tout en effets et menaient ensuite une vie oisive et vagabonde , demandaient Taumône^ et vivaient jpêie-^méle hommes et femmes ensemble , jusqu'à coucher ainsi dans les rues pendant l'été. Ils rejetaient le tra^ vail des mains , comme mauvais , abusant de ces paroles du Sauveur : Travaillez , non pour la nourrifure qui périt ^ mais pour celle qui demeura éteiTiellement. Il est à propos de remarquer que saint Epiphane , qui à cette occasion s'élève contre la mendicité, ne blâme que celle qui demeure . oisive , et rien de ce qui ressemble aux ordres mendians qui ont été approuvés par l'église. Les massaliens prenaient aussi le précepte de la prière continuelle dans toute la rigueur de la lettre , et ils en poussaient l'observation prétendue à des excès ridicules. Ils donnaient en mille autres extravagances , jusqu'à se vanter de voir la sainte Trinité des yeux du corps. Ils dormaient la meilleure partie du jour , puis donnaient leurs rêves pour autant de révélations ou de prophéties. L'eucha-* ristie , la pénitence y tous les sacrèmens , les institutions les plus sacrées et les plus divines n^étaient pour eux que des choses indifférentes. La seule oraison faisait toute leur religion ; et dans leurs prières , ils s'agitaient , ils tremblaient y ils

TOTM IL Z

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s'élançaient on s'emportaient çà et là , ils s'abandonnaient aux mon vemens convxilsifs les plus messéans. Les détails que la pudeur nous fait éviter seraient incroyables , si depuis le te'moignage du saint évêque de Salamine, Ton n'avait vu en des dations et en des temps qui se croient bien plus éclairés , le renouvellement des mêmes excès , sous le masque de la réforme et du rigorisme. Ces hérétiques furent condamnés en concile , d'abord à Antioclie par les soins de l'évêque Flavien , et plus Bolenneilement à Icône, d'où le saint évéque Am,philoque en fit le rapport à cepatriarcbe.

Le schisme néanmoins durait toujours à Antïocbcj ou pour parler plus proprement, le partage des fidèles en deux troupeaux , chacun avec son pasteur , et soumis également les uns et les autres , fan ta la vraie foi qu à l'autorité du chef univei-set de l'église , dont ils n'étaient point retranchés par l'excommunication. C'est ce qui paraît évidemment par le concile général de C. P, , où nous avons vu des pères de ces deux partis communiquer ensemble sans aucune difliculté. L'évêque Paulin étant venu à mourir , les fidèles de son parti ne voulurent pas reconnaître Flavien ; et alors seulement , s'il en faut croire Socrate et Sozomène , plutôt que Théodoret accusé de prévention par BaroniUs , ils se firent donner un nouveau pasteur dans la personne d'Evagre , ami de saint Jérôme et d'une famille très-illustre en Syrie. Les partisans de Flavien crièrent à l'infraction de* lois de l'union et de la concorde; mais ceux d'Evagre répondirent que son compétiteur n'avait pi iuême craint de violer le serment fait avant so] éiycLion , à ce qu'ils prélendaient , de ne point' (îonnerde successeur à Mélèce du vivant de Paulin. Quoique Flavien eût eu en sa faveur un concile , reçu dans la suite comme œcirroénique; de part et d'autre néanmoins chacun s'ap|)uya sur les uéfants vrais ou prétendus de l'ordinatjon de son concuiTeutj beaucoup plus que sur la légularité de

laîi

DE L^ Eglise. 355

tarsienne propre (i). Théodoret dît encore que les Occidentaux , auxquels il joint des Egyptiens , j'econnurent Evagre par provision ; mais Socrate et Sozomène ne parlent encore ici , ni de ceux d'Egypte , ni de ceux d'Occident ; et saint Am- .broise atteste en termes formels la neutralité de» Egyptiens. On voit en effet que les uns et le» autres ne tendaient qu'à la paix , à quoi cette partialité aurait mis les plus grands obstacles.

L'an 391 , on convoqua un concile à Capoue ; où Flavien fut cité, et trouva moyen de ne pas se rendre , sous des prétextes qui ne satisfirent point. Toutefois les pères du concile , craignant sur toute chose d'occasioner un schisme et d'en ajouter la réalité à l'apparence j ils résolurent de ne refuser la communion à aucun des Orientaux qui professaient la foi catholique ; quoique les uns tinssent pour Flaviçn , et les autres pour Evagre (2). Mais pour ne rien négliger de ce qui pouvait mettre fin à ces dissentions , ils en commirent la connaissance à Théophile , successeur de Timothée dans le siège d'Alexandrie , soit à cause de la dignité de son église, soit à raison de son impartialité , qui le rendait un des plus propres à ce grand arbitrage. Il s'agissait de juger avec ses sufTragans de telle sorte néanmoins que ce jugement devait encore être confirmé par le pontife du siège apostolique : dispositions qui furent agréées unanimement ; tant le respect de ce siège était encore fortement imprimé dans l'esprit des premiers Srékts de TOrient , comme de ceux de l'Occident, [ais Flavien évita le jugement de Théophile , . aussi-bien que celui du concile de Capoue : ce qui . scandalisa quelques-uns des plus saints et des plus savans évéques , en indisposa un très-grand nombre , et mécontenta vivement l'empereur.

Saint Ambroise s'en exprima dans les termes les plus forts, en écrivant au patriarche d'Alexandrie.

(i) Ambr. Epist. 50 , w. 6. (2) Ambr. Epist. 56 , n. a.

tl accusa Flavien d'une témérité sans exemple J'^ d'anéantir pour lui seul la vertu des lois et dôl'unité sacerdotale. Il fait sentir dans la même' lettre toute la part qu'eut le pape Sirice au corf-; cjle de Capoue. Voici la ti-aduclion littérale de qs passage du saint archevêque , assez mal rendu par quelques-uns de nos écrivains célèbres : IVous' croyons' sans doute qii'ii faut référer votre jugement à notre saint frère l'évèque de l'église romaine -, parce que nous présumons que les dispositions en seront telles , qu'elles ne pourront lui déplaire. C'est ainsi que vous pourvoirez à ce que Totre sentence ait un heureux eifet ; c'est ainsij que TOUS assurerez le repos et la paix , en portantun décret qui n'occasione point de trouble dans notre communion. Pour nous , quand nous aurons recules actes de votre jugement , et qu'il sera parvenu à notre connaissance que l'église romaine a sûrement approuvé ce qui s'est fait , nous recueillerons avec joie les fruits de vos travaux. Telles sont les paroles de saint Ambroise , que ron croit avoir présidé au concile de Capoue , et aâV fut des mieux instruits de toute cette affaire. Mais* sans recourir à ce témoignage , à quel titre un con-' eile particulier tenu en Occident , et que n'eût

5 oint autorisé le chef de l'église, aurait-il connu es causes les plus importantes , dont les partiel lui étaient étrangères ?. De quel droit aurait-il ■ commis d'autres juges , tels sur-tout que le patriarche d'Alexandrie.

Le pape jugea de Flavien comme saint Ambroise ; il écrivit de la manière la plus pressante à l'empereur Théodose , pour l'engager à rendre pins docile cet évêque son sujet, dont Tbéoidiile se plaignait à son tour. L'on en était à ce point de négociation , quand la mort d'Evagre fournit ou prepra le dénouement de cette grande affaire. Les fidèles de son parti ne reconnurent pas encore riavien ; mais celui-ci fit en sorte qu'on ne leur donnât point un nouvel evêque.

s Cependant le patriarche d' Alexandrie porta tonte son application a détruire l'idolâtrie dans l'Egypte, qui en était le dernier retranchement, après en avoir été le berceau. Il venait d'obtenir du fisc un vieux temple de Bacchus , afin d'augmenter le nombre des églises à mesure que la multitude des fidèles augmentait. En fouillant ces souterrains

5 rétendus sacrés^ où leis seuls initiés avaient droit 'entrer , on trouva des figures infâmes et grotesques , que le patriarche nt promener par toute la ville , puis exposer en public , pour faire honte aux païens et décrier le paganisme. Les philosophes en furent plus irrités que confondus ; le peuple idolâtre devint furieux j toute la ville en un moment fut en armes et en combustion. Après avoir fait main-basse sur les fidèles, les païens se retirèrent dans le temple de Sérapis , comme dans leur boulevart. De la faisant des sorties imprévues, et enlevant<îeux des chrétiens qu'ils pouvaient sui^prendre , ils forçaient les lâches à sacrifier , crucifiaient les autres , leur brisaient les jambes , les jetaient demi-morts dans les égoûts destinés à rer cevoir )es immondices et le sang des victimes.

Ce temple de Sérapis , Tun des plus vantés du pa-^ ganisme , était construit sur une terrasse fort spacieuse , de forme carrée , dont l'on ne gagnait fa Ë laie-forme qu'en montant plus de cent marches, a terrasse , toute voûtée , était distribuée en différens oflices ou appartemens qui prenaient jour par en haut. Sur le plain pied , quatre galerie3 , d'une longueur à perte de vue , formaient une cour aussi cariée ^ au milieu de laquelle s'élevait jusqu'aux nues ce temple immense , bâti tout entier du plus beau marbre , et soutenu de superbes colonnes de

{'aspe et de porphyre. L'intérieur était revêtu de laut en bas de lameà de cuivre doré , sous lesquelles , disait-on^ ii y en avait d'argent, et sous celles-ci d'autres encore d'or massif : richesse par conséquent inutile, pour le présent, à la décoration de 1 édifice; mais dont on rendait bien des raisons

mystérieuses , pour un avenir où il ne parvint

ras(i)-

La figure du dieu Sérapis était celle d'un lionime Ténérable , avec une grande harbe et de longs che* veux , et d'une stature si gigantesque , que de ses deux mains il toucliait les deux murailles collatérales. On voyait près de lui une autre figure monstrueuse, qui avait trois tètes ; celle du milieu, la plus grosse des trois, était une tête de lion ; celle du côte droit, la tête d'un chien flatteur , et da côté gauclie , celle d'un loup ravissant. Un énorme dragon enveloppant de ses replis tortueux le trône commun de ces trois animaux , reposait sa tète dans la main de l'idole , qui sur sa propre tête avait un boisseau : ce qui a fait croire qu'elle figurait, le patriarche Joseph , à qui les Egyptiens superstitieux ont rendu après sa mort les honneurs divins , à cause de l'ahondance qu'il leur avait procurée au milieu de la stérilité. Des pièces de bois de toute espèce , couvertes de métaux et de pierreries aussi de toute espèce , entraient dans la composition de la statue ; et l'on trouvait encore bien du mystère dans cet assemblage. Elle était peinte d'un bleu , que le temps avait rembruni. Il y avait près d'elle une très-petite f.'nêlre , dispose'e de telle manière que les rayons du soleil doraient sa bouche, au jour et au moment précis qu'on avait coutume d apporter l'idole de cet astre , pour visiter celle de Sérapis : en sorte que le dieu du jour paraissait , à la vue de tout le peuple , saluer par un baiser celui de l'abondance. Une seconde merveille qu'on n'admirait pas moins, à la ■voûte du temple , c'était un petit char du soleil ,

}>orté dans les airs comme par ses chevaux ; mais ecliar étant de fer, l'aimant qui garnissait la voûto faisait tout le ]uodige.

Comme les idolâtres, après les premiers em^ portemens de la sédition , s étaient retirés dans ce temple, le préfet d"Egyptele tintbioqucavec toutes

(0 Rttf. //"(. Il, a3.

ses avenues ; et cependant il envoya vers l'empereur , afin de recevoir ses ordres. Théodose ordonna d'abattre l'idole et le temple , et d'e'pargner le sang des séditieux. Il regardait comme autant de martyrs les chrétiens massacrés en cette occasion^ etquç l'église honore en effet comme tels ; c'est pourquoi îl ne voulut pas qu'on punît les auteurs dé leu r mort j qu'il espérait d'ailleurs attirer au christianisme par 6a clémence.

C'était une persuasion enracinée dans l'esprit de? j^aïens , que si la main d'un mortel touchait aï' îdolç du grand Sérapis , le ciel et la terre se confondraient à l'instant, et que le monde rentrerait dans l'ancieû chaos. Cette prévention communiquée à une infi^

toute sa force dans. la mâchoire du ^ien redputé:.. Tout le peuple jeta un cri, d'alarme ; mais le ciel et tous les elémens demeurèrent tranquilles. Le soldat porta un second coup sur le genou de l'idole , qui se trouva d'un bois à moitié pourri. Elle tomba y et fut mise en mille pièces^ Il sortit de sa tête une quantité de rats, qui firent aussitôt succéder au respect de ses plus timides adorateurs , le mépris ^ • l'indignation , et une honte extrême de leur longuç crédulité.

Après l'idole, on s^attacha au temple : en le démolissant 5 on trouva des croix gravées sur plusieurs. Î lierres. Cette figure hiéroglyphique signifiait la vie ' iiture chez les Egyptiens , qui se convertirent en foule , quand ils l'aperçurent. Comme c'était encore parmi eux une tradition, que leur religion prendrait fin lorsque cette figure de la croix paraîtrait ; les mieux instruits , tels que leurs sacrificateurs et leurs devins, se montrèrent, dit-on, les plus empressés à demander le baptême. L'instrument mystérieux dont on se servait pour la mesure des crues du Nil , qu'ils attribuaient à Sérapis, fut transféré dans une église. Cependant les idolâtrer témoignèrent

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de nouvelles alarmes , et publièreut qu'il n'y aurait ]

filas de ces heureuses inondations qui fécondaient a terre d'Egypte. Mais Thëodose , à qui le bruit en parvint dans la suite, répondit qu'il fallait preférej" la religion aux dons du Nil , et que ce lleuve , ajouta-t-il , cesse d'apporter l'abondance, si pour la

Srocurer i! faut des encbantemens et des crimes ! [ais avant cela , et peu après la destruction du temple de Sérapis, ajant appris que de mémoire d'homme linondation n'avait été avissi heureuse que cette année , il s'écria dans les transports de sa

Ïiété , en levant les mains au ciel : Sojez à jamais éni , Dieu tout-puissant , de ce qu'une pareille erreur se trouve abolie sans que cette grande ville Boit renversée (i) !

Sur les ruines du temple de Sérapis , tant il était spacieux, on éleva deux magnifiques égliseSj dont 1 une fut dédiée à saint Jean-Baptiste, Ce fut là qu'enfin on remit en honneur leS reliques du saint précurseur , qui durant la persécution de Julien , avaient été cachées dans un mur par saint Athanase, , pour servir , dit-il alors par un esprit prophétique , ■ a ceux qui viendront après nous. |

L'exemple de la capitale fut suivi par toute la ■ province d'Egypte, jusque dans les bourgs et les campagnes. En ces diverses occasions , l'on découvrit toute la cruauté des mystères idolâtriques. On trouva dans les secrets réduits , appelés adjt.es , des ■ tètes d'en fan s coupées , avec les lèvres dorées, com-"l me à des stupides victimes, et mille autres vestiges 1 de meurtres atroces et sacrilèges. On reconnut pareillement les ruses des sacrificateurs pour tromper les peuples. Il t avait des idoles creuses , faites artificieusement d'une taille gigantesque, et dans l'intérieur desquelles étaient pratiques de secrets passages. Les prêtres s'y coulaient par des souterrains, et les taisaient parler comme ils voulaient. C'est ainsi qu'un fameux prêtre de Saturne j

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nbïnnié Tyran , abusa de plusieurs femmes de distinction, rar l'organe du Dieu qu'il régissait à son gré, il commandait à la première qui allumait sa -convoitise , de se trouver seule dans le temple. On l'y renfermait à la vue du public, et Tyran disparaissait, après en avoir livré les clefs. Mais il entrait dans l'idole par le souterrain ignoré ; et bientôt , à la faveur de l'obscurité et de la voix du Dieu qu'il s'appropriait , il trouvait moyen d'assouvir sa passion. Après qu'il eut ainsi corrompu bien des dupes ,• une en tr' autres , moins facile , ou -moins encline à l'être , reconnut dans l'idole la voix de Tyran , s'enfuit épouvantée , et révéla la fraude à son mari. Le suborneur fut mis à la question^ avoua tout , et la religion païenne, couverte d'op-

!)robres , tomba dans le dernier discrédit. Les idoâtrcs surpris et indignés se convertirent en foule. Pour leur édification , l'empereur écrivit à Théophile de distribuer^ aux pauvres tout l'or et l'af- Î;ent des idoles abattues , et de montrer ainsi , que e désintéressement n'entre pas moins que la pureté • dans le caractère de notre religion (i).

Suivit une loi portant défense à toute personne. Bon -seulement de sacrifier aijx idoles, mais de fréquenter les temples qui pouvaient rester , ni de rendre aucune sorte de culte aux faux dieux. On en publia une seconde contre les apostats qui profaneraient leur baptême en passant ad paganisme , €l on les déclarait infâmes, privés de toute dignité^ incapables de donner ou de /"ecevoir , quoique ce fut par testament. Les hommes en place étaient encore plus sévèrement traités que l'ordre du peu-

Sle , l'idolâtrie en plusieurs endroits commençant 'avoir pour eux quelque chose de flétrissant. Les noms les plus illustres de l'empire, les Pauls , les Gracques , les Aniciens , les Harcelles se tenaient sur-tout honorés du titre dé chrétiens. Le préfet Syn^maque avait été Contraint de se désister de ses

(j) Ibid, C..25»

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poursuites opiniâtres pour le re'tablissemenl da fameux autel de la victoire. Dès sa première tenta- ' tive , un grand nombre de se'nateurs déclarèrent ■ qu'ils ne jiaraîtraient plus au sénat , si ces pratiques idolâtres y recommençaient. Le préfet ayant ' osé revenir à la charge , et s'étant mis cette seconde fois à la tête d'une dépuiation , l'empereur Théodose , alors en Italie , le chassa honteusement de sa présence, et le fît mettre aussitôt après dans un ' char , pour le transporter jusqu'à cent milles de Rome (i).

Des exemples de cette énergie en tout genre ; avaient remis le jeune Valenlinien dans la bonne • voie. Après la mort de sa mère Justine, toutes les impressions mauvaises qu il en avait reçues ne tardèrent point à s'etiacer. Il montra aussitôt qu'il I savait se vaincre lui-même, tout jeune qu'il était. I Apprenant qu'on l'accusait de trop aimer les jeux du cirque et les combats des animaux , il ne fit plus célébrer ces jeux , et fit tuer tous ces animaux à la fois. Une célèbre actrice , dont la beauté infatuait tous les jeunes seigneurs, s'étant présentée à la cour, il la renvoya, sans avoir voulu, ni en public , ni en particulier, la voir une seule fois. Cependant , outre les inductions perverses , fa licence irréligieuse de son éducation , et le feu de son âge, il n'était pas encore marié. Jamais on n'eût imaginé, du vivant de Justine, qu'il dût faire ainsi la consolation de la religion et les délices de l'empire ; mais on. était encore plus éloigné de penser qu'il leur dût sitôt causer les plus amers comme les plus justes regrets (a).

Depuis quelque temps, il ne pouvait plus suplorter le joug du comte Arbogaste , grand capitaine, Vanc de nation , d'une audace et d'une arrogance outrée, que lui inspiraient sur-tout la grande part qu'il avait eue à la défaite de Maxime , et son

(i) Symm. 11 , £pisl. i3. 1 [2) Anii.r. A- obil. Falenl. \n. i5, 16, etc.

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aseenclant sur tous les chefs des armées. Le jeune empereur en écrivait perpétuellement à Théodose , en le conjurant de venir une seconde fois l'affranchir; mais ce jour désiré ne devait point arriver. L'infortuné prince n'eut pas même la consolation de revoir saint Âmhroîse qu'il regardait comme son père , et par la main duquel il souhaitait ar-*demment de recevoir le baptême. De Vienne dans les Gaules où il se trouvait , il lui envoya un offi^ cier de sa chambre , pour le presser de venir en diligence. Il n'eut pas un moment de repos , depuis le départ de ce commissionnaire affidé. Il n'y avait que trois jours que celui-ci était ^arti pour Milan, et déjà le jeune empereur demandait s'il était revenu. Ce jour-là même, comme il était seul à se distraire, ou plutôt à se livrer à ses ennuis après dîner , sur les nords du Rhône , dans l'enceinte de son palais, Arbogaste le fit étrangler par quelquesuns de ses gardes , qui le pendirent ensuite avec son mouchoir , pour faire penser qu'il s'était luî^ même donné la mort. Ainsi finit ce prince , du meilleur naturel et de la plus haute espérance ^ le samedi , quinze de Mai , veille de la Pentecôte ^ l'an 392. Il n'avait guère que vingt ans, et en avait régné dix-sept.

On ne fit aucune recherche sur sa mort ; maïs personne u'eut le premier soupçon que ce vertueux empereur fût homicide de lui-même. Arbogaste jouant toujours son rôle perfide, lui fit rendre de grands honneurs funèbres , et renvoya son corps a Milan. Saint Ambroise qui allait passer les Alpes, fut excessivement afiligé ae cet événement qu'il ne craignait que trop , mais qu'il s'était fliatté de prévenir. La religion seule put le consoler. On l'assura que le prince, la veille de sa mort, impatient de voir arriver son saint pasteur et d'en recevoir le baptême , répétait sans cesse ces paroles : Ne ver>- Tai-je pas mon père ? Aurai-je le malheur , ô mon père , de ne plus vous revoir ? Non , Seigneur., s'écria le saint archevêque, à ce récit qui le fit

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fondre en larmes, non , vous ne refuserez point à mi prince selon votre cœur , ia grâce qu'il a si ardemment désirée. Il plaça ses chères et tristes dépouilles dans un magnifique tombeau de porphyre , à côté de son frère Gralien , fit son oraison funèbre , cjue ses sanglots interrompii-ent souvent , et où il ne se consola que par la ferme espérance qu'il avait du salut d'une ame enlevée en de si heureuses dispositions. Donnez-moi les saints mystères, dit-il, à la fin de son discours (t); faisons, pleins d" espoir et de feneur , nos oblations pour un mort si cber. 11 promit ensuite d'olfrir toute sa vie le saint sacrifice pour les deux augustes frères, Gralien et Valentiiiien. Des torrens de larmes coulèrent dans tout l'auditoire , et le pieux orateur, d'autant plus attendri , s'écria : Tout pleure, tout gémit, les Barbares autant que les Romains ; ceux même qui ne l'ont jamais vu; ceux qui craignent qu'on ne leur fasse un crime de leur sensibilité vertueuse. La désolation est générale , comme irrésistible : ses propres ennemis se sentent forcés de rendre au moins cet hommage à sa mémoire. Par où Ion voit que personne n'était la dupe des fourberies parricides d'Arhogaste , ou de sa faction.

Outre l'impératrice Galla , que ïhéodose avait épousée en secondes noces , Valentinîen laissait deux autres soeurs qui demeurèrent vierges. La plaie que fit à leur cœur la mort tragique d un si digne frère, ne se fenna jamais; jamais sur-tout elles ne purent oublier cette dernière parole qu'il proféra en expirant : Eli ! mes pauvres sœui-s ! Après deux mois passés à pleurer nnit et jour sur 1 sa tombe , elles q^iittèrent un monde qui n'avait plus rien que d'allligeant pour elles, et se consacrèrent au Seigneur d'une manière irrévocable.

Cependant l'assassin d'un maître si regretté n'osa occuper sa place ; il eût confirmé des soupçons trop véhcmens, et rais ses propres jours dai

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péril manifeste ; ms^îs il fit un empereur qui nVn avait que le nom , et qui lui en laissait toute Fautorité. Eugène , qui portait pour toute décoration sur le trôiie l'étrange relief d'un professeur de belles lettres , et un peu d'éloquence pour tout mérite , fut le fantôme qu'il couronna.

Déjà Théodose savait la révolution de l'Occident^' quand il reçut une ambassade de ce nouveau sou** verain , qui prétendait traiter avec lui d'égal à égal, comme avec son collègue. Tous les motifs réunis portaient l'indignation de l'empereur à son comble. Mais instruit que les rebelles avaient de très-bonnes iroupes , il jugea nécessaire de dissimuler , donna de belles paroles , renvoya •«même les ambassadeurs avec des présens; mais aussitôt après qu'ils furent partis^ il se prépara sérieusement à la guerre. Une pouvait prendre aucune confiance en des traîtres , et il sentait vivement le déshonneur de laisser impunie la mort de son beau-frère. Entre les préparatifs de cette expédition , sa piété compta principalement sur ce qui pouvait lui rendre le ciel propice. Les exercices de religion , l'humiliation de l'idolâtrie et de l'hérésie , l'exaltation de l'église , tous les genres de bonnes œuvres furent redoublés. Il s'efforça d'attirer à sa cour saint Jean d'Egypte , qu'il avait si heureusement^ intéressé au succès de la guerre contre Maxime. Mais le saint anachorète tenait trop à son humble solitude. Il répondit , qu'indépendamment de sa

Srésence , le dieu des batailles prendrait encore la éfense du vengeur de la vertu ; que Théodose triompherait une seconde fois de la tyrannie; mais qu'il y aurait plus de sang répandu qu'à la première rébellion; que l'empereur verrait périr le tyran , et que peu après sa victoire il mourrait Ini-même , laissant un empire à son second fils ^ sans rien prendre sur l'Orient destiné à l'aîné.

La proximité de la mort annoncée à Théodose ne le déconcerta point; mais il prit la précaution de déclarer augu&te ; son fils HpAorius ; ainsi qu'ijl[

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avait déjà fait Arcade , et il les fit tous deux rester R C. P. pour y attendre Tissue de la guerre. Au lieu d'imposer de nouveaux tributs en une conjoncture où tout auU-e prince les eût jugés indis- ^jensables , il supprima ceux que le préfet du prétoire avait ordonnésdeux années auparavant; il rendit même tous les biens confisqués, soit aux citoyens dépouillés , soi ta leurs proclies. Pour empècber le brigandage du soldat, et garantir de toute violence les provinces où l'armée devait passer , il envoya de sages rescrits aux différens cliefs de la milice: en un mot , il n'oublia rien de tout ce qui pouvait attirer les bénédictions du Dteu qui dispose de la valeur ainsi- que des hasards (i). La patience même et l'humilité chrétienne , que la politique croit si peu convenables à un souverain, il les étendit jusqu'aux murmurateui-s audacieux qui avaient parlé avec insolence de sa personne et de «on gouvernement. Si c'est par légèreté , disait-il , il faut les mépriser; si c'est par un fol emportement ,il faut en avoir pitié ; et quand ce serait par une vraie méchanceté, un prince, tenu comme un aulre lidèle à la loi du pardon , fait souvent mieux par la clémence que par la justice. C'est pourquoi nous voulons que ces sortes de causes nous soient toujours renvoyées en leur entier, afin de juger quel sera le plus expédient, de la rigueur , ou de findulgence (a).

Eugène se préparait à la guerre d'une manière bien diiférente. Il faisait à la vérité profession du christianisme ; mais Arbogaste étal t paien , avec les

firincipaux chefs du parti. On fit ruisseler à Rome s sang des victimes en fhonneur des dieux ; on chercha d'heureux présages dans leurs entrailles et dans les autres exercices de la divination : d'où •Flavien , qui ne rougissait pas dans sa place de préfet du prétoire de se donner pour habile en cette \ile science , et qui s'était déclaré avec zèle pour

- (I) Philost. n, 33. (a) Cod. Th. lib. 7.

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