Tome IL - Ce
n y avait un nombre presque infini de cénobite»
et danacborétes dans les dilTérentes parties de
TEgvpte; mais sur- tout dans la lîasse-Tliébaide ,
g^ vers les exlrémitcs septentrionales de la mer Rouge ,
^H du côté de la Palestine. Sur la rive orientale du Nil,
^W près la ville d'HermopoIe , où l'on croyait que Jésus
^ enfant était arrivé en se dérobant à la fureur d'Hé-
rode , on comptait environ cinq cents solitaires,
dans le seul lieu homme Matarée. Ceux-ci tenaient
toujours leurs babits fort blancs; ils observaient
une grande propreté, et pratiquaient la communion
quotidienne. De l'autre côtédci fleuve, Icsaintabbé
P Posthume en gouvernait jusqu'à cinq mille , tou» « héritiers et religieux observateurs des institutioo^fl de saint Antoine. Mais la grande merveille de la vif!^| ascétique, dans la Basse-Tbébaïde , c'était la ville" d'Oxyrinque, où il y avait plus d'espace occupé par les mouaslères que par les autres maisons , et beaucoup plus de moines que d'autres citoyens. Jour et ™ nuit on entendait retentir de toute part les louan-fl ;es de Dieu , dans cette ville qui était fort grande.'™ i^lle avait vingt mille vierges et dix mille moines.'" Elle n'eut pendant fort long-temps aucun habitant bérélique ou païen ; mais tous étaient cbrétiens catholiques et dignes de leur croyance. Il y avait, par autorité publique , des sentinelles aux portes , pour découvrir les pauvres et les botes : on disputait ensuite, à qui les logerait le premier , les retiendrait le plus long-temps, et exercerait à leur égard 1 cbarité la plus libérale (i).
Dans la Haute-Tbébaïde , les disciples de saint Pacôme s'étaient tellement multipliés depuis sa. mort, qu'ils se trouvaient jusqu'à cinquante mille ensemble, selon le témoignage de saint Jérôme, pour célébrer la Pâque (2). Ils se réunissaient un * seconde fois l'année , au mois d'Août, pour élii les supérieurs et les ofliciers des dilFérentes maisons 1 réconcilier les frères, pai'donner les fautes :
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[0 rrt. Pair. 11,5. [aj Hier. Prc^f.
DE L^Egi^ISE. 4o3
le premier exemple que nous trouvions de plusieurs monastères unis en congrégation sous une même règle. Le monastère de la sœur du saint fondateur , séparé de Tabenne par le Nil , contenait quatre cents filles. Près d'Antinous , il y avait douze autres monastères de femmes. En un mot , le nombre des solitaires d'Egypte montait à plus de soixante-seize mille , et celui des religieuses à plus de vingt mille. Nous ne décrirons pas les vertus encore plus étonnantes qu'ils pratiquaient. Ces détails , peu accommodés^aux oreilles de notre siècle , n'entrent pas d'ailleurs dans notre dessein , pour lequel il suffit de remarquer l'état florissant où était encore la vie solitaire en Orient, à la fin du quatrième siècle.- Elle y persévéra , jusqu'à ce que les nouveautés hérétiques du cinquième , et sur-tout d'Eutycbès, y portassent le trouble et le renversement de la discipline.
En Occident , saint Augustin n'édifiait pas moins l'église par ses travaux et ses doctes écrits. Ces productions inépuisables, loin de s'affaiblir en se multipliant , prenaient de jour en jour un nouveau degré de perfection et d'autorité. A peine étaientelles^ écloses ^ qu'elles se répandaient en tout lieu ,' souvent sans qu'il eût dessein de les publier. Ses réponses aux questions qu'on lui proposait de toutes les régions, ses explications de la sainte écriture,' et ses instructions les plus familières étaient recueilliesavec avidité. Les hérétiques , aussi-bien que les orthodoxes, accouraient pour l'entendre; on amenait des écrivains en notes , pour copier tout ce qui sortait de sa bouche; le bruit de son nom retentissait de tous côtés , et jusqu'au delà des mers (i).' Valère son évêque en avait la plus grande inquiétude. A tout moment ^ il. tremblait qu'on ne vînt le lui enlever pour, quelqu'autre église ; et le. soin qu'il prenait de le faire cacher , ne le rassurait qu'imparfaitement. Il |prit donc occasion de Sa
( i) Possid. FiU c. 7.
Ce a
4o4 Histoire
\ieillesse el de ses infirmités, et il écfiTit secrètement à Févêque de Carthage , pour obtenir Ïu Augustin fût ordonne comme son coadjuteur^ Insuite il pria Mégale , évêque de Calame et primat de Numîdie , de venir visiter l'église d'Hippone. Quand il fut arrivé, il lui déclara ses vues sur Augustin^ ainsi qu'à d'autres prélats qui se trouvaient présens , à son clergé et à tout son peuple. Tous applaudirent par de vives acclamations , excepté néanmoins Mégale , si étonnamment prévenu contre Augustin, qu'il l'accusa d'avoir donné i4n philtre à une femme pour s'en faire aimer : tant il est vrai que les plus grands saints ne sont point à l'abri des imputations les plus flétrissantes. Mais la griéveté de celle-ci ne servit qu'à la rendre plus incroyable. Mégale , pressé par les autres évêques de la prouver, et ne le pouvant faire ^ il fut obligé de demander pardon : il reconnut enfin si manifestement l'innocence du docteur calomnié , qu'il fit lui-même Timposltion des mains (i\ Augustin résista inutilement à une résolution prise avec tant de circonspection et de solennité. Il prétendit démontrer qu'il était contre l'usage de l'église d'ordonner un évêqiie du vivant de son propre évêque; maison lui cita quantité d'exemples tires des églises même de l'Afrique. Enfin il fut obligé de se désister d'un refus que l'on commençait à qualifier d'opiniâtreté scandaleuse , et il reçut l'ordination dans le mois de Décembre de Vannée 3()5 , la quarantedeuxième de son âge. Il reconnut depuis , qu'il aurait eu raison de persévérer dans sa résistance y. et que le concile de Nicée défendait de donner un évêque à une église qui en avait un vivant : disposition qui n'est énoncée qu'en passant, à la fin du canon liuitième , et qu'on pouvait avoir lue plusieurs fois sans y faire attention.
Le Seigneur disposant ainsi des événemens , pftrut vouloir réparer d'avance , par l'épiscopat
(i) Lib. IV ; c. Cresc. c. 04*