‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 32 sur 50 · D B L* E G L I SE · texte numérisé non relu

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et obtenue. On veut encore que l'intercesseui' ou "visiteur d'une église , c'est-à-dire , celui qui en prenait soin quand elle était vacante, la pourvoie d'im nouveau titulaire dans l'année de la vacance; sinon, qu'au bout de. l'an on institue un autre intercesseur : ce qui peut avoir fondé la disposition du droit qui prive de la collation d'un bénéfice tout patron qui néglige de le remplir. Le sixième canon mérite encore a.ttention , en ce qu'il prescrit de baptiser sans scrupule les enfans dont le baptême n'est pas prouvé d'une manière certaine : ce qui montre en quel discrédit l'erreur des rebaptisans était tombée parmi les catholiques.

Il se tint dans le même temps un concile à Tolède J et c'est le premier de cette église. Il excommunie le fidèle qui , avec une épouse légitime, a une cojncubine. Mais si 1^ concubine , ajoute-t-pn , est la &eule femme qu^il ait , il ne sera point exclu de la. communion. C'est qu'il y avait des concubines légitimes, approuvées par l'église. Suivant les loiss romaines , ilfallaitde la proportion pour les alliances entre les conditions. Un sénateur ne pouvait épouser une affranchie; un citoyen ne pouvait épouser une esclave ; et les conjonctions des esclaves entr'enx , quoique légitimes , n'étaient pas nommées mariages. Mais la femme qui n'avait pas 1% rang d'épouse., pouvait être tenue comme concubine; les lois le permettant, pourvu qu'on n'en eût qu'une, qu'où se la fût attachée par le lien conjugal, et que d'ailledrs on ne fût pas marié. Les enfans qui en provenaient n'étaient, ni légitimes, lii bâtards^ mais enfans naturels , susceptibles de donations. L'église n'entrait pas dans ces distinctions : ell^ s'en tenait simplement au- droit' naturel , et approuvait en général l'union des deux sexes, pourvu qu'on y observât l'unité et la stabilité. En ceci les deuiC

Îmissances n'empiétaient pas l'une sur l'autre : 'église ne touchait point aux droits civils; les empereurs respectaient les droits du sacrement , et tout demeurait en paix. C'est dans ce concile de Tolède

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qu'on tronve ponr la première fois le? ctief de l'eglîse iiommé pape , et par excellence.

Cependant Arcade , ou plutôt Eutrope , fit contre les asiles une loi qui affligea sensiblement le clergé. Il est vrai qu'il y avait deTabusdansFempressement des clercs et des moines à protéger les personnes chargées de crimes ou de dettes. Mais rimpérieux eunuque , non content de réformer les abus , dé- . pouilla les églises du droit même , défendit de s'y réfugier à l'avenir , et força d'en chasser ceux qui s'y étaient retirés. La possession du privilège qu'a- •vaient eu plusieurs temples, avant les églises chrétiennes , était trop longue et trop étendue , pour qu'une suppression si soudaine ne fût pas regardé^ comme une flétrissure injuste; d'autant plus qu'il n'y avait pas 'lieu de crier à Timpunité , ni a la subversion des mœurs. Les peints que l'église infligeait alors à ses pénitens, étaient d'une ricueur

extrême; et si elfe conservait la yieaux criminels, elle avait soin d'opposer des digues d'autant plus fortes au crime.

Eutrope, tiré de la poussière, et monté rapidement au faîte de la grandeur , ne pouvait plus ffontenir le poids de sa fortune. Il avait été esclave ; il s'était ensuite ^nsinué parmi les eunuques du palais , où par l'adulation et l'intrigue il avait trouvé moyen de gai^ner la confiance de l'empereur. RuflTin 5 qui avait tenu long-temps Arcade en tutelle , venant (le se précipiter en s'élevant sans mesure , Eutrope avait succédé sans effroi à son crédit et à toute sa hauteur. ïl était protégé par Timpéralrice Eudoxe , avec une chaleur proportionnée au service qu'il lui avait rendu, en ménageant par ses manœuvres son mariage et son couronnement, quoiqu'elle fût d'origine barbare. Par la faveur de cette princesse , il obtint la charge de grand chambellan , a dignité de patrice ; et par un exemple qu'on n'avait point encore vu, et qu'on ne vit plus dans la suite , il fut , quoique eunuque , élevé au cousu !at. Il n'imaginait pas que bientôt les autels qu'il dé-»

pouillalt de leurs prérogatives^ seraient so^ ionique asile. Il avait fait publier cette loi injurieuse , de peur que les grands qu il faisait proscrire n'échappassent aux emportemens de sa vengeance; mais il se vit contraint de chercher sa propre sûreté dans la transgression de sa loi. Les grands , les généraux , Timpératrice même que Taudacieux, dit-on, avait menacée de chasser du palais , tous s'unirent cpatre lui auprès de l'empereur , et firent résoudre sa perte.

En cette extrémité , Eutrope , quoique païen ,' chercha son salut dans l'église , et saint Chrysostome s'opposa généreusement à ceux qui voulurent l'en arracher. L'éloquent patriarche profita d'une con- . joncture si capable de faire impression , et du concours prodigieux qu'attirait la singularité du spectacle j pour faire sentir la vanité des grandeurs humaines. Où sont à présent, dit-il à Eutrope (i) , vos adulateurs et vos esclaves ^ ces troupes qui s'empressaient devant vous , pour faire retirer ou

Srosterner les citoyens à votre passage , comme evant une divinité ? Us se tiennent cachés ; ils abjurent une amitié dangereuse ou stérile; ils fondent leur fortune sur les débris de la vôtre. Nous n'en usons pas ainsi : l'église à qui ypiis faisiez la guerre , ouvre son sein pour vous recevoir ; et le théâtre que vous protégiez, qui vous a tant coulé ^ que vous prétendiez nous faire révérer à nousmêmes, vous trahît par son indifférence et l^on impuissance. Je ne le dis pas pour insulter à votf e • malheur,. à Dieu ne plaise ! mais pour instruire cette multitude qui croit à peine la révolution dont elle est témoin. Vous le savez tous comme moi , mes frèves , et vous l'avez vu de vos propres yeux , quand on vint du palais pour l'enlever d'ici ; comment il courut aux vases sacrés , tremblant de tous ses membres, ayant le visage d'un mort plutôt que d'un vivant , et suppliant les ministres saints, d'une

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voix mal articulée que sa crainte entrecoupai t»^ l^on 9 Fautel n'a jamais paru sî majestueux ^ que depuis qu'il tient ce lion enchaîné. L orateur porte ensuite ses auditeurs à la compassion la plus gêné-, lieuse , à sauver ce malheureux , à obtenir sa vie de Teiftpereur , afin qu'il ait le loisir de réparer ses fautes , et de parvenir à la grâce du baptême. Le saint réussit pour un temps, et non sans peine ni sans péril. On vint à l'église en ai'mes; on menaça le charitable pasteur, et on le traîna au palais. Rien ne l'ébranla ; il ne livra point le réfugié , et Ton n'osa violer le lieu saint. Éutrope fut pris néanmoins ; mais par sa faute , et hors de l'enceinte de l'église. On lie relégua dans l'île de Chypre; on le dépouilla de tous ses biens, de tous ses titres , et l'on effaça son nom des fastes où l'on inscrivait les consuls. Ses ennemis ne furent pas encore satisfaits ; on le fit revenir de Chypre à Calcédoine^ où il eut la tête tranchée.

On ne laissa pas de censurer 'les discours de Chrysostome , et l'on prétendit qu'il ne ' s'était opposé à la fureur générale que pour insulter plus long-temps au trialheureux qui en était l'objet. Déjà le zèle actif et sans respect humain du patriarche, coniparé aux lenteurs et à la facilité de son prédécesseur 5 lui avait fait beaucoup d'ennemis dans son clergé , où l'on voyait avec alarme l'autorité que le concours de tous les talens et de toutes les vertus lui acquérait contre le relâchement. On était sur-tout choqué qu'il eût osé attaquer un abus d'autant plus dangereux néanmoins , que la passion déguisée lui doi;inait un air de vertu. Plusieurs ecclésiastiques , sous prétexte de charité , vivaient avec des vierges qii ils appelaient sœurs adoptives , mais à qui le public donnait- le nom équivoque de sous -introduites. Le prétexte ne laissait pas d'être spécieux ; puisqu il s'agissait d'assister un âge et un sexe faible , des orphelines sans appui et sans expérience , qui ne pouvaient par elles-mêmes prendre soin de leurs affaires tempo-

^pelles, sur-tout dans un pays où la sévérité des bienséances ne permettait presque point aux filles de paraître en public. Les prêtres de leur côté y trouvaient Tavantage de se décharger sur elles des soins domestiques et minutieux , auxquels les £emmessont beaucoup plus propres que les hommes. On ne manquait pas aexalter encore le motif imposant d'être plus libre pour les fonctions du saiAt ministère. Le patriarche prétendit au contraire ,

ue rien ne pouvait balancer la raison du scandale et.

u danger réel de ces associations. Non content de tonner d^ns ses discours ^ il composa deux traités y l'un contre les ecclésiastiques engagé^ dans ces sociétés , Tautre contre leurs compagnes ; et il ruina tous les fondemens artificieux de ces alliances ^ qu'il n'appela pas seulement équivoques , mais ré- Toltantes et monstrueuses; puisqu'elles ne sont, pousui vit-il , ni parenté , ni mariage , ni charnelles, xîi spirituelles; mais un mélange nizarre des périls et des inconvéniens de l'un et de l'autre.

. L'attachement que «plusieurs clercs témoignèrefnt pour ces sortes de soeurs, le convainquit qu'il n'était pas aussi innocent qu'ils le disaient^ et il chassa de l'église les réfractaires. Il attaqua aussi lés ecclésiastiques trop'assidus dans les maisons des riches , où ils se rendaient tout à la fois leurs flatteurs et leurs parasites. Ensuite il examina l'administration des biens de l'église , trouva de la Frofusion jusque dans la dépense domestique de évêque, appliqua ce superflu au soulagement des Eauvres et a la construction de quelques hôpitaux, ien n'échappait à sa vigilance : il ut comparaître devant lui toutes les veuves consacrées au service de la religion , examina soigneusement leur conduite ; et ôelles en qui il trouva de la mondanité et de la pente à la sensualité, il les pressa de se marier, plutôt que de faire servir l'indépendance où elles étaient d'un époux, à vivre dans l'oisiveté, les intrigues, le babil perpétuel et la vaine curiosité.

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Cependant , loin de négliger le commun des fidèles , nous voyons par ses discours , qu'il les portait à la plus sublime perfection (i). Il exhorta les citoyens de Constantinople^à ériger chacun dans sa maison une espèce d'hôpital domestique , c'està-dire un lieu d hospice pour le soulagement des

Eauvres. Il alla jusqu'à proposer à plusieurs le réta<^ lissement de la communauté ctes biens et du détachement ahsolu aes premiers fidèles. Quoi* que les offices de la nuit ne fussent plus guèr^ suivis que des solitaires ou des cénobites , il pressa la

Eartie du peuplé la plus occupée , c'est-à»aire , les ommes qui pendant le jour n'en avaient pas le loisir, de s'y rendre assidus le plus qu'il leur était possible. Car pour les femmes , sa prudence les empêcha de fréquenter ces exercices nocturnes. Il obtint tout ce qu'il voulût par son éloquence toutepuissante. La ville de Constantinople fit des pro* grès étonnans dans la piété , et reprit une face toute nouvelle. On abandonna le cirque et .le théâtre^ pour accourir aui^ temples , dans la ville la plus passionnée pour les spectacles : c'est ce qu6 nous apprenons , par l'exjMÎcation qu'il fit à ce sujet des épîtres aux Ephésiens , aux Colossiens et aux Hébreux, ainsi que des Actes des apôtres. Trois fois la semaine règlement, il rassemblait ses ouailles ; quelquefois les sept jours de suite : et tout infatigable qu'il se- montrait à instruire, ses auditeurs se lassaient encore moins de l'entendre, La foule , soit des fidèles , soit des hérétiques et des païens , était si nombreuse , qu'il fut obligé de quitter la place ordinaire, pour parler dans un lieu, plus vaste. Quelques-uns. venaient par curiosité et par goût pour son éloquence ; mais la grâce triomphant de ces dispositions imparfaites et de tous les obstacles , on voyait de jour en jour des conversions éclatantes.

Un homme de la secte des macédoniens , ayant

(i) ]?alla(l. /^i^ et Clir\s. Homil. pasiim.

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