‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 33 sur 50 · DE I.' E G L I S E · texte numérisé non relu

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abjuré, voulut aussi convertir sa femme. Elle lui promit ce qu'il désirait , et vint à l'église ou elle reçut Feucliaristie ; mais au lieu de la consommer , elle la cacha en baissant la tête comme pour prier, et mit en sa place du pain oixlinaire que lui donna adroitement une domestique ailidée. Mais en por^ tant ce pain à sa bouche , il changea de nature ; et eu voulant le manger, au lieu de pain, elle sentit une pierre sous ses dents. Elle courut sur le champ à l'évêqûe , lui confessa son crime avec des senti* mens sincères de conversion , et lui montra la pierre où la marque de ses dents restait imprimée. Sozomène qui vivait presque dans le même temps, rapporte ce fait (i), et dit que Ton voyait cette . pierre dans le trésor de l'église de Constantinople , où elle avait été déposée. Le saint patriarche ne borna' point son zèle à cette église; il Tétendît , avec la réforme ^ aux six provinces ecclésiastiques de la Thrace , aux onze ae l'Asie , et au nonibre

I)areil des églises du Pont, c'e^à-dire, à toutes es dépendances de son patriarcat. De là s'intéres-^ sant à tout ce qui touchait l'ordre et le bonheur du corps de l'église, il entreprit de réunir les évêques de l'Orient avec ceux de l'Egypte et de TOc^ cident , toujours divisés depuis le schisme de Paulin. Il pria Théophile même d'Alexandrie de le seconder, et tous deux de concert agirent si bien à llorae par leurs envoyés, qu'ils firent ren-* trer Flavien «'Antioche dans la communion des Occidentaux. L'ame sensible de Clirysostome , au lus haut point de son élévation , lui faisait regarer ce patriarche comme son maître, et jamais il ne cessa de le chérir et de le révéï'er comme son père.

Il porta les .attentions de son zèle jusque chez les. Barbares les plus sauvages. Ayant* appris qu'il y avait de ces Scythes vagabonds qu'on ajipèlait noma-. des ou pasteurs, campés près du Danube , et qu'ils

(i) Liù. vui , c. 5."

désiraient de s^instruire dans la religion , il lenf envoya des hommes apostoliques , qui eurent de grands succès. Le christianisme avait déjà pénétré dans cette nation ; mais comme elle avait de fré*/ quens rapports avec les autres Barbares , infectés la plupart de Tarianisme , plusieurs de ceux-ci avaient aussi donné dans l'erreur ; il en trouva de séduits jusque dans la ville impériale : pour les désabuser , il leur donna des catéchistes et des prêtres de leur langue , leur assigna une église particulière y où il allait quelquefois lui - même les instruire par 1^ moyen d'un interprète. Sachant qu il y avait encore des marcionites dans le territoire de Cyr , il prit , du côté de l'évêque diocé-. sain et de la cour , des mesures efficaces pour en délivrer le pays (i). •

Saint Porphyre , qui avait été tiré malgré lui de la solitude , pour être mis sur le siège épiscopal de Gaze , gémissait de voir son diocèse rempli d'idolâtres non ihoins furieux contre son troupeau que contre lui-même. Il restait jusqu'à huit temples des faux dieux dans cette ville ; mais la seule idole de Marnas suffisait pour y perpétuer Tidoiâtrie. Porphyre vint solliciter la ruine de la superstition auprès de Feiiipereur , et il s'adressa d'abord aii patriarche qui^ outr^on crédit, l'appuya de celui de l'eunuque Amance , grand serviteur de Dieu , et fort puissant auprès de l'impératrice. A sa recommandation , la princesse reçut favorablement l'évêde Gaze , et lui promit de parler à l'empereur. Alors Porpliyre se rappelant une prédiction qu'il avait ouï faire à un saint anachorète en passant par l'île de Rhode, il dit à l'impératrice, qui était ijrosse, et qui désirait passionnément d'avoir un fils : Travaillez pour la cause de Jesus-Christ , et vous aurez un fils qui portera la pourpre. Quelque temps après , la prédiction fut vérifiée. Eudoxe accoucha d'un, fils qu on nomma Théodose,

(i) Tlicod. V, !•

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comme son aïeul , et à qui l'on donna la poui^

Ere dès qu'il fut né, avec la qualité de césar, a mère, au comble de sa joie., n'oublia point le saint évêque de Gaze. Elle Fenvoja chercher «ept jours après ses couches ; et à son approche , se levant de son siège avec empressement , elle Tint le recevoir à la porte de son appartement , avec le petit prince qu'elle tenait entre ses bras. Mon père, lui dit-elle, bénissez-moi, avec l'enfant que m'ont obtenu vos prières. L'évêque invoqua

Celui qui tenait l'enfant, et qui connaissait la disposition de la mère , reçut la supplique en souriant ; puis faisant uu peu incliner la tête au petit prince , il dit tout haut : Qu'il soit fait comme il est requis. L'impératrice conta la chose à l'empereur. Tout était en joie dans le palais ; la plaisanterie fût goû* tée : l'aflaire est néanmoins de grande importance , dit Arcade ; mais comment résister au premier acte d'autorité de notre fils ? L'ordre fat aussitôt donné d'abattre les temples de Gaze , et nommément celui de Marnas. L'impératrice fit construire de leurs débris une église magnifique , et un hôpital pour les étrangers (i). .

Cependant , selon le bruit d'un faux oracle ^

?ue les gentils répandaient par tout l'empire , idolâtrie devait en ce temps -»là recouvrer son premier lustre , et se rétablir sur les ruines du christianisme. Mais on vit au contraire , jusqu'aux extrémités de l'Occident, toutes les idoles brisées

fîar un édit exprès de l'empereur Honorius ; tous es monumens de la superstition abattus , ou réservés à l'ornement profane des villes; tous les temples des faux dieux consacrés au culte chrétien. Ce fut alors qu'Aurélius , évêque de Cartbage , établissant le siège de sa primatie dans le fameux

(i) Tlieod. V , 29^ s. Porph. ap. Sur, 2C Fev^»

temple de Junon , appelé Céleste , la Vérité încreée fit entendre ses oracles , au même lieu où le père du mensonge avait fait retentir les siens durant tant de siècles. Mais de tous ces dragons et de ces monstres horribles ^ qui j suivant la menacé des païens , devaient défendre la mère de leurs dieux , aucun ne parut. Les oracles des Sibylles qu'on trouva dan§ Rome , où ils avaient été en si grande vénération , devinrent aussi impunément la proie des flax^mes auxquelles Slilicon les condamna.

Dans le fond des Gaules y des zélés pasteurs ne s'employèrent pas avec moins de succès , pour la ruine de Tidolâtrie. Le grand saint Martin y travailla fort long-temps avec la plus infatigable persévérance , et il en purgea pres([ue totalement son diacèse. Mais tant cfe travaux l'avaient consumé, et il touchait au moment d'en, recevoir la digne récompense. Il avait plus de quatre-vingts ans, savait que sa mort était proche, et lui-même en avait averti ses disciples. Ayant cependant appris

Su'il y avait quelque division dans le bourg de ande , près du confluent de la Loire et de la Vienne , à l'extrémité de son diocèse , il s'y transporta , pour y rétablir la concorde et la charité que son seul aspect inspirait. En effet , il n'eut besoin que dq se montrer ; et déjà il songeait à retourner dans son monastère, quand ses forces lui manquant subitement, on avertit ses clercs, dont Je respect et la tendresse lui formaient une suite nombreuse par-tout où il allait. Quand ils virent l'état de faiblesse et d'accablement où il était : O mon père ! s'écrièrent-ils tout d'une voix, en pleurant, vous voilà donc prêta nous quitter; mais ne voyez-vous pas combien vous nous êtes encore nécessaire ? Les loups ravissans vont se jeter sur votre troupeau , dès qu'il ne vous aura plus pour défeijseur : vous volez à la folicité suprême ; mais les calamités et les périls où vous nous laissez, ne vous intéressent-ils plus (i)?

(i) Sulp. Episi, 3.

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