LIVRE ONZIEME
Depuis la mort du grand Tïie'odoSe en ZgS , fusqù'à lajin de saint Jean Chiysùitome en 407.
Xj'église , comme le plus bel ouvrage du Tout-*
Ï «lissant, devait prendre, dès son preraierâge, une brce et une periecti»a capables d'influer sur Cous .les siècles suivans. Après avoir triompbé des perr secuteurs , après avoir chaâgé ses tyrans en disciples dociles et. en défenseurs zèles , il lui fallut encore donner à la doctrine du salut le degré de notoriété et de précision où elle la porta dans le premier concile œcuménique. Ce n'est pas qu'elle n'ait toujours professe la même foi , et transmis sans interruption le même enseignement; qu'elle n'ait , même dans ses plus anciens docteurs , des témoignages positifs et très-suf&sans de sa croyance invariable ; mais on ne saurait discon- Tenir que depuis ses premiers monumens , la tradition de la vérité n'ait pris, a quelques égards,. un aspect plus avantageux , et qu'a rexemple des. pères de Nicécj leurs successeui's ,' tant dans le quatrième que dans le cinquième siècle , n'aient usé d'une précision et de précautions dont on
n'avait pas bei^oin avant les sectaires qu'ils eurent
à combattre.
Nous avons vu les Athanase, les Basile, les Greeoirede Nazianze , les Ambroise , les Hilaire , conférer à la confession de la divinité du Verbe et du Saint-Esprit, tout le jour dont ces profonds mystères étaient susceptibles , descendre et s'arrêter au point convenable de ces terribles profondeurs, réprimer la témérité des novateurs profanes t|ui voulaient franchir ces bornes sacrées , réprouver leur intempérante et fausse sagesse, anatbematiser jusqu'à la nouveauté de leurs expressions , établir (ies notions et consacrer des termes qui , sans analyser la nature incomprékensible de l'Etre divin , ni sa manière incomparable de subsister en trois personnes , en constataient la réalité et l'existence, pfous allons voir les Jérôme , les Augustin , les Fulgence , confondre par la même méthode les ennemis du règne de Jesus-Cbrist dans les âmes , c'est-à-dire de la grâce , c[ui est ie prix de son sang, le fruit de son incarnation et de sa rédemption , l'esprit vivifiant de son corps mystique, ou de son église. Les Célestin , les Cyrille , les Léon nous apprendront ensuite, comLien de formes dilféreutes peut emprunter la même erreur : malgré toute la subtilité deNestorius et d'Eutychès, dans les inventions de ces faux sages , dans leurs ex-
Ïressions peu importantes en apparence , ils nous cront reconnaître et abhorrer toute l'impiété d'Arius, l'anéantissement de nos plus augustes mystères et le renversement de toute l'économie du christianisme.
Mais en nous instruisant en de matières si relevées et si épineuses , ces grands hommes , ce» beauxgénies, sans en excepter saintGrégoire pape, qui vécut dans un siècle déjà barbare , ne laisseront pas de plaire à tout esprit juste , à tout estimateur du vrai beau , comme du solide et de l'utile. Si nous ne trouvons pas dans leurs écrits cette manière compassée qut
idéal des clioses , souvent peu intéressantes , nous y découvrirons ces procèdes judicieux et délicats
?ui s'accommodent aux dispositions de ceux à qui on parle , et qui sont la vraie marche de l'elo- 3uence. Si leur élocution se ressent des défauts e leur siècle , toujours ils intéresseront par le choix de la matière, par la chaleur du sentiment ^ par la beauté des images : au moins paraîtront-ils incomparablement plus sensés et plus agréables ue tous les écrivains profanes du même temps. Test ce qu'on remarquera jusque dans les troubles de rOccident , et dans les pères auxquels ils causèrent le plus d'embarras et laissèrent le moins de loisir. t
, Entre tous ces illustres docteurs , aucun ne fut
5 lus distrait qu'Augustin, par l'importance et la iversité des affaires, et aucun n'écrivit davantage , ni avec plus de succès , pour l'instruction des fidèles et la défense de l'église. Dès la retraite où il passa trois ans à son retour d'Italie , il avait commencé à remplir sa haute destination ; et sans se borner aux oeuvres de pénitence et aux méditations utiles à lui seul , il avait cru devoir servir l'église par ses écrits. Ce fut alors qu'il com- 130sa , contre les manichéens , ses deux livres. sur a Genèse , dans un style plus .simple que tout ce qu'il avait encore écrit; l'esprit de Dieu commençant à le remplir tout entier , et réglant jusqu'à son style , la dernière chose peut-être et la plus difficile à épurer de toute vanité. Le livre intitulé du Maître , fut composé dans la même retraite. Le saint docteur , dans le temps de ses égaremens ,. avait eu un fils naturel qu'il nommait Adéodat, et
3u'à l'exemple de David il continuait d'aimer tenrement , en pleurant le crime qui lui avait donné naissance. Le livre du Maître, est un dialogue entre Augustin et son fils ; et il tend à prouver qu'il n'y a. point d'autre paître qui nous enseigne efficacement, que la Vérité éternelle. Adéodat, qui n'avait que seize ans , donne dans cet entretien des
marques prodigieuses d'esprit ; et le saint docteiii» ] aIfirmedanssesConfessions(i)que toutes les pense'eft qu'il attriliue à cet enfant , sont effectivement de lui. Adéodat mourut peu de temps après. Augustin fitencoredans cette première retraite son traité de la Religion , où il montre qu'elle ne se trouve que dans l'église catholique : il y traite des moyens affectueux de s'élever à Dieu , avec une force , une sublimité et une pureté de style qui font regarder cet ouvrage comme une de ses meilleures productions.
Tandis qu'il employait ainsi son loisir près do Tagaste, un de ses amis, déjà chrétien, dans le désir d'une vie plus parfaite , l'atliraiHippone, ville maritime du voisinage. Peu de temps après , comme il assistait aux saintes instructions, au milieu de la multitude, l'évêque Valére représenta la nécessiié' où il se trouvait d'ordonner un prêtre pour son église. Aussitôt les assistans , comme par une convention préméditée, se saisirent d'Augustin , le présentèrent pour être ordonné sur le cnamp , et il le fut en effet , malgré les larmes qu'il répandit en abondance , et l'air pénétré dont il s'efForça de prouver son peu de mérite : sa vertu et sa capacité étaient trop éclatantes, pour qu'il put en imposera personne. Il n'eut pas seulement part au gouvernement du diocèse, selon ce que la coutume en attribuait aux prêtres; mais il fut chargé de prêcher , contre l'usage dç l'église d'Afrique , ou les seuls évèques exerçaient cette fonction. Quelques prélats hlAmèrenl d'abord cette innovation ou cette exception; mais les rares qualités du sujet pour qiii elle se faisait , ne tardèrent point à la justifier. Cependant Valère apposa à ses censeurs , t^nt la pratique des orientaux qu'il suivait en ce point , que le plus grand bien de son église , où pour exercer le ministère de la parole, il n'avait pi^s assez d'usage de la langue latine , étant Grec de naissance.
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' Toutefois Augustin n'osa remplir d'abord les fonctions sacerdotales y pour Ie$q]uelles il ne se eroyait pas suffisamment préparé; il écrivit même è Vaière , pour lui témoigner son regret et ses alarmes- Je vous prie^ lui dît-il (i), de considérer avant toutes choses, que s'ij n'y a rien de plus flatteur et de plus agréable aujourd'hui que le sacerdoce et Tépiscopat , pour ceux gui n'çn observent pas les devoii's, il nest au contraire rien de plus difficile quand on veut s'en acquitter suivant la loi divine. V ous n'ignorez pas que )e ne les ai ppint étudiés dès ma jeunesse. Sitôt néanmoins que je commence à les apprendre , on me fait violence pour me mettre presque au premier degré. Si je ne vois ce qui me manque que quand je ne pourrai plus l'acquérir ; ô Vous , mon père , qui en disposez de la sorte , vous voulez donc que je me perde sans ressource ! Il demande enfin quelque espace de temps pour se S réparer. Oji Fobligea cependant d'instruire sans élai ; et il le fit avec tant de succès y que cet exemple introduisit en plusieiprs églises la coutume de confier aux prêtres le mi^istèrç [de 1^ parole.
Cette nouvelle occupation ne tarit point la fécondité de sa plume : peu japrè$ son ordination y il composa son livre de l'utilité de la Foi , afin de re-^ tirer du manichéisme son ajjai Honoi^t , qu'il avait autrefois ^igagé dans cette erreur. Il écrivit ensuite le livre des Deux Ames , toujours contre les mani* chéens y qui prétendaient qu^en chaque homm^ il y avait en eflet deux âmes , ïv^ne bonne , Fautre mauvaise , et qui rendaient cette absurde raison du mélangé des biens et des maux y çj^ de l'origine du ma!.
Mais de tovts les ouvrages composés pà^ saint Augustin contre ces pernicieux sectçiires , celui qui mérite de j^us d'attention par rapport à quelques points de doctrine encore très - intéressans aujourd'hui y est sans contredit son traité du Libre
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it) Epist. «48.
Arbitre en trois livres. Quoiqu'il Tait fait avant SOB 1 éniscopat , même en partie avant qu'il fût dans le ' clergé, il en parle par-tout, et jusque dans ses Rétractations , comme d'un ouvrage dont les principes exacts et solides réfutent d'une manière victorieuse tous les ennemis de la liberté. Pour saper tout d'un coup la base du maniebéisme, il distingue, injlépendamment du pécbé originel, deux sortes ' de maux , celui de la peine et celui de la coulpe, ' ce qui nous tourmente et ce qui nous corrompt. Dieu, dit-il, est la cause du premier, sans cesser «l'être bon ; puisque sa bonté lui fait punir ceux qui sont médians : pour ce qui est du mal proprement dit , et en particulier du péché qui nous est personnel , chacun , ajoute-t-il , en est Tauteuf par sa volonté. On peut observer ici , qu'il n'attribue pas cette sorte de mal à la volonté d'Adam. lie désordre, reprend-il, provient à la vérité de la convoitise, ou de l'amour des biens périssables j mais Dieu ne permet pas que ce qui est hors de ] l'homme, le réduise à se rendre coupable en s^ I soumettant au joug de la convoitise : c'est son libre j arbitre qui le détermine à suivre un si mauvais i guide, et qui l'écarté ainsi de son vrai bonheur., j Mais tons -voulant être beureux , d'où vient que; J tous ne le sont pas ? de ce que tous ne veulent pa* | bien vivre ^ sans quoi l'on ne peut être heureux. . '
Mais encore, Dieu ne doit- il pas être regarde comme la cause du péché, puisqu'il nous a donné le libre arbitre , sans lequel nous n'aurions pas
Séché ? A celle objection , saint Augustin répond, ans le second livre , que Dieu avait une juste raison de nous créer libres, aiîn que nous fissions des œuvres méritoires : ce que nous n'aurions pu faire sans le libre arbitre ; comme sans cela le Seigneur n'aurait pas eu lieudesignaler celte sorte de justice, qui consiste à couronner la vertu et à punir le crime.
Le saint docteur distingue des biens de trois or*, dres dilférens, qui tous viennenl de Dieu ; ceult;! avec lesq^uels on ne peut ^ue bien, vivre , et ce sont J
lesvètlus; ceux sans lesquels on peut Bîéti vivre , et ce sont les biens corporels; ceux enfin qui tiennent le milieu entre les deux premiers , et sans lesquels on ne saurait bien vivre , et ce sont les puissances de Famé , dont le libre arbitre fait partie. On ne saurait faire un mauvais usage des vertus ; parc^
Sue l'effet propre de la vertu est d'user dignement ' es autres biens : mais pour les biens du second et du troisième ordre, on en peut abuser; ce qui n'empêche pas qu'ils ne soient des biens , parce qu on eii peut faire aussi un très-bon usage. Le libre arbitre , quoiqu'un bien moindre que la vertu , est donc encore une production digfië du Créateur. ^ Nous pouvons avec ce libre arbitre aidé du secours câeste , ou avec la volonté telle que nous l'avons dansl'état présent , puisqu'il n'était question entre saint Augustin et les manichéens que de l'homme tombé dans le péché , nous pouvons nous porter au bien ou au mal ; mais tous les actes de la volonté ^ ajoute le saint docteur, ne viennent pas également de Dieu. Car si tous nos mouvemens vers 1 objet du salut procèdent du Seigneur /ceux qui se portent au mal , en tant qu'ils nous écartent du vrai bien ^ sont les effets propres de notre néant , ou les opérations défectueuses de notre faiblesse y que le Toutpuissant ne fait que permettre.
Quant au fond de l'impiété manichéenne touchant l'origine du mal , les subtilités et la longueur de cette question ne nous permettent pas d'exposer la manière solide et vraiment philosophique dont elle est encore réfutée dans ce second livre. Ce sont là des moyens qu'on ne peut qu'affaiblir en les abrégeant , . et qu'il convient sur-tout d'étudier dans leur source. On y verra d'ailleurs , que nos docteurs sacrési n'ignoraient pas la méthode qui fait tant d'honneur à certains modernes, et qui consiste à descendre des premiers principes aux conséquences les plus éloi-
f;nées , par un enchaînement continu d'idées anaysées avec justesse et avec précision. C'est ainsi que saint Augustin démontre que nous ne saurions Tome IL Bb
précaution d'écrire en notes ce coUoqae éclatant qui dura deux jours. Augustin fit relire , le second jour, ce que FoFtunat avait dit la veille; et le mettant en contradiction avec lui-même, il le réduisit à confesser enfin qu'il n'avait rien de solide à répondre.
En tournant un si grand avantage , non à sa propre gloire, mais ausalukde son anl:agoniste : Si vous avouez , reprit-il , que vous n'avez plus rïen à objecter , et SI vous avez le cœur droit , je vais vous expliquer la foi catholique, en cas que les assistans le trouvent bon. En confirmauon de mon gyçu , repartit Fortunat , je vous promets d'examiner votre doctrine avec mes chefs; et s'ils ne ine satisfont pas , je suivrai la lumière que vous m'offrez : car je veux absolument sauver mon ame<
Augustin , qui le croyait sincère, ne se possédait
Ïas de joie , et répéta long-temps avec transport : lieu soil loué ! Ainsi finît la conféi-ence où la défaite d'un sectaire si vanté, fit au moins sentir la faiblesse de la secte qu'il avait si mal soutenue. Il en eut lant de confusion , qu'il abandonna pour toujours le séjour d'Hippone ; mais il ne se coavertit point (i).
Augustin eut un succès plus consolant, contra un abus qui s'était introduit dans l'église d'Afrique, où les repas de charité , établis avec édification dii temps des apôtres , avaient dégénéré en ivrogneries et en débauches, 11 se souvint du zèle de saint Ambroise , à supprimer cet usage dans léglise de Milan. Aurelius, ami d'Augustin , et depuis peu élevé sur le siège de Carthage , lui ayant écrit pour lui demander le secours de ses conseils , le saint docteur en prit occasion de Texhorter à corriger i-abus des Agapes (2). Ainsi, après l'avoir remencié , en sou nom et en celui de ses compagnons de . jetiraiie , de famitié qu'il lui témoignait, il lui iit ^i^n tableau des désordres qu'il lui conseillait d'ar-
t») Possid. c. 6. (,3) Ep. 22 j al. 64-
réter , et îl lui proposa l'exemple , lioh-^ulemetit de ritalie , mais de la plupart dés églises de deçJi la mer. Ce mal lui semblait si considérable/ qu'il engagea Aurelius à convoquer un concile nombreux pour y remédier.
A cette occasion , en effet, îly eut à Hippone tin concile général de toute l'Afrique, dont les canons même servirent dcTnodèle aux conèiles enivans (i). On ne manqua point de faire défense aux évêques et aux clercs, aussi -bien qu'au peuple , de faire des repas dans l'église , et d'y manger autrement qu'en passant et par nécessité. On Sublia aussi un décret , touchant la réunion des onatistes. Dans les conciles précédens, dit-on, il a été ordonné qu'on ne reçût les cleitîs donatistes qu'au nombre des laïques. Cependant, à cause du besoin de sujets , qui est si grand dans l'Afrique, que quelques endroits sont absolument abandonnés , on exceptera de cette règle ceux qui VLont pas Rebaptisé , et ceux qui passeront , avec leur peuple , a la communion catholique. Mais cette résolution ne sera mise en pratique qu'après avoir été confirmée par l'église a outre-mer, c està-dire l'église romaine.
Les donatîstes s'étaient si prodigieusement multipliés en Afrique, qu'on leur comptait plus de tjuatre cents évêques : c'était un vaste champ pour le zèle d'Augustin , qui commença dès-lors à écrire contre eux (2), Son premier ouvrage à éè sujet est un cantique en vers acrostiches , et en style trèssimple ; parce qu'il était pour le peuple , dont la plupart entendaient le latin , quoique la langue
F unique fut encore en usage dans cette partie de Afrique. Ces schismatiques prouvèrent a une manière bien frappante , que l'esprit de schisme une fois établi , n'a plus ni règle ni retenue. Après s'être divisés du corps des fidèles , ils se divisèrent entr'eux presque àFinfini. Claudianistes , urbanis-
(i) y. a Conc, p. ii8a. (2) i Retract, c. 20.
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tes, rogatistes, ce furent autantde partis considérables , non moins en butle que les catholiques au ;ros de la secte, sans compter les factions ODScures lont on n a point conservé les noms. Mais la division principale fut celle des maximianistes , qui sous la conduite du diacre Maximien, se soule- Tèrent contre leur évêque Primien , successeur de Parmcnien et arrièrcftiuccesseur de Donat. Ils s'assemblèrent en concile dans la province Bizacène , au nombre de plus de cent ëvèques; condamnèrent Primien , convaincu deplusieurs crimes, et mirent Maximien en sa place, comme évèque de Carthage. Primien ne se tint pas pour condamné : mais tournant ses vues du côte des provinces que son rival avait négligé de prémunir , principalement vei-s la Mauritanie et la Numidie , il forma à Bagaye en Numidie un concile de trois cent dix évêques; car son parti fut toujours le plus nombreux, Maximieu fut condamné a son tour , et sans aucun espoir d'indulgence, mafs seulement avec les douze évêques qui lui avaient imposé les mains. Quant aux autres , on leur accorda un délai de huit mois pour venir à résipiscence; après quoi , ils ne seraient plus recevables , et demeuraient condamnés sans retour.
Augustin j pour faire tête à tant d'adversaires , ctercua à se lier d'amitié avec tous les docteurs de son temps les plus ennemis des nouveautés profanes. Alyfiius , cet ancien ami qui avait emorassé avec lui le parti de la vertu , étant allé en*PaIestine , il y fit connaissance avec l'illustre prêtre Jérôme, lui parla d'Augustin , et commença ainsi la liaison qui fut depuis entre ces deux grands hommes, Jérôme venait de faire son catalogue des auteurs ecclésiastiques , pour montrer corntien la religion chrétienne comptait de saints et savans défenseurs depuis saint Pierre, H vient jusqu'à ses propres ouvrages , dont les derniers qu'il marque , sont les livres contre Jovinien , avec leur «polo^îe adressée à Pammaque, Cet ami l'avait
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averti , qu'à force d'exalter la virginité , il avait donné lieu de croire qu'il regardait le mariage comn^a un mal , au moins comme une cbose moins permise que tolérée. C'est pourquoi le saint docteur explique dans cette apologie tous les endroits où il avait semblé déprimer le mariage ; et il fait remarquer qu'il avait non-seulement censuré les marcionites , les manichéens et tous les hérétiques qui le condamnaient; mais qu'il l'avait formellement reconnu sans tache et digne d'honneur , suivant les divines écritures , quoiqu'il l'eût mis au dessous de la continence ; qu'il avait même observé , que si les évêques , les prêtres et les diacres jugeaient le commerce des femmes incompatible avec le service de l'autel , Tusage de Rome , pour les fidèles mariés, était quHs communiassent chaque jour ^ qu'ils prissent même le corps de Jesus-Christ dans leurs maisons , quand ils ne se croyaient pas en état d'entrer dans l'église.
Peu de temps après , par l'entremise du même , Alypîus, qui venait d^être fait évêque de Tagaste sa patrie , saint Augustin fit amitié avec saint Paulin , qui fut depuis évêquedeNole. S. Alypius, car l'église le reconnaît aussi pour saint , avait, connu autrefois Paulin à Milan.' Quand il eut appris son renoncement au monde, il lui envoya quelques ouvrages de son ami Augustin , si généralement estimes de tous les vrais fidèles. A sa réponse en remercîment, Paulin joignit, pour Augustin même^ une lettre où il témoignait le goût qu'il prenait à ses écrits, et se recommandait à ses prières. Il n'en fallut pas davantage pour lier deux cœurs si semblables l'un à l'autre , et qui n avaient besoin que dé se connaître pour s'unir inséparablement.^
Tout grand qu'était Paulin selon le mondé , cet avantage faisait la moindre partie de sa grandeur : Bon ame, beaucoup plus élevée que son ran« et que «a fortune , sut faire un pauvre de Jesus-Christ de l'un des plus puissans patriciens de Romlç; Gr^^J.^j,
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^a Histoire
maison était une des premières de cette capitale du monde , quoiqu'il fût ne en Aquitaine , ou il avait «les biens immenses ; les nobles Romains possédant ' de grandes terres dans les provinces , et y îaisanC quelquefois leur séjour. Son mérite personnel écalait sa fortune. Ses dispositions pour les belles lettres ayant été cultivées par le poète Ausone , il était devenu l'un des plus polis écrivains de son siècle , tant en prose qu'en vers. Saint Jérôme trouvait son panégyrique de Théodose écrit d'une manière judicieuse, agréable, et dans toutes tes règles de l'art (i). Paulin parvint aux plus grandes charges et jusqu'au consulat. Thérèse ou Thérasc sa femme , douée de son côté de tous les avantages de la fortune aussi bien que des dons extérieurs de la nature , ajq^tait encore au bonheur de son époux j parla sincérité de son attacliement pour lui, et par l'excellence de son caractère. Il ne man- . quait à leur prospérité temporelle , que des enfans qui en pussent hériter : leurs vœux parurent encore exaucés de ce côté-là ; et il leur naquit un fds , comme ils étaient en Espagne. Mais Dieu ne , fit que le leur montrer , et l'enleva au bout de huit
ioiirs j pour leur apprendre où ils devaient porter eur coeur et toute leur affection. Ils renoncèrent au monde , après y avoir mûrement pensé , et ils se donnèrent l'un et l'autre totalement à Dieu. L'épouse de Paulin , loin ]de marquer de la fai-» blesse , encouragea son mari. Dès-lors il ne la re-
farda plus que comme sa sœur , et ils pratiquèrent e compagnie, avec une sainte émulation, tous les exercices de la vie religieuse.
Un jour de Noël que Paulin assistait à roffice , dans 1 église de Bareelone, le peuple, dans un transport d'admiration et de zèle , se saisit tout à coup de lui , et le présentant à révcque , le pressa • de le faire prêtre. Paulin résista de tout son pou- __ \oirj ne songeant qu'à s'ensevelir dans Tobscurito
de la vie solitaire. Son plan de retraite était déjà forme , et depuis long-temps il avait pris la résolution de passer le reste de ses jours à Noie en Italie, , auprès du tombeau de saint Félix. Les miracles de ce saint martyr étaient vantés de toute part , et Paulin en avait une connaissance particulière , à cause des terres qu'il possédait dans le voisinage de' Noie. Il ne consentit donc à son ordination , qu'à condition qu'il ne serait point attaché à l'église de Barcelone , mais seulement au sacerdoce en^énéral. Il refusa même d'être compté parmi les prêtres de Milan y comme saint Ambroise lé lui proposa par estime, quand il le vît en Italie. C'est un des premiers prêtres ordonnés sans engagement à aucune église : il paraît aussi qu'il reçut Tordination sacerdotale sans avoir passé par les ordres inférieurs; On attribue même à cette raison le peu d'accueil que lui firent le pape et le clergé romain , lorsqu'il vint à Rome. La violence de son ordination 1 excusait assez ; mais pour mieux épurer la vertu de ses saints. Dieu permet quelquefois qu'elle soit flétrie dans l'opinion des personnes les plus respectables aux ' yeux des saints mêmes.
Paulin ne put néanmoins retenir ses plaintes , et il se retira aussitôt à Noie. Là, dans une situation agréable, à cinq cents pas de la ville, il $e fit une
Setite habitation pour lui et pour son épouse , prèjs e Téçlise où reposaient les reliques du saint martyr Félix. Tout y respirait l'humilité et une sainte pauvreté ; mais le calme des passions et l'oubli du monde, la joie de la bonne conscience, la douceur des contemplations célestes leur rendirent cette manière de vivre infiniment préférable à leur premier état. Ils n'en conservaient qu'un pe;tit héritage pour leurs besoins les plus indispensables ; car ils n'avaient pas seulement distribué leurs trésors et tous leurs meubles ; mais ils avaient vendu leurs vastes domaines j afin de pouvoir fournir à toutes les œuvres de la charité, principale» ment à la redeui}>tion de captifs. DaosWur retraite,
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ils se regardaient comme les concierges Je Fégiîse'y et tinrent à honneur de s'occuper à y entretenir la propreté. Paulin employa aussi sa plume à la gloii^e du saint martyr , et il prit la coutume de composer un poëme cnaque année sur ce sujet. Il ne nous en reste néanmoins que dix , quoiqu'il ait demeuré trente cinq ans en cet endroit.
Ce ne fut pas un moindre sujet d'édification pour l'Orient et l'Occident, que la retraite d'Arsène , qui , du sein des plaisirs et des grandeurs ; alla s'ensevelir tout vivant dans les déserts de la Thébaïde. Il était né à Rome , d'où le souverain pontife l'envoya au grand Théodose , qui demandait un homme capaWe de partager aveclui les devoirs de père à l'égarJ des princes ses fils. Arsène, diacre savant et déjà très-vertueux , se rendit si agréable, qu'aux titres de précepteur et de gouverneur que les Romains craignaient de diviser, on ajouta celui de parrain de ses au cusles élèves. Théodose le mit encore au rang des sénateurs , afan de lui attirer plus de considération de la part des jeunes princes. Un jour même qu'il était venu assister à leur leçon, voyant qu'Arsène leur parlait debout , tandis qu'ils étaient assis , il le trouva si mauvais , qu'il leur ôta les marques de leur dignité, et fit placer leur précepteur, comme leur juge, dans une espèce de tribunal.
Arcade , l'aîné des deux princes , ne fit aucun progrès sous un si bon maître. Faible de complexion et laid de figure, l'œil éteint et le regard désagréable, il n'était pas moins disgracié d'esprit que de corps; et si son naturel lâche et paresseux avait peu de pente au vice, il n'avait pas j)lus de disposition à la vertu , et aucune des qualités convenables au trône. Quoiqu'assez bon et fort doux, ou fort apathique habituellement, un jour qu'il reçut une correction humiliante , il s'abandonna à
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grfau moment de s'y dérober : il se persuada volontiers que l'heure en était venue. S étant mis en J>rièr^ , pour s'assurer encore davantage de la voonté de Dieu, il'crut entendre une voix qui lui disait : Arsène , fuis le faste et le tumulte du monde ; tu trouveras la route da salut (i). Il s'embarqua aussitôt fort secrètement pour Alexandrie , et passa de là au désert de Scété, où il embrassa la vie monastique.
On ne sut le lieu de sa* retraite qu'après la mort de Théodose. Alors Arcade lui écrivit une lettre touchante , pour lui demander pardon du mauvais dessein qu'il avait conçu contre lui. En même temps il se recommanda instamment à ses prières, comme à un ami de Dieu , et lui offrit Id disposition de tous les tributs de l'Egypte, pour les distribuer aux monastères et aux pauvres. Arsène qui ne voulait entretenir aucune relation avec le siècle , ne récrivit point à l'empereur ; mais il lui fit dire : Je prie le Seigneur de nous pardonner nos péchés à l'un et à l'autre ; quant à la distribution de vos largesses et à toutes les affaires temporelles, je suis déjà mort et ne puis m'en acquitter. 11 soutint ce Relâchement en toutes choses , jusqu'à l'âge de quatre-rvingt-quinze ans qu'il atteignit , c'est-à-dire pendant cinquante-cinq ans , puisqu'il n'en avait que quarante en quittant la cour. Quand il l'habitait , personne ny figurait avec plus de dignité 3ue lui , et personne ne fut vêtu plus pauvrement ans le monastère. Il se réduisit à un tel point d'indigence , qu'ayant besoin de quelque linge dans une maladie , on lui donna par charité de quoi en acheter. Il dit alors avec action de grâce : Soyez béni , Dieu fait pauvre pour nous , de m'avoir admis à la participatioude votre glorieuse pauvreté. Peu après, ayant reçu le testament d'un de ses parens qui était sénateur , et qui lui laissait une très-rid^e succession , il n'en voulut pas recevoir la moinme
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(i) Cotel. Mon* Gr, r. i , /;. 353.
chose, il s'occupait, comme le dernier clesfrère»^ à faires des naLles de palmier , et il ne quittait lê travail des mains , qui durait reglt;menl jusqu'à midi , que pour donner le reste de son temps a la prière; si toutefois sa vie n'était pas tout entière une fer^ente oraison : car même en travaillant, il était obligé d'avoir un mouchoir dans son sein, pour élancher les larmes de componction qui coulaient si continuellement de ses veux, qu elles lui tirent tomber tout le poil des paupières II ne changeait qu'une fois par an Peau où ti-empaient 1« , ieuilles de palmier qu'il mettait en œuvre , afin de 66 punir, par cette mauvaise odeur , de la sensualité qu il avait eue, disait-il, à faire dans le monde usage des parfums. Il priait durant la nuit avec tant d'ardeur et d'assiduité , qu'il accordait à peine quelques momens au sommeil , vers le matin, en gémissant beaucoup de cette infirmité de la nature. Souvent il passait les nui ts entières sans sommeiller un instant. Tous les samedis au moins , il se mettait en prière sur le soir, le dos tourné au soleil; et il demeurait dans la même posture, les mains élevées vei'S le ciel, jusqu'à ce que le soleil levant vîut interrompre sa contemplation , en lui donnant sur le visage. Il tenait pour principe , que c'était assez pour un solitaire de dormir une heure. Pour sa nourriture , il ne consumait par an, mêmej avec les personnes qui le venaient voir, que la petitM mesure de blé que les Egvptiensnommaient tnnllifM
Mais toujours attentif a la voix qui l'avait appelé dans la solitude , et qui lui semblait retentir contineliement à sesoreilles,ilse signala principalement par l'amour de la retraite. Sa cellule , d'où il ne sortait qu'à regret , était éloignée de plus de dix lieues de toutes les autres. Quand il étai t à l'église , il se tenait assis derrière un pilier; afin que personne ne le vît au visage , et qu'il ne vit personne. Le patriarche d'Alexandrie vint un jour , avec un desprincipaux magistrats, le prier de l admettre àsei. i pieux entretiens. Obsevverez-vouSjrepartil Arsène,
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ce qtie je tous dirai ?I1s le promirent , et il leur dit : Hé oien , oubliez à îamaisThabitation du pécheur Arsène. Une autre fois néanmoins le patriarche voulut encore lui parler ; mais il lui envoya de^ mander auparavant s'il' ouvrirait sa porte. Il lui fit faire cette réponse : Je vous ouvrirai , si vous venez ; mais si je vous ouvre , j'ouvrirai à tout le monde , après quoi j'abandonnerai ce séjour. Le prélat aima mieux ne le point voir que de le mettre en fuite. Quelques solitaires vénérables par letfr âge lui ayant demandé la raison d'une retraite si rigoureuse , il leur répondit : Tandis qu'une fille se tient renfermée dans la maison paternelle, tous en parlent avec estime et la recherchent avec empressement ; mais quand elle est répandue dans le inonde , chacun la juge à sa manière , et il est rare
Ïi'elle n'y peixle beaucoup de sa considération, insi le solitaire qui s&communique , loin d'édifier les gens du monde , se perd souvent avec eux.
Avec un grand fond de science , beaucoup de talent pouc la parole , un extérieur imposant par la grandeur de sa taille , ses cheveux tout blancs et sa barbe qui lui descendait jusqu'à la ceinture , il avait toute la réserve et la modestie des plus jeunes solitaires. 11 ne voulait jamais traiter des grandes questions de l'écriture. A quoi me sert , disait-il^ toute ma science mondaine ? ces bons Egyptiens ont acquis les plus hautes vertus dans leurs exercices rustiques. Comme il consultait un vieillard vertueux , mais simple, un des frères lui dit : Bère Arsène , comment recourez-vous à un pareil guide, vous qui possédez toutes les sciences des Grecs et des Romains ? Il répliqua : J'ai sans doute beaucoup étudié les sciences de Rome et d'Athènes; mais je ne sais pas encore l'alphabet de ce bon vieillard. Dans une maladie considérable dont il fut attaqué , le prêtre chargé d'administrer les secours spirituels , le vint visiter , et suivant la pieuse coutume le fit transporter à l'église , où l'on avait préparé un lit^de toison et un oreiller. Un des frères
qui le vit en cet état parnt scandalise de ce tpi'il ■ regardait comme une mollesse , et dit te'merair»*^ ibent -. Est-ce donc là cet abbé Arsène dont on cÂ/^ lèbre tant la vertu ? On donnait communément le -■' nom d'abbé à des solilaires vénérables par leur âge et leur sainteté. Le prCtre prit à part ce léger solitaire , et lui dit : Quelle profession exerciez-voiis avant d être solitaire ? J'étais berger , répondit - il ingénument. Et comment passiez-vous votre vîe? Xavais beaucoup de peine à la gagner. Et maintenant, poursuivit le prêtre , comment vous trouvezvous daiïs votre cellule? J'ai , dit-il, moins de peine, et beaucoup plus de repos. Alors le prêtre ajouta d'un ton ferme et plus élevé : Jugez à présent de Tabbé' Arsène. Dans le siècle, il était révéré des empereurs , comme leur père ; il avait à son service une multitude de gens vêtus de soie , ornés de ceintures et de bracelets d'or ; il coucbaît sur le duvet et sous la pourpre. Autant votre état présent surpasse en douceur votre état passé ; autant la mollesse que vous lui reiirocliez, est au dessous des délices qu'il goûtait à fa cour :vous êtes passé de la peine' au repos ; et lui , de la volupté aux soulirunces. Le censeur confus et touché se proftii terna en disant : Pardonnez-moi , mon père ; j^
Î léché , en jugeant en insensé celui qui marche dai ' es sentiers de l'humililé et de la justice. ,i
Arsène conservait encore , sans s'en apercevoir quelques manières, qui aux regards délicats i tant d'ascètes consommés dans la perfection , parurent se ressentir de la vanité du siècle. 11 avait coutume , étant assis , de croiser les jambes , et de mettre un pied sur le genou. Par la considération dont on l'honorait avec tant de justice , on avait peine à lui donner un avis direct. Le saint abbé Pastor se servit de l'expédient suivant : il convint avec un autre des anciens pères, de se methe luiinêmeen cette posture , quand la communauté s< ruit assemblée, et de donner ainsi lieu à cet anciei tic le l'éprendre. Celte çcèpe innocciiie s'ejécutaj]
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comme on en était convenu ; et Arsène ,qii! ne manqua point de pénétrer le dessein des acte\»rs , ea profita avec une humilité édifiante.
Cétait àqui se corrigerait le plus soigneusement des moindi^es défauts,dans ces écoles de perfection , si nombreuses et si justement vantées , sur-tout en Egypte. Voici quel était le régime et la manière de vivre parmi ce peuple de saints , dont les mœurs retracées avec exactitude ne peuvent manquer de plaire en édifiant. Le pain et l'eau faisaient leur nourriture ordinaire. Après de longues expériences , ils l'avaient préférée à celle des légumes et des fruits, qu'on mangeait auparavant sans pain. Le leur était du biscuit ; et la quantité par jour , une livre romaine, c'est-à-<lire , douze onces, en deux petits pains égaux , dont ils mangeaient I'ub à none , ou à trois heures , et l'autre le soir. Les jours où il n'était pas jeûne , comme les dimanches tl le temps pascal , le premier repas se prenait a midi ; mais on n'excéaajt jamais la mesure de paia prescrite pour chaque jour. En certaines solennités, ou a la réception des hôtes , on ajoutait au pain ce qu'ils appelaient des douceurs. Mais voici en quoi elles consistaient, au rapport de Fabbé Cassien , qui avait parcouru toutes ces lices évan^
{;éliques , avant d'en établir , à leur imitation , dans es Gaules. U raconte^ que se trouvant à la laure d.es Celles , entre Ni trie et Scété , l'abbé Sércne , vanté pour sa pureté angélique , le Irai ta un dimanche avec les frères , et leur donna une sauce avec un peu d'huile et de sel frit , trois olives a chacun , cinq pois chiches , deux prunes et une figue, il observe cependant qu'on- ne prescrivait pas les mêmes austérités à tout le monde 3 mais qu'on avait sagement égard à l'âge , au sexe , à la force d'un chacun. On désapprouvait mêmeFabstînence de toute noiu*riture durant deuiL ou trois |ours (1).
1(1; Hier., in reg. S. Pach,, Cassian. passlm^
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Ils n'approuva lent pas non plus parmi eux l'u-' sage (lu ciiice , parce qu'il était extra ordinaire ,i qu ils évitaient soigneusement tout ce qui resse tait ta sinj'ulariié et raffectation. Leur YêtemencV ordinaire consistait en une tunique de lin , avi un petit capuchon qui ne dcsirenJait que jus-l qu'aux épaules, et qu'ils ne quittaient ni jour ni'' nuit. La tunique n'allait qu'un peu au dessous des gen(îux,elles manches n'en passaient pas les coudes, ufïn de laisser plus de facilité pour le trayail. El le était large; et pour l'arrêter, outre la ceinlure,ils usaient d'une écharpe ou cordon de laine , qui partant du cou, passait de part et d'autre sous les aisselles, serrait en se croisant les deux côtés , et laissait toute liberté aux bras. Hors des heures de travail, ils portaient sur la tunique un manteau aussi de lin , qui couvrait le cou et les épaules ; et pardessus le manteau , la peau de mouton , qu'on a pelait melote. Quoiqu'ils allassent hahiluellemenfl nus pieds , ils se chaussaient quelquefois d'une e
Eèce de brodequin , pour se garantir, soit des s^''| les brûlans au milieu des jours d'été , soit dell froids pîquans dans les matinées d'hiver, et ils marchaieni , un bâton à la main.
Ils marquaient la même simplicité dans leaïj office ou prière commune qu'ils faisaient deux fors la première sur le soir , et la seconde pendant 1 nuit , récitant douze pseaumes à chacune : ohseï* Tfance qu'ils révéraient , comme la tenant d'un ange qui,suivant la tradition de leurs pères , vint chanter ce nombre de pseaumes au milieu deux , avec une oraison après cliacun des onze premiers , et t'ai-' leluia à la fin du douzième. Ils y ajoutèrent deaX^ leçons , pour ceux qui voulaient apprendre l'écrî^ ture , Tune de l'ancien et l'autre du nouveau TeiM tament; excepté le samedi , le dimanche elle tempèV
Çascal , où elles étaient toutes les deux du nouveatfP estaraent , la première des Epîtrcs ou des Actes des Apôtres , et la seconde de TEvanj^ile. Après chaque pseaume^Us médiUienl quelques monjens, debout
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él les tnains étendues , de peiir de's'endoi*mîr ; ils se prosternaient et se relevaient aussitôt, en sui-» vânt les mouvemens de celui qui présidait à la prière. On n'y entendait que là seule voix du.chantre qui prononçait le pseaume, ou du prêtre qui faisait 1 oraison. Celui qui chantait était debôiit, et tous les autres assis*, à causé de leurs jeûnes et de leurs travaux continuels^ On partageait les pseaumes , quand ils étaient longs ; parce qu'on rie cherchait pas à en dire beaucoup , mais à les bien dire^ Ils n'avaient ni cloches , ni horloges ; mais celui qui "^tait chargé d'éveiller les autres pour l'office de la nuit, observai t l'heure aux étoiles , qui sont toujours visibles dans le ciel pur de l'Egypte , puis il annoii-' çait la prière avec une corne en forme de trompe- Tous les meubles de leurs cellules .consistaient eil une natte pour se coucher , et un paquet de grosses feuilles , qui formait leur chevet pour la nuit et leur siège pendant le jour , à l'église comme dans la cellule. Ils n'avaient point de prière commune pendant le cours de la journée, sinon le samedi et le di-» manche , à cause de la communioi) qui se faisait à l'heure de tierce., c'est-à-direàneiif heures du matin. Les autres jours , ils restaient chacun chez eux à prier* et à travailler assidûment , même la nuit quand ils étaient éveillés. Ils avaient reconnu ^ ces grands 'maîtres de la vie intérieure , que loin de nous dis-* traire , rien n'est plus propre que le travail à fixei* nos pensées ; mais ils choisissaient des ouvrages sédentaires, et faciles, tels que le tissu des nattes et des paniers. Par ce moyen , ils ne pourvoyaient pas seulement à leur subsistance , sans être à chargé à
{)ersonne ; mais ils se mettaient en état d'exercer* 'hospitalité j de répandre même des aumônes abon-* dantes dans les villages et dans les meilleures villes. On ne permettait pas que les frères reçussent rien de personne pour leur entretien ; et si nous trouvons des exemples de libéralités faites en leur faveur, on ne doit les rapporter qu'aux cas de nécessité , qui disjiensaient (le la çègle générale.