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d'Augustîn , la perte que l'église était sur le point de faire , par la mort du grand archevêque de Milan. Ambroise n'avait que cinquante-sept ans;mais vingtdeux années d'un ministère aussi laborieux que le sien l'avaient épuisé. Au reste , cette grande lumière ne brilla jamais davantage qu'en touchant à la fin de sa course. Alors il assura aux églises le droit d'asile, qui ne pouvait être abusif sous un si sage
Srélat. Il fut encore plus jaloux de les maintenir ans le privilège de garder inviolablement les dé- 1)ôts. Mais la prééminence qu'il leur conservait avec e plus de soin, c'était la gloire de la bienfaisance envers tous les membres de la réput>lique , et l'exemple du désintéressement.
Un évêque , nommé Marcel, avait donné une terre à sa sœur qui était veuve, avec obligation^ quand elle mourrait , de la laisser à Téglise. La do^ nation fut contestée par Letus leur frère , et l'oii plaida avec beaucoup de frais et d'animosité de part et d'autre. Enfin l'affaire fut renvoyée par-»' devant l'évêque Ambroise , à la demande des par» ties : il consentit à prononcer , mais seulement en qualité d'arbitre. Il les fit convenir que Letus aurait la terre en propriété , à la charge d'une penr «ion viagère pour sa sœur , et qu'après la mort dç la sœur,, ni f évêque ni l'église ne pourraient rien répéter a Létus- Chaque partie plaignante trouvait «on avantage dans cette décision ; Létus , en ce qu'il gagnait le fonds de la terre ; sa sœur , en ce qu elle iivait par l'usufruit tout ce qui convenait à son état j Marcel même, en ce qu'il contentait, selon ses désirs, son frère aussi-nien que sa sœur. Il n'y avait que l'église qui perdait ; mais Ambroise jugea qu'elle gagnait assez , par l'honneur que lui faisaient sa générosité et la paix qu'elle apprenait à mettre dans les familles (i).
Tels étaient le§ intérêts de l'église qu'il se piquait ^l'avoir infiniment à cœiir. Il ne croyait pas^ qu'en
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{i) Epist. 83.
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aucun genre d'édification et de vertu ecclésias-^ tique , les moindres apparences fussent indifférentes. Un air d'immodestie, un geste peu réglé J une démarche ou quelques manières hautaines étaient autant de raisons décisives pour être exclus des places cléricales (i). lien refusa une que sollicitait un sujet qu'il aimait d'ailleurs, par la seule raison de son extérieur peu composé. A un autre qu'il avait trouvé dans le clergé, et qui mérita une interdiction de -quelcme temps /il lui défendit , eu le rétablissant , de ]amais l'accompagner , parce qu'il avait quelque chose de choquant dans la démarche. iTevénement fit voir que les saints les plus charitables ont souvent le coup d'oeil meilleur que les mondains les plus soupçonneux. Le premier de ces deux sujets abandonna la foi dans la pei^écution des ariens ; Fautre renonça de même a la profession de la saine doctrine , pour une affaire intérêt.
Il y avait à Vérone une vierge nommée Indicîe i que i'évêque avait consacrée à Dieu^ après les plus mûres épreuves. Elle avait demeuré avec sainte Marcelline , sœur du saint archevêque , et elle jouissait d'une grande réputation de vertu. Elle fut néanmoins accusée , non - seulement d'avoir profané sa consécration, mais d'avoir fait périr le fruit de son incontinence. L'évêque Syagrius , successeur de Zenon , fut dupe de la calomnie ; et contre toutes les règles de la pudeur et de l'équité , sans aucune procédure légale , il ordonna qu'Indicie serait visitée par les matrones. Elle porta ses plaintes à l'archevêque , qui demanda des témoins et im accusateur en forme. Personne ne se crut assez bien fondé pour remplir ces personnages. En effet, il ne se trouva que des bruits vagues , sans ^ucun témoignage fondé et bien articulé. Une foule de gens de bien au contraire no parlaient au' avec honneur de la conduite d'Indicie. Elle fut
(0 I OJ/ic. c. 18.
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justifiée avec éclat, les perturbateurs privés de la. communion jusqu'à Ce qu'ils eussent satisfait , et révêque Syagrius fortement réprimandé , pour avoir ordonné légèrement des visites , qui avaient été, dit-on , un tourment pour la pudeur^ et qui sont presque toujours une preuve aussi incertaine que honteuse du crime (i).
L'ordination de saint Honorât pour lé siège de ITerceil fut une des dernières actions de saint Ambroise, à qui rien ne sembla jamais plus important que d'établir de bons,évêques. Il avait imposé les mains à saint Gaudence de Bresse, et àsaintFéHx •de Corne. Ses diacres Vénérius et Félix , formés de ses mains à Fépiscopat où ils parvinrent , sont aussi comptés entre les saints. Theodule , son secrétaire, ftit un des dignes évêques de Modène. Quant à l'élection d'Honorat , elle souffrit de grandes difficultés , et le siège de Verceil demeura long-tempa Tacant par la division qui se mit dans cette église^ lies lettres du saint arcnevêque à cette occasion ne produisirent point d'effet. Pour réunir les esprits, al lui fallut aller à Verceil, peu de mois avant sa Biort.
Ce fut vers le même temps qu'une reine des < Marcomans , nommée Fritigille , embrassa le christianisme , sur le récit qu'elle avait entendu faire du saint archevêque , par un homme venu d'Italie. Elle envoya des ambassadeurs , avec des présens magnifiques pour l'église de Milan , et fit prier ce prélat de l'instruire par écrit. Encore plus touchée par ses lettres , elle vint elle-même a Milan ; mais elle ne trouva plus le saint en vie (2). Quel-
3ue temps auparavant , deux seigneurs de Perse , es plus qualifiés et des jdIus éclairés de la nation , étaient aussi venus à Milan , sur la renommée de la sagesse d'Ambroise, afin de conférer avec lui. ïls lui proposèrent , à la façon des Orientaux^ des questions allégoriques et mystérieuses , auxquelles
^0 Ambr. Ep. 5. (2) Paul. Fit. n. 36.
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il satisfit depuis six heures du matin jusqu'à neuf heures du soir. Ils se retirèrent enfin , ravis d^admiration ; et pour ne laisser aucune ambiguité sur la cause de leur voyage , ils repartirent dès le lendemain qu'ils en eurent ainsi rempli l'objet (i).
Le saint était affable, et ne négligeait, ni les usages de la politesse , ni les bienséances de la grandeur. Quelquefois même il donnait à manger aux 1 préfets, aux consuls , aux plus grands seigneurs de 'empire, qui tous s'en tenaient extrêmement honorés. On raconte du comte Arboçaste, qu'étant à table avec <|lielques princes Barbares , ils lui demandèrent s'il connaissait l'érêque Ambroise. Assurément^ répondit Arbogaste , je suis fort lié avec lui , et souvent ^e mange à sa table. Ce n'est pas sans cause, reprit un de ces princes , que vous êtes si heureux dans les combats. Faut-il s'étonner de •vos grands succès , puisque vous avez pour ami un homme qui d'une parole arrête le soleil dans sa course ? (2) La vie ordinaire d' Ambroise était cependant un jeûne perpétuel. Il ne dînait que le samedi et le aimanche ; car à Milan , on ne jeûnait pas le samedi , même en carême. Mais quand il se trouvait en quelque autre église, il se conformait à la coutume des lieux. Quoiqu'il donnât à manger , il n'acceptait de repas chez personne , à moins qu'il ne fût en voyage. Il tenait encore pour maxime, de ne point s'ingérer dans la distribution des char-» ges de la cour , et de ne se mêler d'aucun mariage.
Il tomba enfin dans la maladie dont il mourut , mais qui lui fit garder le lit assez long-temps. Le comte Stilicon ne vit pas plutôt le danger , qu'il le regarda comme un grand malheur pour l'empire. li fit rassembler tout ce qu'il connaissait des meil- Jeurs amis du saint, les obligea de l'aller trouver et de l'engager à obtenir du Seigneur la prolongation de ses jours. Rien n'était plus conforme à leurs propres vœux , qu'ils exprimèrent au saint évêque,
(1) Jbid. n. 35, (2) lùicL n, 3q.
beaucoup plus par leurs larmes que pai> leurs par rôles. Je ne désire pas de vivre, leur répondît-il ; je ne crains pas de mourir j ma vie et ma mort sont entre les mains du Seigneur. Que ce bon maître > en ordonne selon sa miséricorde.
Comme on le voyait sensiblement décfiner , ses diacres, à l'autre extrémité de la pièce où était le lit du malade, conféraient déjà touchant le suc-* cesseur qu'on pourrait lui donner; mais il par^ laient si bas , qu'ils av^aient besoin de la plus grande attention pour s'entendre entr'eux. Cependant , comme ils nommaient Simplicien, le saint, tout , éloîfiné qu'il était , prit la parole , comme s'il eufe été de leur conseil , et dit à voix haute , en approuvant leur choix : Il est vieux ^ mais il est bon. Ils furent si confus , qu'ils s'enfuirent précipitamment. Simplicien lui succéda en effet (i). Saint Âmbroise vit ensuite Jesus-Christ venir à lui, avec un visage riant, et il en avertit Bassien , évêque de Lodi , qui priait avec lui. Il mourut peu de jours après. te jour même i[u'il expira , il demeura en prière depuis cinq heures du soir jusqu'à son dernier moment, les niains étendues en forme de croix, et remuant les lèvres , sans qu'on pût entendre ce. qu'il disait^ L'évêque de Verceil était allé prendre quelque repos, n'imaginant pas ce moment si prochain. Il entendit une voix qui l'appela par trois fois, et qui lui dit > Lè\ie-toi promptement; il va partir. Il accourut, et kti donna encore le corps du Seigneur, que le saint n'eut pas plutôt consommé , qu'il rendit l'esprit , la nuit du vendredi au samedi saint , le 4 d'Avril de l'an 897.
Le même jour , il apparut en Orient a quelques saints personnages ; comme on le sut peu de temps après , par une lettre datée du jour de sa mort , et que son successeur garda précieusement. A l'heure même qu'il expira , long- temps avant le lever du soleil ,. on porta son corps à la' grand©
(i) J^QSçid, FiU Aug, c, 27.
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église. Il y demeura le samedi et la nuit suîraritej ou l'on administrait le baptême solennel (i). Plusieurs enfans qui venaient de recouvrer Tinnocenee primitive , s'écrièrent au sortir des fonts , u'ils voyaient le saint évêque. Ils le montraient u doigt, tantôt au milieu de Féglise, tantôt dans la chaire épiscopale ; et ils s'efForçaient , mais en vain , de le faire apercevoir à Isurs parens (2). Le dimanche de Pâques , quand le jour parut , on célébra les sain|;s mystères ; puis on transporta le corps du saint à la basilique Ambroisienne , où il fut enterré. Dieu n'y signala pas avec moins d'éclat la gloire de son serviteur. Il y eut à ses funérailles une multitude innombrable , non - seulement de chrétiens , mais de juifs et de païens de tout sexe , de tout âge et de toute condition. De toute part , on jetait des mouchoirs pour les faire toucher au corps : mais par-tout les nouveaux baptisés reçurent les marques les plus- éclatantes de son crédit dans le ciel.
Le pape saint Sirice mourut une année après le saint archevêque de Milan , cest-à-dirè, en 398, le 26 novembre , après un pontificat de près de
Quatorze ans. Depuis peu , il s'était laissé surprenre par Ruffln^, revenu avec sainte Mélanie , de Palestine à Rome , où il publia une traduction , tant de l'ouvrage d'Origène , intitulé des Principes ^ que de l'Apologie de ce docteur attribuée au martyr saint Pamphile. Sirice qui n'avait pas lieu de soupçonner un auteur vanté par les pins {grands
Sersonnages de son temps , lui accorda des lettres e communion : mais le venin de ces ouvrages s'étant, fait connaître , Rufiin fut condamné par le pape Anastase , qu'on élut immédiatement après saint Sirice.
Cette même année , l'église fut consolée de tant de pertes affligeantes , par l'élévation de saint Jean Chrysostome sur le siège de la ville impériale
(1) Marfjrr, iî. Pagi, an, 897, n. 49. (^) Ihid* n. 48.
ifOrîent. Sa réputation , avant la'mort du patriarche Nectaire , était répandue par tout l'empire; et l'eunucjue Eutrope, tout-puissant sous l'empei^eur Arcade, avait pris une connaissance particulière flu mérite de ce prêtre célèbre , dans un voyage qu'il avait fait en Orient. Chrysostôme fut proposé pour le siège vacant, et aussitôt élu aux acclamations générales <lu peuple et du clergé. Des ecclésiastiques ambitieux , mendiant indignement les suffrages , n'avaient pu que traîner l'élection en longueur par toutes leurs intrigues ; mais au seul nom de Jean d'Antioche , tous les suffrages se réunirent en faveur de cet humble et docte
})rêtre , qui craignait encore plus l'épiscopat que es autres ne le convoitaient. On rie délibéra point sur la manière d'obtenir son consentement , parce qu'on était bien résolu à* lui faire violence ; mais la difficulté consistait à l'enlever d'Antioche , où, dans son ministère de prêtre d'office , il ravissait depuis douze ans tous les coeurs , par les charmes de son éloquence et par l'éclat de ses vertus. Ou craignait le soulèvement de ce peuple innombrable, d'ailleurs si facile à s'émouvoir, et prodigieusement attaché à l'ange tutélaire, qui, dans l'accident si mémorable du renversement des statues , avait préservé ses concitoyens du désespoir , et Içi ville entière de sa ruine. Eutrope manda au comte d'Orient de le lui livrer adroitement , et le comte pria Chrysostôme , sous prétexte de quelque affaire , de venir le trouver dans une église , près la i)orte Romaine. Là, il le prit dans sa voitui^, et e transporta en grande diligence jusqu'à un lieu convenu , où il le remit entre les mains des officiers envoyés de la cour.
Afin de rendre l'ordination plu.s v<5olennello, l'empereur avait faitappelerl'évêque d'Alexandrie, comme le premier prélat de l'empire d'Orient. C'était Théophile, qui avait de tout autres vues , et qui redouta Chrysostôme , quand il l'eut pratiqué. Comme il était pénétrant et fort habile à juger du
tour d^esprît et du caractère des hommes, il rè^ marqua dans celui-ci un sang-froid , une fermeté , une droiture inflexible , avec une ame sensible et
généreuse , égaleinent propre à se faire des amis et es admirateurs , et il ne vit plus qu'un rival dans ce nouvel évêque delà cour. Mais ces remontrance» et toutes les oppositions de sa jalouse politique furent inutiles. Eutrope menaça, et donna à se» menaces un motif canonique. Théophile était trop habile homme , pour mettre tout a la fois contre lui le gouvernement et les canons; il feignit de revenir-par persuasion à la manière générale dépenser , et il voulut même se donner le mérite de faire l'ordination. Ainsi le nouveau patriarche fut installé le 26 Février de l'an 898, avec l'unanimité la plus parfaite.
La dignité était brillante , mais pleine de désagrémens et de périls ; tout le zèle du dernier em-
F ereur n'ayant su purger le pays des hérétiques qui infestaient. Le troupeau était fidèle; mais les loups environnaient de tous côtés le troupeau, comme l'observa le nouveau pasteur dans le premier discours qu'il fit peu après son ordination. En elFet , quoique les ariens n osassent s'assembler dans Cpnslantinople , le voisinage en était tout rempli ; sans compter les autres sectaires , tels que les marcionites^ les manichéens et les valentiniens. Toutefois le saint rend témoignage à la ferveur de son peuple. Qui n'admirerait, leur dit-il (i), votre zèle, \otrefoi,votre charité sincère ! Je ne vous ai paillé qu'une fois , et j'éprouve déjà les mêmes sentimens que si j'avais été nourri parmi vous. Non , je ne puis me défendre de vous chérir autant que l'église où je suis né et où j'ai été élevé. Elle est sœur de la vôtre ; vous le montrez par la conformité de vos œuvres : vous disputez avec elle d'affection pour ceux qui vous instruisent. Si elle est plus ancienne, celle-ci est plus à l'épreuve du souille et de la flamme de l'hérésie.
(1) Uonu c. A nom, U 6.
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La multitude des lois portées alors contre les hérétiques, fait concevoir combien saint Clirysostome avait de raisons de parler ainsi. La plus grande ^vérité tomba sur les apollinaristes et les eunomiens. On chassa leurs clercs de toutes les villes , et on leur défendit de s'assembler même à la cam* agne , sous peine de confiscation de la maison où 'on s'assemblerait, et du dernier supplice contre celui qui l'aurait fournie. On ordonna aussi de brûler leurs livres , sous peine de mort. Ces ordonnances sont du t[ualrieme Jour de Mars, et on les attribue à l'eunuque Eutrope, qui s'y proposait d'établir solidement l'autorité de saint Chrysostorae , dès le commencement de son épiscopat.
En Occident , Stilicôn , par les lois données sous le nom d'Honorius , s'appliqua sur-tout à réprimer les violences des sectaires contre le clergé et les lieux saints. Il veut que le coupable soit dénoncé aux puissances par les lettres des magistrats et des stationnaires ; c'est-à-dire, parla partie publique , et que le gouverneur de la province punisse de
Seinecapitale ceux qui seront con vaincus^ sans attenre la plainte de l'evêque^ , à qui la sainteté de son ministère, ce sont les termes de la loi , ne laisse^ que la gloire de pardonner. Que si la multitude' rebelle entreprenait de se défendre , les gouverneurs particuliers devaient demander du secours au comte qui avait le commandement général des troupes (i). Cette ordonnance fut faite particulièrement pour l'Afrique, qui s'y trouve nommée, et directement contre les violences des donatistes , qui furent portées à l'excès durant les troubles de là guerre de Gildon.
C'était le fils de l'un des von de Mauritanie, qui pour son ancien attachement aux Romains avait été élevé, quoique païen, à la dignité de. comte par l'empereur Théodose , et qui se révolta * sous Honorius. Son frère Mascezel , qui était chrétien ,
(i) Cad, Thçod, de Epîsc, l, 32»
4l4 .fllSTOtHK
ileineura fidèle à l'empereur, et s'éloîghâ précîpP tamment cte Gildon, laissant en Afrique ses deux fils , que leur Qncle barbare fit mourir. On renvoya Mascezel, pour faire la guerre à ce frère dé-* nature; mais il n'avait que cinq mille hommes, et Gildon en avait soixante-dix mille. Suivant la méthode du grand Théodose , sous qui il avait souvent fait la guerre , Mascezel plein lui-même de foi et de religion , eut recours à la prière et aux
bonnes œuvres , pont suppléer à la faiblesse de ses armes. Toutefois la frayeur le saisit la veille du combat , et il voulait décamper pour se réfugier dans les montagnes; mais la nuit , saint Ambroise lui apparut; et frappant trois fois la terre de sa crosse , lui dit : Ici , ici (i). Il comprit'que le saint lui promettait la victoire, s'il combattait où il se trouvait campé, il marcha sur le champ à l'ennemi. Il ne doutait plus de la victoire ; mais il voulut épargner le sang de sa nation, et il proposa la paix aux rangs avancés qui lui faisaient lace. Cependant il aperçut im porte-enseigne qui pressait les rebelles de combattre. Mascezel s'élance, et lui porte au bras un coup d'épée qui lui fait baisser son drapeau. Les corps éloignés, et toujours attachés a leur ancien aénéral , se persuadèrent que les premiers bataillons se rencfaient à lui y et vinrent à l'-envi faire leurs soumissions. Il restait avec Gildon une multitude de barbares et d'idolâtres , qui abandonnés des troui>es réglées se dispersèrent par une prompte fuite. Gildon gagna la mer avec eux; et déjà il s'était embarqué , quand il fut repris et ramené en Afrique , où il s étrangla de ses propres mains.
Les donatistes tenaient pour les ennemis de l'empire , à la manière accoutumée des ennemis de Téglise. Optât ^ leur évêque à Thamagude , dans la province de Carthage, était si connu pour dévoué a Gildon , qu'on ne le nommait pas autrement que
(i) Paul. Fit. w. 5u
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le Gîldonîen. Il avait d'ailleui4 le génie beaucoup
Elus militaire qu'épiscopal , marchant toujours a / i tête d'une troupe de gens armés. Par son moyen, . les désordres de la rébellion durèrent long-temJ>9 après la mort de leur auteur. Pendant dix ans , Optât fit la guerre en forme aux catholiques, qu'il poursuivit à toute outrance sur terre et sur mer , et contre lesquels il commit une infinité de criines et d'horreurs. Arrêté enfin comme complice de ' Gîldon , il mourut dans les fers ; après quoi ses partisans fanatiques lui donnèrent le titre de martyr.
Ces excès allumèrent le zélé de saint Augustia pour la réunion. Il usa de l'autorité que lui conférait le caractère épîscopal , non-seulement pour le bien d'Hippone ,. mais pour l'édification des meilleures villes , oii on le priait souvent de prêcher.' Les donatistes se trouvaient à ses discours-en aussi grand nombre que les catholiques , et ils semblaient: même le leur disputer en assiduité et en attention,' Ils faisaient un rapport exact de sa doctrine à leur9 évêques , et lui rendaient co^lpte ensuite des réponses de ces faux docteurs. Augustin écoutait tout-, et satisfaisait à tout avec une douceur inaltérable , quoique souvent ils s'échappassent en de grossières injures. Il les recherchait même , il leur écrivait dans les terihes les plus honnêtes et les plus enga-^ geans , soit pour leur présenter la vérité avec tous ses attraits , soit pour les inviter à des conférences , où l'on approfondirait les difficultés sans amertume et sans prévention. La crainte qu'avaient les chefs du parti de se commettre avec un si savant homme , le leur fit long-temps éviter. Mais qiie peuvent craindre d'un apprenti tel que moi, dit l'huinble docteur , ceux qui exercent l'épiscopat depuis tant d'années ? S'ils appréhendent le faible avantage que nous'donnent les lettres humaines , qu'ont-elles de commun avec le fond de notre différent? Mais nous avons des prélats catholiques qui ne les ont point étudiées* •Ten prierai quelqu'un ; s'ils le souhaitent^
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de prendre ma place. Le Seigneur n'apasliesoS de la sagesse humaine pour faire Itiompber la vé* l'ilé (lu salut. EnQn les conférences s'engagèrent par occasion avec cfuelqnes chefs des donatistes i mais elles produisirent peu de fruits. Ils prélen* dirent que le concile de Sardiqiie avait commu-inique avec des évêc[ues de leur parti , et ils pro4 duisirent , pour le prouver , un exemplaire de co concile. Augustin prit le livre , et parcourant les dé» cretsavecatlenlion, il trouva que le saint pape JuU et saint Atlianase y étaient condamnés : après quoi il démontra sans peine que c'était un exemplaire de quelque concile arien , probablement de celuj de Philîppopolis, qui s'était arrogéeii elfet le noai de concile de Sardique. Cette découverte n'opérii rien , sinon que les schismatiques en devinrenl plus défians et plus dissimulés : ils refusèrent à» confier l'exemplaire à Augustin qui noulaiL l'exa^ miner à fond. Ce fut avec aussi peu de fruit qu'il prouva invinciblement que le premier évêqne da Cartbage , dont les donatistes s'élaient séparés j avait perséve'ré dans la communion de l'église rm maine , dans laquelle , dil-il , a toujours été la prtf mauté de la chaire apostolique.
Ces conférences ne laissèrent pas d'être avant! geuses à l'église d'Afrique, en y donnant lieu deux conciles qui se célébrèrent en deux aune) consécutives, et qui dressèient une multiludedt règlemens de discipline , dont la sagesse les a (&H conserver précieusement jusqu'à nous. Celui â 397 , composé de quarante-quatre évèques , défeâ à tous les clercs d entrer dans les hôtelleries poii boire et pour manger, sinon par nécessité en voji géant. Il leur défend aussi d'avoir chez eux aucur femme étrangère , mais seulement leur mère , leu aïeule , leur tante, leur nièce , les femmes de leui enfans mariés , ou de leurs esclaves , ou enfin celU de leur famille qui y demeuraient avant leur ordîi nlition. Tout Irahc sordide est interdit aux évèques aux prêtres et aux autres clercs j et l'on statue qtu
ceu:
Ceux qiiî n'ayant rien au temps de letlf ordination y acquerront ensuitfe des héritages , seront ré- Sutés usurpateurs des biens sacres , s'ils ne les onnent à l'église , à moins qu'il ne leur soit venu du bien par succession, ou par donation. L'âge d,é la consécration des vierges doit être au moins d# vingt-cinq ans. On voit dans 6e statut , qu'il y avait des vierges de deux sot*tes , les unes vivant en
parens , seront mises par les soins ae i evequô dans un monastère de vierges y ou dans la compa-^ gnie de quelques femmes vertueuses. Le sixième canon réprime un abus fort singulier 9 qui coilsis^ tait à donner l'eucbaristie aux corps morts. La plupart des autres concernent les ordinations , qui ne se faisaient pas toujours sur les lieux , puisque l'évéque de Carthage , pour faire sentir la difficultë d'avoir, selon l'usage ordinaire de l'Afrique, douze évèques à cette cérémonie, dit qu'il avait des or* dinations à faire presque tous les dimanches. Ce concile réibrme aussi les titres pompeux qu'on don-' nait à l'évêque du plus grand siège de sa contrée^ tels que ceux dé souverain prêtre , ou de prince des prêtres : il veut qu'on l'appelle simplement évêque du premier sîége. De là le titre (le primat , que prenaient en Afrique les premiers évêques de chaque province.
Quand tous les troubles cessèrent j par la défaite déGildon , il se tint àCarthage un concile national^ beaucoup plus nombreux que le précédent. On y compta deux cent quatorze évêques ^ et l'on y fîft cent quatre canons,aont la plupart concernent aussi l'ordination et les devoirs tlu clergés L'examen qu'ordonne le premier canon avant de consacrer un évêque ^ est semblable à ce qu'on trouve encore dans le commencement du cérémonial de nos ordinationSi Le sixième porte que les époux , après avoir reçu la bénédiction du prêtre , doivent par respect garder la continence la première nuit. Jbe 2^omeIL Dd
4iS HiSTOink
2 uatre - vingtième frappe d'excommiinication lo dèle , qui aux jours ae solennité fréquente les spectacles ^ au lieu d'assister aux offices de Téglîse^ Par le cinquante-unième , on ordonne aux clercs de. travailler pour gagner de quoi se nourrir et se vêtir. ;
Lies ouvrages des mains recommandés aux> clercs par ce concile étaient pour les moines d'une obli* gation beaucoup plus stricte. Saint Augustin trouv*a cette matière assez importante , pour en faire un traité exprès. Il y reconnaît que les ministres de l'autel ont droit d'être Aourris parle peuple; mai»
Sour les moines, outre qu'ils n'étaient pas du corps e ces ministres , il y avait beaucoup de danger que leur profession , sans le travail , ne dégénérât en une vie oiseuse et dépravée. Il observe sagement ,
3ue la plupart étant nés dans les dernières classe» es citoyens , artisans ^ paysans , quelquefois esclaves y ils avaient mené dans le monde une vie pauvre et laborieuse ; et aue la retrs^ite sans le travail deviendrait un écueîl , puisqu'on ne pouvait exclure des monastères ces conditions basses qui souvent y produisaient de grands saints. On ne saurait disconvenir que le changement survenu depuis ce temps-là dans la condition des moines , n'en ait pu raiwSonnablement introduire dans leur manière de vivre.
Il y eut un troisième concile de Carlhage sous le pontificat d'Aurélins : on le compte ordinairement pour le cinquième de cette église. Entr' autres choses , on y défendit d'appeler les clercs en justice , pour y rendre témoignage. Tel était le
S oint auquel on prétendait alors que devait aller ans le clergé Tejîpritde mansv étude. On prononça aussi que les clercs condamnés canoniquement , de quelque rang qu ils fussent , ne doivent être sontenus par personne ; et Ton résolut de demander aux empereurs une loi qui empêchât eflicacemont de s'opposer aux déj)ositions des évêqnes , nu^me faites en coucile : cette loi fut eu eilet demandée