‹ Histoire de l'église. Tome douzième (volume 2)Chapitre 34 sur 50 · DE T. E G L I S E · texte numérisé non relu

DE T. E G L I S E

Le daînt fut attendri , et mêlant ses larmes aux leurs : Seigneur , dit-il , si je suis encore utile à votre peuple, je ne refuse pas le travail : faites , saris égard pour mon goûlf, ce qui doit procurer leur avantage et votre plus grande gloire. Le mal empira. Le saint , brûlé d'une fièvre violente , était couché sur la cendre et le cilice. Ses disciples Je prièrent de permettre au moins qu'on mît de la paille sous lui ; mais regardant ce traiment comme trop délicat :Mes enfans , leur dit-il, il sied mal à un chrétien de mourir dans la mollesse. Il priait sans interruption , les yeux et les mains levés au ciel. On lui proposa de changer cette attitude pénible. Laissez-moi , répondit -il , contempler le ciel plutôt que. la terre; c'est le chemin par où mon ame doit aller vers le Seigneur. Puis témoi-

Snant sa juste confiance , et le mépris qu'il faisait es dernières attaques de l'ennemi du salut : Qu'attends-tu , lui dit-il , monslre cruel ? Tu ne trouveras rien en moi qui seconde tes desseins funesles; je m'élèverai au-dessus de tes pièges, jusqu'au sein d'Abraham. En proférant ces mots, il rendit le dernier soupir, le 8 de Novembre, la vingt-septième année de son épiscopat , et selon l'opinion la plus vraisemblable , la 397.® de Jesus-Christ. AuvSsitôt après sa mort , son visage parut tout rayonnant de la. gloire céleste.

IjCS habitans de Poitiers se croyaient autorisés à enlever son corps , à cause du séjour qu'il avait fait chez eux , dans son premier monastère de Ligugei ; mais ses diocésains lui ^étaient trop attachés, et se trouvaient à Cande en trop grand nombre^ pour ne pas défendre leurs justes prétentions. On le rapporta à Tours , où il y eut un concours prodigieux , non-seulement de la ville , qui vint tout entière au-devant dès saintes reliques ; mais des peuples de la campagne et de plusieurs villes voisines. Les personnes les phis retirées par état se crurent dispensées de la règle , dans une rencontre si sainte : on vit accourir des troupes innom^

43o Histoire

brables de vierges^ avec environ deux mille moînesr Tout le monde fondait jen larmes , m,oins occupé d'abord de la couronne éternelle que le saint obtenait, que de la perte irréparable qu'on venait de faire : on chanta des hymnes en 1 accompagnant jusqu'au lieu de sa sépulture. On y bâtît par la suite une grande église , et le célèbre, monastère qui porte encore le nom de saint Martin (i).

Ce fut Vers le même temps que les démêlés de saint Jérôme avec Ruffin d'Aquilée firent le plus de bruit. Sainte Marcelle et d'autres s^mis de distinction que le saint docteur avait à Rome, s'étaient élevés avec chaleur contre les écrits de Ruffin. Outre leijr zèle pour la foi , qui souffrait de voir semer dans rOccidejit les nouveautés d'Origène , ils s'indignaient de l'artifice avec lequel le traducteur rendait le saint prêtre Jérôme complice de ces erreurs pernicieuses. Us en écrivirent a cet illustre ami , qui y en se justifiant sur les louanges qu'il avait données à Orisène , répondit qu'il estimait son esprit et son érudition , mais sans approuver sa doctrine; qu'il s'en était servi commettes écrits de Tertullien , d'Eusèbe de Césarée et d'Apollinaire , sous lequel il avait même étudié , ainsi que sous la direction d'un juif; que la doctrine d'Origène est repréhensible , quoique ses mœurs ayent été pures et ses travaux immenses; que s'il est excusame dans ses intentions, ses dogmes n'en sont

})as moins empoisonnés, quiJs font \iolence à 'écriture , et qu'il est scandaleux de le louer , comme un apôtre qui ne s'est trompé en rien (:>.). Quant à l'apologie d'Origène^ attribuée par Ruilin à saint Paraphile , Jérôme soutient qu elle n'est pas de ce saint martyr, mais d'Eusèbe. Comme il se croyait toujours ami de Rutiin , dont il Tavait él^é constamment durant son long séjour en Palestine , il lui écrivit à lui-même, se plaignit doucement de ce qu'en lui donnant des louanges a|.pa-

(i) Suli>. XIV ; M. 25« (^) Epist* 05.

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rentes , il le rendait en effet suspect d'orîgënîsme, et il le pria de n'en plus user de la sorte. Mais ce qui aliéna tout-à-fait Ruffin , c'est que, pour arrêter le scandale de sa traduction , Jérôme traduisit; lui-même les livres des Principes. Il voyait une affection très^uspecte de la part de 'Ruffiii, en ce qu'il avait corrigé dans son Origène les erreurs contre la Trinité , qui eussent fait trop d'-eclat eft Occident, et qu'il y avait laissé les traits dangereux dont le venin était plus imperceptible; telles que l'étrange doctrine concernant les anges , les âmes humâmes , la résurrection future , la multitude des mondes et le rétablissement fîèal de toutes choses. Saint Jérôme crut devoir faire une traduction plus fidèle , où toutes les impiétés parussent également, et donnassent de l'auteur l'éloignement convenable. Ruffin en fut si outré , qu'on ne jugea pas à propos de lui communiquer la lettre de son ancien ami , et il composa aussitôt contre lui trois livres , qui ne servirent qu'à rendre encore plus équivoque la foi de leur auteur. Le pape Ânastase jugea ne pouvoir se dispenser de censurer , et censura effectivement ces nouveaux écHts (i).

Ainsi Origène fut-il flétri , avec son traducteur ^ et l'origénisme condamné, non-seulement à Rome, mais par Venerius de Milan , disciple et successeur de saint Ambroise; par Chromace d'Aquilée , évêque naturel de RuÛin ; en un mot , par tout l'Occident, indigné avec justice d'un si grand scandale.

En effet , quelque soin qu'on ait pris de discul- ' per Origène, il est impossible de justifier ses ouvra-

Îjes , et même de rejeter sur ces disciples toutes es erreurs qu'ils contiennent. On doit néanmoins convenir qu ils y ont inséré les plus gixDssières^ et d'ailleurs , qu'il serait injuste de prendre à ïa lettre certaines expressions de cet écrivain extraordinairement paftisan du sens allégorique. C'est

(i) Hier. Epist. 70.

mmÊmti^i-^tmmmm^tr'^

43ci HiSTOîRi:

r injustice qn^on a reprochée à Thléopliîle d^ Alexandrie , et qui parait dans les lettres pascales quHl adressait a toutes les églises , pour les avertir du jour delà Pâque , à l'exemple de ses prédécesseurs qui en avaient été chargés par le concile de Uicée. Il profita de ces relations , pour donner aux fidèles les idées qu'il avait lui-même de Torigé** BÎsme. «Yoici à quoi la première et la plus équitable de ces lettres en réduit les erreurs*

Premièrement, à insinuer que le règne de Jesus- Christ doit finir. On ne trouve cette impiété , d'une manière expresse y en aucun ouvrage d'Origène ; mais elle suit naturellement de ses principes. Car si tous les corps doivent être détruits à la fin des «ièclds , comme n'étant faits que pour la punition des esprits , il s'ensuit que Jesus-Christ n'aura plus de corps , et ne sera plus véritablement un homme , ni par conséquent notre roi , du moins sons ce rapport. La seconde erreur est qiie les démons se* ront sauvés , après avoir été purifiés par de trèslongs supplices : ce qu'Orîgène imaginait^sur le principe que Jesus-Christ devait être le sauveurde toutes les créatures raisonnables. La troisième est que les corps ne ressusciteront pas entièrement incorruptibles ; maïs qu'il conserveront le germe de la corruption , ou le principe de la destruction qu'ils doivent éprouver à la fin- des siècles ; ce qui est encore une conséquence de la singularité d Origène , à imaginer les corps comme uniquement destinés à punir les esprits qu'ils tiennent renfermés. Ils seront dont inutiles , quand les esprits se trouveront purifiés entièrement.

Malgré la pénétration de Théophile dans le mystère de l'origénisme, il fut long-temps à prendre le parti de le censurer. Saint Jérôme et saint Epiphane lui avaient écrit sans aucun succès , qu'il espérait en vain corriger les hérétiques })ar la douceur , et qu'une multitude de saints personnages n'approuvaient pas les lenteurs dont il usait; mais plusieurs moines égyptiens, dans les fougues d'un

zèle

1> B l' E G L I â fl. 433

sèle indi^ret , Taccusant lui-mém<^ d'origénisme ^ il ne trouva poinj; de moyen plus propre à les calmer que de condamner enfin ces erreurs. Ce n'est pas que Taccusation fût fondée ; mais comme parmi ces moines il y en avait beaucoup de sim^ pies et d'ignorans qui se formaient des images sen^ ftibles des choses les plus intellectuelles ^ ils se per*^

, «uadèrent , sur certaines expressions des saintes écritures , que Diqu avait un corps comme les Hommes ; ce qui les rendit antropomorphites. Or ^ nul interprète de l'écriture n'étant pW éloigné qu Origène de cette explication grossière^ ils trai-; taient aorigénistes tous ceux qui les contredis» saient. *

L'évêque Théophile enseignait publiquement ^ avec réglise catholique , que Dieu est incorporel ; il réfuta même fort au long Terreur contraire , dans Tune de ses lettres pascales , qui fut portée .^j^aux monastères , selon, la coutume : ces bons soli^ ' "^"'^ taires eu furent étrangement scandalisés ; il sem^ Iilait qu oh leur eût enlevé leur Dieu avec le fantôme qu ils s'en formaient. L'un d'entr'eux^ nommé

. Serapion , vieillard d'une grande vertu , mais fort simple , après même qu'on l'eut tiré de ses pré-^ Tentions , en lui faisant concevoir qu'elles n'étaient pas moins contraires à l'écriture qu'à la foi de toutes les églises et de tous les siècles ; Serapion ayant voulu rendre grâce avec ceux qui: venaient de le détromper ^ se mit à pleurer , en s'écriant : Hélas ! on a fait disparaître mon Dieu ^ et je ne sais plus ce que j'adore (i).

• La multitude des moines se montra bien plus indocile. Us quittèrent leurs solitudes , vinrent par troupes à Alexandrie , traitèrent l'évêque d'int* pie devant le peuple , portèrent l'insolence et les menaces jusqu'au palais patriarcal. Alors Théophile se déclara contre les livres d'Orîaène , et il promit de les condamner. Il congédia aoucemeiit les so--

■Mw^i^^Mif^—^i^ <1^l— O

(2) Cass. colL 7. j e, 3^

Toine IL »

litaîres , puis tint un concile , où il fut orJonn^ que quiconque approuTCi-ait les œuvres d'OrJgène, sei'ait chasse de l'église.

Cétaiont les tnoineâ de Secte qui s'étaient prim cipalemeot soulevée contre le palriarcbe. Entre ceux de Ni trie au coatraire, il y en avait plusieurs fort soiipçDnoe'sd'origénisme. IlparaitqQ'ilse'taient jnoins attachés aux erreurs dOrigène qu'à ses livres , qu ils prétendaient avoir été altére'g par des mains étrangères , et de façon qu'on en pouvait aisément distraire le poison, sans reprouver pour cela lea leçons de vertu qu'ils fournissaient en abondance. D'ailleurs l'éidise n'avait pas encore de'cidé , ou fies décisions n étaient pas assez authentiques , pour 6ter toute excuse aux contradicteurs. Théophile n'en eut pas plus de condescendance ; comme tons les zélateurs dont lesvues ne sont pas parfaitement pures , il avait d abord procédé avec trop de lenteur , et il procéda depuis avec trop de clialeur et ■de précipitation.

Outre son aniraosilé contre les moines en gér néral, il était particulièrement mécontent du saint prêtre Isidore , qui gouvernait rhôpital d'Alexan* àrie , mais qui avait élé solitaire a Nitrie , d'oà saint Athanase l'avait fait, passer dans son clergé. Une veuve de qualité avait ranis une somme considérable entre les mains de ce vénérable prêtre, après l'avoir obligé de s'engaiçer par serment à en acheter des habits pour les femmes les plus indW gentesde la ville , sans en donner connaissance ad patriarche, de peur que celui-ci n'employât cette somme en des bàticnens , pour lesquels il était passionné. Isidore reçut l'argent et l'employa &elcni l'intention de la donatrice. Le patriarche avait des espions qui l'eurent bientôt instruit : il fut piuué jusqu'au vif; mais il dissimula. Deux mois après, a\aut assemblé son clergé, il produisit un mémuire» qu'il disait avoir reçu contre Isidore dix-huit ani auparavant. Getle accusation surannée eut un air d'humeur , et devint uès-suspecte. H fallut d'autie*

hianœuvres , qui «e servirent qu'à mieux dévoiler la malignité et la fourberie. Théophile suborna un jeune homme, en lui faisant donner de Targent pour qu'il accusât Isidore. L'accusateur porta la somme à sa mère , qui , craignant qu'Isidore ne la ' poursuivit en justice , alla trouver le gouverneur y et lui montra l'argent , qu'elle déclara avoir été reçu par les mains de la sœur du patriarche : ce

3uin empêcha point Théophile de chasser Isidore e relise , mais à petit bruit , sous prétexte d'un crime infâme que la bienséance ne permettait pas d'articuler. Saint Isidore eut même à craindre pour ses joiirs,et il alla se cacher au Mont-de-NitrièVoù il avait passé sa jeunesse (i).

Ce fut un crime irrémissible poi\r les moines ^e lui avoir donné retraite. Le violent patriarche ordonna de ehassep de la moîitagne et du fond du clésert y les solitaires les plus renommés qui passaient pour gouverner les autres. Us vinrent à AieYondrie ^ pour savoir le sujet de leur condamnation ; il y en avait quatre sur-tout d'une haute tcoBsidération , et qu'on appelait communément les grands Frères , parce qu'ils étaient en effet d'une taille extraordinaire et de la même famille, ils se nommaient Dioscore , Ammone , Eusèbe et Ëuthyiùe* Dioscore avait été fait évêque d'Hermopolé. Aussitôt qu'ils parurent devant Théophile ,. il apostropha injurieusement Ammone , qui était tin vieillard vénérable ; et lançant sv^r lui des regards furieux, que le plus scandaleux emportement suivit de près , il lui jeta son pallium à la tête , le souffleta jusqu'à le faire saigner du nez , et cria intensément : Scélérat , hérétique , hypocrite, ^athématîse Origène.

- Les grands frères n'eurent d'autre parti à prendre que de se retirer; ils rétournèrent paisiblement à leurs solftudes , où ils continuèrent leurs exercices accoutumés , en se rassurant sur le témoi-

(1) Soz. rm ,12,

■ Ee a

gnage de leur conscience. En effet ^ il n'y a point de preuve qu'ils soutinssent les erreurs d'Origène ; on trouve au contraire des témoignages très-forts en faveur de la pureté de leur foi. Le patriarche ne laissa pas d'assembler un concile des évéques voisins ; et sans y faire comparaître les solitaires ', ni leur donner aucun autre moyen de se défendre ^ il en excommunia trois des principaux, entre lesquels on nomme Ammone et Dioscore : il n'osa cependant prononcer contre la miultitude. Ensuite il fit veùir du même désert cinq moines étrangers 4e naissance , et pleins de cet esprit d'émulation

ri^d^énère facilement en jalousie entre les reclus wmfà/sm tAifieneaifee; iL«n ordonna un évêqne , le f0Cafid pnêlxie^ le» liiHi «mtres diacres , et il leur commanda db présenter contre les trois solitaires excommuniés , des requêtes que ces faux-frères ne firent que souscrire y et que liîi-même avait composées. Afy^Xît reçu ces neqjiéles dans l'éjflise, avec •an appareil ailecté y il se tneosporta chez le préfet 4'Egypte', et lui présenta une nouvelle supplique fa son propre nom , y joignit celle des moines accusateurs /et eoncj^ut à ce que les accusés fussent chassés de toute l'Egypiiv II obtint un ordre , avec des soldats j et plus semblable au chef d'une expédition militaire qu'à un évêque , il alla de nuit surprendre les monastères.

Dioscore, évé^ue de la montagne^ fut d'abord chassé^ après avou' été violemment tiré de son siège par une escouade d'Ethiopiens. Ensuite on pilla les cellules, et Ton abandonna le. petit ameublement des pauvres de Jesus-Christ à un tas de valets et de popula(.e. Ou chercha long-temps les trois autres frères , Euthime , Eusèbe et Ammone. Mais ils s'étaient fait descendre dans un puits, sur lequel on avait mis une natte qui empêcha de les découvrir. De dépit et de fureur, Théophile fit brûler leurs cellules particulières, où furent en même temps consumes les divines écritures, les saints mystères , et un jeund homme qui n'eut pas le

temps de s'échapper. Quand les persécuteurs se' furent rejtirés , les trois grands frères s'enfuirent à Jérusalem j suivis des prêtreç et des diacres de la montagne , et d'environ troî!» cents moines* Le reste se dispersa en divers endroits. *Le ressentiment du patriarche ne fut pas calmé par ce bannissement volontaire ; mais il poursuivit les fugitifs en Palestine , par des lettres qui ne respiraient que la vengeance. Il fit un crime aux evêques de cette province , de leur pitié envers les malheureux ; et il ne la leur pardonna qu'à condition qu'ils ne leur donneraient plus d'asile à l'avenir j même dans les églises. Ainsi les solitaires furent obligés de fuir de retraite en retraite , et d'aller enfin demander justice à Constantinople.

Saint Jean Chrysostome y était au phis haut

5 oint de vénération que peut procurer le concours es talens brillans et des solides vertus. Mais si tout le monde était forcé de l'admirer , il n'était chéri que du peuple et de la partie la plus saine du clergé ; un grand nombre d'ecclésiastiques et de grands le regardaient comme un zélateur inW commode ; et pour mettre leurs vices à couvert ,* ils s'efforçaient de le rendre odieux. Depuis les di^races de Rufin et d'Eutrope , Gainas , arien comme la plupart des Goths , s'était rendu toutpuissant ; il se mit en tête de faire donner aux hérétiques de sa communion une église dans la ville impériale , et il en fit la demande à l'empereur. Ce faible prince , quoique bien intentionné , et sans accorder absolument ce qu'on demandait ^ répondit qu'il en voulait parler à Chrysostome , . évêque du lieu , et ministre des choses saintes ; il le fit appeler, lui représenta le pouvoir, la fierté de Gainas, et tout ce qu'on avait à craindre de ce suppliant rebuté , qui aspirait peut-être à l'empire (i).

liC magnanime prélat répondit , que la terreur

(i) Theodor. v, Sa.

Ee 3

n'était pas tine raison de livrer les choses sainleâ aux immondes ; que pour lui , on lie le yerratt jamais chasser les vrais fidèles des temples où iU célébraient les louanges du fils de Dieu , pour y introduire les impies qui niaient sa divinité et blasphémaient son saint nom ; et montrant tout le courage d'un empereur , tandis q« Arcade s'abandonnait à la peur , tooins étrangère à un prêtre :■ Seigneur , lui dit-il d'un ton d'assurance capable de lui en inspii-er , ne craignez pas ce barl>are , c'est moi qui le veux mettre à la raison : faites-nous aboucher ensemble, je lui ferai reconnaître l'injustice de sa denandc. L'empereur saisit avec joie cette ouverture , et les fît comparaître tous deux en sa présence , des le lendemain. L'arien superhe commença par sommer l'empereur de sa pi-oraesse j>rélendue. Le saint palriarche , accompagne de tous les prélats qui se rencontraient à C. P. prîtJa parole et dit, qu'un empereur chrétien était le protecteur de la religion , et non pas son oppresl'il n'avait ni promis , ni pu promettre une

seur ;

qu 11 n avait m promis , m pu pi

chose qui n'était point à sa disposition , tout absolu que fût son pouvoir pour les affaires de ce monde j qu'il était d'ailleurs déraisonnable de faire servir à la division des fidèles, les églises instituées pour, les réunir ; que toutes celles de C. P. étaient ouvertes à tout chrétienj et qu'il pouvait y venir faire ses prières. Mais ne fût - ce que pour les importons services que j'ai rendus à l'empire, répliqua Gainas , je mérite bien d'avoir un lieu particulier d'oiaison. Quels sont les services, reprit le patriarche , qui exigent pour salaire la profanation" des temples et le mépris des lois ? Elles défendent les assemblées des hérétiques dans les villes j et vous avez fait serment de les maintenir ces lois saintes et sages. Mais avez-vous attendu jusqu'ici à recevoir la récompense de vos services? Et lui rappelant de (|uel grade ou l'avait tiré, car il avait été simple soldat ; considérez , pousuivit-il , re nue

ivoiis étiez autrefois et ce que vous êtes à présent ; m

D It t' E 6 t I » E. 4^9

quel était Tétat de vôtre fortune ^ ou plvrtftt de Totré nidigencç jusqiies dan^ tos vétemens^afant de passer le Danube , et dites *nou!i si- It titre de duc, si la qualité de consul est ao-desMUS de vot^e ambition. Puis se tournant vers rempereur, il lui fit envi-' fia^er toutes les suites de sa molle condescendance à regard des bérétiqueg , que la suveté de la reli-« Çion faisait celle de Tempire ; m^i^ que si par impossible on pouvait séparer ces deun choses, il vaudrait mieux livrer des provijN^e&quek maison dd Dieu , et perdre la couronne de l'univers , que la religion (i).

Gainas ne put résister à l'énergique et vive élo-

ÏLience de Chrysostome , ou plutôt à l'esprit de ieu , qui parlait en lui. Il digéra même ce refus avec asse2 de modération. Quelque temps auprès , il se Jrévolta ouvertement ; mais^les gens de.bièn remar-< qpèrent avec consolation que ledépit de^etafiront n'influa point dans sa révolte : il partiis même depuis redoubler de respect pour le SâiM potriar*-^ cbe. Comme le Goth rebelle ravageait la Thraee ^ et que personne n'osait ni s'opposer aux efforts de la révolte y ni interposer sa médiation pour la faire eesser , le généreux pasteur se chargea de la dépu* tation. Gainas l'ayant su y alla au-devant du saint avec Ses enfans^ et lui donna toutes les marques possibles de respect et de bienveillance. Il persista néanmoins dans sa rébellion ; mais il fut défait par un général dés Huns, ami des Romains^ qui envoya 6a tête a Constantinople (s).

Pendant cette guerre , c'estrà^dire dans le cours de Tannée 4oo , on dénonça au patriarche le métro- ))olitain d'Ephèse , nommé Antoniâ , sur différend chefs d'accusation , notamment pour avoir eu de§ enfans de sa femme depuis qu'il était évêque , et parce qu'il faisait un trafic réglé des choses saintes , en vendant les ordinations épiscopales, à raison du révenu des évéchés. La dénonciation fut faite par

Eusèbe de Cilbîane, Tun des siiffragansd'EpTièseJ dans un concile forme des évêques asialîmies ([ui se trouvaient à la cour, el de lroi.s métropolitains , dont le plus remarquable était celui de Scjthie , en tout Tingl-deux évêques; cet archevêque des Scjthes , ou de Tomi , se nommait Théotime^ et avait succédé aux Vertus comme au siège de saint Yétranion. Nourri dans la vie monastique , el peu content d'en retenir l'habit et les cheveux longs qu'il ne quitta jamais, il en avait conservé soigneusement 1 austérité, l'esprit de modestie et de pénitence; en un mot, toutes les vertus qui lerenuirent^ vénérable aux plus sauvages des Barbares , et que le ciel honora plusieurs fois par des miracles (i). • L'évêque de Cilhiane présenta son libelle devant cette assemblée respectable. Le prudent pairiarche eût bien voulu assoupir une ailaire dontTavantage

S résumé n'en pouvait compenser l'inévitable scana!e. Il employa Paul d'Héraclée , ami d'Anlonin , et qui n'était pas mal avec Eusèbe , afin de les réconcilier l'un avec rautre;mais celui-ci était trop animé, pour rien entendre. Au pied de l'autel, au moment où l'on allait offrir le saint sacrifice , il produisit un second exemplaire des mêmes accusations , en présence de tout le peuple aussi-bien que du clergé , et il se plaignit avec arrogance qu'un refusait de feire justice. A ce propos injurieux, le patriarche, tout modéré qu'il était ; ne put s'empêcher de donner quelques marques d'émotion , qui sullirent à la délicatesse de sa conscience pour refuser d'offrir les divins mystères, quoique ce fût un dimanche, et il pria un autre évèque de célébrer en sa place. Après que le peuple se fut' retiré, il fit appeler Eusèbe, et lui dit devant les prélats : Je vous prie çhcore d'y penser ; souvent le premier feu nou| fait avancer des choses difllciles à prouver. Si vous êtes en état de soutenir votre accusation , nous ne la rejetons pas^ si vous y trouvez des inconvéniens,

(i) Sqz. vu, 2Q,

nous ne tous obligeons point à y persister. Prene?! votre parti avant la lecture du libelle. ' Quand il aura été lu publiquement , et qu^on en aura pris ^ctc, il ne sera plus permis , étant évêque , de vous dasis-; ter. Rien ne fit peur à Eusèbe , et on lut son libelle*

. On commença par examiner lé dernier chef d'accusation , comme le plus pernicieux dans ses suites. On interrogea l'évêque Antonin , et ceux qu'on lui reprochait d'avoir ordonnés à prix d'argent. Les témoins cités se trouvant absens , on n'en put venir àJaconvictipny et l'affaire commença de languir; mais le premier éclaÇ étant fait ,Chrysostome , pour abréger le scandale , marqua autant d'aixleur pour, la consommation , qu'il avait eu de répugnance à l'entreprise. Ainsi , pour agir plus efficacement et

1>lus promptement , il résolut de se transporter sur es lieux. Mais Antonin , qui craignait la preuve avec raison , agit si bien à la cour ^ qu'il y fit re-

§arder l'absence du patriarche comme peu expéiente , dans un temps où la révolte ae Gainas tenait encore tout le monde en alarme. L'adroit simoniaque gagna même par argeiït son accusateur , dont le zèle était trop amer pour être bien Sur '^ et il en tira promesse , sous serment , d'abanonner ses poursuites.

Ce fut donc en vain que saint Chrysostome nomma trois évêques commissaires pour aller en sa place en* tendre les témoins et instruire le procès dans le diocèse même d'Ephèse. L'un des trois, savoir Hésy-. chius de Parium , ami d' Antonin^ feignit,d'êli*e inalade. On fatigua les d^x autres par des lenteurs affectées. Eusèbe lui-même, qui aepuis son mar« ché n'avait garde de comparaître , fit le malada à son tour. Enfin , l'on traîna tellement en Ion« gueun , qu' Antonin mourut avant qu'on eut rien prouvé.

Alors le clergé d'Ephèse et les évêques voisins écrivirent à saint Chrysostome, en le conjurant de de la mainière la plus pressi^nte de v^nir au secours

de cette ëgUse , non moin^ ûfHîgëe par les âiduVdis catholiques que par les ariens , et sur*tdut de prévenir les intrigues de ceux qui s'eflforçaient pariarcent d'envahir le siège. Rien ne put contre-balancer dans l'esprit du saint , la force d'un pareil motif. Le mauvais état de sa santé , la rigueur de l'hiyer , tout fut oublié : il partit sans retardement , laissant les soins de sa propre église à Sévérien de Cabales , doué de quelque éloquence , qu'il était venu produire dans la capitale , du reste aussi pea digne de la confiance du saint patriarche ^ qu'il avait plus employé d'artifices pour la gagner. Chrysostome emmena trois évêques; et quand ils furent arrivés à Ephèse^ceux de la Lydie , de l'Achaïe et de la Phrygie , aussi - bien que de l'Asie proprement dile, se rassemblèrent au nombre de soixante-* dix j-toas extrêmement empressés à voir , et plus encore à entendre le grand Chrysostome. Le lâche accusateur d'Antonin , Eusèbe , vint comme les autres. Il avait reçu son salaire, et celui qui le lui avait donné étant mort, il ne craignait plus d'être convaincu de parjure. Il reprit son accusation , qui , fut prouvée par de bons témoignages , et confirmée

Sar l'aveu même des coupables. Six évêques oronnés à prix d'argent par Antonin , furent déposés , la mémoire du défunt infamée , et ses héritiers condamnés à restituer le prix de ses ordinationssimoniaques; enfin, Fon substitua de bons sujets aux coupables , et Ton eut un soin particulier , dit un auteur du temps, de s'assurer qu'ils avaient toujours gardé la continence.

Tandis que le patriarche était sur les lieux , il s'informa des besoins des autres églises de l'Asie. Celle de Nicomédie avait pour évêque un aventurier nommé Géronce, diacre de Milan sous le pontificat de saint Ambroise (i). Il s'était alors vanté d'avoir pris pendant la nuit un onoscélide, c'est-à-dire un spectre monstrueux dont la féconde

(i) Pallad. Dial, pag, i33.

DE i.^ Eglise. 443"

imagination des Grecs faisait toute l'exifitcnoè. Soit que cette faible fût un mensonge réfléchi , soit qu'elle fût une pure illusion , saint Ambroise la trouva indigne d'un ministre des autels^ et voulut que Gérance en fit un desaveu effectif par la pénitence. Le diacre indocile abandonna saint Arabix)ise , vint à Constantinople j sous le patridrché Nectaire , et trouva des protections qui lui jirocurèrent l'évêché de Nicomédie. Son archevêque se plaignit 9 et le patriarche voulait faire droit sur la plainte; mais le charlatan avait gagné son nouveau

ne put venir à bout de le déposséder , quelque envie qu'il en eiit. Ce trait d'autorité était réservé à son successeur, qui mitdans ce siège Pansophius,hoiïime d'une grande douceur de mœurs, d'une piété exemplaire, et qui avait été rinstituteurderirapératrice: avec tant de bonnes qualités , il ne put gagner l'affection de ce peuple prévenu , et ce changement d'évê- 3ue attira au patriarche même une nouvelle foule 'ennemis (i).

Il y avait tix)is mois passés qu'il était parti pour l'Asie , et il était temps qu'it revînt à son église. Sévère à qui il l'avait confiée , la troublait par ses intrigues , et cabalait contre le saint patriarche. Les choses avaient été poussées si loin , que le saint, a soix retour , crut que le ménagement devait céder à la prudence, et qu'il fallait indispensablement expulser de C. P. cet ingrat et perfide cabaleur. Mais Sévère s'était insinué par ses flatteries jusques dans l'esprit de l'impératrice. Elle le fit revenir de Calcédoine , où déjà il s'était retiré , et elle ne fut pas contente qu'elle ne lui eûtfeit recouvrer les bonnes grâces du patriarche, qui , avec une profonde connaissance du cœur humain etdes mœurs, avait cette candeur et cette simplicité naturelle qui est si sou*

(i) Soz. VIII, 6.

vent la dupe du génie subalterne de rintrigùe et de la hasse politique.

'tandis qu'uniquement pénétré de là grandeur de Dieu' et des. choses étemelles , il ne faisait at- ■ tention , ni aux intérêts, ni aux supercheries du siècle , Forage se forma de toute part contre lui^ Tous les ennemisdeladiscipline, des bonnes mœurs, de la foi , devinrent les siens. Les ariens habitaient en grand nombre dans la capitale ; ils ne pouvaient tenir leurs assemblées que hors de la ville ; mais^ pour y aller , ils s'attroupaient au dedans , sortaient procéssionnellement et comme en triomphe tous ensemble , et chantaient à deux chœurs cfes cantiques remplis de leurs impiétés. L'audace alla jusqu'à y. insérer des dérisions de la doctrine catholique. Le peuple orthodoxe fit de son. côté des chants satiriques. Entre ces deux partis également fiers,l'un de sa faveur présente , l'autre de son crédit passé , la rivalité se porta bientôt à des saillies trèscritiques. Du chant et des propos , Ton passa aux coups, et il y eut de part et d'autre du sang répandu. Un eunuque de l'impératrice fut niême blessé d'un coup de pierre : ce qui fit renouveler la défense qui avait été faite aux ariens sovis Iç

Î>ontificat précédent , de chanter des litanies dans a ville , c'est-à-dire des prières communes , de nuit ou dejour. Cette nouvelle humiliation des sectaires, attribuée au saint patriarche , lui fît encore de nouveaux ennemis.

Les choses en étaient là , quand les grands frères et leur suite arrivèrent à ConstantinopTe. Ils se présentèrent au pieux et tendre Chrysostome , qui voyant à ses pieds cinquante vieillards , dans l'extérieur desquels la mortification et tous les vestiges de la sainteté étaient empreints , en fut touché jusqu'aux larmes, et leur demanda qui les réduisait a la fuite. Ils lui racontèrent ce qui s'était passé à Nîtrie, et le prièrent de leur épargner la tristenécessité de porter leurs plaintes au tribunal séculier j ajoutant qu ils ne demandaient point d'autre

satisfaction ni d'autre grâce , que de rentrer dans leurs solitudes , et d'y consommer le sacrifice de leur personne qu'ils avaient commence de faire au Seigneur. Il se persuada qu'il serait aisé 4'adoucir Théophile ^ et leur promit sa médiation , en leur recommandant la discrétion et la retenue. En même temps, et par des clercs d'Alexandrie envoyés pour les intérêts de Théophile , il s'assura que les plaintes des moines n'étaient que trop fondées. Il écrivit donc à ce patriarche , mais avec tous les ménagemens possibles , et en le suppliant comme un fils respectueux eût parlé à son père , de rendre ses bonnes grâces aux pieux solitaires qui faisaient un des plus eaux ornemens de son église. Mais l'impérieux et vindicatif Egyptien répondit avec une hauteur insultante , que 1 évêque de l'église impériale devrait au moins savoir les canons de Nicée; que s'il les Ignorait , on lui ferait voir, que selon ces décrets, nul évéque ne doit s'ingérer dans les affaires qui ne sont pas de son ressort ; que si l'évêque d'Alexandrie doit être jugé y c'est par les Egyptiens , non à soixante et quinze journées de distancé. Après une lettre si dure , Clirysostome ne voulut plus se mêler de ces différens , que povir amortir, autant qu'il le pourrait , la plus grande effervescence des esprits.

Cependant Théophile prévînt par ses lettres saint Epiphane , dont il avait autrefois raillé l'ardeur extrême contre l'origénisme , et qu'il avait traité hautement d'antropomorphite* Mais dans ces nouyelles conjonctures , il sentait combèen un partisan du caractère d'Epiphane lui serait utile. Avec

unfc foule de docteurs plus jeunes que lui , et non moins célèbres. Il envoya la lettre de Théophile au prêtre Jérôme , et y en joignit une de sa part, où il triomphait de ce qu'Amalec était détruit jusqu'à I4 racine; ce sont ses^ termes, pour . es^primeir la

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